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vendredi 31 mai 2019

Note Bene – Mottes mottes mottes, Ana Tot

Mottes mottes mottes, sorti de terre pour la première fois sous les augures printaniers du 1er avril 2009, mesurait 77 micro-poèmes sur un peu plus de feuillets tuteurés par spirales. Dans cette nouvelle mouture, Mottes mottes mottes, réédité, toujours par et chez Le Grand Os le 15 septembre 2018, revu et augmenté, se déploie désormais sur une quarantaine de pages et autant de boutures supplémentaires, mais non surnuméraires, qui nous bottent bottent bottent, fleurissent et (re)donnent  racines à une œuvre rhizomique toute en (pro)éminences. 


 « aux mots d’ordre tordre
l’orbite régulière faire
mordre aux mots ordinaires
la poussière du désordre »

D’un point d’équilibre à aujourd’hui, Mottes Mottes Mottes s’effeuille à travers 144 micro-poèmes apho-humo-ristiques qui cultivent le jeu de mots, la figure de style (ana-coluthe, -logies & -strophes), le paradoxe, (se) [dé]jouent de la poésie classique, de l’haïku, du kōan (« caillou/irrégulier/série/de ronds/parfaits » (ricochets)), du calligramme, parcourent les genres et les registres (« tu kiffes ou pas », « mothafuckas ») sans prétention, mais avec talent, allant, élan (et alezans). 

Du Ana Tot pur jus, le plus souvent drôle, parfois facile, toujours virtuose et intelligent, où faire et dire s’inter-pellent/-posent, qui rappellent ses autres recueils : Traités et vanités (« je suis bien plus moi/quand je ne le dis pas/,mais comment le savoir/si je ne le dis pas/dire me rajoute quelque chose/dire me rend plus je n’sais quoi/plus consciente de moi-même/peut-être/et par là moins présente/plus consciente de pas être/plus présente/le disant »), méca (« courir le risque/du disque rayé/du dit que l’on raille / du discours qui déraille »), ou Voyage en bonhomie (« une chose allongée/semble ne pas/pouvoir/jamais/finir son élan »).            

« les exceptions
de mes fesses
confirment la règle
de mon cul »
(ortograf l y nalgas)

Des sonnets serpents à sornettes sur vos têtes, remue-méninges et vénim-/spongi-eux qui cultivent l’occis-mort et le pléonasme, flirtent avec la prose poétique et la poésie [p](r)osée, le dandysme, les thèmes et l’easy-listen-writ-ing d’un Philippe Katerine (« chante-moi/chante ça/chante-moi ça » (chanson)) conjugue la gouaille, les calembours et contrepèteries, d’un Bobby Lapointe, mais voit plus loin que le bout de son né (« ne rien faire/voilà qui est beau/rien d’autre ne peut l’être […] demain n’avoir rien/n’avoir rien/que c’est beau »), se dégage de l’académisme (« que de bulles inutiles/l’intellect sécrète ») des têtes de nœud pap’, rond-de-flan-de-feints-durs-à-cuir et autres grammar nazis de la clique myso des masos de Por-t/-c-Royal (« et feindre le science des tenues coites enserrées » (science)). 

D’un horizon l’autre, vue du ciel, sa poésie s’engage (« c’est toujours soi qu’on assassine »), se dégage (« mort à la mort […] merd’à la guerre (…) guerr’à la guerre (…) gar’à la guerre » (guerre l deux)), s’enrage malgré elle, visionnaire (« et pour les forces de l’orbe/au contraire la bague au/doigt tendu et à l’œil »), surréalise et (van)dalise en chien andalou — images, violence, beauté (« d’abord porte/pied table sein pied/d’abord porte/ciel terre merde opéra (…) alors seulement poignée »). 

« La vie est mort             
 que les colonels chantent au gré du vent […]  
Ça sent la vie morte      
ça sent le coussin le printemps la carabine        
ça sent drôle    
et même terriblement » (rase-motte)

Une poésie « badasse » qui déjante (minouminou), dépote (amnésie) et slame (bla), frappe chez tous les poètes présents et passés pour les rameuter. Chez les nominalistes (« est n’est pas une rose ») comme chez les sensualistes (« les choses demeurent/et nous passons/pfft/ pauvre d’elles »), pied de nez à la nuée et chifoumis, pense-bête et aspérités. Titres et morceaux en forme d’istoires, h aspirés, formes variables, longueurs de pieds qui prennent leurs clics épitaphes. Existentialisme, pataphysique et zoopinion : les opilions tissent dans le cerveau, de la lecteur du lectrice, de drôles d’azimuts, déboussolent et dépassent le cadran ligné auquel AT nous avait presqu’habi [-] t(u) é. Concert d’images déconcertantes, mots triturés, recrachés sous forme de pluie venue de pays doux.  

