vendredi 7 octobre 2011

Un Amour de Frère, Colette Fellous

Ce livre s’annonce comme un voyage, celui de la narratrice qui, tout en se comparant à Isis, prétend ne pas savoir ce qu’elle cherche. A l’instar de la déesse elle tente évidemment de ressusciter son frère, non le second qu’elle a perdu peu de temps auparavant, mais le tout premier qui lui revient en mémoire tandis qu’elle vient elle-même d’échapper elle-même à la mort. A travers sa propre histoire elle évoque celle de ce personnage pour lequel elle éprouve un amour inconditionnel, immérité peut-être, aveugle sûrement, mais réel cependant. Ne pouvant lui offrir son propre corps en substitut du sien disloqué par la maladie, elle tente, comme annoncé dans l’épigraphe, de lui en former un nouveau en rassemblant la totalité des sensations, lieux, souvenirs qui la rattachent à lui.
Parviendra-t-elle à ses fins, et surtout ne cherche-t-elle pas, pour avoir tant voulu vivre pour lui, à mourir également ?
En vérité l’on a du mal à savoir où Colette Fellous elle-même veut en venir. L’on regarde avec elle sa vie défiler par le biais de clichés, photos à l’appui. Non seulement elle parsème tout son livre de noms, de rues, de livres, de films et de chansons, mais elle accompagne cette nommagite de citations interminables. L’on sent qu’elle prend ses aises, qu’elle se laisse aller aux détails, ne s’en lasse pas, c’est son livre après tout, et le lecteur, lassé, de se dire qu’elle aurait pu le garder pour elle. Tous ces détails lui parlent, on le sent, mais nous parlent-ils également ?
L’on ne peut aborder ce livre sans être tenté de faire appel à d’autres références. Au contraire de Perec qui recherchait la vérité dans l’infraordinaire, Colette Ferrous demeure à la surface, qu’elle recouvre encore avec les traces de son frère défunt. L’on pense aussi à Sarraute, à cette technique dite du courant de pensée qui n’est jamais qu’une reconstitution. Car la pensée coule, ne se retient pas, une fois passée elle n’est plus là. Alors il faut faire un choix : construire une œuvre ou amasser les faits, infiniment. Elle ne l’a pas fait. Le résultat de cette fusion demeure imparfait, inachevé, avorté.
A vouloir tout dire sans le pouvoir on passe à côté de l’essentiel : de ce frère dont on sent qu’il lui échappe finalement. Ce livre nous parle d’elle. Elle n’a pas fait le deuil, elle le sait, le dit et on le sent. L’écrit, qui demande lui aussi du temps, en fait les frais. Ce recueil tout entier est un recueillement, une longue plainte destinée à ceux qui seront sensible à sa vie, à son expérience, ou encore à sa voix. Un Amour de Frère est comme ça, à prendre tel qu’il est : on l’aime ou l’on n’aime pas.
Je tiens à remercier chaleureusement Libfly et la librairie Furet du Nord grâce auxquels j'ai pu lire en avant première les titres de cette rentrée littéraire, pour le sérieux, la passion et le plaisir qu'ils ont su nous communiquer à cette occasion et que nous avons pu partager à notre tour.
Retrouvez cette critique sur Libfly.

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