vendredi 13 avril 2012

Essai sur l'art de ramper à l'usage des courtisans, du baron d'Holbach


Ce tout petit ouvrage, qui comprend tout au plus une quinzaine de pages, est extrait des « Facéties philosophiques de feu M. le baron d’Holbach » parues dans la correspondance de Grimm et Diderot. Moins connu que ce dernier mais néanmoins auteur, traducteur et éditeur - comme nous l’apprend la petite bibliographie qui accompagne le texte – il fut également philosophe et rédacteur de l’Encyclopédie.
Savant, il vit son œuvre majeure, le Système de la nature, condamnée à l’autodafé par le Parlement. Réaliste et prolifique, athée et pamphlétaire, courageux, mais non téméraire, on lui attribue près d’une cinquantaine d’ouvrages sous pseudonyme au cœur desquels trônent de front la nature et la raison.

Dans cette perspective on le voit ici et d’abord endosser l’habit de l’éthologue plutôt que de l’ethnologue pour brosser le portrait animalier de cet être si « étrange », si changeant et, pour tout dire, si étranger à l’humanité que constitue le courtisan. Mais très vite d’Holbach se ravise : puisque tout joue en la faveur de celui-ci, que rien ne lui résiste, ne seraient-ce plutôt les philosophes, « gens de mauvaise humeur » dont il fait partie, qui seraient dans l’erreur en ignorant la valeur de ceux-ci ? « Si nous examinons les choses sous ce point de vue, nous verrons que, de tous les arts, le plus difficile est de ramper » : de ce nouveau postulat vont naître le texte que nous connaissons et son fameux titre.

Maniant l’ironie, prêchant le faux pour mieux distinguer le vrai, et le bon grain de l’ivraie, d’Holbach va tenter de démontrer que cet art de ramper, parce qu’il est contre nature et contre l’âme, en somme contre l’homme, demande à ses pratiquants un effort constant pour combattre les vertus les plus nobles et servir les vils appétits de leurs maîtres pour mieux les asservir. En plaçant par ce procédé les nations et les souverains au service des courtisans, il vise autant les seconds que les premiers, usant de la nature et de la mythologie qui sont généralement l'apanage du faste, pour les faire apparaître sous un jour plus néfaste.

Ce petit texte, publié par Allia et mis à l’honneur par Libfly, que je tiens à remercier, est l’occasion de découvrir ou de redécouvrir cet auteur trop souvent négligé et qui défend ici des positions et thèmes qui lui sont chers, mais qu’il partage également avec tous ceux qui sont ou furent confrontés aux bassesses et à l’arbitraire de leur époque. L’on pense à Voltaire, à Thomas More avec sa description du bouffon dans l’Utopie et à sa condamnation, ou encore au Livre du courtisan de Castiglione qui, à l'instar des Miroirs du prince, constituait déjà le manuel de savoir-vivre des cours européennes.

Mais l'on pense aussi, évidemment à nos sociétés à l'obscurité desquelles
cette lecture, bien qu’ancienne et s’entourant de précaution, n’en est que plus cinglante et plus contemporaine. Et ce n'est pas l'actuelle campagne électorale qui nous prouvera le contraire, sur laquelle nous reviendrons d'ailleurs très prochainement à l'occasion du prochain ouvrage de cette opération (qui va de pair avec celui-ci, comme précédent L'Agrume avec L'Invité Mystère) : La grève des électeurs, d'Octave Mirbeau.

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