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vendredi 15 avril 2016

La Maison dans laquelle de Mariam Petrosyan

Imaginez Enig Marcheur lâché dans Vilnius Poker, Harry Potter sous acide à l'école des éclopés, un Ferdydurke bien vénèr sous ayahuasca, Les désarrois de l'élève Törless après une nuit d'ivresse, Alice et Peter à La Chasse au Snark De l'autre côté du miroir, La triste fin du petit enfant huître et celle des Enfants fichus réunis en assemblée générale, La révolte des enfants de Vermiraux version Nuit debout avec en prime la projection simultanée des 400 coups, de Zéro de conduite et de Notchnoï dozor un jour de trêve dans une jungle autogérée proclamée Carnaby Street tandis que vous pensiez sombrement vous adonner à l'urbex dans un ancien complexe soviétique abandonné et vous aurez une lointaine idée de ce qui vous attend au cœur de La Maison dans laquelle.

Un roman unique et multiple, beau et intelligent, vif et vivifiant, mouvant et émouvant, sensible et truculent, in- et é-vocateur, es- et déses-pérément drôle écrit de longue et à perdre haleine dans un souffle puissant par Mariam Petrosyan, remarquablement traduit en français pour la première fois en français par Raphaëlle Pache, brillamment édité par Monsieur Toussaint Louverture et disponible en librairie depuis le 18 février.


« C'est sur ce terrain neutre, à la frontière entre deux mondes, les immeubles et les terrains vagues, que fut bâtie la Maison. »

Institution vétuste pour handicapés physiques, anachronique et isolée, séparée des tours uniformes par les ajours de ses grillages, se dresse « la Grise ». Aussi sombre pour ceux de l'Extérieur, qui la surnomment ainsi, que lumineuse - de ces clartés d'après la pluie, encore incertaines et capricieuses - pour ses pensionnaires, qui la nomment simplement « la Maison ». C'est Fumeur qui, le premier, nous introduit aux règles de son groupe en les transgressant, nous révélant ainsi le peu qu'il sait de l'histoire officielle et officieuse de la Maison. Une vie séparée, réglée, trop polie pour être entière.

En tiers justement, la vie des autres groupes. Au-delà des allées connues et tristement bornées propres à tous les établissements éducatifs, à toutes les institutions, spécialisées par défaut : les sentes interdites à ceux qui balisent, les fresques colorées des couloirs habités, les murs totalement recouverts de graffitis, inscriptions sibyllines qui (s) ourdent insidieusement, recouvertes de blanc, avant de (res) surgir victorieuses, révélations claquées comme des portes, que l'on lit à l'écart. Et, par-dessus tout, l'agitation de la Cafetière et des quartiers populaires.

Face aux Faisans auxquels Fumeur entend échapper, se dressent les Oiseaux, les Chiens et les Rats, leurs membres et leurs chefs - Vautour, Pompée, Roux et Putois - et surtout le Quatrième groupe à la tête duquel L'Aveugle - le Pâle, vampire et loup-garou - règne aux côtés de Sphynx, Lord, Noiraud, Bossu ou encore du Macédonien, métèque, pas vraiment citoyen au sein de cette microsociété, zoo, poly, pléio, méta et anthropomorphe qui possède ses us, coutumes et droits régaliens, ses codes, son é-èthos et son ét (h) ique (tte).


« Sauterelle s'approchait de la porte et relisait, tel un mantra, les mots écrits dessus Ne pas entrer. Ne pas frapper. Puis il frappait et entrait. »

Une fois à l'intérieur, les lois de l'hospitalité, celles de la Maison et de ses résidents – toujours en vase clos mais pas forcément communicants – ne sont plus si évidentes. Le danger pas là où on le panse. La blessure parfois accueillie comme une délivrance. Règles improvisées ou vieilles lunes, fam- ou fumeuses, précises ou floues, que nul n'est censé ignorer et qui justifient tout. Préjugés, opinions et autres gnons. Edits et constructions sapés à longueur de temps. Lieux dits ou tus - le Croisement, la Cage, le Sépulcre - maisons dans la Maison.

Une Maison dans laquelle le moindre geste - et avant tout se déplacer - relève d'une gageure ou révèle un talent. Dans laquelle il faut se servir de fauteuils, de béquilles, de « râteaux » à la place des doigts, de corsets en guise de colonne, prothèses plus fragiles que les membres manquants et donc plus précieuses à leurs yeux. Dans laquelle il ne s'agit pas de faire avec mais de faire sans. Dans laquelle la faiblesse, avouée et partagée, devient une force. Et l'enfermement une libération. Dans laquelle l'on peut se permettre de ramper, de se traîner, de ne pas être « en super forme ».

Une Maison dans laquelle l'on progresse entre les roulants et les marcheurs, les volants, les sauteurs, les tombants, les Egarés et les Séraphins. Une Maison dans laquelle vous seriez bien en peine, malgré l'évidence des handicaps, de deviner l'origine ou la nature véritables de chacun, l'horreur du vide qui les étreint, membre fantôme qui menace de les engloutir. Une Maison dans laquelle vous pressentez déjà sans bien saisir encore pourquoi ni comment, qu'une place vous attend.   



