mardi 11 septembre 2012

La Vie, Régis de Sa Moreira

Pour la troisième année consécutive Libfly et le Furet du Nord s’unissent pour vous faire découvrir en avant-première les livres de la rentrée littéraire 2012 avec l’opération On vous lit tout.     

A ce titre, et pour la seconde année consécutive, je tiens à les remercier de m’avoir permis d’y participer, ainsi que l'auteur, Régis de Sa Moreira, et son éditeur, Au Diable Vauvert, avec cette fois un seul et unique livre, même si nous aurons l'occasion d'en explorer quelques autres dans les semaines à venir.


Un individu sourit pour lui-même en croisant un homme qui porte une télé. Rien d’amusant à priori, et pas de quoi faire toute une histoire. Sauf que cette seule pensée va en produire une autre, celle du porteur, qui va à son tour appeler une réponse. Partant de là et sur ce même principe, ce sont près de cinq cents paragraphes et narrateurs qui vont tour à tour s’exprimer et constituer le fond et la forme de ce petit livre de Régis de Sa Moreira intitulé tout simplement La Vie. 


Personnages pensant comme ils parlent et disant ce qu’ils pensent, tous s’attachent à reprendre, à rendre compte, à justifier, à resituer dans leur contexte leurs faits et gestes ou leurs motivations. Non plus empathes que télépathes ils ignorent cependant et paradoxalement tout les uns des autres, soucieux uniquement de leur propre vie et de confirmer ou d’infirmer les allégations d’autrui à ce sujet. L’impression qui ressort est d’ailleurs celle d’un grand isolement plus que de rencontres, d’une grande solitude des uns comme des autres, qui se demandent « qu’est ce que ça veut dire connaître les gens ?» se disent que « la vie c’est tout ce qu’on connaît finalement », considèrent que « La télé c’était personne, Internet c’est tout le monde ».                   

Mais que sait-on d’eux, de leur vie, et que peuvent-ils nous apprendre de la nôtre ? Sans nom, sans identité, sans visage, ils semblent représenter davantage des catégories, des situations, des idées, des réactions, des analogies parmi lesquelles « Je n’ai pas de boulot » suffit à faire écho au même titre qu’un reflet dans une glace ou qu’un chien dans un caniveau. Ironique, tendre, dur ou drôle, c’est toute la vie qui se déroule au sein de cet ouvrage, à la fois jeu et réflexion sur le langage dans lequel l’auteur décrit sans concession les histoires de famille, de couples, d’individus de toutes sortes, avec une certaine prédilection néanmoins pour les malentendus, les tromperies, la rancœur et le mépris qui semblent caractériser celles-ci, même si quelques unes sortent du lot, comme celle de ce fou, de ces médecins, artistes, enfants ou animaux.                

Le procédé comme le langage, à forte composante orale, rappelle évidemment Queneau avec ses Exercices de Style, et plus globalement l’Oulipo. De ce point de vue la contrainte est simple et suffit à elle seule à légitimer l’apparente absence de construction voire d’histoire, pour esquisser, peut-être, ce qui pourrait être La Vie. D’autres s’y sont frotté en explorant cette même technique du courant de pensée, de Perec à Bouillier en passant par Sarraute. Mais là où l’approche phénoménologique et sociologique se rejoignent dans l’analyse, l’auteur a choisi de laisser celle-ci à l’imagination du lecteur, n’employant la sienne que pour élaborer ce canevas.      

Facile et factuel, le résultat se révèle néanmoins assez original, tout en s’inscrivant dans la lignée des ouvrages précédents de Régis de Sa Moreira, avec leur style, leurs thèmes, et un certain détachement. Et si l’on peut parfois se demander où tout ceci peut bien mener, il suffit de se rappeler que c’est à la fois cette multitude de sens et leur absence qui constituent et caractérisent notre quotidien, au même titre que ce petit livre, pour convenir qu’en la matière une seule chose est sûre et conclure : C’est La Vie 
!

Retrouvez cette critique sur Libfly ainsi que les autres romans français de la rentrée littéraire.
Mise à jour : Depuis la réception de l'ouvrage et l'envoi de cette critique pour publication le mois dernier, Libfly m'a fait la surprise et le plaisir de m'envoyer deux autres ouvrages : Appâts vivants de Fabio Genovesi et Chamame de Leonardo Oyola dont vous retrouverez les critiques très prochainement. D'ici là La Vie de Régis de Sa Moreira est sorti le 22 sous une très belle couverture qui vaut à elle seule le détour.

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