Un recueil (en)chant-ant/-eur, que l’on croirait en(tendre)-chant-er/-é (de même), livret rythmé comme du papier à musique, qui s’ex-im-prime à tue-tête(s), se lit en tous lieux et sens, horizontal et/ou vertical (ainsi le très beau, double et entremêlé ruban), et/ou alternativement avec sa reliure spiralée et ses pages tête-bêche qui rappelle les calendriers (« un événement a lieu (…) où est le son | d’autres événements | bientôt » (5 ou 6 août)). Perpétuelle et (im)pertinente, la poésie d’Ana Tot y apparaît plus drôle et chantante que jamais. (« jours conjugués (…) jouer/jouer/jouer/ne pas s’arrêter/jouer/jouer/jouer » (jubile)). 

Une poésie profonde et légère qui évoque la Grèce à plusieurs reprises, au moment où j’écris sur les plages du dit pays, comme une carte que je reçois et à laquelle je réponds ici : éô | lien vers Le Grand Os, jours ronds et bons à Aurelio, kalispera à Ana Tot, cousine lointaine d’Eleni Sikelianos, muse et poète. A tous les deux, tout(e) en un, au Grand os, pas gyros, mais ouzo : yassas & yamas ! 

« longue
langue
lasse
laisse
l’os
lisse »
(lente lapée)

mercredi 16 novembre 2016

Bonne nouvelle du désastre et Alcools, Leopoldo María Panero

Un petit livre rouge ouvert sur l'inconscient, épais et conséquent. Une plaquette, comme jaunie, légère et fatale comme un coma éthylique. Qui accrochent la lumière, le lecteur qui y pénètre. Qui rejettent, visqueux, celui qui seulement les feuillettent.


Bonne nouvelle du désastre et Alcools : telle est la vie rêvée et avérée de Leopoldo María Panero, aperçue avec Ainsi fut fondé Carnaby Street, écrit et paru dès 1970, mais traduit et publié pour la première fois en français en 2015 au Grand Os. Tels sont également les titres des deux ouvrages traduits et parus à leur tour respectivement aux printemps 2013 et 2014 aux Editions fissile, qui inaugurent et poursuivent à la fois l'édition des œuvres complètes du poète. Une œuvre et une maison remarquables par la qualité de ces publications.

Bonne nouvelle du désastre & autres poèmes (1980-2004)

Traduit de l'espagnol par Victor Martinez — qui avait déjà cotraduit Ainsi fut fondé Carnaby Street avec Aurelio Diaz Ronda — et Cédric Demangeot, Bonne nouvelle du désastre & autres poèmes (1980-2004) comprend, comme le dévoile plus amplement les Notes de ce dernier sur la présente édition, une première et précieuse anthologie en neuf séquences intitulées Tout ce qui est léger doit tomber (1980-1998) suivie de « quatre livres importants Leopoldo María Panero publiés au début des années 2000, et tous donnés ici dans leur version intégrale » : Aigle contre l'homme, Poèmes pour un suicidement, Bonne nouvelle du désastre, Danse de la mort et Schizophréniques.

(« Et après je vais pleurer, sur la fenêtre,
devant les inconnus, et
je vais faire beaucoup de bruit. »)

Tout ce qui est léger doit tomber, à commencer par. Autour du poème, le seul en français dans le texte, qui introduit cet autre composé de tous les autres, comme autant d'hommages et d'adieux à l'enfance, d'anamnèses et de désespérances. Drôle de vie et mort de Leopoldo María Panero, mises en scène par lui-même ou. Par l'un de ses doubles, imposteur, hétéronyme égaré, doppelgänger, meurtrier. Suivent les Crapauds, avec cette bonhomie que l'on retrouve dans Le Voyage d'Ana Tot. Et après eux le déluge, la bave, l'excrément, avec le festin nu de l'Héroïne. Le cerf, la rose et le poème aussi. Le Peter Pan de Carnaby. En filigrane, Artaud, Luis Buñuel et Salvador Dalí. Sur le papier, Ezra Pound, Hölderlin et puis Scardanelli. Soit : Fous, camarades d'asile, doubles, imposteurs, hétéronymes, etc. Avec l'alcool, déjà, pour seule compagnie. Et encore la pluie. Il y a les Poèmes de la vieille, le pet, le cul, le dégoût et le refus, de la déliquescence de l'âme et de l'esprit lorsque vient la cinquantaine pour lui.

Aigle contre l'homme. Par formes anciennes, vents et vers, Raimbaut d'Orange, et cerf et bleu et rien. Ritournelle de la fin, désolations, monotonie des paysages dévastés de la vie. Mystères cependant, mais déjà : Poèmes pour un suicidement. Et de nouveau crapauds et vers et serpent, les saisons de la vie et la mort de l'auteur — « il y a un seul héros, c'est la page » — par évitement. En somme, enfin : Bonne nouvelle du désastre. Ellipses, reprises, répétitions. De celles que l'on retrouve chez Marie Cosnay, chez Paul Valéry — « La mer, la mer, toujours recommencée. » Us et abus de stupéfiants tropes. Mises en abyme, détournements. Fleur et mort et jaune et Christ. Mallarmé contre la vie. Déclinaisons : chaque mot comme un personnage. Qui son rôle qui sa place qui sa couleur qui sa fonction. Comme une allégorie. Et soudain, seul mot méritant une note de Panero dans l'intégralité du recueil : Muspilli.