« Bien sûr il était toujours possible de ne rien expliquer du tout, mais ce n'était que remettre les choses à plus tard. Car, à un moment ou un autre, on se heurtait aux conséquences engendrées par les non-dits et les incompréhensions. »

Lanterne chinoise, magnétophone, origami, comptoir et Festin nu. Cerf-volant jaune souriant, lieux défaits, lit commun, sacs de couchage souillés et encombrés. Du revers de la main ou d'une torsion de hanche, faire place nette et partie des meubles en deux temps trois mouvements. Capharnaüm et inventaire. Sandwichs et brioches, pains que l'on amasse et oublie dans les poches. Disparitions et apparitions inexpliquées. De victuailles, de jeux et d'instruments. Abondance frugale. Valeur d'usage et monnaie d'échange. De l'importance de ne pas manquer quand on a tout perdu.

Café et cigarettes. Potions, fioles et flacons étiquetés à l'emporte-pièce, médicaments, couteaux, cadeaux emprisonnés et autres objets « utiles à la vie domestique ». Pulls à motifs criards et perles aux couleurs de l'arc-en-ciel, lunettes et bandeaux, clochettes dans les cheveux ou mèches devant les yeux. Signes d'appartenance ou de distinction essentiels pour ces personnages mangatesques dont l'origine se trouve et se perd dans les dessins adolescents de Mariam Petrosyan. Héros soucieux de leur apparence, de leur identité et de leur rôle, sans cesse remis en cause.    

Dans la Maison pas d'argent pour se distinguer. Pas d'uniforme pour niveler. Pas assez de jambes pour marcher au pas, de bras pour les tendre. Mais des liens, de suzeraineté, de fascination, d'amour ou d'amitié, qui unissent ses membres comme les doigts de la main qui manquent à certains. Se découvrir, avancer en terrain miné, faire preuve d'attention, montre d'em-, d'anti- et de sym-pathies sans contrepartie ni complaisance mais à condition. Comprendre et accepter de ne pas se fier à ses sens, aux apparences, à ce que l'on croit que les autres pensent.

« Dans les miroirs nous sommes toujours moins bien qu'en réalité, tu n'as pas remarqué ? »   


« La Maison, c'est un petit garçon qui s'enfuit à travers des couloirs déserts, un petit garçon constamment couvert de bleus, qui s'endort pendant les cours et se voit affublé d'une multitude de surnoms. »

De l'autre côté du miroir, la crainte de l'identique, des aiguilles, des tac-tic de l'horloge. La perception aiguë du présent. La tentation de se projeter dans les gens ou les objets. La manie de les absorber ou de s'y fondre. In- ou ex-térieurs à eux-mêmes, im- et perméable aux autres, les habitants de la Maison, cœurs légers mais yeux de pluie, sont éternellement parcouru par les pensées, les frissons, que celle-ci leur inspire, corridors intérieurs logés en eux tels de silencieux ou bruissants – c'est selon, c'est cillant – et sémillants dédales. A l'envers de l'endroit, à l'intérieur de l'intérieur : la Forêt, sous couvert et bois, sur lit de feuille, dur et aveugle.

« Manœuvres dilatoires ». Prendre/perdre conscience/patience/possession de son temps/ses moyens. Pousser à/venir à bout pour de bon. S'organiser, échapper à la surveillance des adultes, de Requin et des éducateurs, des Araignées assistés de Futon. « Chars en cercle ! Chargez les armes ! Feu ! » Dé, ré et volutions à volonté, constructions de situations auxquelles participent, chacun à sa façon, tous les habitants de la Maison. Branle-bas de combat, suite dans les idées, réunions publiques et secrètes, prévues ou spontanées. Merveilles de dialogues et de réparties. Chefs-d'œuvre d'imagination, d'écriture et de concrétion. Subconscient libéré, improvisations.

Il faut voir « la Maison dans toute sa splendeur », quand elle tremble et s'ébranlent les portes et les chambranles sous les coups de théâtre et d'Etat permanents. Il faut imaginer le souk de la quatrième chambre, ses animaux peints, son gobelin, ses monstrueux et beaux occupants. L'un pleurant, l'autre riant sous cape ou pas cap, absorbé dans ses pensées l'alcool ou la fumée. Il faut voir L'Aveugle, flottant dans un pull trop grand, glisser dans l'embrasure, les pieds couverts de boue, du plâtre sur la joue et aux commissures. Il faut entendre l'extraordinaire, inénarrable, inépuisable Chacal Tabaqui dans ses œuvres, dans toute sa démesure, ses surgissements incessants mais toujours inattendus.

« Il était assis par terre avec une mine de déterré, les bras serrés autour d'une de ses béquilles. Je me posai à ses côtés. Il se moucha bruyamment et s'exclama, en détournant le regard : “Il faut avoir des nerfs d'acier avec vous...” »


« “J'ai rêvé que j'étais un renard, dis-je en chassant les volutes douceâtres d'une main. On était en train d'enfumer mon terrier quand je me suis réveillé.” Tabaqui retira sa pipe de sa bouche une seconde et leva un index docte : “Quel que soit le rêve, petit, l'important, c'est de se réveiller à temps. Je suis content que tu y sois parvenu”. »

Intermède. Voyage dans la Maison, érigée en capitale, dans le temps, les dimensions et la typographie. Courrier à première vue, expédié depuis le passé. Liste de noms qui s'allonge, se déguise et se révèle, se myth et myst qui s'y fie. Cynocéphales, poissons crossoptérygiens et lanthanosuchus, antilopes. Elephant. Sauterelle, Loup, Mort et Maure. Elan et Ralf le Noir, Sorcière et Crâne, Chenu. Sirène, Rate et Rousse. Moutons noirs, psychopathes et hystéro. Psychologie des fous, hallucinations, délires collectifs et contes à dormir debout, pour de rire ou qui font peur, pris au pied de la lettre ou au dépourvu.

La Maison a de nombreux commencements, tous mythiques. Malentendus et quiproquos, échos et ronds dans l'eau. Motifs, poncifs et trames. Espaces bouclés, temps circulaire. Improbables recoupements. Mondes parallèles qui débordent sur la narration. Maison-labyrinthe dans laquelle tout ce que l'on a vu/pu/cru voir inscrit à tort ou à raison, se perd, se crée et se transforme au fil des focalisations empêchant même en ayant parcouru de long en large ses chapitres, chambres et antichambres – de savoir ce qui existe/a/eu/lieu ou non. Noter, pour soi : la disparition du Quatrième récit de Tabaqui. Avec l'espoir de retrouver son journal au réveil.

Interzone. Phrases nominales, ellipses et élisions. Silences du récit c(h)oral. Dialogue des inconscients. Mémoire cryptique et allusions. Exhumée à et pour l'occasion. Chanson de la pluie, de geste et ballade des rois. Panique et exaltation. Pensée magique et ritualiste. Amulettes, superstition, ésotérisme, synode et syllogismes. Envoûtement et évitements. A nous comme à ses habitants - c'est tout un désormais - il faudrait un plan, arrondir les angles et omettre son côté mouvant. En vérité, sitôt ou si tard le lecteur pénètre-t-il dans cette forêt touffue qu'il est foutu. Pour le monde, pour l'Extérieur, pour la normalité dont celle-ci croit à tort détenir à tort les clés. 


« “Ils grandissent, répliqua dédaigneusement Boiteux. Ils sont en train de devenir des merdes, comme nous. A ce mots les petits se rengorgèrent et rougirent de fierté : les grands les avaient comparés à eux !” »

Sincères et touchants, altiers et emphatiques, flambants, flambeurs et flegmatiques, épiques et flamboyants, gothiques et romantiques, hilarants, poignants, prophét- et poét-iques : tels tels sont les habitants de la Maison. On en oublierait presque. La tristesse et la souffrance qui les ont vu naître. La violence et le goût du sang qui nous sont devenus familiers. La peur ou l'étrangeté qu'ils peuvent inspirer à ceux de l'Extérieur. Si tant est qu'il faille une bonne raison, une justification, un mot d'excuse à leur présence. 

Et puis quoi encore ? Si les acteurs de cette tragi-comédie veulent être pris au jeu et au sérieux, c'est que le quotidien au sein de la Maison, dont les clans désertent les classes et les cours, apparaît moins absurde que les manigances et lâchetés des adultes auxquels ils opposent leur mé- et leur défiance, leur morgue et leurs pourparlers. Une vie pleinement vécue, perçue, res- et pré-sentie comme telle sans vulgar- ni trivial- ité. Avec ses remords et ses regrets. La crainte, le refus, le désir. Du temps passé et à venir. De grandir, de partir, de quitter « cette enfance sauvage et libre ».

Quelque part à la jointure entre le monde de l'enfance et celui des adultes, carrefour et citadelle, se situe La Maison dans laquelle. Une Maison dans laquelle on dévore tout ce qui vient de l'Extérieur, sous, pop, contre-culture et sagesse antique. Dans laquelle on s'installe à demeure, ouvert à toutes les sollicitations. Livre-monde persistant, rétinien, de près d'un millier de pages qui contient sous sa couverture étoilée d'argent - ou de trous noirs selon l'éclairage - la matière de dix tomes, de cent vies et d'autant de visages qui se tendent, prêt à crier à qui veut les entendre les Lois de la Maison.

S'élever, se réunir, dire, échanger, rêver, comprendre, jouer, reconnaître les autres dans leur complexité. Affirmer ses choix comme si c'étaient les derniers. Se battre, lutter, ne pas se laisser réduire, enfumer, enfermer. Ne rien considérer comme perdu, acquis ou défendu. 

