
J’ai lu Elvire et Jeremy, dans le cadre des Rencontres organisées par Libfly, en partenariat avec les Editions Héloïse d’Ormesson. La perspective de lire des auteurs en avant-première puis de les rencontrer m’a tout de suite plu, bien plus que la quatrième de couverture de ce premier roman qui, elle, me laissait présager le pire. « Elvire partage la vie d’une femme, et Jeremy la compagnie des hommes – et pourtant ils sont attirés l’un par l’autre. » D’entrée nous les découvrons dans leurs œuvres - au réveil, après une soirée bien arrosée – avant d’assister à leur rencontre, à leurs silences, à leur maladresses. Une histoire commence, nous voilà rassurés, mais pour combien de temps ?
Cette « jeunesse libérée » que peint Pierre de Vilno, conditionnée dans le moindre de ses faits et geste par la publicité, la pornographie et l’argent, ne semble en vérité parvenir à se défaire que du sentiment. Au fond aucune révolte, aucun romantisme n’anime ces deux êtres qui tour à tour se repoussent et s’attirent, s’aimantent en somme plus qu’ils ne s’aiment, personnages narcissiques dont la seule singularité consiste à naviguer entre deux clichés parce qu’ils ne parviennent pas à arrêter leur choix. Et quand Jeremy - « futur docteur en droit le jour », « monsieur fantasme la nuit » - et Elvire - entre « Trouville » et « Courchevel » - se retrouvent enfin, ce n’est que pour former ce « couple tellement parisien », si consensuel qu’on croirait un mot-valise créé rien que pour eux.
Malgré tout, l’univers très référencé de ces milieux aisés Pierre de Vilno ne l’interroge pas, ne le remet pas en question, pas plus que ses personnages ne le font. C’est dommage, car c’est cela qu’il eût fallu creuser, tant l’identité qui transparaît dans le récit n’est pas tant d’ordre sexuel que socio-économique, caractéristique moins d’une époque que d'un milieu où la question du choix n’est que celle de l’ajournement ou non du désir. Au lieu de cela l’auteur demeure dans la description, au mieux dans le constat, sans parvenir à franchir le pas. Même l’origine de leur homosexualité, pourtant ancrée dans leur histoire, n’est pas réellement explicitée : « ça lui est venu comme ça ».
Or ces personnages ont bien plus de choses en commun qu’on ne pourrait le croire : ils appartiennent au même milieu, ont le même âge, font les mêmes études, sont attirés par les gens du même sexe. Finalement le peu de différences qui les séparent leur permet encore de se rapprocher. D’ailleurs la débauche elle-même à ses limites : d’un côté l’interdit professoral n’est pas une question d’âge mais de règlement, de l’autre l’expression de leurs débordements sexuels est elle-même modérée par tout un arsenal de métaphores et de comparaisons. Au point qu’Elvire et Jeremy apparaissent davantage comme des camarades que comme des amants, hypothèse que semble corroborer l’illustration de couverture.
Toutefois, si l’on peut regretter certains travers néanmoins propres au roman contemporain, il faut reconnaître à l’auteur d’Elvire et Jeremy le mérite de n’avoir pas totalement cédé à la facilité du genre. Ainsi le style de ce premier roman est intéressant et comporte d’excellentes trouvailles. Somme toute l’ensemble est charmant, léger, anodin comme peut l’être un parfum et, à l’égal de l’Air du Temps, il convient parfaitement à l’esquisse de ces beaux et riches jeunes gens qui font des drames pour rien mais pour qui rien n’est tragique finalement.
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