dimanche 13 novembre 2011

Les passions rouges de Cyril Mokaiesh

Du Rouge et des Passions, tel pourrait être le nom du dernier maquillage Bourgeois si Cyril Mokaiesh n’avait repris à son compte certaines allégations pour imposer son titre Communiste. Mais, dans le même temps, et parce que la révolte emprunte rarement les lignes droites, pour témoigner de cet étonnant mélange qui caractérise Notre époque il lui faut également en revêtir tous les oripeaux.


Ainsi ce premier album pourrait-il faire à lui tout seul l’objet d’un blind test tant ses références sautent aux oreilles et nous rappellent Ferré, Uminski, et même parfois Thiéfaine. D'abord l’on pense à Saez, et puis tout s’élance dans une valse qui nous transporte brillamment du côté de chez Brel. Et puis l’on cherche à voir « où ça nous mène » avec Le sens du manège, avant de se laisser aller au gré des flots de la mélancolie du Rouge et des passions («rien ne m’attache, tout me retient»). Alors, au moment où l'on s'y attend le moins, l’espoir paraît, soudain et néanmoins, avec ces Jours inouis, mais Brel, toujours, et puis Sheller aussi nous rappellent que c’est Folie quelque part que d’espérer quoique ce soit ici-bas avant de céder sous Nos yeux à une variété surannée.

Peut-être intimidé par ses maîtres, ou parce qu’il regrette leur époque, Cyril Mokaiesh finit par dériver au fil de sa poésie, se laissant porter par elle à rebours et surtout à contre-courant. Alors il peine un peu, forcément, et nous aussi à la longue. Les mots qui jusqu’ici nous enchantaient nous laissent las devant ce cri des essouflés, à se dire que l'on a fait le tour parce qu’il en a trop fait, ou pas assez, tout ça pour finir sur une reprise de Lavoine qu'il relance avec une morgue désespérée et, il faut l'avouer, un certain brio.  

« Je vous fais toutes mes excuses » nous dit-il finalement, et il y a de quoi toutefois, tant ses premiers élans nous laisser espérer mieux, du moins que tout cela nous conduise autre part que dans le mur, cernés de part en part par notre époque ou par notre culture.
Du désespoir à la résignation il n’y a qu’un pas mais Cyril Mokaiesh ne se résigne pas et ne nous désespère pas. La peur d’être mal compris ou ce parti pris qui consister à revêtir la cosmétique de l’ennemi l’auront convaincu d’en rester là, du moins pour cette fois, mais nous promettent d'autres lendemains qui chantent, de façon tout aussi juste et lucide, mais moins à l'étroit.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire