mardi 19 juillet 2011

Les Vieux Fous, de Mathieu Belezi

Libfly que j'avais eu le plaisir de découvrir et de vous présenter ici s'associe pour la seconde année consécutive à la librairie Furet du Nord pour proposer à une centaine de ses membres de découvrir en avant-première les titres de la rentrée littéraire et de vous les présenter.
Je tiens à les remercier de m'avoir sélectionné et ainsi permis de découvrir pas moins de quatre ouvrages à commencer par Les Vieux Fous, de Mathieu Belezi, paru le 24 août chez Flammarion. 


C’est trop tard. Albert Vandel savait bien entendu que tout cela finirait mal, il les avait prévu. Néanmoins si quelqu’un peut s’en tirer c’est bien lui, il en est convaincu. Parce que c’est de pouvoir qu’il s’agit ici, de celui qui monte à la tête, la lui fait perdre, et fait tomber celles de ses opposants. Alors il part, entouré de ses légionnaires et de sa suivante, sur les chemins de la Kabylie rendue stérile par ses exactions, pour regagner à travers eux ceux bien plus fertiles de son imagination.
Ainsi le narrateur nous conte-t-il comment il a porté le malheur en terres arabes à travers treize chapitres, qui commencent tous par l’une ou l’autre de ces deux phrases : Je peux vous le dire ils ne m’auront pas / C’est moi. Tous si ce n’est un, très long à mi-chemin qui, tel un roman dans le roman, évoque ce cavalier qui n’est encore et toujours que lui-même. Car il faut le dire : MAT, SOL, FLN, OAS ne sont ici que les détails de cette guerre qui ne dit pas son nom. Inutile de les définir, ce qu’il faut retenir c’est son nom à lui, celui d’un Dieu au pouvoir sans partage, désireux de modeler l’Algérie à son image. Une image inversée bien évidemment puisqu’il la veut docile, soumise au exigence de la France, et la France c’est lui à n’en pas douter. D’ailleurs il ne doute de rien, comment le pourrait-il, lui qui a une mission ?
Revisitant une histoire qu’il a fait sienne il nous raconte son combat pour l’Algérie française, l’ordre colonial et sa morale, contre la nature et ses habitants, contre les juifs, les communistes et les francs maçons. Telle est sa marotte, son obsession. Cela et le sexe, la nourriture, la boisson, la colère, et les mots, le plus souvent vulgaires, dont il s’enivre à l’envie, saoulant sa servante qu’il harcèle à force de détails et de gestes sordides – et nous avec par la même occasion – pour mieux l’empêcher de trouver le sommeil.
Sans doute était-ce là l’idée de Mathieu Belezi qui avait déjà traité le sujet dans son précédent livre intitulé C’était notre Terre et n’y revient que pour le maltraiter. Car de ces Vieux Fous il ne faut rien attendre, sinon la fin, que l’on connaît déjà. Si l’on pense à Ubu roi, à Tartarin de Tarascon, à toutes ces incarnations du ridicule, de l’arbitraire et de la démesure que peut porter la littérature, la comparaison s’arrête là : à force de surenchère ce n’est plus le reflet du colon qu’il imprime à son roman mais celui de la colère. Parcourir ce livre est en soi une épreuve, avec cette différence qu’on n’y apprend rien, si ce n’est que la haine du colon et les clichés sur le colonisé sont choses coriaces. Tout est gratuit, d’un côté comme de l’autre, l’égoïsme la bêtise et la guerre. En somme un livre à l’image de l’Algérie Française : on s’en serait bien passé mais c’est trop tard.
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