Ne pas céder.
Ne pas se rendre.
Ne pas attendre.
Vivre ici et maintenant.
Ne jamais devenir patient.

« En devant "patient" un homme perdait son "moi" ; sa personnalité s'effaçait, ne demeurait que son enveloppe corporelle, animale, un mélange de peur et d'espoir, de douleur et de rêve. Nulle trace d'humain là-dedans. L'humain attendait, quelque part, au-delà des frontières de du patient, une possible résurrection. Et, pour l'esprit, il n'y avait rien de plus terrifiant que d'être réduit à un corps.»


Citations extraites de La Maison dans laquelle, @ Mariam Petrosyan et Monsieur Toussaint Louverture.
Crédit photos mises en scène @ Lou & Eric Darsan.

«
COURAGE ! VITE ! LIBERTE !
»

mercredi 11 mars 2015

Vilnius Poker, Ričardas Gavelis

Après notre entrée, ici et là, dans le vaste domaine du Mot et le Reste, après un bref séjour dans Les Jardins statuaires du cycle des Contrées que nous retrouverons très prochainement au Tripode, après Enig Marcheur enfin, j'ai le plaisir de vous présenter aujourd'hui le dernier Monsieur Toussaint Louverture. 
Le plaisir et l'effroi, devrais-je dire comme je vous l'annonçais la dernière fois, puisque ce monument inédit en France, sorti il y a cinq jours à peine et pour lequel je tiens à remercier Monsieur Toussaint Louverture qui m'a permis de le découvrir en avant-première, n'est autre que Vilnius Poker, de Ričardas Gavelis.

« Eux » : c'est ainsi que les nomme Vytautas Vargalys. C'est aussi le titre de la très longue partie, la première des quatre, qui constitue près des deux tiers de l'ouvrage. Après neuf ans dans les camps, dès le réveil, quotidiennement, Vytautas se bat et se débat pour distinguer le souvenir de l'illusion. Psychose peut-être, paranoïa sûrement, ses réflexions sur le temps, sur son prétendu travail qui consiste à informatiser une bibliothèque sans ordinateur, sur l'occupation russe de la Lituanie, sur Vilnius, sur les autres et sur Eux, sont entrecoupées de scènes de tortures, de sexe et d'enfance. Autant de souvenirs crus, et que l'on aimerait ne pas croire, qui font irruption dans la narration.
Rapidement, la singularité de son regard l'emporte sur celle de son environnement et nous amène à nous méfier plutôt de lui, de sa violence et de son rapport aux femmes, de la même manière qu'il se méfie d'Eux.

Dans sa quête et sa traque, Vytautas interprète, prend tout au pied de la lettre, les mots, les odeurs, les choses, cherchant à distinguer parmi son entourage les prisonniers des geôliers. Ses idées sont fixes, ses gestes douteux. Il radote, ressasse, se perd à répéter sans cesse la litanie de la Lituanie à travers toute une mythologie dont il fait partie. Il est Vilnius. Ils le sont tous. Tous hantés par un passé détruit, un présent sans racine, un avenir inaccessible. Tous saisis d'une envie de tuer ou de se tuer. Tous bourreaux ou victimes, parfois les deux à la fois. Le pire dans Vilnius, c'est qu'il y a toujours plus fou que soi. Même Lolita,
trop lumineuse pour être vraie, trop belle pour être honnête, à qui il se cramponne lorsqu'il risque de basculer de l'autre côté du miroir ou de la barrière, semble ne pas devoir échapper aux règles qu'il édicte.


Trois cents, cent, soixante, trente pages : les parties diminuent, disparaissent progressivement avec leurs personnages. Bientôt Vytautas s'incline, s'efface, pour laisser la parole aux « marmoires » de Martynas, son collègue bibliothécaire, dont les extraits constituent la seconde partie et qui mène son enquête à la manière de l'inspecteur qui l'interroge. Comme s'il s'agissait pour l'auteur de mettre à jour les faits et de prolonger son roman par un essai. Mais, très vite, Martynas remplace les kanuk'ai et leurs kanuk'és, les Eux haïs de Vytautas par « l'homo lithuanicus » ou « sovieticus » et le « Pouvoir Exécutif des Grabataires ». Il faut croire que Martynas délire, que son hyper-rationalisation n'est qu'un autre symptôme d'un syndrome post-traumatique, qu'aucun des personnages de sa « collection » ne tient debout, pas même Vytautas. 

D'ailleurs, que croire, et qui ? La « fille du pays » ? Accaparée par ses besoins et ses désirs matériels, subvenant à ceux des autres quand elle n'est pas livrée à eux, femme réelle courageuse mais vulnérable ravagée par la folie des hommes, elle demeure, à l'image de la Lituanie, une perpétuelle exilée et une martyre silencieuse. Bien entendu il manquerait encore la version de Lola, mais à quoi bon ? Finalement, à qui laisser la parole, à qui offrir le dénouement, sinon à un « chien philosophe » portant le nom du prince fondateur de la cité ? Moins cynique que canin, seul un chien, peut-être, pouvait encore nous présenter les ressorts de cette pièce qui se joue à guichet fermé, de cette partie qui se déroule à cet instant un peu partout dans le monde, et qui s'intitule Vilnius Poker.