« Donner un sens plus pur aux mots de la tribu » — tribut payé par Panero — sortilège bu — qui redéfinit les fonctions et attributs des symboles — dans le flot sans honneur de quelque noir mélange sur le Tombeau d'Edgar Allan Poe. Mots fous d'un fou de mots, démiurge, maudit ou. Plagiat de moi-même, presque pastiche, poème dans le poème, déridé, qui se malmène, et Neruda par la même occasion. Ou cet autre, A la manière de moi-même, ou imitation de Panero. Quand soudain « le tremblement des mots », comme un promontoire. Là où le mythe et le verbe se rejoignent et se créent — en secret. Chants de Mal[o]dor(or). Dénigrement ou mystique du saint excrément, de l'exécration. Pour en finir avec. Le jugement de Dieu (lien), avec. L'enclume et le marteau. Frapper fort avec. Non pour enfoncer au-delà, briser le corps, la croix et les clous d'un seul coup, d'un seul. Tenant.

Donner un sens. Autrement dit : Danse de la mort. Hymne, ode. A Tennyson, aux Sioux — pas aux apaches de Carnaby. A Arthur Llewelyn Jones, dit Arthur Machen, à Strindberg, à Leiris dans la geste et le mors — De la littérature considérée comme une tauromachie. Et les pages qui suivent, toute plus belles les unes que les autres, où apparaissent à l'encre sympathique l'obsédante douleur, la flèche dans le flanc de Panero, la vie contre la vie, et la mémoire, et le ressentiment -  « le cauchemar atroce de vivre, de vivre sans rêve, sans appui, à séduire tantôt Dieu, tantôt Cordélia ». Il y a une lumière chez Panero, dans les yeux de l'enfant divin, du puer. Ce pourquoi et cependant ce recueil, si ce n'est l'œuvre toute entière — est une longue plainte marquée de magnifiques coups de semonce. Un flingue chargé à blanc désespérément posé contre la tempe. Une terrible et entière Lettre au père — « Daddy, give me your hand. I am afraid. » La peur, la honte, l'impossible mort, l'improbable repos, et « l'horreur d'être toi ».


Dante et Kafka, Rimbaud et Verlaine, devenus frères d'a(r) mes, se mirent et s'éprouvent, s'épaulent et croisent le faire. L'être du Voyant — « Le désastre est une victoire de mon âme, écrire est ne pas être, face à l'épée cruelle du vent. » — Voyelles redéfinies aux couleurs de l'épouvante, de la haine, de la mort. De toutes les folies —Schizophréniques, ou La ballade de la lampe bleue. Incantations en hébreu, lyrics en anglais. Remake d'une vie où se côtoient, se tutoient, Lou Reed et Borgès. Et, si l'on se prend à fermer les yeux, d'autres poèmes s'impriment sur les paupières, que l'on cherchera en vain, errant entre les lignes comme dans les allées pendant qu'ici et là, des mots. Comme des notes, qui s'accordent en fonction des thèmes — Cerf-folie / rose-poème / bleu-terreur — reviennent, qui composent et continuent de jouer la mélodie du poème. Comme les teintes d'une même palette qui, mêlées, en composent, en appellent, de nouvelles et un tableau, amer et beau, toujours recommencé.

« Le poème est la seule hypothèse de mon existence la seule garantie de mon être : l'unique prière pour que le non-être ne soit pas identique à l'être. » Parfois, à lire une chronique, l'on croit avoir lu ce qu'elle aborde à peine ou approfondit par trop. A ce stade vous n'avez pas lu peut-être, ce pour quoi il faut lire, cette Bonne nouvelle du désastre. Où l'on comprend déjà pourquoi et comment Mon cerveau est une rose avant qu'il n'y revienne. Où l'on suit, où l'on voit. Ces points dans la typo, ronds et profonds. Comme les clous d'un ex-voto, d'une plaque funéraire. Comme une expiration, une inspiration. Comme ceux de Spoon River, que je n'ai remarqués que lorsqu'une strophe m'a rappelé un épitaphe de ce dernier. Que l'on retrouvera, et plus encore dans Conjurations contre la vie. La poésie de Panero est totale. Totale, elle doit être lue totalement. En boucle et à rebours, sans parvenir à distinguer le début de la fin.


Il y a le nom de Panero. Un nom qui domine les huit paragraphes de la préface de Cédric Demangeot — cotraducteur, éditeur de l'ouvrage et poète — dut-il pour cela procéder lui-même à une mise en page ET à une typo soulignant la liberté nécessaire, contagieuse & prophylactique, à l'approche de. Panero et de son œuvre. Une part de folie nécessaire à la création, et de création qui protège de la furie comme en témoigne la drôle et tragique quatrième de couverture qui donne la parole à. Roberto Bolaño. Il y a les mots de Panero. Et les mots de Demangeot sur les mots de Panero, justes, passionnés, poignants et beaux : « Son poème, le même sous toutes ses formes, avec un vocabulaire restreint à quelques centaines de mots peut-être, ceux des grandes obsessions increvables, avec un bestiaire d'Indien décimé et toute la bibliothèque de Babel sur le dos. »

Il y a les mots de Panero. Incarnés, dont la douceur de courbes n'existe que pour la douleur des angles, la mollesse plus que la fermeté des chairs, les muscles comme des os, secs et saillants, cassants et blessants comme du verre. Cassé, pilé, Panero ne plie pas. Jamais. En place de cela, de la posture et de l'imposture, il ressasse, clairement, à dessein. Scande, répète. Autant pour lui que pour nous. Leopoldo María Panero a trente-deux ans lorsqu'il rédige les premiers poèmes de ce recueil, cinquante-six lorsqu'il rédige les derniers, quasi le double, de sa vie. D'adulte, du moins. Dix de plus que lorsqu'il écrivit Así se fundó Carnaby Street. L'enfance est loin, qui demeure comme une blessure. Le lance, le tance, comme le membre fantôme d'une famille amputée. Il y a les maux de Panero. Leur marque sur le corps, la peau, sur les os. A l'instar d'Artaud.


Il y a le corps de Panero. Vécu comme celui d'Antonin dans la souffrance insensée. Corps im-pensé ni pensable, ressenti plus que de raison. Comme une trahison. llUne prisonll. Dont il s'agirait d'écarter les os qui lui servent de barreaux. D'écarteler. De cribler de flèches. De frapper la chair(e) — flesh. De faire sortir le péché — sin. De faire sans — sin. Insanité qu'il s'agit de. Répéter / Purger. Cul, excréments, pets. Aux hommes que l'on laisse. Comme morts, sans force, ni volonté, ni dignité. Hygiène de l'hashishin, statut de selles. De l'exilé, de l'interné, rendu à lui-même. Ecriture sans censure, viscérale, au sale sens du terme. A trop voir la figure du poète maudit, l'on en oublierait le corps encore vivant du poète — mort depuis, en 2014, et né à la postérité — s'il n'y avait ce corpus pour lui rendre hommage. Il y a la langue de Panero. L'espagnol, l'anglais, le français, le lycée italien. Il y a l'image et le regard de Panero, inoubliables.

Il y a El Desencantado, de ce film — pellicùla. Qui existe — ex-sistere. Dans lequel Panero, à 28 ans, en homme – monde et hors monde - chair et os et corps et voix - jeté hors, donc, de lui-même sur la pellicule, jetée elle-même dans le monde à l'instar de ces poèmes — se pose là. Dans la Fabrication de l'Apocalypse, dossier qui conclut ce riche recueil, Victor Martinez propose encore quelques passages transversaux et, surtout, retrace l'histoire familiale de Leopoldo María sur la base de ce film de Jaime Chávarri qui lui est consacré et dont il retranscrit les extraits les plus cathartiques. Ce film, qui constitue un poème – bave, crachat – en soi. Confession sans concession. Qui aborde sa tentative de suicide, son internement, son emprisonnement. Qui saborde son enfance son rapport à l'échec, aux institutions (scolaires, psychiatriques, toutes pénales), à l'umour comme arme, à l'alcoolisme comme drame, à la solitude. Qui tente de renouer les fils - Mon père, dit le frère. Notre père, reprend Leopoldo - de se faire à l'image du père reconstituée. Témoignage de la folie, du génie, de la démesure réunis, de la statue de l'écrivain, de sa mort, de son mystère rongé par les mythes.

Il y a une bonne nouvelle — au sens christique — dans le désastre. Qui est celle du désastre. Qui s'exprime par et dans. Son nom, son corps, sa langue, son image. Qui est celle de cette traduction remarquable, de cette édition, belle, rare, précieuse, teintée dans la masse d'un rouge — le seul dont celle-ci peut se parer sans rougir davantage. Un fissile fait missile au cœur du désastre plus général du monde, de l'existence humaine faite telle et donc fatale. Premier opus, premier obus, d'une œuvre, celle de Leopoldo María Panero. Née d'une guerre mondiale et d'une autre plus totale encore, « la guerre la plus inutile et la plus sanglante, la guerre pour être moi et pour laquelle il faudrait que l'autre n'existe pas. »  Une œuvre qui se fera plus réfléchie avec les années, comme un miroir qui, à force des bris se verrait enfin (re) constituée.

Alcools

Volume encore, fin comme du papier à cigarette - à peine une douzaine de pages -  moins rouge, mais non moins inflammable, voici Alcools, recueil monolithique et vaporeux à la fois traduit de l'espagnol par Cédric Demangeot et paru en mars 2014.
« Alcool que, par ailleurs, je ne bois pas
C'est le Coca-cola qui le remplace,
et la morsure de l'eau, son baiser sur mes lèvres. »

Tragos, titre original. Littéralement, volume, verre. De jaja, de cerveza, de vino. De tous types de boissons alcoolisées. Alcools, donc. Mais aussi Hirondelles — oiseaux vaporeux au large gosier, envolés d'un trait. L'on pense à Apollinaire, évidemment, Alcools déjà, et calligramme dans le sang — La colombe poignardée et le jet d'eau. Extrait distillé de La tempesta di Mare, tempête dans un verre d'eau lorsque les murs capitonnés, la camisole, l'isole. Traduction de traduction. Décryptage des sens et symboles, du signifié et du signifiant. De l'étiquette. Translittération du litron, avidité et vacuité. De l'écrivain réduit à sa plus simple expression, qui tourne à vide. De l'aruspice à moitié plein qui jauge le verre et parvient, à travers lui et malgré tout. A poser la question de l'identité, à interroger le sens de la vie. A convoquer les poètes défunts, à les renommer. A répéter sans fin, en déclinant, en détournant, le fantôme de Marx et de Jésus Christ, de Sartre et de Béatrice. A rappeler à ce nouveau panthéon qu'Así se fundó Carnaby Street.

« Le seul homme qui existe est un être misérable qui cache dans la syllabe du vent. »

Lowry et Bukowski, Bataille et Poe, Baudelaire et Dali, sont ici sur le même bateau, ivres de vin et de poésie. Laudanum et delirium, nommagite aigüe d'un homme hanté par les figures d'autorités qu'il refuse, mais dont il sait l'utilité en ces terres perdues — pour lui comme pour les autres, à l'intérieur comme à l'extérieur de l'asile d'où il écrit. Réminiscence, oubli de — Mondes engloutis. Quand soudain, apparaissant en arrière-plan, en toile de fond, comme dans un tableau de Gustave Moreau : Mondragon. Mondragon, nom parmi les noms, asile déployant ses ailes dans l'esprit voulu dément du poète. Qui règne sur la vie et l'imagination. Qui incarne la bête, adorée et haïe, crainte et révérée, qui menace et qui protège. Mondragon, que Panero chevauche à tout crin, mais ne cite ici qu'une fois pour toutes. Là, pas de sol-meuble, pas de décorum auquel se rattacher. Et pourtant rien de sibyllin, jamais. Ni pour distinguer le bon vin de l'ivresse. L'alcool, seul, écrit, directement — dans la veine de Panero. Mais l'alcool lui-même parle de l'asile, et des raisons de l'asile.

« Ils ne veulent pas que je parle de la Mort.
Ils veulent seulement que je parle de l'alcool et d'amantes que je n'ai pas eues
(…) 
ils ne veulent pas que je parle de l'immondice, 
et c'est de la seule chose dont il faut parler. » 

Du traitement infligé à l'enfant puis à l'homme. Meurtri. Par le pater, alcoolique aussi, et la mère patrie, alcoolisée ou prostituée sous ses dehors pudibonds, comment expliquer sinon. La folie d'un monde régit par « la science infecte du garçon de café », magicien-dose, gardien du temple de la perdition. Panero qui noie le poisson, ne joue pas le jeu, ne répond pas, à la question — au sens espagnol du terme, de la Reconquista. Panero qu'il faut toujours s'attendre à attendre là où l'on ne s'attend pas à l'attendre. Qui montre du doigt Mondragon où le regard du lecteur s'abîme, quand c'est le doigt peut-être qu'il faudrait regarder, la main qui tremble, ou bien l'ensemble, tout un, au fond. Transferts, calques, transpositions, juxtaposition de mythologies parallèles ou perpendiculaires, ou contraires, dont le centre demeure — Panero. Qui se dessine, se destine au fil des volumes et que nous retrouverons prochainement avec Conjurations contre la vie et Mon cerveau est une rose & autres essais.

Texte et photos © Eric Darsan. Extraits et citations proviennent de Bonne nouvelle du désastre et d'Alcools © Leopoldo María Panero,  fissile 2013 et 2014. 

vendredi 8 juillet 2016

Traités et vanités, et autres textes, Ana Tot

Découverts grâce à Aurelio Diaz Ronda, maître d'œuvre des éditions Le Grand Os (dont je vous ai parlé ici à l'occasion de l'indispensable Quoi faire de Pablo Katchadjian et de l'incontournable Ainsi fut fondée Carnaby Street de Leopoldo María Panero) voici quatre petits ouvrages qui allient légèreté et profondeur.


Petits pense-bêtes, absurdes et raisonnés, qui permettent d'entrer dans l'œuvre d'Ana Tot par de nombreuses portes et de voyager sans s'encombrer l'esprit (tout est écrit, quoi que), sans valise ni dans les mains ni sous les yeux (c'est vite lu, moins vite dit), Traités et vanités chez Le Grand Os, L'Amer intérieur et Voyage en bonhomie dans la Collection de l'umbo, méca au Cadran ligné, se révèlent au fil des pages aussi stimulants que curieux.

Traités et vanités, Le Grand Os


« Le jour on est un homme couché à l'intérieur d'un homme debout. La nuit, l'inverse. »

Mouvement organique, onirique, oral : tels sont les Manifestes, contributions au tournevisme, qui introduisent l'ouvrage et se poursuivent avec Nous Autres, plus manifeste encore, moins formel, plus réflexif, conscient, philosophique, lyrique. Poétique, poïétique, qui se heurte à l'évidence du vide qui nous entoure, interroge sa nature. Duelle. Dut-elle pour cela. Tout remuer, et la langue en premier, s'immiscer, s'initier, haïku et kung-fu. La dialectique peut-elle casser des briques ? Osef, ou - « je n'ai rien contre moi-même j'en veux au geste qui s'accomplit (…) ne s'accomplit pas (…) je suis bien plus moi quand je ne le dis pas ».


« Imagine un mouvement sans durée, une mémoire sans oubli, un monde où le temps ne s'effacerait pas. »

Traités et vanités, en quatre parties (dont la troisième, éponyme, chevauche et couvre quasi l'ensemble), qui regroupe par ordre (quasi donc, aussi) chronologique la plupart des écrits d'Ana Tot entre 1992 et 2003. Avec ce recueil, second de l'auteure (après Mottes Mottes Mottes, un petit volume de 77 micro-poèmes), sorti le 9 novembre 2009 du Grand Os dans la collection Qoi, nous découvrons.

Une œuvre. Presque journal, in — et ex-time, qui s'épanouit, se feuillette, s'effeuille et s'étudie. Beaucoup, passionnément, jusqu'à l'aphorisme. Nietzschéenne, par delà le bien, le mâle en moins. Scheerbartienne, ingénieuse ingénue, ingénieure littéraire, perpetuum mobile plus plus - « Il va de soi que la boule, ou sphère, est parmi tous les volumes celui qui offre le moins de prise au courant, qu'il soit d'eau, d'air ou de tout autre fluide (…) Forgeons-nous des caractères sphériques ! » Wittgensteinienne, syllogique, que : 1 — L'on en perd son latin. 2— La raison. 3— L'on ne sait si c'est de l'art, ou bien. Le tout sous le patronage de Ricardo Reis, hétéronyme de Fernando Pessoa, et d'Ildefonso S., Saint des Saints à la bibliographie fantasque, sur lequel à dessein on ne trouve rien. Du coup, on s'interroge, écran de fumée, baratin, fumisterie ou bien.


« Tu es vain si tu penses qu'il est de ton fait de penser ce qui ne se pense pas (…) Laisse chaque chose là où elle se trouve et dans l'état où elle se trouve accepte-là. Occupe-toi d'être sève quand c'est la sève qui monte en toi. »

Jeu du je, c'est certain. Qui aime suive, malgré, maugrée contre la répétition et l'absurde. « La pensée ne fait pas jouir le monde. Si le monde veut jouir, il doit être pensé. » Ne pas attendre de réponse du cheminement interne. Suivre le flot, le fluide, la répétition des motifs. Ne pas s'émouvoir et se laisser porter par tout. Par la matière surtout. Par la matière en tout. Premier lieu, premiers temps, magie élémentaire qui féconde la faconde, métrique et matrice, homoncules et homonymies.

LZRD, quatrième et dernière partie. Qui commence par la pierre, se lézarde comme l'on s'y attend. Tient de la salamandre, du feu de l'athanor. Couve et couvre, magie encore. Alchimie. Aleph. Serpents. Seigneur et nouvelles créatures — « Là où il n'y a pas d'arbre pour dessiner la lune je fais un trou dans la terre. L'animal qui a vu la lune fait aussi un trou dans la terre. » Verbe. Talismans.  

Ana Tot étonne, tâtonne, tente, en écho, la lit, sa poésie. Par elle donne le la, tend la combine, téléphone arable qui charrie, charrue, creuse le sillon et attend la moisson de pensées, de réflexions, de sons. Postulats souvent étranges, conclusions, parfois hâtives, qui hâtent le lecteur de conclure à son tour. Et si celui-ci, le tour pris aidant, bien mal appris et avisé, acquis cependant, s'en détourne, ce sera pour se tourner avide vers L'Amer intérieur.

L'Amer intérieur, Collection de l'umbo


« mieux vaut la malice du fils que le maléfice du mot. »

L'Amer intérieur, Lucas l'irascible : Titre et sous-titre. C'est tout. Chez lui, chez Lu'. Tout un et tout lui. C'est Tot qui remet ça et luit par sa hardiesse et son ardeur. Annonce la couleur, la douleur. Avec délice, plonge sous la douche écossaise, dans le bain en tartan, souffle le chaud et l'effroi du familier - « pas cool en fait » - du soutenu, couché sur le papier - « tue ton mec qui te maque qui te bat ton maquereau » - du relevé, allitéré — « attire l'ire lira l'irascible ». Vulgate, mythe au logis, qui prie (m) orphée pour avoir morflé, l'enfer des bénits dissipés. Homonymie en sus, analogies, calembours, contrepèteries, anadiploses. Mots dits, mots crus. Reichienne à l'envi. e. Pas de réchauffé mais faire feu de tout bois contre, tout contre, la mère et son amant.


« un domi dominant qui dit peu mais qui nique un pseudo mari sodomite ami mythomane à mi-temps un adepte adipeux des agapes (pas question d'adoption) »

Prise à partie, fine - « le fin du fin à la fin des fins » - mais pas que, L'Amer intérieur se présente comme un poème en vers libres, très libres, gaillard, graveleux, grivois, grossier et paillard, où l'insulte exulte et dont la démesure permet de passer sur, et outre, le plaisir du texte, « monté comme un âne comme un ananas comme un analphabète en somme une bête de somme ».

