mardi 13 décembre 2011

Doublez votre mémoire, Philippe Katerine


Sortie à la rentrée voici enfin la version poche du « journal graphique » de Philippe Katerine, publié il y a un peu plus de quatre ans maintenant, et qu'il nous présente lui-même ainsi : «Début 2007, entre 2 concerts, 2 spectacles de danse, 2 TV, 2 radios, j'ai acheté un cahier vierge que j'ai rempli page après page, le plus souvent la nuit, quand j'étais enfin chez moi. J'ai repris l'écriture, le dessin (mon premier hobby), le collage (mon deuxième) et en mêlant journal intime, souvenirs, rêves et hallucinations, j'ai tiré le fil qui m'a conduit jusqu'à cette photo de moi en couverture de ce book.» Mais le mieux pour rendre compte de cet ouvrage serait encore de faire le concernant un semblant d’inventaire à la Prévert.
Dans l’ordre chronologique autant que poétique l’on y trouvera :

Des trous et du gruyère, des peluches et de la pâte à sel, un texte de Max Jacob, des rêves récurrents, phalliques et christiques, séparément et dans le même temps. Des dessins de trous noirs et des histoires de cons, de connes et d’oiseaux qui le sont, de pétomanes, de Dali, d’anges et d’opération du cœur, des histoires de famille aussi, d’oiseaux, d’insectes et de nazis, de détournements aussi, évidemment.
Et puis des souvenirs d’enfance racontés naïvement, venue d’un temps qui paraîtra lointains aux bambins du présent à qui Unico ne dira rien, de la désillusion, de l’espoir, de noirs, de vendéens, de musiciens, parmi lesquels Dominique. Ah ? Oui, Dominique A dont je vous parlais là.

Mais aussi des sourcils, du narcissisme, du clergé et de la pornographie réunis, des questions inattendues, des photos inconvenantes, des soirées bizarres, des idées du futur puis du passé, qui reviennent et s’installent et se mêlent, oiseaux, Unico, opération du cœur, vous l’avez repeint, inventaire.
Sans oublier des rencontres, de la musique, des anecdotes, des dessins de bonhommes qui montrent leur derrière sur les catalogues de canapés. Mais aussi des amis, des génies, des chants et de la poésie, Mr Carton et la baston, l’enfant monstre et la scatologie. Toutes choses qui n’ont, contrairement aux apparences, qu’une seule en commun : l’humain qui les met ici en évidence.

On apprend ainsi plein de chose sur Katerine, joyeuses autant que tristes, de celles que l’on connaît comme ses études en arts plastiques, et de celles que l'on ignore, comme son enseignement de la gym, ses souffrances à l'internat et sa pratique du saute-mouton. Bondissant d'idées crues en pensées intimes, sans que nous puissions jamais savoir avec certitude si c’est de l'art ou du cochon, Philippe nous entraîne sur son rapport aux morts, aux morts, à l’amour, à la drogue et au corps, encore.


De bonnes idées et de jolies trouvailles, des tortues intergalactiques migrant de croix en croix dans des champs électromagnétiques, et des listes étranges, pense-bêtes perdus au milieu des biens pensants et des malentendus étalés sur près de 200 pages non numérotées, rarement datées, ce qui n’aide pas à s’y retrouver mais révèle les contradictions d'un artiste dont la sensibilité n'a d'égale que le second degré et qui se livre ici, littéralement.

Je tiens à remercier Libfly, et tout particulièrement Lucie, ainsi que les Editions Points de m'avoir permis de choisir, et adressé, cet ouvrage dans le cadre de l'opération "un poche, un(e) Mordu(e), une critique ! " A cette même occasion j'ai opté pour la dernière publication de son homonyme, Katherine Pancol, intitulée "Premiers Romans". Là encore, on aime où l'on n'aime pas. Je connaissais le premier, je souhaitais découvrir la seconde, j'ai aimé l'un, pas l'autre, vous venez de découvrir l'un, je vous laisse découvrir l'autre, sur Libfly, évidemment !

Retrouvez également la discographie complète et commentée de Philippe Katerine ici.

2 commentaires:

  1. Bonjour Eric,
    j'ai feuilleté ce Katerine, je dis bien feuilleté parce que je n'aurais pas eu la force de faire davantage. En effet sans le nom connu qui lui est associé, je ne vois pas comment cet ouvrage aurait pu être édité! Je sais que le style fourre-tout pas soigné est en vogue, mais là...
    Amicalement,
    Walter de BAROUFS CULTURELS

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  2. Bonjour Walter,

    et merci pour ce commentaire. Pour ma part je l'ai trouvé de prime abord plutôt addictif, et finalement assez réussi, même si relativement facile.

    De fait nous sommes d'accord sur le fait qu'un anonyme n'aurait jamais pu le publier, de même que Philippe Katerine ne serait jamais parvenu à produire ses derniers albums s'il n'avait fourni un peu de travail sur les premiers comme le montre sa discographie qui de ce point de vue semble le voir aller de mal en pis. (J'y reviens ici : http://ericdarsan.blogspot.com/2011/05/philippe-katerine-entre-mariages-et.html)

    Mais effectivement la vogue est au fourre-tout et au people, la notoriété et l'argent se substituant aux mérites censés les conditionner. Parvenu à ce stade les lauriers ne servent guère plus qu'à se reposer. Là est toute l'ambiguïté et l'absurdité du personnage et de notre société.

    Reste que cela permet de le connaître davantage, et nous donne l'occasion de se poser ces questions ;)

    Amicalement.

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