Ici, entre souffrance et mépris, les cinquante nuances de gris de Vilnius ne se dissimulent pas : elles prennent forme dans ce brouillard qui la recouvre, dans la disparition des oiseaux, dans celle des opposants, seul sentier qui peut mener à Eux. Eux, « Ce ne sont pas des hommes. C'est la seule explication possible : ces intrus ne sont pas des hommes. » Ni les bourreaux ni leurs victimes ne sont des hommes. Ce sont les kanuk'ai et leurs kanuk'és, leurs « spirochètes » et leur « patho-logique », ce sont Circé et La Reine des Poussières, la Néris et sa boucle que le récit épouse, le Dragon et le Loup de Fer qui s'affrontent, Ahasvérus, le juif errant, Dieu enfin, que tous évoquent, mais qui ne se manifeste jamais que par son sadisme ou par son absence. Ainsi naît la mythologie de Vilnius construite par Vytautas, contredite comme pour mieux lui donner corps par les témoignages de Martinas, Stéfania ou Gédiminas. 

Une mythologie qui plonge ses racines dans la tradition et l'histoire et qui, se substituant à elles, constitue le seul héritage lituanien face à une réalité qui ne dit pas son nom. Celle de ce passé indépassable. De ces millions d'individus passés des camps allemands aux goulags. Des agents du KGB, du NKVD, des autodafés, de la novlangue et de la double pensée. De la même mine bouffie de tous les tyrans du monde. Celle de la cruauté et la folie des hommes. De la conscience qui suffirait à les sauver. De la peur qui les en empêche. Des remords quand il est trop tard. « Les plus grands pays s'effondrent exactement de cette façon. Personne ne se pose à temps et à voix haute cette question. Que se passe-t-il (…) L'homme est devenu ce qu'il est, car il est capable de s'adapter ; mais c'est aussi cette capacité qui le mènera à sa propre ruine ». Une réalité mise à jour par Arendt au coeur des camps, par Foucault au sein des prisons, mais que ni la raison ni les livres ne semblent devoir arrêter.


C'est pourquoi Vilnius Poker est un livre nécessaire. Parce qu'il concentre et montre à lui seul toutes les tares les plus sombres et les plus familières de l'humanité. Bien entendu, l'on serait tenté de le considérer uniquement comme un grand roman historique. Après tout, la ville n'est-elle pas libérée du rideau de fer ? N'attire-t-elle pas toujours davantage de touristes ? Ne vient-elle pas d'entrer dans la zone euro ? Un festival de jazz n'est-il pas né l'année même où Ričardas Gavelis terminait son roman ? Tout cela n'est-il pas encore une fois le résultat d'un esprit dérangé ? Et quand bien même. Ce serait oublier un peut vite qu'« on peut trouver Vilnius n'importe où. » Aujourd'hui comme hier, le même mal, les mêmes maux, sont à l'oeuvre un peu partout dans le monde, parfois jusque chez soi. Guerres, génocides, meurtres, prostitution, viols, tortures, destructions de toutes sortes que seul distingue le degré de sophistication et de cruauté de ceux qui s'y emploient. Violence coutumière, quotidienne, réelle ou symbolique que Vilnius Poker incarne et dont il fait désormais partie. 

« Je lisais les ouvrages et je voyais la fougue, la fantaisie, la métaphysique disparaître progressivement de la littérature européenne – car un peuple kanuk'é n'exige rien de plus que des descriptions abrutissantes de la vie quotidienne » nous confie Vytautas. Bien entendu, l'humanité a les chefs, les écrivains qu'il mérite. Sauf que personne ne mérite cela. C'est bien pourquoi, lecteur, rien ne te sera ici épargné. Car « réveiller quelqu'un n'est pas un crime, c'est un service qu'on lui rend. » Et cependant que faire de ce service ? Que faire ailleurs et, d'abord, ici ? « La seule chose que l'on puisse encore faire en ce bas monde, c'est écrire », lui répond son père. Que faire, sinon ? A ces questions, Ričardas Gavelis n'entend pas apporter de solutions toutes faites, et laisse le lecteur se défaire du piège qu'il lui a tendu. Ici comme ailleurs, la liberté est quelque chose qui se conquiert, que cela paraisse évident, ou non.   

« Une multitude de livres y font allusion – peut-être de façon un peu trop vague, presque inintelligible, pourtant ces mises en garde discrètes sont indispensables à celui qui commence son initiation. Une foule d’artistes a disparu pour toujours. Quelques-uns, cependant, ont survécu. » Monument post-moderne, Vilnius Poker, inscrit incontestablement Ričardas Gavelis dans la lignée des nombreux auteurs qui l'ont inspiré et qu'il cite comme un rempart contre la barbarie. Dans ce panthéon l'on retrouve Dante, Camus, Joyce, Beckett, Kafka et Orwell. L'on ajoutera Borges, Ginsberg, Huxley et la Boétie. L'on ajoutera aussi qu'il suffit de réfléchir comme Gavelis nous incite à le faire. J'ai d'ailleurs retrouvé, parfois mot pour mot, nombre des considérations qui émaillent mon premier roman.  
 
En enfonçant le couteau dans les stigmates qu'il porte par sa construction imparable et son écriture acérée, par l'attention qu'il requiert, la tension et les questions qu'il génère, Vilnius Poker est un roman entêtant, magistral, dont on ne sort que difficilement, avec une bonne gueule de bois. Pour aller plus loin, pour dépasser peut-être, en plus des auteurs cités ci-dessus, l'on consultera avec profit Le laboratoire des poisons de Vaksberg et, bien évidemment, L'Archipel du goulag de Soljenitsyne. Mais l'on retrouvera aussi des correspondances dans l'innocence et le désarroi d'Enig Marcheur encore (d'ailleurs ici aussi il y a des têtes plantées sur un pieu et elles parlent, aussi), dans l'efficacité et la virtuosité de Glose, dans la réflexion des Jardins statuaires, dans Une saison de coton dont vous pouvez retrouver une magistrale recension sur le site de Lou. Autrement dit partout où l'humanité se retrouve confrontée à elle-même, partout sa déchéance provoque un sursaut.  


Pour toutes ces raisons, pour le merveilleux travail d'édition qu'il effectue depuis des années, pour l'envoi en avant-première des épreuves non corrigées et néanmoins remarquables de ce livre, je tiens à remercier une nouvelle fois Monsieur Toussaint Louverture, un éditeur à qui l'on peut faire confiance les yeux fermés pour nous les ouvrir et nous offrir un peu de beauté grâce à la magnifique couverture réalisée par Zeina Abirached qui a elle aussi connu la guerre et dont je vous invite vivement à découvrir l'oeuvre juste et sincère. Au reste, que faire ? Question difficile avec laquelle chacun se débat à la manière de Vytautas et que j'ai pu évoquer à ma manière au gré d'une actualité délétère ici, ou encore . Cesser de jouer un rôle, refuser d'obéir, prendre du recul, penser, témoigner et transmettre. Ouvrir la voie et la vie à une autre littérature. Lire et écrire pour commencer.

Toutes choses auxquelles je vous invite et auxquelles je retourne moi-même, en attendant de vous retrouver avec la suite tant attendue du cycle des Contrées de Jacques Abeille, intitulé le Veilleur du jour et qui sort le 26 mars au Tripode. Quant à Vilnius Poker,
vous pouvez vous le procurer sur le site de Monsieur Toussaint Louverture ainsi que dans toutes les librairies et, d'ici là, vous faire votre propre idée au gré de ces quelques pages.

© Ričardas Gavelis, Zeina Abirached & Monsieur Toussaint Louverture

mercredi 11 février 2015

Enig Marcheur, Russell Hoban

Entre deux chroniques consacrées aux excellentes et foisonnantes éditions Le Mot et le Reste, j'ai le plaisir de vous présenter comme prévu l'inénarrable et nigmatique Enig Marcheur de Russell Hoban paru chez le fantasque et fantastique Monsieur Toussaint Louverture. A lire certaines prétendues critiques il serait prétendument impossible de lire ce roman, comme il était prétendument impossible de le traduire avant que Nicolas Richard n'y parvienne admirablement et que Monsieur Toussaint Louverture himself ne le publie remarquablement en 2012, avec une préface de Will Self, plus de trente ans après sa première parution en Angleterre sous le titre Riddley Walker. En vérité il est bien plus difficile de s'en remettre et plus encore d'en parler. Ce que je vais néanmoins m'efforcer de faire ici dans le cas où vous seriez passé à côté d'un des ouvrages les plus marquants que j'ai pu lire. 
 
 
Vous l'aurez compris, cette chronique, une fois n'est pas coutume, n'est pas une chronique comme les autres, tant est incommunicable l'expérience de lecture. De fait, s'il y a un roman dont Enig Marcheur pourrait se rapprocher c'est, peut-être et curieusement, Glose dont je vous ai parlé le mois dernier. Comme Juan José Saer, Russell Hoban travaille sur la langue, une langue dont la principale caractéristique au fond est, non d'accompagner, non de traduire, mais de creuser puis de porter ce même fond à la surface, de faire jaillir ce qui ne faisait jusqu'ici que gésir. Cette langue, ici, c'est le parlenigm, transcription du riddleyspeak, « patois menaçant et vif dans lequel subsistent par fragments les connaissances du passé ». Une langue orale qu'Enig va pour la première fois coucher sur le papier afin de consigner ses aventures.

De prime abord et pour vous donner une idée de ce précieux ouvrage, Enig Marcheur c'est un peu le retour du Hobbit après la victoire de Sauron raconté par un Gollum shooté à l'anneau qui aurait dévoré Barjavel et Villon. En plus lyrique et en plus réjouissant. C'est également un magnifique travail de traduction, et d'édition réalisé par Nicolas Richard pour Monsieur Toussaint Louverture. Un ouvrage rare et beau, ouvragé et cohérent dans son fond comme dans sa forme, protégé par un rhodoïd « afin que ce livre résiste au Sale Temps » et deux jaquettes finement ciselées qui se suivent et se laissent découvrir en même temps que les personnages et histoires qu'elles illustrent à la manière d'un petit théâtre. Allez, sortez de vos sacs à pionce, ça ne fait que commencer. C'est pas des blips que je m'apprête à vous narrer, pas une histoire de Mots Tordus, mais les gendes vrais d'Enig Marcheur par lui-même, dont la langue donc, même retenue en partie, comme la contagion des lyers et des pyers, m'échappe et s'échappe encore et encore depuis le Grand Boum.

Le Grand Boum, c'est là que tout a commencé. Après l'âge d'or du Bon Temps où l'homme régnait sur l'Anterre et « les bateaux dans l'ésert ». Avec le Sale Temps de l'ère post-nucléaire et son humanité jeune et vieille à la fois, à l'image d'Enig, douze ans mais déjà adulte, sexué, poilu et balafré, qui travaille à creuser la bouyass pour retrouver des vestiges de la civilisation passée. Un monde nouveau, persistant, régit par des rites étranges, parfois personnels, qui nous échappent et servent à endiguer ou à percer les mystères de cet univers aussi étroit qu'étrange et qui, au-delà des barryèr, est la proie de meutes de chiens sauvages. Un monde dans lequel nous sommes plongés d'entrée et dans lequel, à l'instar d'Enig, nous demeurons toutefois spectateurs, sans jamais savoir ce qui va nous arriver, tout en ayant l'étrange impression d'avancer obstinément vers une destinée toujours recommencée qui ne demande qu'à s'accomplir pour le pire. 
 
 
 
Car cet âge du fer c'est aussi l'âge de faire, quitte à ne comprendre qu'après ce qui a été fait. C'est ainsi qu'un enchaînement de circonstances – le face-à-face avec le chef de la meute, un accident, la découverte d'un pentin – une curiosité et une certaine forme de colère et de révolte contre la preuh et la gnorance vont pousser Enig à sortir des sentiers battus à la recherche de la Vrérité. Pour le guider il y a d'abord les signes et leur interprétation dont il faut se méfier ("Tout 1 chac 1 sait que si tas plusieurs choses blip y ficatives en semble tu prends la plus loignée des 3 comme indic à tort."). Et puis il y a les gendes et les chants, parmi lesquels La Foll Ronde des 9. Et surtout, il y a le Théât d'Eusa conduit par les mari honnetis du Mine Stère et qui donne lieu à la révêl qui perpétue l'amer moire collective. Du moins sa version officielle qui narre la tragique destinée d'Eusa et sa déchirante rencontre avec Adom le Ptitome Bryllant et constitue l'un des passages les plus forts, les plus poignants, les plus résonnants du roman. Enfin il y a les rencontres et les luttes de pouvoir qui régissent ses rapports avec ses contemporains, parmi lesquels on serait bien en peine de distinguer les gentils des méchants, les simp laids des mallins.
 
« Marcheur je me nomme et je suis tout comm. Enig Marcheur. Je marche avec les nigmes par tout où elles me mènent et je marche avec elles main tenant sur ce papier de meum. » Ainsi va Enig, cherchant à deviner le sens des mots, celui de ses pas, ce qu'on attend de lui et le rôle qu'il doit jouer dans tout cela, s'interrogeant sans jamais savoir à quoi s'en tenir. Mais tout comme « un spec tac avec des pentins a son prop chimystère sa prop fizzic. », ici comme ailleurs, rien n'est simplement simple, mais souvent séparé, duple ou dupe, toujours 2alité. C'est aussi pourquoi de temps à autre les mots issus du parlenigm demeurent une énigme, pour nous comme pour Enig. Parfois c'est l'orthographe qui est modifiée mais, le plus souvent, d'un mot existant Russell Hoban en fait deux, fidèle à ce principe de 2alité qui fait et défait à sa guise la réalité. Et quand par bonheur certains mots récurrents que l'on croyait comprendre nous apparaissent soudain sous un jour nouveau, dévoilant avec eux un pan de mystère, c'est alors « l'histoire en tiers » qui nous échappe cruellement. 

Enig Marcheur nous entraîne ainsi dans une aventure baroque, hybride et polymorphe où se mêlent science et religion, secret et représentation, hermétisme et alchimie médiévale, philosophie antique, physique quantique et exégèse, passé et futur dans un présent qui s'éternise dans la bouyass d'un perpétuel recommencement. C'est que l'attention de tous les instants, la pugnacité, la fuite en avant requises par ce langage, semblables à celles qui conditionnent la survie, en font vite oublier le caractère composite, à ce point que nous sommes surpris lorsque surviennent une intrigue et des personnages archétypaux, au sens où l'emploie Campbell dans Le Héros aux mille et un visages. Aussi surpris et désemparés qu'Enig lorsqu'il se retrouve, par une habile mise en abyme, confronté à son tour à notre langue comme nous le sommes à la sienne. « Je conné meum pas la 1/2 de ces mots ; Céquoi une Légende ? Comment prononcer un S max avec un ptit t ? » Sans doute parce qu'interrogeant le sens et l'origine des signes et des mythes à travers le langage, leurs formations, déformations et interprétations successives, c'est l'origine, la réception et la transmission de toute notre culture depuis des siècles que Russell Hoban remet en question.
 
 
 Le reste est peut-être là de toute éternité, pour ce qu'on en sait. « Notre vie en tiers est une ydée quon a pas pansée on sait pas nonplus ce que c’est. Tu parles d’une vie. C’est pour ça que final j’en suis venu à écrire tout ça. Pour panser à ce que l’ydée de nous purait être. Pour panser à cette chose qu’est en nous ban donnée et seulitaire et ivrée à elle-meum. » Le plus marquant, le plus marqué en nous, commence peut-être là, dans cette chose qui guette, tapi au coeur de l'être, « cette chose qui vit en nous et a preuh de sa prop naissence » La conscience, la violence, la connaissance, peut-être ? Les Nergies tout simplement ? inspiré en contact avec le plus profond de lui-même et des choses, inspiré comme l'on été d'autres avant lui, malgré le doute et les difficultés (« je voudré que chac chose se gnifie just une chose et garde tout jour le meum sens et chanj pas toul tant. »), Enig apprend à « couter », à « savoir s'écouter » nous dit Russell Hoban dans la postface, évoquant la création de son roman, conscient dans le même temps que la chose en lui qui veut parler « souhaite pour l'essentiel demeurer non formulé ». 


Histoire préhistorique, roman médiéval et tragédie antique, récit initiatique, conte noir et chanson de geste, Enig Marcheur est tout cela, successivement et à la fois. Etonnant, poignant, parfois drôle et souvent cruel, le dit d'Enig Marcheur est pareil au monde qu'il décrit et témoigne d'une humanité déchue, qui déchoit constamment, où les plus exposés portent seul « l'amer moi » fragile et distordue du çavoir perdu et des zactes que celui-ci a déclenchés. Où la faute est centrale, se perpétue, se transmet à travers l'image christique, originelle, sacrificielle, du bouc émissaire, indissociable de la notion de communauté. Où alternent les gendes et les sylences. Où celui qui n'a pas d'yeux écoute jusqu'à se taire pour laisser parler le texte. Une histoire belle, poétique, émouvante, jouissive et désespérée laissée à l'attention des hommes et femmes, non de pouvoir, mais de bonne volonté. « J'ai rien d'aurt que des mots à mett sul papier. C'est si dur. Par fois y a plus sur le papier vyde qu'il y a quand l'écrit couche dssus. Tu sayes de sprimer les ganrr choses et elles te tournn le dos. Pour tant tu verras des vestij en pyèr et leurs dos te parle rond. »

J'ai lu de nombreuses critiques qui insistaient sur le fait que Russell Hoban au contact d'Enig « perdu son orthographe » et très peu qui insistaient sur la construction riche et savante, sur l'audacieux travail de réappropriation évoquée pourtant dans la postface comme dans la préface. Un travail, si ce n'est aussi vaste, du moins aussi ambitieux que celui de Tolkien. Pourtant c'est bien par le langage que nous entrons dans ce monde. C'est par le langage que nous n'en pouvons plus sortir. Et seulement par le silence qu'on le peut finalement. Difficile en effet de se retenir de parler autrement qu'en parlenigm pendant la lecture d'Enig. Difficile aussi de rendre compte de celle-ci sans celui-là. Certains l'ont très bien fait ici tandis que d'autres vous conseillent « pour accompagner cette lecture rare » l'écoute de Paranoïd Androïd, issu d'OK Computer de Radiohead, ce à quoi je ne peux qu'acquiescer, d'autant que l'album, chose blip y ficative, fait partie de la sélection non seulement du Prog 100 de Frédéric Delâge mais aussi de celle du Rock Progressif d'Aymeric Leroy que l'on retrouvera dans une dizaine de jours, toujours chez le Mot et le Reste. 
 

En attendant je tiens à remercier, pour le travail réalisé autour de cette petite merveille, toute l'équipe de Monsieur Toussaint Louverture, de Dominique Bordes à Nicolas Richard en passant par Marie Michel qui a conçu cette extraordinaire couverture, en espérant pouvoir vous parler d'ici quelques temps de la dernière parution de la maison : Vilnius Poker de Ricardas Gavelis.