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mercredi 24 janvier 2018

Hors site — Saisons 4&5 : Etaumne 2017

«  Mis en consultation à l'automne dernier par le ministère de l'Ecologie, le guide de réutilisation hors site des terres excavées en technique routière et dans des projets d'aménagement vient d'être publié. Elaboré par le BRGM et l'Ineris, ce document « expose les règles de l'art et les modalités sous lesquelles certaines terres peuvent être réutilisées dans une optique de développement durable, de protection des populations et de l'environnement », indique le ministère. Il est issu des échanges d'un groupe de travail sur la thématique de la réutilisation des terres excavées, mis en place en 2009.

Il commence par rtappeler que les terres excavées ont le statut de déchets et que leur gestion en dehors de leur site d'origine sera réalisée conformément à la législation applicable aux déchets, notamment en ce qui concerne les modalités de traçabilité et de responsabilités. Ainsi, conformément à l'article 541-2 du Code de l'environnement, tout producteur de déchets est responsable de leur gestion jusqu'à leur élimination ou valorisation finales. »

(Caisse des dépôts des territoires, Rubrique Environnement - Energie - Transports Habitat - Urbanisme - Paysage).


Hors site saison 4&5. Qui (é)tonne, été qui s'installe, indien et cowboy à la fois, se faufile entre causses (perdus) et déserts (solitaires), contraste entre nuits (froides et noires, étoilées ou lunaires, sans pollution nocturne aucune) et jours de lumière (roides et clairs, sans nuage ni ombre, aux paysages renouvelés), glisse sur et via routes et cols, hameaux et vill(ag)es, terres et mers et vallées vers un automne aux allures d'hiver, s'y sou-/ab-strait, agglomère pour mieux s'emporter, se laisser dérober/retomber sur ses pieds, se dé-lasser/-lester. Dis-/Ap-paraître. Entre-deux : ports d'attache/bâtiments solides et mouvants. Où, long court, se posent. Questions et réponses, actions et réflexions tout-en-un. Geste engagé, poélitique à mi chemin. Liberté conditionnée sous- mais a-vide, pleine et entière comme une pierre. Qui roule d'(in)édits en revues, de rencontres en perspective(s), de livres en films, le froid aidant. Qui claquent et clapent et sourient et parlent. Des animaux, des droits civiques, d'aventure, d'écriture, de mythologie, de folie et d'acouphènes, de musique, de science-fiction et de fantastique. Du pourquoi et du comment. De tout ce qui se v(o)it, s'entend, se crée, s'écri-e/-t, se li-e/-t.

D'ici vers ailleurs,
Quelques contenus que j'ai eu le plaisir de produire :


20 septembre : seconde contribution et première note de lecture sur Sitaudis — Notes de Voix, d'Anael Chadli, préfacé par Marie Cosnay, Approches éditions. Sortie mai 2017. « Voi-es/x, comme en écho, vois : ce qui s'avance, se dessine, sans entendre encore d'où (pro)viennent ces Voix (…) Du lisible au visible, de la page noircie au bruit blanc, synesthésie plus que cénesthésie d'un corps espace-temps (…) Dans le fond(s), Notes de Voix demeure, en soi et pour soi, un(e) geste poétique, syn-a>o-ptique, persistance rétinienne d'un monde réversible (jeu de Khasar, de lettres et du dictionnaire)…. » Lire l'intégralité de l'article sur Sitaudis.

25 septembre : première contribution à La vie manifeste — Poreuse, de Juliette Mézenc, préfacé par Marie Cosnay, publie.net. Sortie le 06 septembre 2017. « Il (y) est/hait. Il y a. Là, « quelque chose de lumineux et de tuant. » Des visages Camus de La Peste et de L’Etranger. Des corps migrants, refoulés, échouant aux por(t)es de la peau. Ici la rencontre avec soi/l’autre comme autre n’est jamais rencontre que d’une image, endoréique et exotique, mutante et fantasmée, collante et décalée. Qui touche, marque. Du sceau de l’expérience au seuil de La Nausée. Là, le malentendu règne, existentiel plus qu’essentiel. Passe par la vue, le toucher, s’impose et se superpose. On ne s’y baigne qu’en border, de peur de sombrer... »

1er décembre : contribution à Poezibao (Note de lecture) — Fantasqueries, Jean-Pascal Dubost, Ed. Isabelle Sauvage. Sortie novembre 2016. « Un petit recueil d'une dizaine de ''poèmes en bloc'' dont chacun est fait pour être soufflé à haute voix selon la méthode ''spirométrique'' explicitée en avant et amont, re-prenant/-donnant souffle au suivant (…) pour former la matière d'une poli-anthologie, d'un florilège qui éclot sur la feuille noircie et pétille sous une langue fleurie. »
Lire l'intégralité de l'article sur Poezibao.

08 décembre : contribution à remue.net (on a lu, lisez donc) — Jusqu'à la bête de Timothée Demeillers, éditions Asphalte. Sortie le 31 août 2017. Finaliste du prix Hors-Concours. « Précis dans le fond comme dans la forme, Jusqu’à la bête est le récit nécessaire et implacable, sans fausse pudeur ni injonction morale, in vivo et invivable d’un meurtre perpétré, connu d’avance et omniprésent, mais occulté partout (si ce n’est par tous et toutes, du moins nombreuses et nombreux) : celui des bêtes, celui de l’individu qui le commet (ici le narrateur) et celui de (on l’apprendra à la fin du roman)... »


D'ailleurs vers ici,
Quelques événements auxquels j'ai eu le plaisir d'assister :

Juin 2017 : Hors concours : Membres du jury de professionnels dans le cadre de la seconde édition du prix Hors Concours pour la seconde année consécutive. Choix des cinq finalistes puis du lauréat parmi les éditeurs et auteurs participants. Des titres connus et chroniqués (Marx et la poupée de Maryam Madjidi chez Le Nouvel Attila, La femme brouillon d'Amandine Dhée à La Contre Allée qui a remporté le prix) pour une partie ou découverts dans ce cadre (Jusqu'à la bête de Timothée Demeillers – voir plus bas).

26 octobre : Rencontre avec Pierre Terzian animé par Philippe Guazzo à la librairie Le Comptoir des mots pour la sortie de son roman Le dernier cri. Une belle soirée riche en rencontres et échanges. Grâce à Philippe Guazzo, qui a su animer avec brio et faire lui aussi, évidemment, le lien avec Debord. Grâce à Pierre Terzian qui a traversé l'Atlantique à cette occasion pour évoquer le livre et toutes ces questions. Grâce à sun/sun qui, depuis sa création, sait, toujours davantage « allier le fond et la forme et faire advenir le sens » – Avec en bonus des badges de (et à) caractère(s).


3 et 10 novembre : Inauguration de l'exposition « Corps de lettres » et Soirée Dithyrambe consacrées à Anael Chadli. Organisées par Dixit Poetic, La porte des secrets et la Médiathèque de Monterfil. Animés par Jean-Pascal Dubost et Blandine Conan (La Cave de Merlin). L'occasion d'entendre et de voir le poète et plasticien Anael Chadli, à travers une formule associant conception et dégustation de cocktails et de poésie, incarner oralement et physiquement ses Notes de Voix et de découvrir in situ et de visu ses Voix et autres paysages d'écriture.

Jusqu'au 7 janvier 2018 : Jack London dans les mers du sud, Vieille charité de Marseille. « Une sélection d'oeuvres majeures, issues des collections du MAAOA et de grands musées spécialisés dans les Arts Premiers, sera présentée aux côtés des objets rapportés par Jack London lui-même [illustrant] son voyage dans les mers du Sud entre 1907 et 1909 à bord de son voilier le Snark, en compagnie de sa femme Charmian. » Une invitation au voyage réel comme imaginaire, dépaysante et inspirante.

Jusqu 'au 14 janvier 2018 : Hip Hop : Un âge d'or, [MAC] de Marseille. Une très riche exposition permettant d'entrevoir « Depuis les premières block parties du Bronx jusqu’à l’âge d’or marseillais (…) la formidable énergie et l’inventivité des DJ, des maîtres de cérémonie, des graffeurs et writers, des break dancers et de leurs crews » à travers de très nombreux supports (audios, vidéos, textes, images, photos) dont certains inédits et de nombreux originaux. Là encore, une source de (re)découvertes et d'inspirations inépuisable, dans le domaine graphique que musical, politique et poétique.


