lundi 13 juin 2011

99 Francs, de Frédéric Beigbeder


Octave, créatif pour une grande agence de publicité, ne tient que par la drogue, l’alcool, et le stupre dans lesquels il noie son désespoir et sa solitude. Jusqu’au jour où il décide de se sauver en se retournant contre le système qui l'entretient et qu'il entretient en retour.
« Tout est provisoire » : comme pour le prouver le narrateur avoue d’emblée écrire dans l’intention de se faire virer et de retrouver sa liberté. Au fil de ce cheminement qui constitue également une reconquête de son identité, chaque chapitre porte le titre du pronom personnel auquel il est écrit et dont il porte la marque : je, tu, il, nous, vous, ils.
Après s’être définit par un inventaire de ses biens, l’auteur revient sur ses motivations « je crois qu’à la base je voulais faire le bien autour de moi. Cela n’a pas été possible pour deux raisons : parce qu’on m’en a empêché, et parce que j’ai abdiqué » et conclu face à l’illusion révolutionnaire de notre temps qu’il ne reste qu’à « foutre le camp ». Ce constat qu’il va développer dans les chapitres suivants, va prendre toute son ampleur lors de son road trip avec son ami Charlie lorsque, cherchant un bouc émissaire, ils en viendront à commettre l’irréparable. Dès lors le désir de fuite va prendre une autre direction : ce monde idéal que nous présente la publicité existe-t-il quelque part ?
99 francs est le second ouvrage de Frédéric Beigbeder que j’ai découvert - après Dernier inventaire avant liquidation, autant dire le premier - et pour ainsi dire le seul depuis, tant il surpasse à ce jour et à mon sens tous les autres tant dans le style que dans sa description du monde contemporain en proie à la publicité et plus largement aux mass media, au culte de l’image, à la surproduction et à la surconsommation. A ce titre il a notamment le mérite de poser des questions qui demeurent plus que jamais d’actualité et par là-même trop peu dénoncés, telles que le vocabulaire guerriers du marketing ou l’influence des fonds de pension.
Face à la complexité des questions et à l’absence de solution, l’auteur oppose un cynisme féroce et des réponses radicales. Au point que l’adaptation cinématographique quoique brillante, m’a semblée fortement édulcorée : ainsi toute la scène relative aux fonds de pension, à Céline, au bouc émissaire, et aux rapports franco-américains, avec toute la rhétorique qui s’y attache, a été supprimée pour laisser place à une séquence où nos deux compères, transformés en héros de dessins animés sous l’emprise de stupéfiants, heurtent aléatoirement tous les piétons qu’ils rencontrent.
Somme toute 99 Fr est un livre très réussi, de son écriture à son adaptation, en passant par le défi du narrateur de se faire virer que Beigbeder a ironiquement si bien relevé que la liberté rêvée par Octave, au lieu de le condamner à l’« assurance chômage » et à la chute, l’ont mené droit vers les parachutes dorés et ascensionnels qu’octroie parfois la littérature.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire