jeudi 1 janvier 2015

Ma rentrée littéraire au lance-grenade 1/2

Actualité oblige, la mienne et celle du monde de l'édition (sans parler de l'autre, délétère : celle de la réaction évoquée ici, ou de la répression qui légitime le meurtre à la grenade d'un militant écologiste par des policiers) j'ai le plaisir de revenir aujourd'hui, non sur des livres consultés rapidement et récemment comme dans Ma rentrée littéraire au lance-pierres, mais au contraire longuement, il y a longtemps, en 2012. Et, pour aggraver mon cas, disons qu'il s'agit, soit de coups de cœur au format court, soit de livres dont la qualité invitait plutôt à un démolissage en règle comme j'ai eu l'occasion de le faire avec les Premiers Romans de Katherine Pancol.

Pour commencer je ne vous parlerai donc pas du dernier Houellebecq (le lecteur avisé y verra tout de même un lien), mais d’Aimer (quand même) le XXI siècle de Jean-Louis Servan-Schreiber. Publié chez Albin Michel le 11 septembre (ça ne s'invente pas) sous forme d'une rétrospective, l'ouvrage dresse un état des lieux du rapport à l’autre, au réel et au temps à travers le rapport au numérique. Le propos, ouvertement subjectif, est le suivant : le siècle est jeune, il y aura encore des lendemains, donc des progrès, ce n’était pas mieux avant et ça le sera peut-être davantage, il faut voir les avantages et pas que les inconvénients.

Ce discours éculé s'appuie évidemment sur les aspects négatifs de notre époque, comme la perte des repères et le besoin de se distraire également évoqués de longue date par Melman dans L'Homme sans gravité ou plus récemment par Christophe André dans son dernier et fin opus intitulé Sérénité, ou encore sur l’absence d’une pensée complexe que déplore Edgar Morin qui préface d’ailleurs cet ouvrage. A terme, tout en critiquant la fin du pourquoi et le règne du comment, l’auteur, en l’absence d’une Vérité ou du moins de la complexité qu’il a à y parvenir, posant la question du « comment vivre bien avec les autres » invite à se résigner et à « s’adapter ».

Pour résumer, si la somme des réflexions proposées, à défaut de ne pas être neuves, demeure intéressante, les nombreuses interprétations et postulats faciles, erronés, et même aberrants qui viennent y répondre en relativisent la portée et la crédibilité. Ainsi, tout en arguant comme dans son précédent opus que tout va « trop vite », déplorant le manque de temps et l’obsession du faire, l’auteur n'hésite-t-il pas à plagier (p.79) Wikipédia (concernant l’habitude de Virginia Woolf « de s'installer à la terrasse d'un restaurant pour prendre le temps de réfléchir, de s'asseoir dans l'herbe à la recherche d'une idée ou encore d'accéder à la bibliothèque de l'université », le tout sans source ni guillemets). En somme un ouvrage de circonstance, à l’emporte-pièce, qui surfe sur l’époque, l’actualité, la notoriété de son auteur, sans présenter davantage d’intérêt (ce qui pour le lecteur avisé, donc, enfonce le clou Houellebecq et les portes ouvertes avec). A éviter. 

On poursuit avec Hier et après-demain de Patrik Ouedník traduit par Benoît Meunier et publié par Allia. Un huis clos où l’on découvre Jean, Martin et Gilles, rejoints par le mystérieux et bien nommé professeur Delettre. Un extérieur où les gens ont disparu, un intérieur et un temps qui se réduisent au fil de ce jour qui est aussi le dernier de l’année, des personnages qui régressent : telles sont les circonstances de cette pièce où eschatologique devient scatologique et d’où émergent quelques idées sur Dieu et la transcendance au milieu de conversations sur les « ****s » et les chèvres avant l’arrivée de Mario et de son accent rigolo. Une pièce en un acte où se côtoient les clichés les plus grossiers, qui tourne en rond et finit en queue de poisson, qui cultive l’absurde et la perte de sens en cela, toutes caractéristiques d’une littérature de la fin, ou de la fin d’une littérature qui aurait perdu tous moyens et donc toute-puissance. L’histoire voulue ou non d’un ratage. Dommage.

On continue avec La théorie de l'information d'Aurélien Bellanger, paru en août 2012 chez Gallimard. Un roman très surestimé, pédant, pénible et harassant, conçu à partir de recettes éprouvées et de Wikipédia, qui se caractérise par un manque de recul et d’humanité doublé d’une nommagite aiguë. Synthèse flagrante des Particules élémentaires et de La possibilité d’une île, dans la forme comme dans le fond, l'on s’étonne de l’audace du plagiaire lorsque l'on découvre qu’il a précédemment commis un essai sur l’auteur, et plus encore en entendant certains critiques considérer le style Houellebecq ou Wikipédia comme un genre à part entière. Summum du nihilisme et du roman contemporain, l’ouvrage commence à se révéler un peu plus intéressant lorsqu’il lâche l’information pour la théorie, c'est-à-dire vers la toute fin. Bref, du pur sabotage. Encore dommage....

En attendant la suite très prochaine de cet article qui sera consacré non aux mauvais mais aux bons élèves de cette rentrée, je vous souhaite de nouveau une très belle année 2015 et vous retrouve comme à l'accoutumée dans une dizaine de jours avec cette fois Glose de Juan José Saer qui sort le 15 janvier au Tripode et dans lequel vous comprendrez, si ce n’est rien avant de l’avoir lu, du moins (si, si je vous [r] assure) un peu, mais pas tant, le ton et la manière dont ces dernières lignes ont été rédigées tandis que je lisais encore ledit roman qui en contient plusieurs en fait — de romans, n’est-ce pas ? — pour ce qu’on en sait évidemment, c’est à dire pas grand-chose. « En tous cas, à ce qu’il semble, n’est-ce pas ? ». Pour en savoir plus sur ce surprenant roman, à la fois étrange et fascinant, dont on ne sort pas indemne, rendez-vous le 11 janvier !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire