lundi 25 juillet 2011

Raoul Sinier, Guilty Cloaks : Seigneurs et Nouvelles Créatures

Son cinquième album vient de sortir et, comme à chaque fois, il ne marque pas son retour mais sa progression. Car Raoul Sinier a toujours été là, du moins c’est tout comme, tant il semble occupé à remplir tout l’espace laissé vacant par ses prédécesseurs. C’est dire s’il y a de la place, et un travail conséquent. 

Rapidement et sûrement – en quelques années, eps et albums - l’artiste a su s’imposer et, ce qui paraît toujours étonnant de la part de quelqu’un qui déclare ne pas avoir une culture électronique, s’immiscer naturellement dans tous les interstices de son histoire. De Terry Riley à Autechre en passant par Aphex Twin, on pourrait multiplier les comparaisons sans jamais parvenir à le définir, ni même à le décrire. 


C’est que Raoul Sinier a toujours composé avec ce qu’il avait, à commencer par lui-même, et beaucoup de talent(s). Musique, graphisme, vidéo : rien ne lui échappe. Il faut l’entendre pour le voir. Dans cet univers qui est le sien celui qui se faisait appeler Ra fait la pluie et le beau temps et irradie tout ce qu'il touche pour créer une œuvre naturellement complexe. 

Avec Guilty Cloaks l'homme, qui n’a jamais rechigné à se mettre en scène, nous fait aujourd’hui face. Mais qu’on se le dise : il n’est pas là pour décoder, non plus que pour coder quoi que ce soit. Et, s'il semblerait une fois de plus avoir tombé le masque, il n’a rien perdu de ses obsessions organiques, ni semé ces volutes qui au Breeders Club faisaient office de tête à ce personnage qui, nez en moins, semblait déjà nous dire : je fume, donc je suie. 


Ainsi tout était là, peut-être, tapi dans l’ombre de son être, prêt à surgir dans la musique et les images. Certains diront qu’il a appris notre langage, d’autres qu’il a trouvé sa voie, quoiqu'il en soit une chose est sûre : cette voix, depuis l’excellent Cymbal Rush / Strange Teeth & Black Nails, nous est devenue indispensable. Et, s’il peut sembler moins hermétique, Raoul Sinier n’en demeure pas moins singulier, peut-être même davantage. 


Dans cet univers où champ et chant, à l'unisson, appellent aux visions, She is a Lord, Over The Table, ou encore Too Late, prennent possession de nous et nous entraînent vers des dimensions insoupçonnées, où Winter Day et Summer Day se suivent sans transition pour mieux nous perdre et ajouter à notre confusion. Et, lorsque nous croyons voir le bout du tunnel avec le merveilleux Walk, celui-ci nous appelle encore à progresser sans fin dans nos propres ténèbres. Un exercice dont Raoul Sinier se tire, décidément, divinement bien. 

Vous qui avez jusqu'alors cru entendre des voix, maintenant vous savez : le Seigneur et ses nouvelles créatures sont là, qui vous attendent. Et vous n’avez pas fini de les entendre.


Crédit photo et vidéo © Raoul Sinier. Retrouvez tous les travaux graphiques et musicaux de Raoul Sinier sur raoulsinier.com. Guilty Cloaks, l’album et ses extraits, sont disponibles sur adnoiseam.net

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