Ici et là,
Quelques bribes de lectures/chroniques/écrits Hors site :

LU La moitié du fourbi n° 5, mars 2017, Noir, et ce n'est pas la nuit. Sortir du silence, briser les sceaux avec et autour de sept contributions parmi lesquelles celles d'Angèle Paoli et de Thomas Vinau, dédiées à Guillevic auquel la m/f dédie/emprunte le titre de ce numéro. Raisonner dans l'obscurité. De la pierre mur-/tomb-ale au monument de San José consacré au Black Panther Salute de Carlos et Smith au beau portrait en creux de Nick Cave, entre fiction et prescience, par Anthony Poiraudeau. De l'expérience grotTesque, belle et ess-/exist-entielle de Romain Verger aux Chambres noires tout en imago d'Hélène Gaudy, qui rappellent les out-re-tombe/rages instiniens (poke le portrait original du Général Instin). Des sensibles entretiens de Zoé Balthus et Ryoko Sekiguchi A l'ombre de Tanizaki aux rapports de Frédéric Fiolof à la tauromachie (Leiris inside).Du magnifique, ép-/poét-ique, texte de Hugues Leroy (« il sait que les hommes tâchent la nuit, car les hommes sont créatures de sens. ») à l'œil oulipien et nyctalope de Ian Monk (Queval, Queneau, Roubeau et Le Lionnais outside). Du hors monde (inside & outside crane) Vanderhaegheien qui résonne toujours plus (« peu importe au fond ce que ces mots veulent dire, son attrait est pour ce qu'ils ''font'' ; écrire dans le noir, donc ») aux échos du Vide de la distance de Veronique Beland (chez sun/sun). Telles sont les nouvelles percées de ce nouveau numéro de la m/f Littérature & appels d'air et encore, Ce n'est pas la moitié du fourbi !) qui hésite entre l'ombre et la lumière jusqu'au terrifiant bilan mortuaire qui fait glisser le suaire d'une année de politique sociale en France, par Charles Robinson.

LU La moitié du fourbi n° 6, octobre 2017, Bestiaire. Déblatt-errer avec Frédéric Fiolof du grégarisme anarchique, de la proximité et de l'étrangeté des commensaux, cafards et chats, avec Anthony Poiraudeau. Des mythes avec Zoé Balthus, de l'intérieur vers l'extérieur et vice versa, de chez soi au Musée de la chasse avec l'étrange performance d'A.Poincheval suivie par Joy Sorman et interrogé.e.s, notamment sur la notion d'espace, par Hélène Gaudy. De la nature et la culture, de l'acquis et de l'inné, du travail de copiste à la chasse ou encore du végétarisme avec Coline Pierré et ses Animaux moches. Découvrir l'hallucin-é/-ant texte de Danièle Momont, La terrible affliction de Hugues Leroy, L'obsédante Instruction pour la bête d'Amandine André. Retrouver tout cela dans cette sixième, réflexive et érudite, génération de la m/f, particulièrement spontanée et portée par le thème du Bestiaire. Qui permet un large survol, de profonds piqués, et une vaste exploration, personnelle et actuelle, par ses auteurs et autrices, poètes ou universitaires, de leur rapport à cette animal-/human-ité plastiquement envisagée par Dominique Quélen, magnifiquement illustrés par Ernst Haeckel, mise en lumière par Charles Freger et sur lesquel.le.s plane l'ombre de l'abécédaire de Deleuze et de Derrida.


LU Guide de survie pour le voyageur du temps amateur, Charles Yu, traduit par Aude Monnoyer de Galland, Editions Aux forges de Vulcain. Sortie le 22 septembre 2016, et le 07 septembre 2017 chez Folio SF. Beau et captivant, drôle et nostalgique, ingénieux et intelligent, aussi malin que Charles Yu (l'auteur et son narrateur) qui le fait (le malin et le livre) – suffisamment pour s'en sortir autrement que par les pirouettes et traits d'esprit qui criblent, toujours avec bonheur et virtuosité cela dit, le récit – ce fantastique, saisissant et désormais incontournable roman de SF constitue également au fil des pages une remarquable, profonde et poignante évocation du temps, de l'existence, et de la fiction qui leur donne sens ou vie. Quelque part entre Interstellar, Fringe, Paycheck, la troisième saison de Twin Peaks et La jetée, ce « livre sorti de nulle part » en grand format aux Forges de Vulcain il y a un an existe également en poche chez Folio SF depuis tout juste deux mois déjà, dupliqué à des milliers d'exemplaires à vous procurer sans plus tarder !


VU en série : Stranger Things, saison 2. Retour à Hawkins. Les enfants grandissent. Les monstres aussi, qui se multiplient. Sans répit, on reprend l'histoire où on l'avait laissée (du côté de l'upside down qui suinte de partout), retrouve tous les ingrédients, les codes et l'humour (de la première saison), avec en sus une structure très proche des suites des films des années quatre-vingt (Alien & cie). Twin Peaks, saison 3, épisodes 3 à 18. Quand on pouvait croire qu'elle se poursuivrait comme elle avait commencé (en proie aux flammes et à une certaine consternation, comme je le disais dans le précédent Hors site) la saison prend (après un détour par un clip fantastique et synthétique à la Raoul Sinier) rapidement un tour singulier (et sa vitesse de croisière) à grand renfort d'humour (noir), clins d'œil, scènes d'anthologies et performances d'acteurs, pour le plus grand plaisir des adeptes de la série, birth again et (re)convertis. Où l'on retrouve un Lynch plus sombre mais aussi plus lumineux en la personne de Dale Cooper, d'Albert, et de Gordon qu'il incarne avec une sensibilité accrue. Un pari et un pactes réussis qui, vingt-cinq ans après, se concluent (anyway). ReVU : Twin peaks : Fire Walk with me. Préquelle de la série sorti en 1992, qui permet de découvrir pas à pas, quasi heure par heure, les derniers jours de Laura Palmer. De comprendre et de préciser sous d'autres angles, un jour et une nuit non moins propice, mais autre, les tenants et aboutissants, de l'intrigue.

VU Hidden Figures, Theodore Melfi, 2016. Adapté de l'ouvrage de Margot Lee Shetterly, un biopic passionnant sur Katherine Johnson, ici interprétée par Taraji P. Henson, femme et ingénieure noire calculatrice pour la Nasa, qui a hautement contribué à l'envoi du premier vol habité américain à une époque où la conquête des droits civiques (partager la machine à café ou les toilettes) s'avère plus difficile que celle de l'espace. On regrettera juste d'apprendre que la scène la plus poignante – l'intervention/caution d'un homme blanc révolté (Kevin Costner) – ait été inventée pour les besoins (?) du film. Selma, Ava DuVernay, 2014. L'histoire de la célèbre marche initiée par le Doctor Martin Luther King, ici incarné par David Oyelowo, en vue de faire abroger les multiples obstructions au vote des noirs dans les états du sud. La mise en scène d'un épisode isolé mais emblématique et, là encore, nécessaire rappel d'une illégale mis réelle et pas si lointaine ségrégation à travers les négociations et confrontations avec le président, la surveillance et les manigances de J.Edgar, les violences et meurtres commis par la police et les racistes, les menaces et assassinats de noirs et blancs. Bonnie and Clyde, Arthur Penn, 1967. Avec Faye Dunaway et Warren Beatty. Sexy, provoquante, séduisante, drôle et subversive, l'histoire emblématique menée à bout de souffle par deux acteurs qui crèvent l'écran, campent avec justesse, la sensibilité, faiblesses et naïveté, l'échappée belle, tragique et désespérée de deux icônes attachantes d'une Amérique aussi vaste que mesquine. Le jeu des acteurs, celui de la caméra, les témoignages entrecoupés de scènes de poursuites rythmée par la musique, rappellent celles de Pierrot le fou, sorti deux ans auparavant.  


VU Une femme est une femme, Jean-Luc Godart, 1961. Dans la foulée du précédent pour les raisons sus-citées et sans pouvoir décoller de l'écran un instant. Addictif et déjanté, fascinant, coloré, survitaminé, ludique, vif, touchant, hyper référencé et hilarant. Ecrit, filmé, réalisé, interprété avec brio par les potaches personnages de Belmondo et Briali, menés par le bout du nez et de loin avec l'inépuisable Anna Karina. Culte, à voir absolument. Annie Hall, Woody Allen, 1977. Drôle, bavard et rythmé, insupportable et captivant, à l'image de son réalisateur, narrateur et personnage principal. Une belle histoire sous forme de nouvelle qui entraîne le spectateur dans une boucle attachante. The Master, Paul Thomas Anderson, 2012. Cinq ans après There will be blood, (voir Hors site saison  2) Joachim Phoenix campe, à travers un jeu époustouflant, un personnage trouble confronté à de plus déments que lui, fondateurs et membres d'une secte (clairement inspirés de Ron Hubbard et de la scientologie) incarnés par Philip Seymour Hoffman et Amy Adams (Arrival, voir Hors site saison 1). Indescriptible, beau, fou et troublant ((I'd Like to Get You on a) Slow Boat to China...). Birdman (or the Unexpected Virtue of Ignorance), Alejandro González Iñárritu, 2015. Avec Michael Keaton, Emma Stone, Edouard Norton. Là encore une très belle performance d'acteurs et actrices. Entre mythe et réalité, la folie et l'humanité, la grandeur et la décadence, la démesure et l'absurdité du milieu hollywoodien qui vient se frotter au théâtre via une adaptation de Raymond Carver. Où l'on retrouve la mégalomanie et la drôlerie d'A Midwinter's Tale de Kenneth Branagh, en plus barré.  

