lundi 1 octobre 2012

Appâts vivants, Fabio Genovesi



Après La vie, de Régis de Sa Moreira, j’ai le plaisir de vous présenter un second ouvrage reçu en avant première dans le cadre de l’opération On vous lit tout organisée par Libfly et le Furet du Nord, que je tiens à remercier une nouvelle fois par la même occasion, ainsi que les éditions Fayard, de même que l'auteur, bien évidemment.

Ce livre, curieusement intitulé Appât vivants, est le second roman de Fabio Genovesi, auteur, chroniqueur et amateur de pêche de musique et de cyclisme qui réunit ici brillamment ses trois passions.  


Fiorenzo est un jeune garçon de dix-neuf ans qui vit de nos jours à Muglione où il sévit au sein d’un groupe de métal aussi peu reluisant qu’ambitieux, composé notamment du geek Stephano et du bedonnant et fanfaron Giuliano avec lesquels il entend bien dévaster le monde, à commencer par ce petit village toscan. En attendant un meilleur plan il travaille au magasin d’appâts de son père et fréquente L’Info Jeunes du coin qui évoquent pour lui cette « même sensation sépulcrale » contre laquelle il se débat et dont cependant il se nourrit.                   

C’est sans compter sur les vieux résidents, parmi lesquels le bien nommé Mazinger, fidèle client appareillé à la voix de robot ou encore Divo, le réparateur de télévision, déjà échaudés par l’arrivée de nouveaux immigrants contre les menaces imaginaires desquels ils décident de se dresser pour pallier au marasme réelle de leur condition. Tout fout le camp et, d’ailleurs puisqu’on parle de camp, l’amalgame est vite fait avec la shoah tandis que le petit clan prétend renouer avec le bon vieux temps des résistants et l’amour de l’Italie, encouragés par les journaux locaux. C’est alors que surgit La Phalange pour le rajeunissement total, ennemi providentiel et tueurs de hérissons morts, dont le crime ne restera pas impuni, provoquant une escalade dans la violence sans précédent à l’échelle du village.            

Ces aventures nous les suivons surtout à travers le regard particulier, naïf et désabusé, de Fiorenzo. Au gré de ces pages à la première personne qui se lisent comme un journal on le voit ainsi disserter sur la  vie, le vide, le corps, la mort et l’amour qui le touchent tour à tour et dans le même temps, de la perte de sa main quant il était à deux doigts d’un exploit enfantin, à celle de sa mère, jusqu’à ses premières expériences., mais aussi et surtout du Mini-Champion que son père s’est mis en tête d’entraîner et qui est en passe de lui voler sa place.  
               
Heureusement Fiorenzo a du répondant, et ses propres méthodes de développement personnels comme celle dite du super conseil qui consiste à écouter toute bribe de conversation passant à sa portée et dont le résultat est pour le moins déconcertant. Il y a aussi les vers, évidemment, parmi lesquels « le roi des appâts vivants sera toujours sa majesté l’asticot […] qui vous donne l’impression saisissante d’être dans la tombe », mais également ceux d’Annunzio, le poète italien, qu’il lui faut enseigner au nouveau protégé qui, sur sa lancée, se fendra allègrement d’une série de copies plus fantasques les unes que les autres, de l’extinction des dinosaures à l’os assassin.          

Et, parce que leur monde est petit, il rencontrera aussi celui de Tiziana, avec lequel il alternait jusque là. Fille prodigue de retour au pays, son regard et son récit vont également évoluer au cours du roman : de cliché ambulant entretenant une relation avec un homme marié et accessoirement un blog où elle raconte sa vie, coincée entre son travail à l’InfoJeune, sa colocataire et les gars du chantier, on la voit progressivement révéler sa complexité et celle du Mini-Champion tandis que nous découvrons l’improbable destin de Stéphano après la publication d’une impossible photographie du pape et que nous nous interrogeons sur le devenir de Fiorenzo.               

Les Appâts vivants de Fabio Genovesi ce sont eux, ces personnages hauts en couleurs qui s’attirent et se repoussent au gré des courants et de la vie et auxquels nous nous laissons prendre aussi. De même, si les changements fréquents de personnages plus que de ton tendent à nous perdre, il contribuent aussi à ce récit  vif et plaisant, tendu comme un fil tissé de 70 fugaces filaments aux titres cocasses qui s’enchaînent comme autant de brèves nouvelles, d’images d’Epinal, de faits divers entrecoupé de présumés articles de presse. Résignés mais révoltés dans le même temps, nostalgiques mais continuant d’évoluer cependant, comme pris dans une nasse mais libres de leurs mouvements, tels sont les appâts vivants entend nous régaler. Avec succès, cela s’entend.            
   

Comme annoncé précédemment, après La Vie de Régis de Sa Moreira, Libfly m'a fait la surprise et le plaisir de m'envoyer deux autres ouvrages : Appâts vivants de Fabio Genovesi, sorti le 5 septembre avec lui aussi une jolie couverture dont les couleurs appellent à profiter des tout derniers jours de l'été, mais aussi Chamame de Leonardo Oyola dont je vous parlerais dès la semaine prochaine. D'ici là vous pouvez également retrouver cette critique sur Libfly ainsi que les autres romans français de la rentrée littéraire.   

2 commentaires:

  1. Très belle critique pour un beau livre.

    RépondreSupprimer
  2. Oui, je dois dire que c'est toujours plus facile quand c'est un beau livre, merci !

    RépondreSupprimer