lundi 19 mars 2012

Pas à pas, ABC Des Albums de Dominique A

Auteur, compositeur, interprète, c’est par la musique que Dominique A, entend redonner à la chanson française ses lettres de noblesse au début des années 90. Retour sur le chemin parcouru à travers les albums studio de l’un des pionniers de la nouvelle scène française.

« Dieu que cette histoire finit mal » : telles sont les paroles qui inaugurent en 1991 ce Disque sourd, premier et excellent album de Dominique A. Expérimental, fébrile, sensible et sombre, entièrement électronique, mené au rythme frénétique de ses pulsations saccadées sur lesquelles plane une voix lancinante, étouffée. Autoproduit à 150 exemplaires vinyle dans une pochette rédigée à la main, il ne sera pas réédité malgré quelques bijoux comme Silence entre nos larmes, Everyday’s not like sunday, ou Sous la neige et ne survivra que grâce aux copies de quelques passionnés.



La Fossette qui sort en 1992 chez Lithium est donc considéré comme son premier album et reprend néanmoins quelques morceaux du précédent. C’est un disque plus hétéroclite, moins assuré, un peu figé, mais cohérent par l’assemblage des thèmes abordés. Le temps, avec les jours, les mois, les saisons, mais aussi l’amour, du moins ce qu’il en reste entre Va-t’en, L’un dans l’autre et Passé l’hiver, ou encore Le courage des oiseaux, sans oublier La folie des hommes qui emporte tout cela.


Moins électronique, mâtiné de jazz et de batterie, Si je connais Harry sort dès l’année suivante, entre les entêtants accords de guitare du Gros Boris, la pudeur et la justesse saisissante de L’onglée, la poésie rare, mais aussi le doute et le dénigrement de Pour qui je me prend, (« Tous ces changements/tous ces bruits d'armure/Souvent c'est du flan/Oui, mais se faire le chantre du murmure/Vaut peut-être autant ») qui peut-être résume cet album composite, mais sûr.


 
C’est en 1995, avec La Mémoire Neuve, que j’ai découvert Dominique A, en même temps que la vie d'étudiant et la guitare sur laquelle je m'exerçais en vain à jouer Je ne respire plus Milos ou son titre phare, Le Twenty-two bar. La Mémoire Neuve, la résignation liée au métier de faussaire (« mais pour moi je ne sais rien faire, rien ne marche et je ne connais pas d’autre faussaire qui sache un peu m’aider »), l’expérience aliénante du Travail font un excellent compagnon de misère de ce disque à l’amertume contagieuse.



En 1999 paraît Remué. Ses guitares saturées, échoïques, sur fond d’électronique planante donnent une identité à cet album complexe qui pourrait parfaitement constituer la bande originale d’un film de genre, mais lui confèrent également une ambiance monotone au sein de laquelle seul Retrouvailles me remue par son intensité dramatique et sa déchirante ironie.



En 2001, avec Auguri, Dominique A renoue avec le chant plein de la Mémoire Neuve, s'accompagnant de guitares classiques ou flamenco, entre Antonia, Burano et une excellent reprise des Enfants du Pirée. Un album enregistré au pays de Galles, mais composé après un séjour en Italie et qui, malgré un regard toujours désabusé sur l’amour avec Pour la peau et Où conduit l’escalier, porte aussi l'espoir et la douceur de vivre avec Les chanteurs sont mes amis.



Tout change en 2004 avec Tout sera comme avant. Dominique A prend un nouveau tournant, sollicite ses fans, enchaîne les concerts et confie pour la première fois la production et l'orchestration de son album. Un album éclairant sur celui qui travaille sur l’instant et nous semble avoir définitivement abandonné la morgue et le cynisme des premiers temps pour devenir conteur avec Les Clés et raconteur au regard décalé entre Le fils d'un enfant et l'humour snob et dévastateur de l'Inuktitut ou de la Retraite à Miami.



Avec L’horizon en 2006 Dominique A va plus avant, prend le large, ne se retournant plus que mesurer la distance, l’impossibilité de Rouvrir les portes, de raviver le souvenir. L’horizon bien sûr, mais la mer surtout qui le porte. La Relève, très belle, souligne ce propos. Quelques morceaux enjoués, mais c'est à la nostalgie surtout que l'album se dédie tandis que les textes, plus épurés encore, vont droit à l’essentiel.


Nouveau cap avec La Musique en 2009 où l'authenticité semble couronner les années d'errance en rejoignant Le sens (« J'ai tout essayé, j'ai pas trouvé le sens ») où une orchestration efficace et soignée sublime des textes emportés comme ce splendide Nanortalik, où le désir d'ailleurs rencontre l'envie de vivre et la sensualité avec Hôtel Congress, où l'on retrouve ses thèmes de prédilections l'amour et la question de l'autre avec, Mais qui es-tu. Un album complété par un second, La Matière, et qui passe pour constituer avec lui une rétrospective de son œuvre tout entière.


Dominique A, comme tous les grands artistes, n'est jamais là où on l'attend, et par ce fait demeure toujours trop peu présent, distant du grand public et des médias. Et si je ne l'écoute plus que rarement, il demeure une référence et c'est en grande partie à lui que je dois, pour le meilleur et pour le pire, de continuer à suivre l'actualité de la chanson française, et d'écouter des gens aussi différents que Philippe Katerine, Benjamin Biolay, Julien Ribot ou encore Arnaud Fleurent Didier dont l'instrumentation du premier morceau de la Reproduction rappelle d'ailleurs furieusement celui de la Musique sorti quasi en même temps, même si la comparaison s'arrête là au regard du talent et des vingt ans de carrière de Dominique A.

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