jeudi 11 octobre 2012

Manège, Rodrigo Rey Rosa


Rodrigo Rey Rosa, écrivain guatémaltèque, est l’auteur d’une vingtaine d’œuvres courtes dont près de la moitié a été traduite en français, parmi lesquelles Manège, sorti le 6 septembre chez Gallimard.

C'est le premier ouvrage que j’ai eu l’occasion de découvrir à la librairie dans le cadre du prix Virgin 2012 pour lequel il n’a pas été retenu, mais aussi de la rentrée littéraire dont il fait néanmoins partie, raison pour laquelle, bon an mal an, je tenais néanmoins à le présenter.             

Cela commence comme une nouvelle, ou un conte initiatique à la manière de Borgès, d’où transparaît l’étrangeté sous le vernis de la couleur locale. L’auteur, témoin et narrateur, se met en scène, écrivain à qui l’on conseille d’écrire sur le sujet tandis qu’il accompagne son père à une présentation de chevaux andalous pour fêter le vingt huitième anniversaire du fils d’un patriarche local.                

Après avoir resitué le contexte, décrit la rareté des femmes, l’importance des hommes et celle des armes sans manquer de s’en étonner, l’on comprend très vite que le sujet n’est pas celui que l’on pouvait de prime abord mais fait suite à la mort de Douro II, l’étalon le plus cher, dont le box a été incendié. Rodrigo fait alors la rencontre de Jésus Hidalgo, étrange avocat qui lui suggère à point nommé de  « s’atteler » à étudier leur « réalité » et à « transformer ces évènements en fiction ».

Débute alors une enquête susceptible d’impliquer non seulement le patriarche et son fils, étrangement surnommé la Vieille, mais également le fils de celui-ci, prétendument envoyé à l’étranger, de même que la cavalière, l’écuyer et son enfant. Les personnages sont présentés, leurs relations établies, des hypothèses sont ébauchées, le plus souvent suggérées par l’avocat à l’écrivain qui, du coq à l’âne et de fausses pistes à la découverte fortuite d’un tunnel, de faire-valoir à facultatif évoluera progressivement pour se muer en personnage indésirable.  

« Des petits livres » qui « se lisent facilement », ainsi Rodrigo Rey Rosa évoque-t-il ses œuvres quand l’un des protagonistes le questionne à ce sujet. L’on ne saurait dire mieux de cette histoire qui, bien que chemin faisant, demeure fort monotone, trop rectiligne, trop expédiée peut-être, où chaque rebondissement n’est qu’un prétexte à introduire un nouveau cliché, où la confusion des genres se substitue à l’imagination pour donner naissance à un genre de vaudeville écrit par une Agatha Christie égarée chez Tintin et les Picaros.

En somme un curieux manège qui ne mène nulle part, sinon à pas grand-chose, et qui, malgré et par ce parti pris pour le moins original et l’atmosphère particulière qui en découle, tente d’attirer l’attention faute de présenter un quelconque intérêt dans la forme ou dans le fond. Une nouvelle, disons une novella : voici à mon sens comment il faut voir cette œuvre d’une centaine de pages à peine sur les 150 annoncées, qui se suit un peu à la manière des séries télévisées du même nom, en se prélassant un verre à portée de main tout en profitant des dernières chaleurs de l’été indien, et que l’on peut choisir de zapper sans hésitation.

3 commentaires:

  1. Très bien amenée cette critique caustique !

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  2. je l'avais noté dans la liste pour le challenge Amérique latine, Amérique du Sud, j'hésitais un peu, je crois que je veux passer mon tour, merci pour cet avis!

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  3. Bon, tant mieux, ou tant pis ! En tous les cas heureux que la critique vous ai plu et/ou servi, et merci pour ces commentaires !

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