mercredi 21 janvier 2015

Ma rentrée littéraire au lance-grenades 2/2


Décidément, actualité oblige, la mienne et celle du monde de l'édition (sans parler de l'autre, délétère, évoquée lors de mon Hommage aux victimes de l'attentat au siège de Charlie Hebdo), j'ai le plaisir de vous retrouver aujourd'hui pour la suite de cette Rentrée littéraire au lance-grenades dont vous pouvez retrouver la première partie ici. Après les mauvais élèves de cette rentrée 2012 j'ai, fidèle à mon programme, le mauvais goût et la joie non moins explosive de vous présenter les bons, du moins les moins mauvais, candidats de cette rentrée déjà lointaine (photo ci-contre © Bansky).

Peut-être y piocherez-vous quelques idées de lecture, à moins de préférer vous réfugier derrière les prix littéraires évoqués lors de ma Rentrée littéraire au lance-pierres ou, mieux encore, d'oser vous aventurer vers les beaux et nouveaux titres de ce mois de janvier qui constituent déjà des valeurs sûres, tel l'épatant Glose paru la semaine dernière au Tripode.

Commençons par Avancer, de Maria Pourchet, paru le 22 août 2012 chez Gallimard. Creuser, tomber, remonter : telles sont, à travers les trois chapitres de ce roman, les trois étapes que va devoir bien malgré elle, parcourir son héroïne Victoria (ou Marie-Laure selon les cas), jeune femme désœuvrée et satisfaite qui vit aux crochets de Marc-Ange, sociologue germanopratin sur le retour flanqué de ses deux bambins : le Petit surdoué et sa sœur demeurée. A travers un travail d’écriture et d’invention autour du quotidien et de l’absurde mêlant allègrement les registres soutenu et familier, l'auteur nous offre un roman jubilatoire peuplé de personnages plus extravagants les uns que les autres. Un roman soigné et réjouissant qui rappelle les travaux les plus légers de Perec, de Queneau et de l’Oulipo mais qui, néanmoins ou ce faisant, nous laisse un peu sur notre faim.

Poursuivons avec Féerie générale d'Emmanuelle Pireyre qui, publié le 23 août 2012 chez l'Olivier, a obtenu le Médicis cette même année avant de sortir en poche un an après chez Points. Il s'agit, en peu de mots, d'un roman complètement décalé à l'image de notre époque, celle d'un début de siècle malhabile, coincé entre un trop-plein d'informations et d'émotions et un vide communicationnel et relationnel dont nous avons pu constater l'importance ces derniers jours. Car si ce décalage, cette distance, nous permet à « nous autres européens » de juger a posteriori de cette féerie, de ce bordel ambiant autre et familier qu'en d'autres temps l'on nommerait chienlit, il nous faut bien avouer qu'elle l'alimente tout autant.

De fait cette Féerie générale demeure un ouvrage à la fois étranger et d'actualité qui pourrait se ranger du côté de cette littérature de la fin (caractéristique soit d'une humanité finissante soit de la fin d'une littérature, ses tenants eux-mêmes ne le sachant pas très bien) initiée avec Houellebecq et poursuivie par Bellanger dont je parlais dans la première partie de cette rentrée. Mais elle pourrait tout aussi bien, par la juxtaposition maladroite de SMS, de collages et autres blagues potaches et d'un discours profond, constituer un humble mais méritoire – et mérité – coup de pied dans la fourmilière du réel et du figuré. Un procédé pas nouveau sur le fond mais pas pour autant commun dans la forme et qui relève presque de la performance. A expérimenter donc.

Et puis il y a aussi cet Ils désertent de Thierry Beinstingel paru chez Fayard le 22 août 2012, ou l'histoire d'un VRP de trop qui tente de s'agripper à son boulot tout en rêvant d'ailleurs et en lisant Rimbaud. Un roman original, bien écrit, en grande partie à la seconde personne, sur le rapport au travail, aux autres, à un réel sociétal aisément palpable grâce à la profusion et à la richesse des détails. Un roman qui rappelle le Mammifères de Mérot et qui, comme celui-ci (à la différence d'un Houellebecq, qui ne joue que sur le fantasme comme le montre son dernier opus intitulé Soumission), constitue au-delà du simple constat une critique sociale sans concession. Un roman qui, tout en se rattachant à cette littérature post-moderne citée plus haut, possède des qualités et un style indéniables qui lui ont valu le Prix du roman populiste.

Enfin, histoire de clore en beauté le panorama de cette rentrée 2012, quelques mois après sortait Apocalypses ! Une brève histoire de la fin des temps d'Alex Nikolavitch Racunica, scénariste de bandes dessinées qui a notamment signé l'adaptation française de V pour Vendetta. Paru chez Les Moutons électriques, il s'agit d'un ouvrage curieux et réjouissant qui tient tout à la fois de l’analyse sociologique, des miscellanées, de l’almanach et de l’objet collector, Apocalypses ! Se présente à la manière d'une bombe temporelle, témoignage dernier, divers et varié, de notre époque adressé par-delà le mysticisme et le cynisme ambiants à l’attention de tous les survivants. 

Retour vers le futur, vers cette année 2015 qui débute tragiquementn façon rentrée des kalachs. 2012 est passée, comme les autres années. La fin du monde n'a pas eu lieu, ni celle de l'Histoire, n'en déplaise à Fukuyama qui publia cette même année son révisionniste Début de l'Histoire. Un an avant Beigbeider pronostiquait la fin des livres dans son Premier bilan après l'Apocalypse à travers une sélection de livres indispensables selon lui. Or, tandis que Frédéric Beigbeder après son méritoire Roman français continue de faire du Frédéric Beigbeder avec Oona et Salinger, dans les pays anglo-saxons où le numérique s'est déjà implanté, les ventes de livres papier connaissent ce mois-ci leur plus forte progression depuis l'avènement des ebooks.
Pour conclure Ma rentrée littéraire, parce qu'en substance « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » (selon la Loi de Lavoisier qui lui-même n'aurait fait que reprendre dans son Traité élémentaire de chimie de 1789 l'énoncé d'Anaxagore de Clazomènes) vous pouvez retrouver les autres ouvrages (ceux bons ou moins bons dont je vous ai déjà parlé) dans ma rubrique dédiée à la Rentrée littéraire ainsi que sur Libfly, la bibliothèque communautaire. 

Quant à moi je vous retrouve comme il se doit dans une dizaine de jours avec le prodige et prodigue Prog 100 de Frédéric Delâge, second ouvrage publié chez Le Mot et le reste dont j'aurai le plaisir de vous parler après l'étonnant LP Collection, et premier d'une longue série de chroniques dédiée à cette très belle maison.

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