mardi 13 septembre 2011

Moi aussi je veux être une star : Rencontre avec Pierre de Vilno à la librairie Gallimard

Il y a deux ans de cela, lorsque je suis arrivé à Paris, un ami cinéaste me tint à peu près ce langage : « il faut que tu ailles aux soirées, parce que c’est là que tout se passe ». Depuis je vis ici comme je vivais en province : j’écris toujours - moins cependant depuis que je dois solliciter des souscriptions pour pouvoir être publié - et ne sors pas davantage, convaincu de n’être pas un mondain et ne trouvant au demeurant que fort peu d’intérêt à la fréquentation de mes contemporains.

Bref, je suis à mille lieues des milieux dans lesquels errent Elvire et Jeremy (que je vous ai présenté ici). Cela dit quand Libfly (que je vous ai présenté là) m’a proposé de participer à la première édition de ses Rencontres j’ai, malgré mes réticences, immédiatement accepté, séduit par le principe : « l’internaute reçoit le livre, en écrit la critique sur Libfly, se rend à la rencontre en librairie et s’engage à faire un petit retour de cette rencontre sur le forum du livre, qui peut prendre la forme d’une mini-interview de l’auteur, ou d’un compte rendu simple, écrit et/ou photographique ».

Le soir venu je retrouve donc Ariane Ravier devant la librairie Gallimard. Elle aussi a accepté l’invitation, bien qu’elle n’ait pas aimé le livre. D’entrée nous évoquons sa critique. Mon avis est plus mitigé : là où elle voit des maladresses je vois du rythme, là où elle perçoit du vide je présume de non-dits. Néanmoins nos exigences sont les mêmes : c’est la littérature qui nous mène.

Accroché à son large cigare comme à un bastingage, l'imperméable au vent, un individu nous accoste : « Je suis son gendre ! » nous lance-t-il sans ambages. Et de défendre le fond, et Cambacérès, et Napoléon. Nous dissipons la fumée et le malentendu par la même occasion : nous n'évoquions pas la Conversation de Jean d’Ormesson mais le roman de Pierre de Vilno. « Allons, les temps ont changés, moi je n’attends plus le livre extraordinaire mais simplement le bon, et Vilno c’est bon au regard de la production ! » Il s’éloigne, nous laissant dériver sur la dite production, l’édition à compte d’auteur, participative, ou encore soumise à souscription, bref sur notre condition et notre manque de moyen tout en rêvant en vain d’être un jour signé par l' un de ces éditeurs qui en ont.

Une fois à l’intérieur nous poursuivons notre débat à deux pas d’Héloïse d’Ormesson, laissant passer les visiteurs un à un, leur ouvrage sous le bras. Le temps passant, je dépasse mon appréhension et interroge Pierre de Vilno pour Libfly : « Ce rapport à l’oralité, au rythme, s’agit-il d’une construction délibérée ou est-ce simplement votre style ? Qu’est-ce qui vous a mené à l’écriture en général, et en particulier à ce récit ? Enfin, quelle est la part de l’autobiographie ? » Pierre se prête aimablement au jeu, me parle de sa découverte de Duras, de sa formation de pianiste, de sa profession de journaliste. Et finalement de cette fille qu’il a aimé et qui l’a quitté comme ça, du jour au lendemain, du chagrin qu’il en a éprouvé, prenant à témoin son entourage venu le féliciter pour la sortie du livre. « Il faut que tu écrives ça » lui dit-on à l’époque. Alors Pierre s’exécute, et puis rencontre cette autre dont il apprend, surpris, qu’elle préfère les filles. L’histoire prend alors un autre tournant, Elvire devient cette fille qui n’est pas elles, et Jeremy ce garçon qui n’est pas lui.

