samedi 7 avril 2012

Soirée Nolife Indies avec RAoul Sinier, dDamage et 2080

Depuis la sortie de son excellent Guilty Cloaks, six mois auparavant, j'attendais l'occasion de voir jouer Raoul Sinier lorsque la soirée Nolife Indies fut annoncée. Nolife c’est une chaîne que j’ai découverte quand, l’an passé comme une fois l’an, il m’est arrivé de rebrancher la télé pour voir ce qu’il s’y passait. Et il faut bien reconnaître qu’il ne s’y passait pas grand-chose, ou rien que du très formaté, à part sur Nolife justement.     

Alors bien entendu, malgré tout le travail que l’on devine, la chaîne conserve un côté amateur, transparent, fragile peut-être, ne serait-ce qu'économiquement. Mais c’est aussi ce qui fait son charme, comme ce fut le cas des radios libres en leur temps et, plus près de nous, de tout se qui se rapporte au Web 2.0. Cette liberté permet en même temps de traiter des sujets hyper pointus ou, en tous les cas, "pas super grand public" et surtout très divers qui, s’ils s’adressent à tous les goûts, réduisent aussi les chances que ces mêmes goûts si différents soient réunis en une seule et même personne, à moins de considérer qu’ils dressent en quelque sorte le portrait du geek / nerd absolu.   

Dans les faits, on se retrouve très vite, soit à jouer le nolife devant la télé, soit à noter les rendez-vous donnés régulièrement par les animateurs de la chaîne, parmi lesquelles les webséries Noob ou Nerdz, les émissions 101% ou J’irai loler sur vos tombes, et bien d’autres consacrées aux jeux vidéos, à la culture et à la musique nippone, mais pas seulement. En effet la chaîne étant soumise aux quotas imposés par le CSA il lui faut diffuser au moins 40% de musique française, ce à quoi elle s’est appliquée à sa façon et de bien belle manière en choisissant de promouvoir des artistes indépendants.        

 
Nolife indies, c’est donc le nom de l’émission que la chaîne leur consacre. C’est d’ailleurs grâce à elle que j’ai pu découvrir les trois artistes réunis lors de la première soirée du même nom : Raoul Sinier, dDamage  et 2080. Des artistes qui non seulement participent à la culture de la chaîne mais, comme le montre la vidéo de présentation de la soirée) cultivent un humour et un détachement qui lui correspondent parfaitement. 


Cela se passait au Point Ephemere, à Paris, ce samedi 31 mars, avec Matt Murdock en DJ set et Philippe Nègre en V set, le tout présenté par Médoc, animateur de la chaîne. Après un vide relatif, qui permettra au présentateur de faire quelques blagues de son cru et expliquera peut-être la petite demi-heure de retard du début (qui, entre nous, m'a permis d'être à l'heure et de me rafraîchir après une longue journée de labeur), la salle se peuplera progressivement.

C'est Raoul Sinier, dont j'avais eu l'occasion de vous parler en juillet dernier à l'occasion de son excellent dernier album, Guilty Cloaks, qui débute la soirée avec quelques incontournables extraits de l'album comme l'imposant She's a lord ou le transcendant Walk, mais aussi quelques classiques issus de Tremens Industry ou de Brain Kitchen, avec Listen Close ( voir la vidéo sur YouTube ou ci-dessous) qui n'est certes pas le plus représentatif mais témoigne de l'exigence d'un constant renouvellement et du côté touche-à-tout de cet artiste hors du commun (et puis surtout j'étais trop absorbé par le concert pour faire d'autres vidéos, vous verrez d'ailleurs que la qualité de celles-ci est inversement proportionnelle à l'intérêt que j'ai pu éprouver pour les groupes filmés). Une excellente prestation, riche et variée, assistée avec brio par une impeccable ingénierie son comme me le confirmera Raoul Sinier au cours des discussions que nous avons eu ensuite et qui ont parfait le plaisir et l'honneur que j'ai eu à le découvrir "en vrai".         

