samedi 1 octobre 2011

Une nuit à Reykjavik, Brina Svit


Une nuit à Reykjavik. L’obscurité, le froid, la Scandinavie : tout est dit.

C’est en tous les cas ce qu’elle voudrait bien croire. Elle c’est Lisbeth Sorel, jeune cadre dynamique, rien de commun avec son homonyme stendhalien si ce n’est la ferme intention de parvenir à ses fins : coucher, ici, avec lui, contre de l’argent. D’ailleurs elle n’y est pas allée par quatre chemins, la preuve : lorsqu’elle lui a parlé de Reykjavik il a cru qu’il s’agissait d’un hôtel. Lui c’est Eduardo Ros, danseur de tango à ses heures et, le reste du temps, elle ne sait pas très bien.
Du reste peu importe : si cette histoire a commencé bien avant c’est ici, à l’autre bout du monde, que se jouera sa fin ou son commencement. A elle d’en décider. C’est en tous les cas ce qu’on lui a étrangement révélé à son arrivée. Pourtant, d’un bout à l’autre, en toile de fond demeure le doute. Elle a beau savoir qui elle est, ce qu’elle veut, elle n’a de cesse de le répéter, comme pour mieux s’en persuader. Qui est cet homme, à mille lieues du latin lover qu’elle a rencontré, nonchalant, désordonné, qui dort quand il a sommeil, mange quand il a faim et prend les choses comme elles viennent ? D’où vient qu’il lui rappelle sa sœur au point de se comporter avec lui comme avec elle ? Qui est cette sœur dont le souvenir ne la quitte pas ?
Il faut oublier. Tout peut s’oublier. Qui s’enfuit déjà ? Est-ce elle, à l’autre bout du monde, dans cet hôtel, face à elle-même et à cet inconnu, ou serait-ce sa cadette disparue des suites d’un cancer ? Rien à faire : désormais ils ne sont plus seuls. Peu à peu Lisbeth revit l’insécurité des dernières heures, d’une situation qui lui échappe, de ses aventures passées, de ses émotions refoulées. Mais ces confidences, à qui les adresser ? A elle-même, à nous, à lui peut-être ? Se pourrait-il qu’à fleur de peau, au fil des heures, l’irritation cède la place à la douceur, et qu’à son contact la jeune femme lisse s’autorise à devenir poreuse, peureuse et, enfin heureuse, parvienne à briser la glace ?
Il ne faut pas se fier aux apparences. A ce titre je tiens à remercie Libfly et Furet du Nord qui m’ont fait donné l’opportunité de découvrir ce livre dans le cadre de leur rentrée littéraire, faute de quoi je serais sans doute passé à côté car, contrairement à ce que l’on pourrait de prime abord, Une nuit à Reykjavik n’est pas un roman à l’eau de rose. Toute chose se fane, les fleurs comme les femmes, et rien ne se passe jamais comme prévu. La nuit qui vient quand on ne l’attend pas, qui s’éternise quand on ne la veut plus, que l’on retient quand elle s’éloigne enfin. Pour autant ce n’est pas non plus un drame. C’est frais, c’est drôle, c’est vif et imagé, ça se lit avec plaisir, se suit un peu comme une comédie romantique. En fait Brina Svit a beau nous le dire en vérité l’on ne sait jamais où l’on est ni où tout cela va nous mener. Jusqu’au dernier moment. Et même alors, le sait-on vraiment ?
Retrouvez cette critique sur Libfly.

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