mardi 1 janvier 2013

L’homme simplifié, Jean-Michel Besnier



L’homme simplifié est un essai de Jean-Michel Besnier, sorti le 10 octobre chez Fayard, en même temps que la version poche de son précédent, Demain les Post-humains

L’auteur, professeur de philosophie à la Sorbonne, spécialiste des nouvelles technologies, membre du conseil scientifique de la Cité des sciences et du Cnrs, tente de démontrer combien l’obéissance quotidienne à un système binaire conduit inéluctablement à l’avènement d’une dystopie post-humaine d’où naîtrait une « singularité », un monstre hybride entre l’homme et la machine prôné par les tenants du transhumanisme.


Une démarche qui, loin de tout alarmisme, se veut lucide et réaliste et part d’un postulat simple : chaque fois que nous croyons appuyer sur cette touche étoile, nous sommes en vérité « actionné » par elle comme des rats de laboratoire, toute technologie reposant sur la shématisation et l’imitation du comportement humain provoquant en retour la simplification de celui-ci. Une simplification sans fin marquée par  la perception du monde au travers d’écrans, accentuée par le renforcement du comportement engendré par la collecte d’informations, prolongé par des expériences de toutes sortes, du professeur Warwick et de son Cyborg Project à une nouvelle génération de robots enseignants conçus initialement pour des autistes.  

Si tout cela semble appartenir à la science fiction, les changements sont néanmoins d’ores et déjà visibles dans le comportement des « digital native » chez qui l’on constate une plus grande faculté d’adaptation mais également une perte d’empathie, et de « l’imagination narrative ». encouragés par un contexte où règne l’absence de morale, le refus de choisir et l’indifférence, toutes caractéristiques d’une société du devenir, sans responsabilités ni sentiments, sans engagement ni compassion. Ainsi devenons-nous de simples exécutant, remplaçables, exécutables, dès lors que nous acceptons de nous laisser définir par des machines qui le sont, saturent notre environnement et formatent nos actions. 

Ainsi, de notre aptitude à « dire et à déchiffrer le monde ainsi qu’à l’adapter à nos besoins et désirs » qui fondent notre civilisation et notre culture, l’homme «  co-produit du langage et de la technique », semble avoir choisi la seconde au détriment du premier, les « arts manuels » au détriment des « arts libéraux », la science au détriment de la conscience, comme  pour mieux faire taire la culpabilité, l’angoisse et la honte de soi qui, avec l’échec de l’humanisme et la victoire du nihilisme, peuvent découler de l’intériorité et de l’introspection. Une évolution qui rappelle les excès des expériences totalitaires nés du taylorisme et nous amène à réaliser combien la simplification à l’extrême née du conditionnement comme de la déstructuration, ouvrent la voie à la résignation.

Si cette attitude semble nouvelle elle provient donc et néanmoins d’un processus de longue date consacré par l’avènement du behaviorisme dont le déterminisme enjoint, à l’instar du rasoir d’Ockam, à « ne pas multiplier les hypothèses », tranchant du même coup dans le vif ce qui la contredit, à commencer par la conscience refusée à l’humains comme elle le fut à l’animal.. Il en va ainsi des prétentions utilitaires de « l’ingénierie comportementale » de Skinner et des  utopies en générales qui semblent toujours tendre vers la dystopie par une simplification à l’extrême du rapport à la matière et à un vivant domestiqué, sujets sur lesquels j’avais eu l’occasion de travailler pour mon essai intitulé L’Antidoxe ainsi que dans un mémoire laissé pour l’heure en suspens mais et sur lesquels je reviendrai certainement.        

Au moment où Jean-Louis Servan-Schreiber, patron de presse et journaliste, fait paraître Aimer le XXIe quand même dans lequel il poursuit sa charge contre la civilisation du « Trop Vite » tout en plagiant wikipedia, Jean-Michel Besnier dresse un historique sans prétention et expose clairement comment, sous le couvert de gestes simples et la promesse d’un « homme augmenté », l’on simplifie l’être humain pour l’adapter à la technique et le livrer à l’arbitraire et au totalitarisme. Une synthèse qui s’appuie sur des ouvrages et des auteurs de référence - d’Étienne de La Boetie à Bruno Latour, en passant par Vladimir Illitch et Gunter Anders – et qui, sans prétendre connaître les réponses, a du moins le mérite de poser les bonnes questions sur un sujet en constante évolution, regrettant la propension à vouloir s’adapter aux machines ou à rivaliser avec elles quand il devait se consacrer aux qualités humaines censées le définir et que l'auteur appelle de ses voeux.


Des vœux auxquels je me joins à l’occasion de cette nouvelle année que je vous souhaite, à tous et à toutes, bonne et heureuse, riche en livres, en musique, en arts de toutes sortes, ainsi qu’en pensées, prises de conscience, réflexions et créations.  

Meilleurs vœux et bonne année à tous !  

2 commentaires:

  1. C'est un charabia prétentieux écrit par un homme pédant qui n'a rien compris au rôle de l'outil, simple facilitateur et démultiplicateur d'efficacité, bien loin du génie créatif et métaphysique de l'âme humaine.
    Jean-Michel Besnier aurait pu développer la même thèse il y a 100 à 150 ans en prenant en exemples le métier à tisser Jacquart, le téléphone, la machine à vapeur et l'électricité.

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  2. Bonjour, et merci pour votre commentaire.

    Charabia je ne pense pas, prétentieux peut-être, quant à l'homme je ne saurais juger, je ne le connais en dehors de cet essai, mais son angle d’approche est intéressant, et il a le mérite d’offrir tout au long de son exposé une bibliographie dont on peut difficilement, sinon pas, contester la qualité et la probité.

    En fait ce n’est pas tant le rôle de l'outil, ni la technique elle-même, qui est dénoncé, que l’usage qui en est fait, et notamment dans le domaine du traitement de l’information.

    Reste que, même si la problématique est différente, Jean-Michel Besnier aurait
    effectivement pu développer la même thèse il y a 100 ou 150 ans concernant les exemples que vous citez, voire même contester le notion de progrès et ceux de l'industrie en particulier. Mais l'on pourrait en ce cas plus difficilement encore lui donner tord lorsque l’on compare les bénéfices que l’on aurait du tirer de l’industrie (procurer du travail, des biens de qualité et du temps libre pour tous) avec ses conséquences réelles (chômage, obsolescence, accaparement des richesses, temps de travail peu réduit au regard de l’augmentation de la productivité).

    De fait le rapport entre l'homme et l'outil est tout sauf simple, et ne va pas dans un seul sens : ce qu'il façonne le façonne aussi. Je pense que c'est dans cette perspective qu'il faut comprendre l'exposé de Besnier qui déplore justement que le génie humain se réduise en grande partie et dans la majorité des cas à l'utilisation de machines dont le fonctionnement lui échappe.

    Après, quelque soit le jugement que l'on porte sur l'auteur ou son essai, l'important, comme pour le reste, c'est l'usage qu'on en fait. A ce titre merci pour votre lecture et votre intérêt, que je partage, pour ce sujet.

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