Puis c’est au tour de dDamage, dont je ne connaissais pour ainsi dire que le titre Ink 808, le clip réalisé par Raoul Sinier et une interview radio qu'ils avaient acceptés aux côtés de celui-ci. Sous le nom de dDamage se cachent (pour mieux surgir, rugir, sévir musicalement ) deux frères dont les bras sont unis comme les quatre doigts de la main (oui, bon je sais c’est un peu bancal, pour parfaire cette merveilleuse métaphore filée disons que l’ingéniérie électronique remplace le cinquième au pied levé). Enchaînant un concentré de titres dans une dynamique contagieuse leur prestation prend vite l’allure d’une formidable centrifugeuse avec pour fruit de ce travail hystérique un puissant et ingénieux cocktail sur-vitaminé qui semble à chaque instant frôler le court-jus (voir la vidéo sur YouTube ou ci-dessous). Et c’est peu dire que le courant passe dans la salle grâce à ce duo déjanté qui semble ne jamais sortir les doigts de la prise. Là encore une très belle découverte qui confirme la qualité de cette soirée.    


Enfin c’est à 2080 que revient le final. Quand Raoul Sinier se démarque par son travail et sa sensibilité, dDamage par son énergie et sa rage, 2080 affiche très clairement un égotrip décomplexé assorti d’improbables lunettes blanches. Très attendu pourtant 2080 sonne plutôt pour moi comme le début de la fin de cette soirée inoubliable. D’ailleurs pour oublier d’oublier l’idée me vient soudain de reprendre une énième pinte. Mauvaise idée dirait Orelsan que 2080 semble sampler à l’instant, rejoignant par ailleurs le rappeur sur l’approche prétendument « rétro-futuriste » de notre temps, qui espère toujours le meilleur en cultivant le pire. Reste que, sur l’ensemble du set, je ne retiendrai que deux titres tubesques dont le fameux et très réussi My Megadrive, qui font passer la posture rétro-gaming du gamin pour une machine à gaz obsolète. Car, disons-le franchement, 2080 réussit le mieux ce qu’il fait le moins : de l’excellente électro-pop (voir la vidéo sur YouTube ou ci-dessous).      


Quelle méprise ! Mais quelle belle soirée ! Voilà ce que l’on retiendra d’une part de cette prestation et, d’autre part, de l’évènement tandis que Medoc termine quant à lui la soirée par des remerciements et un appel à la pureté que certains de nos ex futurs gouvernants ne renieraient pas (sur un malentendu ça peut passer, ou pas) dans un contexte moins réjouissant. Avant de rentrer non sans avoir traîné et bu plus que de raison, cherché une bouche de métro, avoir croisé plus éméché que soi en cette heure avancée au sein du Paris des perdus, des égarés, et, au 36ème des saouls, au terme d’un autre jeu de piste. Et puis, de retour chez soi, après avoir tapé le début de ce texte sans savoir ce qu’il donnera, l’avoir remis au lendemain en omettant de noter la playlist à cette heure plus fraîche que soi-même, attendu un jour, puis deux, puis plein, et l’avoir repris enfin, l’on se prendra à regretter, la tête entre les mains, de n’avoir pas plutôt investi dans Les aveugles, la Bd de Raoul Sinier et de Sylvie Frétet, plutôt que dans le houblon quand l’occasion était donnée de se la faire dédicacer et, à terme, de la découvrir et de la chroniquer. Et alors, contrit mais content, l’on se surprendra encore là encore à se dire, toujours et néanmoins : Quelle méprise ! Mais quelle belle soirée !


Je tiens pour ma part à remercier de nouveau Raoul Sinier, mais aussi dDamage, et même 2080 :P (Mais si, allons, c'était quand même bien ! Question de goût, voilà tout ! ) mais également tous ceux qui ont participé et/ou étaient présents à cette agréable soirée pleine de bonne humeur et de bon son, à commencer par Nolife évidemment à qui je souhaite de pouvoir réitérer la chose dans de prochaines éditions, et une longue vie évidemment à cette chaîne qui, contrairement à ce que son nom indique, n'en manque pas !

Retrouvez toute l'actualité de Nolife ainsi que des artistes sur leurs sites respectifs  :
http://www.nolife-tv.com/ 
http://www.raoulsinier.com/
http://www.ddamage.org/ 
http://www.myspace.com/the2080 

Crédit vidéo live © Raoul Sinier dDamage Nolife 
Crédit vidéo © Eric Darsan pour le live

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