jeudi 13 décembre 2012

L'Âge d'homme, Michel Leiris

Leiris a 34 ans et vient de terminer une psychanalyse au moment où il commence à écrire L'Âge d'homme.

Après avoir décrit certains traits de son physique et de son comportement, il entreprend d’esquisser ce qu’il nomme une « métaphysique de l’enfance » en rassemblant les faits qui ont jalonné jusqu'alors son existence.

En posant la question du rapport entre idée et image, souvenir et imagination, il mesure combien l’influence d’une statuette, d’une gravure, d’un évènement, si anodin soit-il, peut influencer la conscience et modeler durablement la perception.

Cette minutie va révéler ses aspirations aussi bien que ses obsessions, qu’il expose en même temps qu’il explore par le biais de thématiques. Son approche du corps, de la vieillesse et de la mort, de l’infini et du fini, du tragique et de l’antique, du mythologique en somme, va s’axer autour de deux figures de femmes : Lucrèce et Judith.

Ces figures, qui constituent en réalité des archétypes, il va les trouver incarnées en Kay et, après avoir introduit une caractérisation jusque là absente du récit, parvenir à les définir : « Je reste prisonnier de cette alternative : le monde, objet réel, qui me domine et me dévore (telle Judith) par la souffrance et par la peur, ou bien le monde, pur phantasme, qui se dissout entre mes mains, que je détruis (telle Lucrèce poignardée) sans jamais parvenir à le posséder. »

Il cherche alors le moyen de se tenir debout face à la l’humaine condition qui est la sienne « comme devant le taureau se tient le matador ». Ce moyen ce sera l'écriture qui, seule, peut lui permettre de se libérer mais qui, dans le même temps, ravive par la confession la culpabilité née de l'Œdipe et de l'éducation et, avec elle, le désir d'être puni ou absous. Ainsi cette mise à nu se termine-t-elle sur un rêve ambigu où il conseille de se faire un mur « à l'aide du vêtement ».

Dans l’introduction de la présente édition, intitulée « De la littérature considérée comme une tauromachie », tentant d’éclaircir son projet Leiris déclare « faire un livre qui soit un acte, tel est en gros le but qui m’apparut quand j’écrivis L'Âge d'homme » c'est-à-dire « mettre en lumière certaines choses pour soi en même temps qu’on les rend communicables à autrui ». 

Dix ans après, avec le temps et la guerre, c'est ce désir d'être « authentique » qui prévaudra et qu'il poursuivra dans les quatre tomes de la Règle du jeu. L'Âge d'homme est un livre essentiel pour aborder et comprendre l'œuvre de Leiris en particulier, mais aussi, plus généralement, pour saisir les enjeux de l'introspection et la dimension cathartique de l'écriture autobiographique.

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