VU également Volver, Pedro Almodóvar avec Penélope Cruz. Un très beau film, à la fois dramatique, drôle et touchant, de ces trop rares films à passer haut la main le test de Bechdel. Idem de Juno, Jason Reitman sur un scénario de Diablo Cody, 2007. Happy, hippie, hipster, le road trip d'une adolescente enceinte mené par une Ellen Page en forme(s). Un film frais avec de vraies questions dedans. De Scream 1,2,3, Wes Craven, 1996, 1997, 2000. Avec Neve Campbell. Qui revisite et interroge de surcroît, même pour rire même pas peur, les codes des slash movies, suites et trilogies. Au contraire de Snatch, Guy Ritchie 2000. Une histoire de petites frappes qui se la racontent, pour le plaisir de l'intrigue et d'un beau panel d'acteurs qui s'en donnent à coeur joie. De Moonlight, Barry Jenkins, 2016. Avec notamment Mahershala Ali, Trevante Rhodes, Ashton Sander. La vie et trajectoire d'un homme confronté à sa condition, à son milieu, à son homosexualité, son parcours pour devenir lui-même, filmé tout en retenue, en ellipse, sans pathos, mélo ou voyeurisme. De Lucky, John Carroll Lynch, 2017. Avec Harry Dean Stanton, David Lynch et une tortue. Une fable drôle, tendre et touchante, sur la vie, son sens et sa fin. Attendu(e) et inattendu(e) à la fois, marqué par quelques morceaux d'anthologie (a tortoise, not a turtle). 12 jours, Raymond Depardon, 2017. Où le réalisateur et photographe laisse dialoguer l'institution judiciaire et les fous qui lui sont présentés. Une belle réflexion sur l'existence mais aussi, quand on y pense, sur l'aspect normatif de la langue.

ENTENDU Samaris, Hljóma Þú (2011, autoproduit), Stofnar Falla (2012, One Little Indian Records) : au gré de deux EP impeccables repris dans un premier album éponyme, Samaris (2013), le trio islandais d'electronica fait une vaste place à la matière, aux nappes basses et feutrées (Þórður Kári Steinþórsson), étendues sur lesquelles glisse une clarinette (Áslaug Rún Magnúsdóttir) marquée, ciselée, martelée avec précision par un chant (Jófríður Ákadóttir) en islandais inspirés par des poèmes du 19ème. Un son parfois très 90's, avec des incursions lounge, trip hop, jungle, des mélodies obsédantes (Hljóma Þú, Góða tungl, Vöggudub, Ég Vildi Fegin Verða) qui tendent vers l'ambient avec Silkidrangar (2014).  London Grammar, Metal & Dust (EP) repris dans l'album If you wait (2013). Avec son piano délicat, son chant profond à la tessiture étendue (Hannah Reid), son clavier et ses percussions soutenues (Dominic « Dot » Major), et surtout sa guitare (Dan Rothman) entre reverb/delay, pédale d'echo à la Chris Isaak dont le groupe a par ailleurs (Album BBC Radio 2: Sounds of the 80s) interprété le Wicked Game, London Grammar affiche une morphologie qui se rapproche davantage des grands espaces et de la Californie, y compris dans sa somptueuse reprise du Nightcall de Kavinsky. Trio encore, electronica et trip pop toujours, pop plus accentuée (l'entêtant Hey Now, l'incontournable Wasting my young years) et plus mainstream, London Grammar affiche également une tendance s(a)oul(e) qui se renforce à l'écoute de leur second album, Truth Is A Beautiful Thing (2017). Mais aussi Arlt, dont les chansons –  le son, le chant, la guitare, l'humour et la poésie – nous ont accompagné sur les routes toute cette fin d'été et dont je vous reparlerai probablement dans un article dédié.


Et toujours, in situ :

CHRONIQUES :

 
Farigoule Bastard
, Benoit Vincent, Le Nouvel Attila. Sortie le le 16 avril 2015. « Sans repos ni répit, Benoît Vincent ellipse, instine, instille, intime, ellipse et slam et numère et panache, se manifeste, s'ituationniste et s'incarne dans un Farigoule Bastard qui se transhume, se déclame, instruit pour la prise d'âme. Avec lui, partage le contenu de sa biasse (« Je prends un abricot. — Va. »), en compagnon rompt le pain quotidien, lui offre un peu de speck (« comme une tranche de jambon fumé comme Je t'aime ») ouvre pour l'occasion et l'amitié sincère une bouteille de vin nu...».
Lire l'intégralité de l'article ici.

La ville fond, Quentin Leclerc, Les éditions de L'Ogre. Sortie le 7 septembre 2017. « Comme un blanc de mémoire, comme un bruit. Que fait la ville qui. Fond dans le lointain qui. Fait que tout change alentour. Effet papillon dont les battements retentissent, surprennent, entraînent. Vers le vide et un silence chargés. Comme un blanc de mémoire [un trou], comme un bruit. Provoqué par l'absence du théâtre des opérations, de la peste, de la quarantaine à laquelle sont soumis le héros et son autre – appelle-moi choléra – qui cherchent à atteindre cette ville... »

Les acouphènes, Elodie Issartel, Le Nouvel Attila. Sortie le 21 septembre 2017. « Réaliste, poétique, casse-gueule et terriblement juste, Les Acouphènes est un saisissant, obsédant et hypnotique conte pré-apo à dormir de boue. Qui (d)écrit et dessine avec grâce, puissance et virtuosité un monde aux hommes rares, aux enfants sauvages (...) Un roman borderline efficace et audacieux, qui marche sur les yeux... »

Les Métamorphoses, Ovide, Marie Cosnay, Les éditions de L'Ogre. Sortie le 5 octobre 2017. « Lire Ovide dans le texte, ou comme si. Voir son influence dans l'œuvre de sa traductrice, et l'influence de celle-ci dans la traduction. Leurs confluences, points de jonction. Entendre combien la langue, orale et vive, est agile à transmettre l'écrit et l'écho. Sentir combien la puissance de l'écriture contemporaine et l'audace de l'édition indépendante sont aujourd'hui les plus à même de goûter tout cela, de toucher, de transmettre et d'émouvoir... »
NOTA BENE (nouvelle rubrique) :



L'instant décisif, Pablo Martín Sánchez. Traduction de Jean-Marie Saint-Lu. La Contre Allée. Sortie le 22 septembre 2017. « Avec la verve, l'humour, l'amour des contraintes littéraires et la liberté de ton que l'on avait pu découvrir avec Frictions, Pablo Martín Sánchez prête voix, vues et intentions, espoirs et désespoir, aux gens, animaux et objets contemporains de cette Transition démocratique espagnole pour former l'espace d'une journée (...) le théâtre miniature d'un page turner politique aux images organiques aptes à faire revivre au lecteur, à la lectrice, le quotidien tendre ou rigide, réel et réaliste, des hommes et femmes contemporain·e·s de l'événement. Un roman choral plus actuel que jamais... »
Lire l'intégralité de l'article ici.

Le dernier cri, Pierre Terzian, sun/sun, collection echo. Sortie le 14 septembre 2017. « Second roman de Pierre Terzian et premier roman de rentrée des éditions sun/sun, Le dernier cri prolonge le questionnement, la perspective d'une radicalité et le désir de construire ensemble de son précédent opus Il paraît que nous sommes en guerre (...) Roman post-moderniste sur le post-art, avec en exergue une citation du Chômage Monstre d'Antoine Mouton (dont Le metteur en scène polonais et Imitation de la vie s'attachent eux aussi, à leur façon, à déconstruire l'art à travers ses milieux), Le dernier cri est un bûcher des vanités lucide, cru et efficace (...) un objet dérivé que l'on s'arrache... »
Lire l'intégralité de l'article ici.
L'Anglais volant, Benoît Reiss, Quidam. Sortie 21 septembre 2017. « Un livre beau et surprenant, aux racines profondes et à l'humanité contagieuse (...) De ce(s) titre(s), livre(s), événement(s), personnage(s) improbable(s) vers le(s)-/au(x)-quel(s), l'on t-/r-end d'autant plus hommage après que le doute ait cédé devant la curiosité (...) A son rythme, à son allure légère, à son humeur lunaire, L'Anglais volant débarque et nous embarque à la rencontre des paysages de Fayrolle, de ses reliefs et de sa végétation, de ses habitants, de leurs rapports à la religion et à la morale, de leur hospitalité, de leur quotidien et de leur(s) histoire(s) (...) Ingénu et ingénieux, poétique et lumineux, L'Anglais volant de Benoît Reiss est un roman vif et délicat comme un nuage de thé dans le lait... »
Lire l'intégralité de l'article ici.

