jeudi 11 avril 2013

The Golden Age, Woodkid

Sorti le 18 mars 2013 après un EP, deux singles et deux ans de promotion composé de duos, de contributions et de concerts, le moins que l’on puisse dire sans coup férir de Woodkid, c’est qu’il sait se faire languir. Une pop symphonique enlevée, majestueuse et mélodique, portée par ses titres cultes et reposant sur une solide architecture : tel est le secret peu gardé derrière les clés entrecroisées d'une icône d'une sombre icône intronisé illico nouveau pape de la pop dont je vous présente aujourd'hui le premier album, The Golden Age, dans son édition de luxe.

« The Golden Age is over » : d'entrée, le ton est donné, à travers ce titre éponyme mené à grand renfort de piano et de trompettes andalouses qui nous précipité très vite vers le connu car second single intitulé Run Boy Run. Après l’attente, voici enfin venir The great escape qui rappelle tout à la fois le cinéma et The Divine Comedy. Embarqués à bord du lancinant Boat song traversé d'envolées synthétiques à la Sébastien Tellier, c'est à travers cloches et violons que nous suivons la ligne de piano qui parcoure tout l'album, comme un sillon laissé peut-être par la composition


D'I love You, troisième single aux accents ethniques, organiques et religieux emporté par les voix des violons et privé de celle qui introduisait le clip, à Ghosts Lights, l'ensemble, passés quelques titres secondaires, est surtout une variation sur le même thème, décliné à l'envi, alternant interludes instrumentales et nouveaux tableaux. Avec Shadows, un morceau d’ombre, de nouveau, intermède électronique quasi religieux qui invite au recueillement avant le retour des percussions avec Stabat Mater, marche imposante qui invite à la procession


Avec Conquest of space, jouez hautbois, résonnez clarinettes, les grandes orgues sont prêtes. La chute n’en sera que plus sombre avec The Falling, courte mais oppressante descente dans les profondeurs des enfers. Un enfer d'où provient peut-être le narrateur de cette histoire comme pourrait le laisser présumer le titre Where I Live qui le suit de près avant de s'incliner, entre cuivres et percussions, devant Iron, le plus connu, le plus lisible, le plus obsédant, et surtout le plus imposant des titres de cet album. Un titre que les cuivres et percussions dotent d'une intensité, d'une puissance de feu, d'une martialité que l’on ne retrouve guère que chez The New Puritans (voir ici Swords of Truth ou encore We Want War) avec lesquels Woodkid entretient des accointances certaines


Au reste la machinerie de Woodkid ne s’ordonne jamais tout à fait que lorsque tous ses éléments d’horlogerie sont réunies : percussions, cuivres et violons. Ainsi l’album se termine-t-il comme il a commencé, tout en beauté, romantique et sombrement emporté, qui invite à passer de l’autre côté avec The other side, et s’achève en roulements de tambour. Un titre qui aurait très bien pu figurer dans le dernier opus d’Assassin’s Creed à l’instar d’Iron, son tout premier single. La boucle est bouclée, celle d'un univers qui se veut tout à la fois privilégié, ultra-référencé, et dans le même temps hyper-mainstream en alliant musique et image, cinéma et jeux vidéo. 


Un univers graphique et musical épuré et puissant, une voix profonde et caverneuse, un chant qui n'est pas sans rappeler celui de Brendan Perry : tels sont les attributs de Woodkid, hipster plus proche de New-York où il réside que des bois de résineux ou du Golden Gate. Composée comme la bande originale d’un conte musical, la musique de Woodkid, barbu hype et elliptique, est tribale, qui repose sur la reconnaissance de ses pairs, et désormais sujets et vassaux


Réalisateur, concevant ses propres clips après avoir reçu des ponts d'or pour concevoir ceux de stars de l'électro ou du Rn'B, Yoann Lemoine n'était pas un inconnu de l'industrie du spectacle avant de devenir Woodkid, ce qui explique peut-être sa mécanique rodée, huilée, qui lui a permit de donner un concert privé à la tour Eiffel, moins d'un an après son unique single assorti d'un EP peu convaincant et plus d'un an avant son premier album qu'il se met dès lors à composer, puis au Grand Rex financé sur ses deniers propres. Des moyens qui facilitent l'indépendance mais aussi paradoxalement la méfiance, malgré la signature chez Gum, label indé. 


Gamin talentueux dont on ne sait très bien de quel bois il est fait, au nez fin mais peut-être aussi long que le bras, Woodkid nous livre quoiqu'il en soit un opéra à la fois grandiose et intime présenté ici dans son édition de luxe, un très bel objet, soigné et réussi illustré par Jillian Tamaki dont on déplore seulement que le livret soit, en toute logique néanmoins, en anglais quand il eut été plus judicieux tout au moins de le traduire pour le public français. Snobisme, désintérêt ou suffisance de ce new-yorkais d'adoption, facilité ou volonté d’être reconnu à l’international ? Wood seul le sait


L’artiste en tous les cas ne manque ni de grandeur, ni d’ambition, ni de talent. Le résultat est là : sérieux, qui peut le sembler trop mais pour le moins cohérent et achevé. En attendant un nouveau cycle qui, peut-être verra naître ou renaître ses décors et héros, vous pourrez retrouver retrouver Woodkid en tournée. Run Boy Run !

 Woodkid, Iron

Crédit photo Eric Darsan © Woodkid, Gum & Jillian Tamaki

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