Outrances donc, et outrages, sont au programme. De ce texte sadique, sadien et slam-hic où l'ivresse, les mots et maux-émaux accordent plus encore place et mets de choix à la bouche, à l'oral, mais pas seulement. De ce petit livret paru, livré, ni relié, ni paginé - en un mot : nu - en décembre 2012 dans et par la Collection de l'umbo, chez qui l'on peut également retrouver Jacques Abeille avec L'origine des images, paru l'année suivante.

Pour lecteurs et lectrices avertis qui, apaisés par l'excès, se tourneront avec les autres vers le bon enfant Voyage en bonhomie.

Voyage en bonhomie, collection de l'umbo


« devant le carré qu'il appelle sa maison
le bonhomme fait dos rond au tracé des chemins »


Ainsi commence le Voyage, non pas d'hiver mais varié, qui pourrait aller son petit bonhomme de chemin si seulement. Mais s'agissant : 1. d'Ana Tot tout n'est pas si évident 2. d'un voyage, pas si linéaire. « au commencement le bonhomme n'a pas de maison (…) dans un tout autre commencement (…) il a seulement des yeux pour regarder ses bras et au bout de ses bras qui sont tantôt deux lignes plus ou moins droites tantôt deux angles plus ou moins droites. »

Desnos déjanté, Carême au carré, Prévert en Paroles, Perec en ce que vous voudrez, Voyage en Bonhomie est un petit bijou d'intelligence et de créativité. Miniature imagée, conte poétique, philosophique et métaphorique qui se suffit à lui-même, se lit et se relit. Petit ouvrage pas plus relié que le précédent, papier plié mais paginé cette fois, et doublement. Petite histoire rondement menée, carrée, aiguë et acéré. Qui se raconte, se parcoure comme un album illustré, se lit à voix haute et se prête à l'imagination.


« il évoque à coup sûr un cercueil ou un livre pas du tout un canif ce qui est bien regrettable parce que le bonhomme aidé de sa ressemblance aurait pu s'éventrer lui-même. »

Avec cet incroyable voyage, bonhomme dans la forme, barré dans le fond, bercé au large, le lecteur se laisse entraîner plus loin que ce petit poème aurait pu le laisser entrevoir, tiré au cordeau plus qu'au flan, qui voit dangereusement s'accroître son tirant d'eau et le fond se rapprocher ostensiblement – et la fin poindre sitôt la moitié passée. Il faut dire aussi qu'avant cette parution -  en décembre 2014 dans la Collection de l'umbo avec un Frontispice d'Antonio Ramirez - « Sous le titre Carnet de voyages en bonhomie, ce texte a donné lieu en 2006, en version manuscrite autographe, à l'édition d'un livre d'artiste à huit exemplaires dans la collection Manos. » (Vous pouvez l'apercevoir ici) Quand à ce qu'il advient de ce bonhomme et du lecteur et bien, ce n'est pas que cela ne compte pas, mais - quand on aime, n'est-ce pas – il reste le cas méca.  

méca, Le cadran ligné 


« Les choses ne sont pas comme elles sont. » 

méca : sans majuscule, à l'emporte-pièce. Méca dont les exergues s'exercent à ne  commencer pas. Rouage qui tourne autour d'un. Point. A la ligne, au Cadran ligné exactement. Date de sortie, sur l'écran : 11 : 06 : 2016 Ana-logies, Tot-ologies. Cur-sœur, cœur sûr, mécanique bien huilée. Et rodée. Par trop peut-être. Où les apparences, trop peu trompeuses, multiplient les tropes et répétitions. Où l'on retrouve, découvre, une familiarité avec ces refle(t)xions. Chaque page comme un adage, une variation, une version d'un thème qui se referme, se conclu, systématiquement

(entre parenthèses)

camées, sous-titre en miroir, inversé, image d'Epinal, anagramme. Anadiploses encore. Ana dit et implose, tentée par le Tic et le TOC, le procédé poussé à l'extrême, la répétition pour elle-même, jusqu'à la transe, la perte du sens qu'elle explore. Oralité, plus que jamais, sinon exclusivement. Prise de sons, en 3D. Volumes poussés à fond, au bord du gouffre. Philo filée emberlificoté, qui s'emmêle, dont on perd le bout, qu'il faudrait démêler/mesurer à l'aune d'une métrique plus linéaire, moins répétée surtout/dérouler par à-coups pour ne pas renoncer à lire


(((T)o(u))t)


« Tenir va lâcher. »

méca - là est l'idée, labellisée – mais qu'à cela ne tienne, et la tenir sur un livre entier, est réellement à devenir et à rendre fou. C'est alors qu'il faut chercher. Recourir à. La langue-tempête, essence de tout. Qui fait voler le grain de sable dans l'engrenage, déglingue les rouages. Il faut lire tout haut. Chercher, checker le sketch, la feinte, la flambe. Le slam plutôt que le lamentatio. Où l'on retrouve la forme et le volume à nouveau. Non le grave mais la profondeur sous le masque, la fausse transparence, l'opacité du couvert que l'on sert et remet, du courant de pensée, insupportable, hérité du nouveau roman, qui trace les limites de(s) (l') Exercice(s) de style(s) : Frictions et Tombeau.