« D'où certains silences et une certaine pudeur…» mais je suis interrompu par une furie qui surgit et s’interpose « Pas du tout ! Teresa, de l’Express, enchantée ! La scène du gode-ceinture c’est une référence, non ? C’est du vécu ? Ah et puis vous en connaissez beaucoup des chambres de bonne de 50m² ? Et cette fin ouverte, avec cette phrase-là… ». Pierre répond, happé, «Ah Teresa !...Je n’ai jamais testé…Vous en êtes sûre?... Peut-être une erreur sur l'exemplaire de presse... » (NDB: quant à moi je pense, Teresa, qu'il s'agit d'un malentendu, et invite le lecteur à se référer à sa propre version.) Soufflé mais fair-play je décide de les laisser entre gens du métier, remercie l’auteur pour ces précisions et récupère mon exemplaire pour découvrir, contrit et perplexe, sa dédicace : « Pour Eric, en espérant que dorénavant il comprend mieux… »

Je retrouve Ariane et, dans la foulée, fais la connaissance d’Agathe, l'attachée de communication des éditions, d’un musicien venu offrir ses prestations et d’un étudiant en droit qui connaît personnellement l’auteur et interroge celui-ci sur la véracité des détails. Pierre confirme et nous désigne le chef cuisinier du roman qui, en réponse, nous adresse de grands signes. Si Elvire et Jeremy n’existent pas, leur univers si : venus pour parler du livre je réalise que nous sommes désormais à l’intérieur de celui-ci, en plein cœur de ses pages et, nous aussi, des personnages. Pierre s’est d’ailleurs décrit lui-même, « journaliste de radio » aux côté de ses amis, Foenkinos, Sthers et Zeller dans une courte scène, au Flore. Je relis la quatrième de couverture « Son récit libertin se déguste comme une coupe de champagne ». Pour la peine je termine mon verre et reprends petits fours et macarons.

Soudain les mots d’Ariane fusent en direction d’Héloïse d’Ormesson qui excuse son époux : « C’est quelqu’un de passionné par l’édition…l’économie de l’édition. » Le mot est lancé. De nouveau il est question de marché, et non de littérature. Il faut vendre, rentrer dans ses frais, face aux distributeurs, aux chausse-trappes du métier, aux éditeurs qui surproduisent et promeuvent à tout va le moindre people, quand il est si ardu pour nous autres écrivains méconnus de se faire un nom en littérature. Ici comme ailleurs le constat est le même : le terrain est miné, la marge de manœuvre est faible. Le système est ainsi fait, il a bon dos c’est vrai, mais il existe et il faut faire avec. Pour Héloïse l'essentiel est d'assumer ses choix et d'assurer un suivi, comme le prouve sa présence ici.

La rencontre s’achève. Je rappelle à l’éditrice que je souhaiterais faire une photo d’elle pour Libfly en compagnie de son auteur. Tous deux insistent pour que je pose à leurs côtés. Pierre planque son immense étui à cigares (décidément) et Agathe prend la photo. Moi qui fuis d'ordinaire les clichés et les mondanités me voici fichu, fiché, estampillé. «Vous aimez les macarons ? » me demande gentiment Héloïse d’Ormesson.

Puis, après remercié tout le monde et pris congé de chacun, grisé par cette agréable soirée et les bras chargés de trophées - la boîte de macarons, le livre dédicacé par Pierre et le petit marque page sur lequel Agathe a écrit ses coordonnées - je reprends mes esprits et la direction de cet appartement trois fois plus petit que la chambre de bonne citée précédemment. Où l’auteur en devenir que je demeure, après s'être repaît des canapés salés que contenaient finalement la boite et, accessoirement, de quelques pages de Gala.fr sur les écrivains et leurs repaires, boucle son compte rendu en se disant, à l’instar de Didier Super, « moi aussi je veux être une star ! ».

Remerciements : Je tiens encore à remercier Lucie ainsi que toute l’équipe de Libfly, Ariane, les Editions Héloïse d’Ormesson, l’éditrice elle-même, Agathe, la librairie Gallimard et Pierre de Vilno, ainsi que tous ceux qui ont contribués de près ou de loin à cette agréable et romanesque Rencontre qui a eu le mérite d’apporter quelques éclairages tant sur le livre et son auteur que sur le milieu de l'édition.


En espérant retrouver nombre d’entre eux et d’entre vous aux prochaines Rencontres avec, cette fois, Jean d'Ormesson. Où il devrait être question de littérature mais aussi de politique et d'histoire à l'occasion de la sortie de la Conversation. (En attendant retrouvez sur Libfly cet article et ses commentaires.)

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