lundi 19 décembre 2011

Premiers Romans, Katherine Pancol


Pancol c’est un peu comme les fêtes de fin d’année. Difficile de passer à côté, de peur de louper quelque chose, même si, lorsqu’on a développé un goût un peu sûr, on finit après coup par le regretter. C’est ainsi que je me suis laissé tenté à l’occasion de l’opération Libfly Un point, un(e) Mordu(e), une critique, comme je l’avais fait pour Philippe Katerine, son homonyme.

Il est vrai que l’édition en tirage limité de ces Premiers romans de Katherine Pancol, soignée, agréable à la vue et au toucher, constitue matériellement une belle réalisation. Je ne sais d’ailleurs d’où vient l’idée de ces couvertures colorées, graphiques, presque enfantines pour les ouvrages de cet auteur qui peuvent induire en erreur les jeunes lecteurs quant à leur contenu. Reste que cette publication permet de consulter d’un trait la somme de ces premiers romans…ou presque, puisqu’entre Moi d'abord, Scarlett, si possible, et Vu de l'extérieur, devaient initialement s’intercaler La Barbare et Les hommes cruels ne courent pas les rues. Un choix peut-être dû au caractère redondant des dits romans. Car Katerine Pancol raconte toujours la même histoire, la sienne, comme elle l’avoue elle-même dans une préface inédite autant qu’édifiante où l’on apprend comment elle est entrée en littérature : « journaliste à Cosmopolitan, le téléphone sonne, je décroche. C'est Robert Laffont. Il lit mes articles dans Cosmo, il veut que je lui écrive un roman […] Il me dit "racontez-moi votre vie", je raconte ma vie[…]Ce sera Moi d'abord. Le titre, ce n'est pas moi qui l'ai trouvé. C'est mon amoureux, Pierre Lescure […] » puis Romain Gary lui fait une recommandation pour Grasset mais c’est au Seuil qu’elle sera publiée avant de faire la carrière que l’on sait, et de multiplier les best-sellers. De ce point de vue ces Premiers Romans constituent une somme éclairant utilement le parcours de l’auteur.

Moi d’abord est le tout premier roman de Katherine Pancol. Une jeune fille au lendemain de sa « première fois », un père absent, une mère bien pensante, une éducation qui se limite aux sermons religieux, puis ses rapports avec Patrick, son « cobaye », la découverte du plaisir, la perspective du mariage et de la sécurité qui en découlent : tels sont les éléments qui constituent son univers. Et puis sa meilleure amie, Ramona, qui lui fait rencontrer des hommes, un, deux, trois, et caetera. Soumise à l’idée de plaire, à son plaisir et par là-même à ceux des hommes de passage, sinon de passe, elle agit « sans trop savoir pourquoi » et nous le confie avec force détails. Qu’elle suive un stage dans un journal c’est parce qu’un amant le lui a trouvé, quand elle se décide à faire carrière c’est parce que son directeur le décide : « vous n’avez fait que des petits articles avec un certain mal il faut dire […] je vais vous enseigner l’art d’écrire et de raconter ». Sans talent ni vocation, agitée par quelques désir semés par ses Pygmalion, elle décide d’être elle avec leur bénédiction : « Be you » lui dit-on, et elle croit que cela suffit, mais au contraire de ce directeur qui « souffrait d’interrogation existentialiste : Qui suis-je ? Où suis-je ? Que fais-je ? Fais-je bien », Sophie ne pense pas. Donc elle suit. Tournant en rond et annonçant les suivants, Pancol signe ici un premier roman qui commence par une affirmation et finit de la même façon : Moi d’abord. Et après ? Rien, encore.

L’histoire de Scarlett, si possible commence à Pithiviers « en juillet 68 quand le spectre de la révolution vient à peine de s’éloigner et que tout le monde reprend son souffle, héberlué ». Ecumant les surprises parties accompagnée de la chic Bénédicte et la vulgaire Martine, Juliette veut être aimée pour son physique et ne supporte pas l’indifférence du beau René. Elle décide donc de fuir à Paris en prétextant vouloir devenir avocate « pour défendre les opprimés ». Là elle rencontre Louis, un type « aux airs de tortue » qui la séduit. Peu à peu Pancol installe ses personnages vers des retrouvailles à Paris : Martine, qui suit un stage sur les techniques de vente en grande surface découvre « plus qu’en douze ans d’école », Bénédicte, qui travaille pour un journal de province, profite d’une affaire de maniaque sexuel pour obtenir un poste au Figaro, en échange de ses faveurs, Juliette, enfin, multiplie les amants et devient courtisane avant d’accepter un mari, qu’elle trompe et abandonne avec ses enfants. Dans cet opus dont les ingrédients demeurent les mêmes – le sexe, la famille, les « je ne sais pas quoi faire de moi » - l’héroïne, pour mieux assumer ses penchants (« Tu n’aimes personne. Tu aimes ton plaisir »), s’est promis de ne plus croire aux contes de fée, tant l’idée du prince charmant n’était chez elle qu’une excuse pour jouer les soubrettes, avec pour résultat le développement d’une morale à deux balles : « Dominer les volontés d’autrui, c’est comme ça qu’on existe ».

« Vu de l’extérieur, t’as l’air tout à fait normale, et pourtant …T’es comme ton cousin Christian » dit-on de Doudou qui déclare être plus proche de lui qu’on ne peut, dit-elle, l’imaginer. Evidemment, si l'on a lu les précédents roman, l'on devine très bien qu’elle ne parle pas du crime qu’il aurait commis contre la meilleure amie de sa colocataire, Anita, mais évidemment de la X-ième de ses aventures sexuelles pour lesquelles elle a abandonné son époux, André, et ses enfants. Et c'est ainsi que l'on retrouve, comme à l'accoutumée, le mari trompé, la mère dévote, et les fuites d’une héroïne qui déclare encore « Je ne sais pas qui je suis. Je ne me situe pas. ». Heureusement le mari est là pour reconnaître que « Doudou ne pouvait pas avoir TOUS les torts » et Anita, maîtresse d’un industriel grâce a qui elle travaille dans un journal, lassée d’entretenir Doudou, finit par lui trouver un travail dans une bijouterie. Ici, en plus du désir non de se racheter mais de se dédouaner, appuyé par de mauvais jeux de mots, apparaît l’idée de donner des leçons à sa fille, un peu choquée par la lecture de ses aventures sexuelles : « il m’arrive encore de rêver à l’homme qui me prendra dans ses bras et me protégera. Mais maintenant j’ai une petite voix intérieure qui crie « stop ! » ». Stop : c’est aussi ce qui vient à l’idée après s’être coltiné la énième déclinaison et le énième déclin du personnage.
Si l’on peut, pour conclure, concéder quelque chose à Katherine Pancol c’est qu’elle possède un univers qu’elle semble partager avec de nombreux lecteurs – à moins qu’elle ne fasse appel à leur côté voyeur - et qu’elle sait rendre – au sens propre du terme - une atmosphère, si délétère soit-elle. Le problème c’est que ses histoires soient justement - à l'image de ses héroïnes, triviales, vénales, superficielles et vaniteuses - dépourvues de style, de vocabulaire, d'imagination, de réflexion et de culture. En somme du Zola en plus gras, sans la critique sociale, récits cons(s)ensuel(s) qui - mêlant sans distinction aucune le sentiment et la sensation, à la manière de téléfilms, entre érotisme de bas étage et pornographie sans parabole - la relèguent au rang de ces auteurs indigents qui s’enrichissent en appauvrissant leurs lecteurs. Or, que ceux-ci puissent se contenter de l'ordinaire ne veut pas dire qu'on doive leur gâter le palais en les nourrissant de fruits blets.
C'est pourquoi, je l'espère, le lecteur de ce blog, d'abord intrigué par cet excès de bile résultant de cette intoxication a-littéraire, conviendra-t-il qu'il faut tout de même avoir un estomac d'autruche et la tête qui va avec pour ne pas trouver la recette qui a fait le succès de Katherine Pancol somme toute bien indigeste.