Imitation de la vie, Antoine Mouton, Christian Bourgois. Sortie le 24 août 2017. « Une Imitation de la vie qui serait une imitation de roman qui serait une imitation de la vie. Comme s'il s'agissait de chercher, dans la vie comme dans l'art, comment ne pas faire en faisant. D'affirmer dans le même temps – aporie ou sagesse – leur caractère indéfini-/saisi-ssable. (...) En attendant peut-être le roman poétique qui (r)allierait ce goût du jeu et du récit à la dense puissance de ses recueils (Chômage Monstre ou Les Chevals Morts  (...) Un petit théâtre de la cruauté mis en scène par un auteur aussi talentueux que touchant de sincérité, qui aime à s'enfermer derrière les codes pour mieux les casser... »
Lire l'intégralité de l'article ici.



En vous souhaitant à toutes et à tous une très belle année 2018 pleine de réel, de soleil et de paysages, de lectures, de liens, de voix et de visions !

Photos © Eric Darsan
Contenu des livres/films/sites extraits/capturés/photographiés/extraits © Editeurs et créateurs cités.

Les photos du Guide de survie pour le voyageur du temps amateur de Charles Yu et d'Imitation de la vie d'Antoine Mouton ont été réalisées sans montage (mais avec un écran).

lundi 17 juillet 2017

Hors site — Saison 3 : Printemps 2017

« En ce qui concerne la conservation hors site, le déplacement et l'extinction d'espèces, l'État partie, au vu de l'absence d'augmentation des menaces sur la faune et la flore de l'île d'Henderson, n'a établi aucun plan en ce sens, à l'exception de l'expérimentation qui a conclu que les marouettes de  Henderson pourrait être gardées en captivité pendant le programme d'éradication des rats. »
(Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture, Convention concernant la protection du patrimoine culturel et naturel mondial, trente-quatrième session Brasilia, Brésil). 


Hors site, saison trois. Rétrospective rétroactive — pers- et pros-pective dans le rétro. Entre le (prin)temps de la campagne et des c(e)rises. Des choses qui couvaient encore, éclosent, émergent à (grand) peine. Dernières balises avant mutation, premières sorties (de route). Se tenir hors (site/champ). Des phares, d'a(s)t[t](r)einte pour un moment. Retenir l'écrit, lire entre les lignes de démarcation, ne plus compter les heures. Mais les jours, multiplier les con-t/-fusions. Patauger sur la (gam)berge en attendant de pouvoir se jeter à l'eau. A-/de-vancer sur tous les plans dans le même temps/espace sans savoir quand penser ni (pour)quoi ni comment. Assembler des objets sans nom aucun, en lieu et place des sujets (re)connus par toi, soi, nous, les autres, en un : tous. Puis, sans crier rage, à l'abordage, suivre le flow. Enfin, mettre les voiles et (re)po[e]ser ses mots. 

D'ici vers ailleurs,
Quelques contenus que j'ai eu le plaisir de produire :


05 avril : contribution à Addict-Culture — Laissez-Passer de Juliette Mézenc, Les Editions de l'attente, sortie le 21 octobre 2016. Recueil géopsychocorpographique, entre-je(ux) de casse-briques et de mail(les), Laissez-passer, filer, comme la dentelle de couverture, tout ce qui vient à l’esprit pour mieux l’emprisonner dans la toile d’araignée de ce texte très actuel, synthétique, numérique, composite. Vivant aussi, c’est-à-dire chaotique, inachevé, en perpétuel devenir (…) Qui appelle, à l’instar des Samothraces et de Nkenguégui. À la métamorphose, mais aussi au surhumain et au multivers. À s’interroger, à l’instar de Pierre Terzian (Il paraît que nous sommes en guerre, sun/sun 2016) sur la guerre. À explorer les voies de la mytho/géo-logie/graphie empruntables par les migrants.
Lire l'intégralité de l'article sur Addict-Culture.

25 avril : contribution à remue.net — Nkenguégi de Dieudonné Niangouna, Les solitaires intempestifs, sortie le 11 octobre 2016. Agir au théâtre comme dans la vie, et vice versa. Plonger dans l'envers du décor. Traîner les corps-morts/mourants. Ne pas être le dernier. Arrimé, arrivé, à trimer. A tout crin, remuer ce qui p(e)u(t)e l'être, aurait dit Artaud. Mon(s)trer la contemporanéité de La Condition de l'homme moderne (Hannah Arendt) — la vita activa e tutti quanti (...) Troisième volet indépendant de La Trilogie des vertiges, Nkenguégi, Ronces et errances, est un texte brutal, riche et foutraque, tour à tour et tout à la fois libre et engagé, lyrique et vulgaire, barbare et sophistiqué, poétique et politique, en un mot : poélitique.
Lire l'intégralité de l'article sur remue.net.

29 Mai : contribution à Poezibao — Le miroir aveugle de Jean-Luc Parant, sortie le 20 octobre 2016.
Essais, confessions, journal de bord intime et extime, Le miroir aveugle de Jean-Luc Parant se dépl(o)ie suivant cinq mouvements (…) pour constituer une somme surréaliste, poétique et analytique, qui éclaire sous un jour nouveau ce grand livre de vie que constitue cette œuvre-monde initiée il y a plus de cinquante ans (…) Parcourir des yeux, des mains, l'œuvre de Parant, c'est accepter de (re)passer aux mêmes endroits, jusqu'à être sûr de n'en avoir oublié aucun, avant de découvrir une œuvre hermétique, mais ouverte, qui prend le temps et l'espace nécessaires pour aller au bout d'une chose, d'un sens, d'en expérimenter la totalité.
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D'ailleurs vers ici,
Quelques événements auxquels nous avons eu le plaisir de participer/d'assister :


21 mars :  Rencontre avec Sika Fakambi et Nii Ayikwei Parkes, présentation de la nouvelle collection Corp/us à la Librairie-Café La Dame Blanche de Port-Louis. Une belle et stimulante rencontre humaine et littéraire, avec de magnifiques lectures, qui rendent compte de cette très belle collection  dirigée par la traductrice Sika Fakambi hébergée par les Editions Isabelle sauvage (voir ci-dessous ainsi que l'article de Lou et la page de la collection Corpus).

3 au 5 juin : Etonnants Voyageurs, Festival international du livre et du film à Saint-Malo. De belles rencontres et retrouvailles, du vin, de l'amitié, quelques découvertes et le prix Etonnants Voyageur décerné à Maryam Madjidi pour Marx et la poupée dont nous vous parlions, Lou et moi, la saison dernière ici et là et qui avait, le mois précédent, déjà remporté le prix Goncourt du premier roman. Un week-end riche en émotions. 

Ici et là,
Quelques bribes de lectures/chroniques/écrits Hors site :


LU Le Temps des immortelles, Karsten Dümmel, Quidam. Traduit de l'allemand par Martine Rémon et sorti le 16 mars chez Quidam Editeur. Le destin d'Arno K., poète réfractaire devenu pour la Stasi « processus opérationnel (OV) », visé de façon « informelle » par des « mesures de désintégration ». Un récit alterné qui convoque trois temps. Un ''Aujourd'hui'' factuel et détaillé, écho aux rapports qui l'émaillent, usant et usé par l'usine, d'une RDA des années soixante-dix tout en nuit et brouillard. Un ''Hier'' quotidien, enchanté par les souvenirs colorés et nostalgiques de l'enfance. Un ''Demain'' où les descendants cherchent un sens au ''silence'' et la ''culpabilité'' qui président à la langue et aux mœurs au moment où meurt Christa T., « mater dolorosa de la RDA ». Des méthodes de la Stasi l'on n'apprend rien, ou si peu. Et c'est précisément ce qui fait la force du roman de Dümmel, victime devenu expert : comment, à partir de petits riens - de surveillances et d'assignations répétées et absurdes - d'une méfiance entretenue devenue paranoïa - l'on peut, par un mécanisme kafkaïen ou orwellien, pousser quelqu'un dans ses retranchements : à la révolte (Le Gaffeur de Malaquais chez L'échappée, Les gaspilleurs de Mack Reynolds chez Le passager clandestin) ou, comme ici, au suicide.

LU Caverne, suivi de Cadavres, Makenzy Orcel, La Contre Allée. Sortie le 14 mars. Un petit recueil d'une trentaine de pages, lisse, abrupt et organique, qui projette sur ses parois une flopée d'images bigarrées, mosaïque de souvenirs, matrice égotique et poétique – « tout vient du pire accumulé d'un moi à l'autre » – qui évoque, convoque tour à tour Caverne et Cadavres sans s'y attarder ni les quitter jamais – « l'absence de ports, quelle patrie ! » – si ce n'est, entre coups de sang et soupirs, constats et injonctions –  pour laisser entendre les échos ténus, mais vivifiants d'un Claro ou d'un Panero qui tonnent dans le lointain — « puisses-tu être l'acuité de l 'œil traqueur et le sommeil profond de la cible abattue ». Comme Aquerò de Marie Cosnay sorti quelques jours auparavant, « Comme Caverne, Cadavres est un poème intime, un retour sur les lieux de l’enfance, de l’intérieur. » Un texte personnel, qui requiert de l'espace, du mouvement - « Toute littérature est tentative de se maintenir en équilibre » - demande à être lu et entendu de vive voix comme il le fut le 20 mai dernier à la Maison de la poésie de Paris.

LU Dans le jardin d'un hôtel, Gabriel Josipovici, Quidam. Sorti le 3 mars et traduit par Vanessa Guignery. Après l'excellent et vaste Infini traduit par le regretté Bernard Hoepffner (qui nous a tragiquement quitté au mois de mai, mérite bien plus qu'une parenthèse ici, et dont je vous invite à (re)découvrir l'immense travail) qui avaient obtenu le prix Laure Bataillon, Gabriel Josipovici nous guide dans le jardin intime de Ben et Lily, Anglais en villégiature dans les montagnes italiennes. Toujours sur le mode du dialogue, longuement, mais sûrement, avec un sens de l'ajournement et de l'ajour consommés, Josipovici brode à nouveau l'histoire d'un moment. Celui d'une rencontre dont on se demande à quoi elle va donner lieu, littéralement, avant d'être catapultée au profit d'une histoire qui l'est tout autant. Un roman à la fois doux et étonnant, fractal et récursif, beau et vivant, mais dont les quelques coquilles, la structure, le mélange des genres – entre théâtre contemporain, script de film romantique et bandes dessinées de Lewis Trondheim – contribuent, au risque de perdre le lecteur, la lectrice, à rendre indicible, incertain, éphémère et fragile. 


LU et relu, sur les conseils de Julien Delorme et Thomas Giraud : Sister, Eugène Savitzkaya, L'œil d'or, sortie le 1er mars 2017. Illustré en couleur par Bérangère Vallet et éclairé par la touchante postface de l'éditeur Jean-Luc d'Asciano ainsi que par l'éloquent avant-propos d'Hélène Mathon qui a commandé à l'auteur ce texte destiné. A être mis en scène, comme il le fut aux Subsistances en 2015 puis à La Borde en 2016, lu à la Maison de la poésie de Paris en 2017. A é-/pro-voquer « le regard des normaux sur les anormaux ». A « Envisager ce qu'il reste de nous d'accueillant pour le différent ». A rendre/régler ses compte/s de/avec la maladie, sa perception et le rapport au corps (à ce sujet, outre Artaud ou Panero, bien évidemment, voir également Bernard Andrieu, Malade encore vivant, Le murmure, collection Borderline). A évoquer, surtout, la relation belle et duelle de cette sœur à son frère atteint de schizophrénie, cette « maladie des émotions ». Du conte –  La ballade – à la tirade – Le fragmenté. Le Dispersé. L'Eclaté. – jusqu'à ces Autres textes, du dégoût et à la colère, de l'extérieur à l'intérieur, l'on suit ce frère devenu malade, obèse, animal fantas(ti)que et monstrueux – « toujours autre, jamais soi » – dont on découvre progressivement l(')ap(p)réhension hypersensible et cauchemardesque d'une réalité et d'une actualité internationale fantasmées et néanmoins réelles, criblées de tortionnaires, de pu et de vers, de guerre et de morts-vivants. Entre opuscule de poésie, témoignage, et livret de sensibilisation, Sister est un petit objet extrêmement pensé et ciselé, difficile à saisir, à la fois beau et dérangeant, indésirable, mais nécessaire. Qui pose dans de nombreux domaines (politique, social, médical, création, édition, etc.) et à tous points de vue de nombreuses questions pour mieux bousculer l'évidence prétendue d'un apparent consensus régissant l-a/-es représentation/-s — « Nous fabriquons de toutes pièces l'idée rassurante d'un monde qui serait livré à des êtres humains sains et équilibrés ».

LU Où j'apprends à ma mère à donner naissance, Warsan Shire, traduit par Sika Fakambi, Corpus février 2016. Dans ce premier recueil d'une vingtaine de poèmes, initialement publié par Nii Ayikwei Parkes pour ses éditions fliped eye publishing, ici assorti d'un glossaire et d'une biographie sommaire, l'autrice évoque dans une langue juste et belle, hautement sensuelle, sensible et sexuelle, cruelle et acérée, le présent et le passé d'enfants, hommes et de femmes lié.e.s et en proie à d'autres (parents et amis, familiers et étrangers) mœurs et pays et expériences voulues ou subies, terribles (coups et viols, guerres et immolations, pertes et maladies) ou nostalgiques (L'été des choses que nous avons perdues), qui disent la violence du quotidien d'ici et d'ailleurs — « Ta fille a pour visage une petite émeute, ses mains sont une guerre civile, un camp de réfugiés derrière chaque oreille, un corps jonché de choses laides. Mais Dieu, vois-tu comme elle porte bien le monde ? »
Notre voix, Noémia de Sousa, traduit par Elisabeth Monteiro Rodrigues, Corpus, février 2016. Frères Frères Frères  Clament Clament Clament. Mots qui claquent et ressortent sur l'affiche, le disque et le livret très complet qui composent ce coffret cartonné. Lectures croisées dans le fond et la forme, dans les mots qui se succèdent puis se mêlent au travers de deux voix, de deux langues d'où naît une troisième, auxquelles s'ajoutent d'autres encore pour proclamer : « Notre voix s'est dressée consciente et barbare sur l'égoïsme blanc des hommes sur l'indifférence assassine de tous. » 
Blood Money (Remix), Maud Sulter, traduit par Sika Fakambi et Ana-Lisa Diete, Corpus, février 2016. Coffret à nouveau. Monique Kwesi Helga. Mots scandés, étirés, pour dire, à travers trois langues et quatre voix, l'histoire d'un couple et de leur fille. D'Africains d'origine, noirs dans l'Allemagne nazie, dans l'armée américaine, dans les camps, au Viet Nam. Le texte juste et poignant d'un adieu aux aïeux, d'un appel à la – bonne et mauvaise – conscience de chacun — «  Ferme les yeux et imagine un Allemand. »
Trois textes remarquables parmi les cinq premiers volumes (avec les magnifiques Negus de Kamau Brathwaite et La moitié d'un citron vert de Nii Ayikwei Parkes) qui inaugurent la très belle collection Corp/us, hébergée par les éditions isabelle Sauvage et dirigée par Sika Fakambi. Une collection graphique, poétique et politique, panafricaine d'auteurs et autrices aux origines multiples. Des titres et une collection plus que jamais d'actualité, sortis en février 2017 — «  Nul ne part de chez soi à moins que chez soi ne soit la gueule d'un requin (…) maintenant chez moi c'est la gueule des requins, maintenant chez moi c'est le canon d'un fusil. » (Conversation à propos de chez soi (au centre d'expulsion), Warsan Shire) Voir aussi le très bel article de Lou, qui transmet parfaitement la force et la profondeur du travail réalisé, l'émotion et la puissance d'évocation ressenties : Corp/us : traduire est un geste.


VU The Young Pope, Paolo Sorrentino, 2016. Saison 1 (10 épisodes en binge watching). What have we forgotten? Du rêve à la réalité, de l'intime à la démesure, le parcours et l'évolution de Lenny Belardo, jeune pape américain tout juste élu à la tête du Vatican. Hanté par son passé, saint ou démon, serviteur ou abhorrateur de l'institution, réformateur certainement, Lenny, dont la première homélie déterminera son nouveau nom et quel type de pape il veut et peut être, gère étrangement, mais sans ambages son image, ses émotions, son entourage. Subtile et séduisante, belle et touchante, drôle et intelligente, en un mot fascinante, The Young Pope est une série à l'image de son héros. Un rôle sur mesure, comme il n'en avait pas eu depuis longtemps, pour un Jude Law transfiguré tour à tour profondément émouvant et terrifiant aux côtés des cardinaux et magistraux Voiello et Spencer, Tommaso et Gutierrez, ou encore d'un kangourou aux allures de parabole. Grésillements, chuchotements, grincements de dents, intrigues et coups d'éclat – Knock Knock – ponctuent cette remarquable fable métaphysique sur le pouvoir et la volonté, la foi et la destinée, la solitude, l'abandon et le ressentiment, l'amour, la vie et la mort. Une série à (re)découvrir absolument, visuellement et acoustiquement aussi réussie qu'étonnante. En toute bonne foi et sans aucun doute LA série du moment.


VU Twin Peaks, saison 3, épisode 1 Retour à Twin Peaks, ou non. Après vingt-cinq ans d'absence, la série culte de David Lynch revient — sur ses promesses. Que s'est-il passé entre temps ? Que se passe-t-il à présent ? Difficile à dire à la fin de ce premier double épisode qui inaugure cette troisième saison. Plus sombre voire totalement badant, plus fou et psychanalytique que jamais, déroutant voire incompréhensible, dérangeant voire totalement creepy, David Lynch laisse libre cours à ses fantasmes dans une atmosphère Entre clip de Nine Inch Nails et Twilight Zone pour malmener, au travers d'une machinerie plus froide et plus perverse que jamais augmentée d'effets spéciaux anciens personnages perclus par l'âge et nouveaux violemment saisis par l'étrange. Face au sentiment de malaise et de frustration qui peuvent saisir les aficionados qui pensaient confortablement se reposer sur leurs acquis, la parfaite analyse de Jean-Philippe Cazier pour Diacritik : Twin Peaks n'est pas Twin Peaks.

VU Ni Dieu ni maître, une histoire de l'anarchisme, 1ère partie : La Volupté de la destruction (1840-1914) 2eme partie : La Mémoire des vaincus (1911-1945), Tancrede Ramonet, 2016, Temps noir et Arte. Indispensable, terrible et inspirant, pour (re)découvrir l'histoire de l'anarchisme telle qu'on ne vous l'enseigne pas à l'école : la politique, la liberté, l'égalité, la fraternité, la sororité, les révolutions et les communes qui constellent ses multiples théories et pratiques et expliquent un succès répandu aujourd'hui tu. Et, a contrario, les trahisons de la social-démocratie et du communisme d'état, leurs liens avec un capitalisme par nature inégalitaire, autoritaire et fasciste qui cultive le malentendu. Un document plus que jamais d'actualité, étayé par de nombreuses archives inédites et témoignages d'historiens. En attendant le troisième volet (1945-2001), encore en cours de production, ces deux premiers, provisoirement en libre accès sur Arte, sont désormais disponibles sur le site de la chaîne.


VU également L'assassin habite au 21, Henri-Georges Clouzot, 1942. Avec Pierre Fresnay et Suzy Delair. Librement quoique fidèlement adapté du roman policier de Stanislas-André Steeman publié en 1939, un divertissement sympathique et cependant empreint de l'ambiguité et de la noirceur de l'époque, avec des dialogues plus cocasses et caustiques les uns que les autres.  Underground, Emir Kusturica, 1995. Une fresque grandiose, hallucinée autant qu'hallucinante, juste et déjantée, avec des personnages plus hauts en couleur les uns que les autres. Près de trois heures de rires et de larmes pour dire à travers les joies, les colères et les trahisons de ce petit monde  l'absurde, la tragédie et l'horreur d'une guerre à l'autre en Yougoslavie.Interstellar, Christopher Nolan, 2014. Entre dystopie et uchronie, un film à tiroirs de près de 2h30 par le réalisateur d'Inception. Sensible, intelligent et visuellement réussi, porté par ce jeu sec et imposant auquel Matthew McConaughey nous a habitué depuis l'excellente et inégalable saison de True detective. L'année dernière à Marienbad, Alain Resnais, Scénario Alain Robbe-Grillet, 1961. Très librement adapté de L'invention de Morel d' Adolfo Bioy Casares, un film fascinant d'entrée(s), avec cette première obsédante première scène, description et mise en abime de l'intrigue et de la structure. Fragments de conversations, de pensées, d'images. Jeu de cartes, d'allumettes et de miroirs. Pièces du grand hôtel – lieux qui s'enchaînent, se mélangent, se placent comme – celles d'un puzzle. Intime et grandiloquent, dense, entêtant et répétitif, jusqu'au tourni, monologue d'un homme qui tente de persuader de leur liaison passée une femme qui semble l'ignorer, L'année dernière à Marienbad est un film dont on se souvient longtemps.

Et toujours, in situ :

Aquerò, Marie Cosnay, Editions de l'Ogre, sortie le 2 mars 2017. La bio de Bernadette Soubirous, la vie sans l'écrit, présence irradiée de joie, se situe bien au-delà des maux — la Vierge, si tant est qu'elle le soit, page entre les pages, n'écrit pas plus qu'elle ne se laisse écrire ou accroire. Soit : la littérature sinon rien. Alors, aller au miracle, comme l'on va. Au charbon retracer. Le parcours – initiatique, cela va de soi – de la première à la troisième en passant par la seconde personne. Où l'on naît, suit, ne fait qu'un avec les d(i)eux. Comme déesses, avatars : la fillette & la femme & la guide au lézard & la petite dame d'y(/i)voir(e) (…) Tours et retours et tournis : ritournelle. Phrases qui s'interrompent, abruptes comme des falaises, comme la lumière à l'entrée de la grotte, pour mieux réapparaître. Ici, l'ellipse règne plus que jamais peut-être dans l'œuvre de Marie – Sanza Lettere ceci dit – ainsi qu'une certaine folie (…) Mais aussi, comme souvent, le thriller et la mythologie, de Cassandre à Proserpine, de Cordelia la guerre à la nouvelle traduction des Métamorphoses d'Ovide qui verra le jour à la rentrée prochaine (…) Aquerò est un texte profond, puissant et beau, œuvre d'un genre à part, en soi. Hymne et tombeau, aria et adagio, peinture impressionniste à l'éclairage léger et certain, quoique furtif, qui demeure par l'impression laissée – un peu comme dans ces églises où l'éclairage des tableaux dure ce que dure la pièce introduite, mais dont le souvenir perdure, lumineux, au plus profond de soi.
Lire l'intégralité de l'article ici.


Rendez-vous ici même au début de l'automne pour le prochain article de la rubrique Hors site, et dès le mois d'août pour la prochaine chronique. En vous souhaitant à toutes et à tous un été chaud et ensoleillé.

Crédit photo  et copies d'écran (!) © Eric Darsan.
Contenu des livres/films/sites extraits/capturés/photographiés/extraits © Editeurs et créateurs cités. 

mardi 28 mars 2017

Hors site — Saison 2 : Hiver 2017

« Les taxons les plus sensibles sont complètement recouverts de papier bulle qui les protège des périodes les plus froides. La vue offerte en hiver peut sembler quelque peu bizarre, mais fournit une occasion pour que nos visiteurs apprennent à cultiver des plantes semi-résistantes au froid. » 
(Jardin nature botanique de Belgique, Rapport annuel 2012)


Hors site, deuxième saison. Hiver donc, hibernation presque. Davantage d'écrits qu'à la saison dernière, de brefs surgissements et de longues choses en cours et en suspens. De projets en germes, travail souterrain qui attend. Moins de rencontres, en prévision cependant. Toutes choses qui attendaient de fleurir avec l'arrivée du printemps.

D'ici vers ailleurs, pas mal de contenus produits, moins d'animé et cependant. Premières participations à des webzines et sites de référence via la chronique (Addict-Culture, Poezibao, remue.net) et la création (remue déjà, puis Sitaudis). D'ailleurs vers ici, pas de contenus ni d'événements auxquels j'ai pu assister cette saison, partie(s) remise(s) donc, concentration. Ici et là, Quelques bribes de lectures/chroniques/écrits Hors site aperçus ou inédits. Et toujours, in situ, la partie revue critique du site. Tout est dit, lisons. 

D'ici vers ailleurs,
Quelques contenus que j'ai eu le plaisir de produire : 


24 janvier : première contribution à Addict-Culture — Le livre de lecture de Gertrude Stein, Cambourakis, sortie le 23 novembre 2016.
« Prosopopées, répétitions, accumulations, permutations, perturbations de la ponctuation, rimes et allitérations, rythme binaire et gradations. Comme souvent lorsque, devant le rejet de l’explication promu par les écritures les plus contemporaines, surgit la tentation de l’analyse, il faut y renoncer soi-même et glisser à sa guise. Se laisser râler aux sons. Distinguer les sens et l’essence d’un mot. Apprendre à centrer son attention sur le nombre, puis à se concentrer sur l’intention portée au nom. »
Lire l'intégralité de l'article sur Addict-Culture.  


31 janvier : contribution à Addict-Culture — Marx et la poupée de Maryam Madjidi, Le nouvel Attila, sortie le 12 janvier.
« Ecrire, décrire tout cela. Avec patience, justesse, persévérance. Le (faire) vivre et revivre au gré d’allers et retours dans l’espace et le temps. S’écrier, témoigner de. Entre et dans le blanc des lignes et des yeux. A travers les silences et l’écrit. « Donner voix à » la première, la seconde, la troisième personne. Apprendre à raconter « de l’intérieur (…) la douleur refoulée ». (Re)tracer, énoncer, dénoncer. L’exil, les conditions de vie, les blessures d’en France. La difficulté et la fierté d’être femme, ici comme là-bas... »
Lire l'intégralité de l'article sur Addict-Culture. 