« Quelque chose m'échappe absolument. Construit pour m'échapper. A moins que je sois stupide. » (Pierre Terzian, Il paraît qu nous sommes en guerre). 

Chercher alors. Où l'eau se trouble. Où l'on rejoue en décuple, en duplex, en huis clos, didascalies et apartés. Où le vide et le plein alternent de nouveau. Retrouver le rythme, flairer la trace, repérer les signes. Savoir lire dans. Les sauts, les saccades. Faire un état des lieux. Du saccage. Un bilan. Des blessés. Déplorer la perte du sens, retrouver de jolis passages, d'images sages – en surface - s'abreuver. Se troubler à force de trouver. Les qualités et les défauts au carré des précédents, les motifs cependant, qui aident à s'apaiser, à se poser. Dans un univers préexistant, persistant. Lutter contre l'idée que, dans la loi des séries, c'était mieux avant. Avancer.


« il y a des jours où tout est matière et d'autres où tout n'est qu'histoire. Ça commence le matin et c'est comme ça jusqu'au soir. »

A l'or, user de l'athanor à nouveau, de l'alambic. Laisser décanter pour ne pas déchanter. Considérer. La question du goût à l'intérieur du grand Tout, du grand tohu-bohu de Tot. Préférer. Chez Annocque Pas Liev à Liquide. Chez Ana, qui excelle dans le conte et le dit, Les Traités et le Voyage à méca. Chez les deux ça file, coule en minuscule, se déverse, traverse ou pas. Verre cassé.

Dépasser le procédé. Sortir des marges quand elles deviennent lignes, du syllogisme, des malheurs du sophisme et de Lapalisse, qui dit tout et n'importe quoi, et n'importe quoi sur tout. Comme dans la trance, il faut que ça avance, se fasse goa, progressive et psychédélique. Se chante, se danse. Que ça creuse les reins, explore le sens, l'essence, des mots et des choses. Que ça enflamme, calcine. Que ça nous parle. Que ça nous dise enfin. Car sinon. Comment rester immobile quand on est en feu ?


« ailleurs dans la chambre, superposée au lit de mes jours, l'image du lit de mes mille et une nuit. Sur l'un des couvertures de laine. Sur l'autre des couvertures de peur. Au milieu du premier brûle un feu qui ne consume rien. Au centre du second, papiers, cartes, feuilles de livres non lus alimentent un feu identique. »

A travers ces écrits, rassemblés ici par les soins d'éditeurs passionnés, s'esquisse, exquise, une œuvre dense, sans fond (au sens de sacs sans fond, sans anse ni fin), poétique, philosophique, drôle, orale, oracle et osée, magique, élémentaire, lunaire, rhétorique, théorique et t(h) orique. Une œuvre-ronde, derviche et toupie, qui tourne sur elle-même pour revenir toujours sur les lieux de ses premiers atours. Autopsie d'un crime, crime de lèse-majuscule — succession d'anadiploses : concaténation.
Figures de style, rituels : qui lit Tot, aime. Pas tout, pas totalement, mais quand même beaucoup, où l'on se surprend, à l'aune de ces travaux et voix de traverses, à apprécier l'acharnement  propédeutique de l'auteure et poète à faire naître, comme son divin homo-nyme, via l'émergence d'un verbe tout à la fois physique et métaphysique, le monde qu'elle porte.


Dernier inventaire avant l'été :

« pas besoin d'être léger pour être emporté »
(Ana Tot, Traités et vanités)

C'est tout pour Tot. Et pour le moment. Le blog prend ses quartiers d'été et vous invite à en faire autant.
Mais, si tentant que ce soit, vous tendiez tout de même et aussi à aimer les pavés :

— Pour l'été, Hugues et Marianne de l'incontournable (aussi) librairie Charybde vous en conseillent quelques-uns ici (dont le cycle de Jacques Abeille auquel Le Monde des Contrées rédigé par mes soins et illustré par les sérigraphes des 400 coups de l'Atelier du bourg pour Le Tripode vous présente en beauté sans vous lester ni vous délester).

— Pour la rentrée, je vous propose, après une petite pause, de nous retrouver ici même au mois d'août pour une université « déter » consacrée à quelques belles éditions libertaires avant de plonger dans la rentrée littéraire indé ainsi que dans une belle série dédiée à l'oeuvre de Leopoldo María Panero chez Fissile. Une oeuvre publiée au terme d' «un long travail collectif de traduction » dont nous reparlerons.

Enfin, vous pouvez retrouver quelques conseils de lectures de l'été :

— Sur Un dernier livre avant la fin du monde : Des livres pour l'été.
— Sur Addict Culture : les livres qui feront votre été ainsi que les souvenir de lectures estivales d'auteurs invités. Addict, qui m'a aimablement convié à rejoindre son équipe et sur lequel j'aurai également plaisir à vos retrouver.

En attendant, bonnes vacances à tou.t.e.s !

Travail, dégage !
Résistance, voyage et plage !