dimanche 1 septembre 2013

Robert Mitchum ne revient pas, Jean Hatzfeld

Pour la quatrième année consécutive Libfly et le Furet du Nord s’unissent pour vous faire découvrir en avant-première les livres de la rentrée littéraire 2013 avec l’opération On vous lit tout. A ce titre, et pour la troisième année consécutive, je tiens à les remercier de m’avoir permis d’y participer avec ce premier livre, publié le 28 août aux éditions Gallimard.

Robert Mitchum ne revient pas est le huitième ouvrage de Jean Hatzfeld. Journaliste depuis près de quarante ans, reporter de guerre, connu pour sa trilogie sur le génocide rwandais, l’auteur revient une nouvelle fois sur le conflit bosniaque, déjà abordé dans L’air de la guerre et La ligne de Flottaison.  


Vahidin et Marija, amants et tireurs d’élite, vivent et s’entraînent en banlieue de Sarajevo afin de participer aux jeux Olympique de Barcelone lorsque Vahidin se voit forcé d’accompagner sa mère qui a décidé de se réfugier à la capitale, laissant derrière lui Marija et Robert Mitchum, le chien, alors introuvable. Tandis que ces deux-là sont réunis, lui ne peut les rejoindre. Progressivement les deux amants, connus pour leur dextérité, sont recrutés par leurs camps respectifs qui menacent d’un côté la famille, de l’autre le chien. Finiront-ils par se retrouver ou par s’affronter, que ce soit sur le terrain de la guerre ou celui des Jeux ?

Plongés dans l’univers des snipers, de leurs armes et techniques, de leur routine et de l’indifférence qu’ils développent à l’encontre de leurs victimes, l’on passe ainsi de l’inquiétude palpable face aux rumeurs et flashs radio décrivant les viols et les meurtres, au déni des protagonistes, avant, pendant et après cette guerre qu’ils mènent et cependant feignent d’ignorer. Parallèlement l’on suit la solidarité, le rôle et la condition des femmes, la promiscuité des habitants tentant d’organiser le quotidien au sein d’un paysage qui se modifie sensiblement : barrages en sacs de sables, toits écroulés, checkpoint et crépitements qui sont ceux de toutes les guerres.

Face à tout cela trois journalistes bien français, aux noms bien français - Frédéric, Isabelle et Serge – traversent le livre et le pays dans leur bien française Clio rouge. Spectateurs étrangers aux événements qu’ils observent avec un détachement tout professionnel via le prisme de leur futur article, commentent par de bons mots, narrent de manière à susciter l’émotion. Le tout relevant d’une mise en abyme de son travail de correspondant de guerre dont visiblement Hatzfeld ne se remet pas, après y avoir passé deux ans et avoir survécu à une rafale, à moins qu’il ne veuille en épuiser le filon.

Dans un langage qui se veut simple mais s’encombre de vocabulaire et de noms de lieux serbes et croates - bureks, Cevabdzinica et Zeljeznica – avant de céder au familier - « elle le savait cacou » - l’auteur raconte l’histoire, ou plutôt les histoires, de Marija, de Vahidin, des journalistes et, bien entendu, la non-histoire de Robert Mitchum. Autant de récits alternés qui ne servent, comme souvent, qu’à masquer l’absence de trame véritable, et mêlent allègrement faits réels et imaginaires qui demeurent et rendent obscurs les détails de cette guerre pour qui ne les connaît pas, ainsi de ces serbes assurant aux côtés des Français et de l’Onu la sécurité d’une cantatrice venue chanter contre la guerre et en faveur des bosniaques. 

Heureusement, face aux questions que le lecteur serait en droit de se poser sur la pertinence de ce conflit comme de ce livre, l’auteur répond par une autre : « Tu ne demandes pas de nouvelles de Robert Mitchum ? » Robert Mitchum qui gambade, découvre la chasse, poursuit les flocons de neige et qui, voyageant enfin, « ne put que se féliciter de cette mutation, puisqu’il séduisit sur-le-champ une petite rousse au museau polisson et aux pointes d’oreilles blanches ». Robert Mitchum qui, de procédé ridicule, de faire-valoir agaçant, devient le motif récurrent et pour tout dire révélateur de cet énième livre anecdotique qui ne tire ni fait ni leçon d’une guerre jugée parenthétique. Ce même Robert Mitchum qui, enfin, passé l’interrogation qu’il suscite en donnant son nom en roman, nous invite bien plutôt à l’injonction : « Robert Mitchum, ne reviens pas ! »



Vous pouvez retrouver cette critique sur Libfly ainsi que sur le site dédié à la rentrée littéraire. 

Quant à moi je vous retrouve très prochainement avec un second (et meilleur) ouvrage reçu dans le cadre de cette opération : celui de Manuel El Negro de David Fauquemberg, un roman qui invite à découvrir l'univers riche et chatoyant du flamenco. 

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