11 février : second article et première chronique sur remue.net — Chômage Monstre d'Antoine Mouton, La Contre Allée, sortie le 17 janvier. 
« Heureux et fier de mettre en ligne et ainsi d'accueillir sur remue.net la prose critique de Eric Darsan. » (Guénaël Boutouillet)
« Jeux de mots et d’images – mémo, memento mori — « le travail est un mensonge ». A coups de slam, à coups de rap, la pensée file les maux les uns après les autres comme une corde. Nœud de pendu, autrement dit en queue de singe gansé — c’est pas à un vieux que l’on apprend, c’est d’un jeune écrivain qui le tranche facilement. Nœud gordien, panier de crabes. Le travail et un leurre, è pericoloso sporgersi, éloignez-vous de la bordure des quais, l’on vous dit, Ne travaillez jamais (Debord). Car une chose taraude, qui s’érode avec celui qui, ne l’ayant pas saisie, la laisserait fi(l)t(r)er : « ce n’est pas la question du bonheur, c’est la question de l’inespéré »...». 
Lire l'intégralité de l'article sur remue.net.

22 février : première contribution et chronique sur Poezibao — Un enfer de Cédric Demangeot, Flammarion/Poésie, sortie le 18 janvier 2017.
« En passeur et passager rompu, le poète et éditeur, peintre et traducteur, nous embarque dans une forme qui se libère progressivement. De l'Obstruction d'origine à La trouée, en passant par D'un désarroi : Lambeau et Dessine-moi un enfer. Quatre saisons en enfer qui se déclinent à travers une dizaine de poèmes pour former la peinture très contemporaine d'une fin du monde qui n'en finit pas de finir. Un enfer. Sans majuscule, sans mot plus haut que l'autre, émerger comme au lendemain d'une cuite, d'une défaite, d'une fêlure. Césure à l'hémistiche, poème pour deux mains, pour un temps –  noire, blanche, noire, noire. Quitter l'uniforme, a[r]b(h)or(r)er la blessure...»
Lire l'intégralité de l'article sur Poezibao.

 
1er mars : Spoon River [prolongations] — Seconde participation au collectif Général Instin et à remue.net en compagnie d'Anne Mulpas.
«  Ô Pauvre Nig ! Pauvre lui ! Pauvre moi ! Chien nègre mort à l’attache, âme sœur, étranglé dans son sommeil par son maître aviné — ses mains comme un collet, mes yeux injectés de sang — Canis canem edit et spiritu sancti ! Le regard pour seule voix, le silence pour seule vie, vie de chien — battue dont je serais la proie ! » 
Lire l'intégralité du texte sur remue.net.

6 mars : Texte inédit en réponse à l'appel à Contribution de Nicole Caligaris et du Théâtre du petit Faucheux en vue du concert du 21 mars avec Andy Emler au piano et Nicole Caligaris dans la lignée des Samothraces.
« La distance est si courte du pont à l'entrepont, et le soleil si vif que l'on n'habitue jamais son regard. On ferme les yeux et tout est blanc. On ouvre les yeux et tout est noir. Dans ces conditions, comment faire pour y voir ? Dans la cale, la partie de dés continue...»
Lire l'intégralité du texte.

11 mars : première contribution dans la rubrique Poèmes et fictions de Sitaudis avec un texte inédit intitulé Deux poids deux mesures :
« ...moi qui me ferais la malle ou comme disent les histoires qu'on se raconte le soir un baluchon sans poids ni loi pour me retenir partir battre le fer le dur le vrai courir après les trains qu'on a ratés en rêve jouer au black jack au kid au vaurien sur la route sur le ring... »
Lire le texte intégral sur Sitaudis.



Ici et là,

Quelques bribes de lectures/chroniques/écrits Hors site :

LU La femme brouillon, Amandine Dhée, La Contre Allée, sortie le 17 janvier. A travers une trentaine de situations, sur le mode de l'humour et du second degré, Amandine Dhée témoigne avec intelligence et sensibilité de son (manque d') expérience de la féminité et de la maternité telle que définie par d'autres — « Nous sommes toujours à portée de mains et de mots ». Entre reproduction sociale et engagement féministe, l'intellectuelle et la femme-lézard, elle décrit. Le désir de transmettre et de protéger. La peur d'être accaparée ou dépossédée de soi. Par l'enfant et par les autres. Par la médecine et le marketing. Les visites médicales, la préparation. Le rapport au corps, à l'auto-examen, à l'IVG, à la péridurale. Au père, à la mère, à l'enfance — « Ce n'est pas le bébé qui m'épuise, mais cette façon de me redéfinir constamment. » Rien n'est simple, tout interroge. Qui fait de la femme brouillon un récit beau, vif, frais, vrai et profond. Qui fait en peu de mots bien sentis le tour de la question, du moins son ébauche. Qui dessine, comme en couverture, les contours de cette femme brouillon, tout en liberté et contradictions qui, comme Aragon, réinvente le passé pour voir la beauté de l'avenir. « Il paraît que les rôles non sexués, ça fout en l'air les fondements de notre société. Tant mieux, on en créera d'autres. »

LU Elise et Lise, Philippe Annocque, Quidam, sortie le 16 février. Un refrain, une ritournelle, conte et comptine contemporaine — « Elise prend l'air, l'air prend Elise... » Couplets, refrain. Enquête, sous les dehors d'une biographie orale. En quête d'une (deux) jeune(s) fille(s), Elise ou/et Lise, de leur.s rencontre.s, de leur.s vie, via leurs versions respectives et celles de Sarah et de Luc, l'amie et l'amant de. Qui se cache derrière l'autre, à coup de rimmel et de rimes, de cours et de courses dans les magasins de prêts-à-porter qu'elles fréquentent. En fil de trame, le récit de l'amie qui étudie Propp et Bettelheim, Perrault et Grimm, tente de distinguer le vrai du « faux héros ». En fil de chaîne, celui de l'amant, qui précipite la chute, qui. Ou/où l'on. Sent le décalage entre les faits, l'effet, le souvenir, les dits et la réalité. Pressent que ça val tourner court. Se souvient de Pas Liev, dont elles sont les « petites sœurs ». On se demande si l'une est schizophrène ou l'autre psychopathe — on a l'impression que « l'histoire raconte autre chose ». Avec Elise et Lise, avec traît- et maît-rise, Philippe Annocque nous dé-livre une nouvelle fois l'un de ces romans procédés dont il a le secret.


LU Enquête sur les modes d'existence, une anthropologie des Modernes, Bruno La Tour, La découverte, 2012.
Un ouvrage qui cherche. A mettre à jour et à dépasser l'opposition de façade et la confusion réelle entretenues par les catégories absolues et anciennes de la pensée occidentale (sujet/objet théorie/pratique, mot/chose, raison/sentiment). A leur substituer une quinzaine de modes d'existence différents ([TEC]HNIQUE, [FIC]TION, [POL]ITIQUE, [REL]IGION,…) qui ne peuvent communiquer véritablement sans tenir compte des référents, vérités, spécificités propres et in-/con-stituées de l'autre. A redonner une place centrale aux relations, à l'expérience, à la conscience, au parler-vrai contre l'autorité et le nihilisme  « Un mode d'existence, c'est donc toujours à la fois une version de l'ETRE-EN-TANT-QU'AUTRE (...) et un régime propre de véridiction. » Un ouvrage de référence paru dans une très belle édition qui, à l'instar de celui de Kandinski lu précédemment, prend de grands détours pour énoncer à ses pairs, avec toute la technicité et l'approximation qui les caractérisent, quelques vérités simples ouvrant, à la manière de Thomas More, des brèches dans l'évidence de l'édifice casuistique dit Moderne (contemporain) pour mieux s'en emparer — tant « Le jugement sur et par l'œuvre fait partie de l'œuvre ».

LU
Du spirituel dans l'art et dans la peinture en particulier, Kandinsky
, Folio essais, édition établie par P. Sers pour Denoël, 1989.
Défense de l'art abstrait contre le matérialisme et l'imitation, ce long exposé autour de la notion de progrès spirituel découle de réflexions inspirées par la littérature (Maeterlinck) ésotérique (Blavatsky, Steiner, peut-être Gurdjieff) et d'une pratique de la peinture qui pourraient se résumer d'un point de vue pratique et moral à : « Tous les moyens sont sacrés s'ils sont intérieurement nécessaires. Tous les moyens sont péchés s'ils ne découlent pas de la source de la nécessité intérieure», artistique à « Est beau ce qui est beau intérieurement » pour proposer une théorie des formes et des couleurs qui soutient son œuvre et se résume à quelques schémas. Un premier ouvrage, théorique et manifeste, dont l'idée directrice demeure fondamentale, et les lignes de force (transdisciplinarité, connaissance de soi, réalisation, transmission) essentielles, mais dont la forme, encore trop figée par nécessité, contraste avec le propos, et auquel on préférera le plus stimulant – dans la forme et le fond – Point et ligne sur plan qui expose par le détail une théorie générale des arts à peine ébauchée ici et qui, pour le coup, mériterait une autre (vision de l') édition qu'un énième fac-similé.


