lundi 19 septembre 2011

Dans les forêts de Sibérie, Sylvain Tesson

Vivre en ermite au fond des bois : tel est le défi que s’est fixé Sylvain Tesson. Comme Thoreau avant lui il s’installe dans une cabane au bord d’un lac et y tient un journal. Quand Kerouac ou Dagerman se demandaient il y a cinquante ans déjà où trouver encore une forêt pour y exercer sa liberté, Tesson l’a découverte en Sibérie.

Des livres, des cigares et de la vodka : il ne pouvait rêver meilleure compagnie. Pour le reste personne, si ce n’est quelques lointains voisins ou gardiens, résidents des stations météo et autres ours, phoques et chiens auprès desquels il se familiarise peu à peu avec le caractère russe. 
Au fil des jours, des nuits, des mois et des saisons l’on suit avec un intérêt sans cesse renouvelé ses gestes quotidiens mais aussi ses lectures, le tout systématiquement agrémenté de considérations plus pertinentes les une que les autres. Ici nature et culture ne font qu’un. Avec un sens de la formule, un goût pour l’aphorisme non dissimulé et un sens de l’humour aiguisé il aborde tous les sujets qui constituent la vie en société.

L’on ne fuit pas la civilisation sans l’emporter avec soi : Sylvain Tesson le sait, qui ne recule pas devant les analogies, comparaisons, et références à ce qu’il a quitté pour évoquer ce qui nous manque et qu’il s’est accordé : le temps et la distance. Grâce à eux il interroge ses motivations réelles, sans oublier l’absence de cette femme qui l’attend aux confins de l’occident et dont on peut se demander si elle supportera le temps nécessaire pour régler ses problèmes d’homme, comme aimait à les nommer Ferré : la mélancolie, la lassitude du temps qui passe, la solitude aussi.

Sagesse ou expérience - quelle différence ? – Tesson réussit là où Christopher Mc Candless (le Alexander Supertramp d’Into the Wild) a échoué : quitter la société de consommation pour mieux se retrouver. Avec humilité, patience et raison il découvre dans le dépouillement les vertus du non-agir et de la contemplation, dans le vide la plénitude, dans la fixité l’intensité du vivant – toutes choses qui n’ont pas de prix - et nous les fait partager.

Un livre comme on en fait peu : de qualité, intelligent, beau et bien écrit, à ranger sans complexe aux côtés des récits de voyages qui l’ont précédé. Je tiens à remercier Libfly et la librairie Furet du Nord, ainsi que Gallimard et, bien évidemment, Sylvain Tesson, pour m'avoir adressé et fait connaître cet été, en avant première, mon premier coup de cœur de cette rentrée littéraire.
Retrouvez cette critique sur Libfly.


5 commentaires:

  1. Une "wild" aventure étonnante, pour faire de nous des des néo ecowarriors lecteurs ? ou l'inverse ?
    Une enveloppe s'envolera demain vers les éditions Thot... Et un mail viendra, sans doute un peu plus tard, je suis encore un peu pris par le temps.

    RépondreSupprimer
  2. J'ai très, très, très envie de le lire! Tu en parles merveilleusement!

    RépondreSupprimer
  3. Merci, c'est sans doute parce que c'est un livre que je trouve merveilleux et que je conseille très très fortement ! :)

    RépondreSupprimer
  4. Après un séjour sur l'Ile d'Olkhone sur le lac Baïkal gelé, cette fin d'hiver 2011 ... tellement de ressentiments, de sentiments, de descriptions merveilleusement exprimés par Sylvain Tesson, font pour moi un livre exceptionnel ! son mode d'écriture est si riche, que le livre semble écrit dans une autre langue - je vous glisse juste que j'adore "Dans les forets de Sibérie" Michellou Sipp

    RépondreSupprimer
  5. Ah quelle chance ! Pour ma part je n'ai pas encore la possibilité de voyager réellement, si ce n'est par l'intermédiaire des livres, et de vos commentaires ! Heureux de pouvoir partager celui-ci avec vous ! :)

    RépondreSupprimer