samedi 19 mai 2012

Raoul Sinier, Covers

Du son encore et toujours avec Raoul Sinier qui, deux jours à peine après le concert Nolife Indies au Point Ephémère, lançait un album sobrement intitulé Covers. Ce bien nommé Free Release, téléchargeable ICI librement et gratuitement, fait par sa démarche un joli pied de nez aux pirates comme aux majors. Sans compter qu'il y a chez Raoul Sinier cette exigence qui fait que l’on accueille avec plaisir toute nouveauté, même lorsqu'il s'agit, comme ici, d'un album de reprises, hommage conséquent d’un artiste indépendant à ceux qui, hasard ou non, le furent également.

Cela commence avec Bauhaus et leur incontournable premier single : Bela Lugosi's Dead. Pierre angulaire, voire de touche, du mouvement gothique, tant sont nombreux les groupes qui s’y sont frottés. Taillé au diamant par Raoul Sinier, porté au sommet par des envolées vocales justes et originales, le morceau, précieux et minéral, prend du relief et se fait plus tranchant. Puis vient le Jóga de Björk, qui gagne en profondeur ce qu’il perd en ornements. Ici pas question de flâner, le paysage musical est intégré, intérieur. Là encore on passe au niveau supérieur. Chaque son qui résonne renforce le précédent, lui donne davantage de valeur, formant une architecture musicale qui s’élève glorieusement au son de grandes orgues. Un monument de gothique flamboyant que l’on ne se lasse pas d’écouter.   

On enchaîne avec le magnifique et très caractéristique Messenger des Blonde Redhead par sa beauté et sa sensibilité désarmantes.  Là encore, l'artiste réussit à s’approprier le morceau, à tel point que la version originale pourra sembler bien fade en comparaison, de même que le suivant, Riders on the Storm, morceau culte de The Doors, qui nous donne l'occasion d'entendre Raoul Sinier en voix de basse, chose plutôt rare. Street Spirit de Radiohead est en revanche plus intéressant, même si on perd un peu de l’aspect technique de l’instrument, car entièrement revisité dans son approche. Plutôt que le désespoir c’est sur la perception que l’attention semble ici se porter. Ce qui pourrait passer pour une méprise chez d’autres laisse deviner chez un artiste qui a si bien repris le Cymbal Rush de Thom York une parfaite compréhension du morceau. Incontournable au sein de cette quasi anthologie, Siouxsie & the Banshees évidemment, avec Sin in my heart. Comme pour le précédent, la compréhension du morceau est parfaite, et la structure presque trop impeccable, quand Siouxsie tendait à jouer sur les inflexions.     
 

Joy in Repetition de Prince, que je ne connaissais pas et dont je découvre l’original, perd, et c'est tant mieux son côté groovy et « love symbol », pour changer de registre et de genre, quand The Night de Morphine, dont l’esprit cette fois demeure, donne lieu à un jeu à la fois plus vaste et plus spectral. L’on trouve aussi The Bay de Metronomy, dont Raoul Sinier conserve là encore l’esprit, peut-être trop quand on considère que le groupe n’a strictement pas évolué depuis le premier album. Mais il y a encore All Along the Watchtower, de Jimi Hendrix, un monument revisité de fond en comble et, enfin et surtout, comme pour nous prouver qu’il n’a pas dit son dernier mot, The Rip, de Portishead, morceau moins abordable qu’il n’y parait et rapidement trop grand pour n’importe qui, ce qui vous l'aurez deviné, est loin d’être le cas pour Raoul Sinier qui interprète celui-ci avec une justesse et une intensité rare, élevant à des hauteurs insoupçonnées le morceau et son auditeur. 

Ainsi Raoul Sinier ne fait pas que reprendre : il transcende, il sublime, il surprend. En choisissant 11 titres cultes, souvent imités mais rarement égalés, il se prête avec un plaisir non dissimulé à cet exercice aussi exigeant qu’agréable, nous permettant de les découvrir ou de les redécouvrir, et dans le même temps d’accéder à une autre facette de son univers : celle, si ce n’est de ses influences, du moins de son goût pour les morceaux les plus nobles, les plus beaux, les plus sensibles et les plus sombres de l’anatomie musicale. 

En somme, avec ce cover, l'auteur de Wxfdswxc2, Brain Kitchen, Tremens Industry et Guilty Cloaks signe ici un excellent album qui, en plus de ne pas coûter un bras, vous permettra de vous faire l’oreille. En attendant le prochain album original de Raoul Sinier, vous pouvez retrouver ses travaux musicaux et graphiques sur raoulsinier.com et vous procurer ses albums sur adnoiseam.net

Metronomy's "The Bay" covered by Raoul Sinier

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