VU Game Of Thrones, saison 5 et 6. Tandis que la série gagne en complexité et en retournements, le rythme et les agencements des enchaînements qui faisaient la particularité et la qualité de la série sont moins virtuoses, plus classiques. L'on perd certains personnages, lieu et intrigues de vue tandis que l'on s'attarde longuement ou faisons un détour par d'autres, parfois plus anecdotiques, qui ralentissent l'ensemble de l'histoire. Reste que la série demeure à tous points de vue aussi belle qu'addictive. A ce stade, l'on est suffisamment familier pour être tenté de deviner les ressorts de l'intrigue - au risque de s'égarer – et de remarquer le soin apporté aux ambiances, contrastes et genres (fantasy, aventure, wargame, etc.) de chaque scène comme aux détails de la réalisation (l'évolution de la carte animée du magnifique générique, le détail des blasons accolé aux noms des acteurs, qui suivent, entérinent, laisse entrevoir les avancées). Quant au final, tout bonnement impressionnant qui annonce les deux dernières saisons sans rien laisser présumer pour autant.


VU The OA, saison 1 : Un suicide filmé, un hôpital, des signes à même la peau, comme scarifiée. Des parents inquiets, une vue retrouvée, l'incompréhension, les médias. Une attitude étrange, un ami (imaginaire ?) disparu, un adolescent (dit ?) difficile et sa bande. Le deal, une autre forme de deal : se retrouver tous les soirs dans une maison abandonnée pour écouter. Un conte russe, entre prescience, mafia, exil. Une histoire de fou et de savant fou, de near death expérience et de résurrection. Et, en fin d'épisode : le silence. Tels sont les éléments (qui excluent ici le principal et le plus surprenant) qui entourent la disparition (fugue, mort ou enlèvement) et la réapparition de celle qui, désormais, se fait appeler The OA. Entre fable et vérité des sentiments et des sensations, The OA est une série fascinante, addictive, à l'esthétique et au rythme suédois. Qui flirte avec tous les genres en évitant le cliché et le mauvais goût et propose une critique sociale réaliste et très actuelle, loin de la fausse communauté de voisinage d'un Desperate Housewife. Ici pas de barrières blanches, pas de relations feintes, mais un espace et un vide qui laissent place à l'inédit et procède d'un véritable engagement poétique et politique. Une série qui renouvelle la narration, créée par les fascinants Brit Marling et Zal Batmanglij avec l'aide d'Alex DiGerlando (True Detective, Les Bêtes du Sud sauvage, The East) dont on suivra dorénavant le travail avec attention. 


VU Stranger Things, saison 1. Une forme comme extra-terrestre qui se profile, se faufile, s'invite à la maison tandis que des enfants jouent à Donjons & Dragons. Entre Alien et E.T., des choses étranges font leur apparition dans une petite ville des Etats-Unis. Enfants prodig(u)es, parents largués ou barrés, vélos, cachettes et talkie-walkie : l'on retrouve ici tous les éléments qui font le régal du cinéma et du revival des années quatre-vingt, des Goonies à Super 8 en passant par...une liste trop longue pour la développer ici. Tous codes et références clairement revendiqués qui, maniés avec virtuosité, renouvellent réellement le genre. Avant même le générique – titre en néon rouge et musique rétro futuriste à souhait – Strangers Things démarre très vite et continue, comme sur les chapeaux de roues d'une DeLorean DMC-12 conduite par des gamins en folie plus drôles et attachants les uns que les autres. Au programme : de la télékinésie, des poltergeists, un very bad guy, un good cops, un prof de physique passionné et une héroïne bien badass merveilleusement incarnée par Millie Bobby Brown.


VU Une histoire populaire des Etats-Unis, Bread and Roses, 2015, d'Olivier Azam et Daniel Mermet. Une libre adaptation de l'incontournable ouvrage d'Howard Zinn, pour découvrir l'histoire des luttes et injustices telle que l'on ne vous l'a jamais apprise, et pour cause. Voir la présentation sur Mediapart.
Central Do Brasil, Walter Salles, 1998, avec Fernanda Montenegro et Dora Vinícius de Oliveira. Le dur et beau périple d'une écrivaine publique et d'une jeune garçon à la recherche du père de celui-ci. Un road-trip noir, poétique, émouvant et réaliste, à travers le Brésil.
Fantastic Mr Fox, de Wes Anderson, 2009. Drôle, loufoque et parfois étonnamment émouvante, la juste, libre et fantastique adaptation du roman de Roald Dahl. La rencontre de deux univers aussi enthousiasmants que merveilleux. 
Diarios de motocicleta, de Walter Salles, 2004, avec Gael García Bernal et Rodrigo de la Serna. L'adaptation déjà classique du journal de voyage et de formation du Che à travers l'Amérique du sud, entre beauté et dureté de la vie, rencontres humaines et prise de conscience sociale et politique.


VU There will be blood, de Paul Thomas Anderson, 2007. Avec Daniel Day‑Lewis et Paul Dano. Entre mythe et réalité, évangélistes et pionniers, plus qu'un portrait, l'histoire d'une Amérique biffrons, Janus rustre et réactionnaire qui ne se laisse jamais mieux découvrir que lorsqu'elle s'entredéchire. Un film prenant au final halluciné autant qu'hallucinant. Par le réalisateur d'Inherent Vice.     
Her, de Spike Jonze, 2013. Avec Joaquin Phoenix et la voix de Scarlett Johansson dans une performance remarquable. Un film plus beau, étrange et cependant criant de vérité, dans un monde étranger où les rapports à l'autre, au genre, à la réalité sont aussi décalés qu'ils posent question.
A bout de souffle, de Jean-Luc Godard, 1960, avec Jean Seberg, Jean-Paul Belmondo qui crèvent l'écran dans leurs rôles respectifs d'Américaine songeuse et de gangster français beau gosse et tête à claques. Une photographie superbe, des dialogues aussi justes qu'absurdes, une vraie leçon de cinéma et de narration superbement exposée dans cet article.


Et toujours, in situ :

La Maison des Epreuves, Jason Hrivnak, L'Ogre, sortie le 5 janvier 2017
« Stupéfiant générateur de possibles, réels et littéraire, de rêves, de nouvelles et de scénarios (...) une belle réponse à la pulsion de mort et une stimulante ode à l'existence (…) Myst-like mystérieux, onirique, énigmatique, monde ouvert, libre en apparence, persistant, virtuel et augmenté, le livre se transforme peu à peu en film interactif où la marge de manœuvre se réduit à vue d'œil tandis que la pensée se trouve comme en sommeil et l'imagination tout à fait absorbée (…) La Maison des Epreuves est un livre saisissant. De ceux qui nous envoient dans les cordes — dans nos cordes. Nous renvoient à ce (à quoi) que nous sommes capables de faire (face). En un mot : de concevoir... »
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Le Chronométreur, Pär Thörn, Quidam éditeur,  sortie le 19 janvier 2017
« Un roman bien huilé, simple et déjanté, rapide et cocasse, précis et efficace (…) « Je travaille (...) compte (…) travaille (…) compte – Pourquoi est-ce donc toujours pareil ? ». Crise existentielle, à peine à peine. Se condamner à. Chercher, trouver. Un emploi à vie, à. Perpétuité. « Faire carrière », péter un câble, un plomb (…) Soumettre à la question, polie puis politique. Escalade, varappe, dérape – destructions de documents, descentes de police, expulsion de terroristes présumés – robotisation, déshumanisation (…) Peu à peu, à l'image du temps, de l'actualité et de la Société tayloriste de Suède dont il est devenu membre, Le Chronométreur s'emballe... »
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Les Samothraces, Nicole Caligaris, Le nouvel Attila, sortie le 10 octobre 2016
« Samothrace. Déesse aux ailes déployées. Devenue statue sans bras ni tête. Exilée. Comme une, comme un certain Plume. Voyage sans retour, beau et tragique à la fois, avec pour refuge et guide Les Samothraces (…) Laisser les livres les. Vivre sans. Ap- et com- : tous les prendre qu'il faut au migrant, à celui à qui l'on refuse le refuge, pour voyager malgré lui, malgré eux (…) Voici venir La clique des lambdas. Qui s'avance, comme sur le devant de la scène. Suit la cadence du car, des conjon-/ject-tures. La promiscuité, le silence, la poésie qui vient, s'assoupit, regarde en arrière, dans le rétroviseur. La vie d'alors, la vie d'ailleurs — « MA VIE SANS MOI. » »
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Rendez-vous ici même au début de l'été pour le prochain article de la rubrique Hors site, et dès le mois d'avril pour le prochain article. En vous souhaitant à toutes et à tous un très beau printemps. 

Crédit photo et copies d'écran (!) © Eric Darsan.
Contenu des livres/films/sites extraits/capturés/photographiés/extraits © Editeurs et créateurs cités.