7 commentaires:

  1. tout d'abord merci pour cet avis sur le bouquin que je viens de recevoir à Noël... j'ai beaucoup aimé ! et puis merci encore de m'économiser la lecture de ce pavé rouge... ce qui aura permis de ne pas me transformer en autruche l'espace d'un moment..

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  2. Merci pour ce commentaire ! Et désolé d'avoir maltraité votre cadeau de Noël, ou tant mieux si j'ai pu faire économiser cette lecture, c'est selon ! Ce n'est généralement pas dans mes habitudes de trop dévoiler le contenu d'un livre et, qui plus est, d'en faire une critique à ce point négative. Mais pour avoir tant cherché sans rien y trouver qui vaille un peu la peine, je me suis dit que ça méritait bien qu'on le fasse remarquer. Après ce n'est que mon humble avis, d'autres vous diront que Pancol c'est très bien, qu'être une autruche, un écureuil, un crocodile ou une tortue aussi : tous les goûts sont dans la nature comme on dit ! :)

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  3. Bonsoir, cool on peut écrire ici, presque irréel par les temps qui courent..
    Donc bravo, j'adore le corrosif, moi j'aime le chlorhydrique..
    Une "ex" m'a "fait lire" "Encore une danse" , donc comment dirais-je, je ne suis pas très "pro" en littérature, et je n'ai pas compris ce qu'elle voulait que je comprenne, mais bref, voici les dernières lignes: "Un grand feu de joie auquel si elle ne voulait pas faire appel a Dieu ou à un placebo, elle devait faire face, ne serait-ce que pour ne pas Le trahir Lui quel que soit le nom qu'on Lui donne." Heuu, M'enfin ???

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  4. Bonjour, oui, encore heureux qu'on puisse écrire ici, justement par les temps qui courent ! Merci pour ce plaisant commentaire, pro ou pas j'avoue ne pas comprendre non plus, et ce n'est pas faute d'avoir essayé! En fait je pense que Pancol ne fait que plaquer, coucher sur le papier, les choses qui lui échappent, non pas comme un journal mais plutôt comme un herbier, sans tenter de (parvenir à ? ) l'expliciter elle-même. Qu'elle raconte sa vie ou celle, présupposée, d'autres qui se retrouvent dans ses récits, je pense pour tout dire que c'est un psy et non un lectorat qu'il lui faudrait. Joli le "M'enfin ???", je crois que ça résume bien !

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  5. Hi hi, bonjour(re) et merci ! Me voici rassuré ,,,
    Votre conclusion s'est avérée la même pour "mon ex" ,,,
    (urgent>psy)
    Comme quoi :
    c'est en lisant n'importe qui,
    que l'on devient n'importe quoi !!!
    Bien à vous M'sieur Éric, et continuez "za" éclairer notre sombre chemin littéraire ,,, ;)
    Franck.

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  6. Peut-être n'avez-vous rien compris à ces historiettes qui racontent, tout simplement, la vie, avec beaucoup d'humour, il faut le reconnaître et une belle écriture, ce qui devient de plus en plus rare de nos jours !

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  7. Bonjour Anonyme. Si, si, je vous rassure, d'expérience je pense avoir tout bien compris. Mais l'expérience, sans doute, est toute relative. L'expérience personnelle d'abord qui vous fait conclure que Pancol décrit "la vie" quand pour moi elle ne fait que décrire une vie particulière, assez limitée, assez misérable à tous les points de vue, même si je conçois cependant qu'on puisse se reconnaître. L'expérience littéraire ensuite, qui vous amène à reconnaître chez Pancol une "belle écriture" et qui plus est "de plus en plus rare", quand j'y vois moi un plan commercial qui joue à dessein sur des ressorts faciles et dont la faible qualité empêche la visibilité de cette belle écriture que vous évoquez et qui existe bel et bien. Reste que je ne peux que me joindre à vous pour souhaiter que l'écriture de Pancol se fasse bel et bien rare, au même titre que celle de Musso, Levy et consort ! Mais ce n'est là encore qu'une question de point de vue ! ;)

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