lundi 1 septembre 2014

L'autoroute, Luc Lang 

Pour cette cinquième édition d'On vous lit tout, Libfly et le Furet duNord s'associent une nouvelle fois afin de vous faire découvrir en avant-première les livres de la rentrée littéraire. A ce titre, et pour la quatrième année consécutive, je tiens à les remercier de m’avoir permis d’y participer avec ce premier ouvrage, publié le 20 août aux éditions Stock

Le narrateur, Frédéric, a hérité de son oncle un prénom et un vieux saxo dont il rêve de pouvoir vivre un jour. En attendant il a décroché un emploi saisonnier d'arracheur de betteraves et vient de rater son train. Il fait alors la connaissance de l'obèse Thérèse, flanquée de l'efflanqué Lucien, qui l'invite à séjourner chez eux, jusqu'au lendemain, puis à demeure. 

Ils adoptent ainsi ce « second Fredo » en lieu et place de leur ami Alfred qui les rejoindra plus tard. L'arrivée de celui-ci, les irruptions répétées et nocturnes d'étrangers, les révélations successives sur le passé de Thérèse éclaireront son étrange don pour chanter le blues, son actuelle déchéance ainsi que ses rapports avec ce château délabré dont elle a hérité, de même qu'avec cette autoroute qui la fascine. Entre la nostalgie, l'admiration et les regrets, le narrateur revient sur son incompréhension quant au drame passé qu'il nous présente comme à venir. 

L'autoroute c'est d'abord la découverte d'une écriture nerveuse, saccadée, qui vous surprend à peine arrivé, en plein milieu du premier paragraphe, à l'instar de ce personnage qui va entraîner le narrateur dans son univers, bouleversant tout sur son passage, à commencer par les règles les plus élémentaires de la grammaire. Le temps est bousculé, les concordances bafouées, le vocabulaire allie le précieux et le familier, l'alternance du style direct et indirect donne lieu a une sorte de fusion entre le narrateur et ce personnage qui semblent parfois à l'unisson interpeller le lecteur, comme pour l'associer à la confusion qui semble les habiter. 

Emprunt d'une musicalité vaincue par la ponctuation, ponctué d'envolées lyriques destinées à servir l'histoire mais desservies par elle, le récit se répand le plus souvent en un éloge insistant et fantasmé des formes débordantes de Thérèse et de « sa chair crémeuse », conduisant lourdement le lecteur vers un dénouement salace et plus sûrement encore vers un franc écœurement. Un style somme toute à l'image de son héroïne, englué dans un mélange de recherche et de mauvais goût, d'annonces dramatiques et de réalité sordide, qui se renforcent ou s'annulent jusqu'au prétendu drame final qui se déroule comme il se doit sur l'autoroute. 

En résumé L'autoroute est un roman anecdotique, maladroit, sorte de novela dont la qualité et l'intention sont difficiles à apprécier en soi, sauf à reconnaître à Luc Lang un don certain pour l'évocation d'images dont on se passerait volontiers, mais également certaines fulgurances qui amènent à s'interroger sur son obstination à vouloir nous livrer cette histoire pleine de ratés, dans le fond comme dans la forme. Faute d'histoire qui puisse tenir la route, l'excès d'effets finit par lasser le lecteur qui se demande pourquoi – pour le dire à la manière de l'auteur - lui le lecteur se donnerait la peine de finir le livre quand l'auteur lui-même il finit même pas ses phrases à lui Alors quoi on se le demande mais quand même c'est la rentrée et s'il a été publié, peut-être que... ce fut un hasard quand le jour où il a été choisi il n'est pas bon Mais quand même si des gens se sont donnés la peine dans la générosité qui est la leur et surtout... 

Et surtout ça sent la copie d'écolier expédiée avant la rentrée. Parce que cette autoroute c'est aussi celle de ces auteurs saisonniers qui, été comme hiver, se pressent pour envahir les rives de la rentrée littéraire. Auteurs parmi lesquels Luc Lang qui, finalement, n'est juste et sincère que lorsqu'il fait dire à son personnage peinant sur son saxo, dans un accès de lucidité quant au résultat de sa pratique : « ce sont des fulgurances accidentelles que je ne parviens pas à prolonger ni à reproduire, je ne travaille pas assez, cela fait trop longtemps que... »

Vous pouvez retrouver cette critique sur Libfly ainsi que sur le site dédié à la rentrée littéraire. 

Tout prochainement un second (et meilleur) roman reçu dans le cadre de cette opération puisqu'il s'agit de Constellation d'Adrien Bosc, chronique vivante et colorée des dernières heures et destins des passagers de l'avion éponyme d'Air France - parmi lesquels Marcel Cerdan - disparu en 1949 dans l'archipel des Açores.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire