dimanche 13 mai 2012

La Laïcité, un combat pour la paix, Jean Glavany


Difficile, à quelques semaines des présidentielles et en quelque domaine que ce soit, d’échapper aux sollicitations de la campagne, évoquée déjà au sujet du dernier ouvrage de Jean d’Ormesson. Après L'essai sur l'art de ramper à l'usage des courtisans et La grève des électeurs, il me semblait ne pas devoir y revenir. C’était sans compter sur Libfly et les Editions Héloïse d’Ormesson, que je remercie pour m'avoir amené à vous présenter aujourd’hui l’ouvrage de Jean Galvany, La laïcité, un combat pour la paix, et à me replonger par la même occasion dans mes cours d’histoire de première année sur l’enseignement et sur la nation même si, comme nous le verrons, le fond du débat se prête à des commentaires beaucoup plus libres que sa forme ne le laisserait à penser.
Jean Glavany est secrétaire national à la laïcité, député, et surtout socialiste depuis près de quarante ans. La laïcité est son sixième ouvrage. Au cours d’une longue introduction il y revient sur ses origines (un père gaulliste, une famille métissée où se côtoient « bouffeurs de curé » et dévots), ses croyances (athée et agnostique), ses influences ( « l’école laïque, publique et obligatoire », ses maîtres et ses opposants) et enfin son engagement politique et sa conception du socialisme qui, tous, ont inspiré ce livre à la fois « instrument pédagogique et didactique » et « instrument de combat » contre la confusion entretenue par la droite entre liberté de culte et de pensée, islam et intégrisme, dans une perspective électoraliste.
« Il n’y a pas de définition simple et universelle de la laïcité » commence l'auteur qui, néanmoins, en termes simples et avec son franc quoi que juste parler, y pallie en la rapprochant des principes républicains issus de la Déclaration des Droits de l’Homme qui tendent vers un « vivre ensemble » longtemps associé à l’idée de nation. A l’inverse du débat sur l’identité nationale il s’agit pour lui d'accepter les différences et de lutter contre la discrimination et les privilèges par une législation commune. Dans ce domaine les apports de la Révolution sont loin d’être acquis et le combat pour la laïcité demeure très contemporain. Pour le démontrer Jean Glavany revient sur la construction historique (la « sécularisation », le gallicanisme, les guerres de religion), mythique (« martyrs de l’obscurantisme, héros de la laïcité » et « bâtisseurs de la laïcité », entre Briand et Jaurès) mais aussi juridique (avec la loi de 1905 qui entérine « la séparation de l’église et de l’Etat » ) réalisant une première partie bien documentée qui, si elle n’exclut par un parti pris, révèle davantage la passion de l’auteur que ses inimitiés.
A contrario la « traduction concrète » de ce principe qui fait l’objet de la seconde partie se révèle moins convaincante, où l'auteur, qui se revendique d’Aristide Briand contre Sarkozy, voit dans la laïcité la garantie d’un pluralisme religieux qu’il entend défendre contre celui-ci. Pour cette raison, et parce qu’il reconnaît n’avoir pas lu le Coran, la Bible ou la Torah sous prétexte que « la laïcité se situe au-dessus de tout cela », l’argumentation se cantonne ici à l’anecdotique, rebondissant sur les « on dit », citant à défaut un reportage de France 2 ou une correspondante du Figaro, ne trouvant d’autre alternative au prétendu combat de sa Némésis contre l’intégrisme que de l’étendre à tous les intégrismes. Pour le reste il ne propose guère qu’un « recensement de textes laïques », d’ailleurs déjà accompli, qui témoigne surtout d’une certaine nostalgie et de son désir sincère de vouloir sauver ce qu’il reste des meubles après la désaffection d’un Etat qui se moque désormais du service public, de l’hôpital comme de la charité.
Alors oui, c'est entendu, le principe de laïcité pour être énoncé n’en est pas moins menacé, et avant tout par ce « droit à la différence » instaurant la « différence des droits », par cette « laïcité positive » de Benoît XVI reprise par Nicolas Sarkozy et qui rejoint la discrimination du même nom. Jean Glavany le sait qui, après avoir avoué son ignorance des religions, n'hésite pas à déclarer « on ne combat bien que ce que l’on comprend bien », pour mieux dire l'extrémisme religieux et de droite, voilà l’ennemi, et non celles-ci. Et s’il semble faire preuve d’un certain angélisme en déclarant à l’époque du règne des lobbys et des médias « j’ai toujours pensé que les propos d’un personnage politique et, a fortiori, d’un chef d’Etat, l’engageaient lui et personne d’autre », ses accusations ad hominem se tiennent face au carriérisme et à l’électoralisme de Nicolas Sarkozy mais deviennent caduques, voire dangereuses, au-delà, qui l'amènent à surenchérir et à conclure laconiquement « je préfère la République qui rayonne par ses valeurs à celle qui blâme ».
 
C’est de ce rayonnement dont il est question dans une dernière partie où le ton se fait plus messianique, invoquant la « transcendance », les « hussards noirs », citant enfin Jules Ferry, encore qu’indirectement, mais de façon très révélatrice ( « nous avons promis la neutralité religieuse, nous n’avons pas promis la neutralité philosophique, pas plus que la neutralité politique… » ), mais aussi Kennedy ( « Ne te demande pas, chaque matin, ce que ton pays peut faire pour toi. Demande-toi ce que tu peux faire pour ton pays » ) après avoir proposé un « service civique obligatoire pour tous ». Or c'est dans les mêmes termes qu'en septembre dernier un « serment d’allégeance aux armes » a été défendu par Jean-François Copé, révélant combien les vœux pieux de Jean Glavany concernant les droits, et ses invectives à l’encontre de la droite, sont réduits à néant lorsqu'il rejoint concrètement celle-ci sur la question du devoir, ou défend par un étrange raccourci un traité qui va à l'encontre de tous les principes énoncés ( « D’un point de vue juridique précis et, donc, d’un point de vue politique, et de traité n’était nullement un recul sur la laïcité. Donc, nullement une menace pour l’Etat républicain et laïque. » )

Ainsi, du fait même de son engagement politique, Jean Glavany ne parvient pas à mon sens à concrétiser son essai, se contentant d'un long manifeste où l'objet, instrumentalisé, est appréhendé à la manière de cet éléphant de la parabole bouddhiste, que l'aveugle identifie dans son entier à la seule partie qu'il parvient à tâter. Il n'est d'ailleurs pas anodin de trouver en exergue de l'ouvrage une citation d'Ernest Renan, auteur de « Qu’est-ce qu'une nation ? », texte précis et incontournable des études d’histoire et des concours de la fonction publique, et dans le même temps de prises de positions contradictoires et controversées dans le domaine de la religion. Reste que s’il apporte peu ou proue au canon des ouvrages portant sur le sujet, La laïcité, un combat pour la paix, ajoute surtout à l'arsenal des thèmes de campagne de candidats qui, en première ligne, n'ont pas tardé à s'en emparer, à commencer par François Hollande qui a proposé de constitutionnaliser la loi de 1905 pour contrer les attaques incessantes de la droite.

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