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lundi 22 octobre 2018

Nota Bene – John Wayne est sous mon lit, Marie de Quatrebarbes

(Roman) Court-métrage, récit gigogne, onirique et cinémato-graphique, triptyque crypté d’un trio qui (se) rejoint dans la petite et la grande Istoire aux elliptiques trajectoires, journal intime et extime, John Wayne est sous mon lit, écrit dans le cadre de la résidence de Marie de Quatrebarbes à Tanger l’an passé à l’invitation du cipM, (en) est sorti en mars 2018, tout illustré et relié sous jaquette, dans la collection Le Refuge en Méditerranée des éditions CipM/Spectres Familiers. 


« D’ordinaire, les femmes et la vitesse ne font pas bon ménage au cinéma. L’héroïsme et le sang froid, on les réserve aux hommes. »

Hors(-)champ/cadre, didascalie ou script, Helen vient postuler à un poste de télégraphiste. Clap plan. Rien de travers ni ne cloche, et surtout pas le chapeau. Pas comme, mais là où/la personne qu’il faut. L’affaire conclue, on salue on hoche. Sifflement dans la salle sur le quai — on imagine seulement, on attend, en vrai. Des rires, des corps. L’image de celui, le physique de celle — qui tous travaillent cependant à la même. Vitesse, montre en main, timing. Comme un chromo, sur pellicule, le décor tremble, révèle la gélatine. 

Le temps presse et la vie suit, sur le mode d’existence des objets techniques. Le rêve d’Helen, noté sur cellulose, cherche à s’exposer. Elle persévère, fait le siège des studios Kalem, jusqu’à tourner The Hazard of Helen. On met en boîte, on embobine. Sur l’écran noir, son regard : présent, prémonitoire, prophétique. Qui dessi-lle/-ne un monde fait de gentils, de méchants, de messies ; de cendres et de silences ; d’informations partielles et d’émotions illusoires ; qui fonde(nt) la vie d’Helen et du cinéma, dont se tournent les premières p(l)ages.  

« la pellicule coûte cher, plus chère que les acteurs…Plus tard, l’industrie cinématographique investira dans un support plus sûr, le polyester, corps synthétique et fiable qui ne change pas avec le temps, comme tout ce qui est mort. »

Magazines et admirateurs se bousculent, poussent l’actrice dans des retranchements que l’on perçoit à peine, dont on devine toutefois [hors-cadre/(-)champ] la réalité économique et sociale — devenir des animaux de compagnie et des terrains vagues. A l’âme des studios Kalem, vendue à Vitagraph, le rôle endossé par Helen dans la série initiée par Helen et projetée de 1914 à 1917, survit à travers Rose, qui la remplace. Helen, pas lassée des lassos pour un sou, fonde la Signal Film Corporation avec son époux, mais abandonne les cascades.

Elle prend le/Saute du — train en marche. Siffle trois fois le chien et l’enfant, ou tout comme. L’admirateur Marion Robert est de ceux-là, en quelque sorte. Le train d’Helen lui est passé dessus, qui a forgé, accompagné son imaginaire. Il a frémi, craint, fait de la réclame pour elle pour pouvoir l’approcher, l(‘)a(d)[]mirer via l’écran. Se voir et voir le monde à travers elle et ses aventures, les rejouer avec ses camarades. Bien( )tôt, Big Duke, qui n’est pas encore John Wayne, enchaîne les petits gagne-pain et les matchs à l’université.

« La voix du comédien garantit le hors-champ (…) L’histoire du hors champ, c’est aussi la boue sur ses bottes, a sueur qui perle à son front, la façon dont son corps se déplace dans l’espace, manifestement fourbu. »

C’est encore par une succession de mouvements et de hasards que Duke croise le boss de la Fox qui remarque sa stature (« Come on, boy. Tu seras l’éclaireur »). Big deal pour Big Trail, Marion Robert devenu Big Duke devient John Wayne, se cherche, se perd, s’effraie, s’apprivoise, se rappelle. Le père et les serpents, l’alcool et les étoiles. S’imprègne des sensations, et nous imprègne aussi. De boisson et de poésie barbare comme la nuit. 

Comme à chaque fois que nous sommes en présence du mythe, l’histoire se répète à grands coups de haches : l’on commence par croiser les grands anciens (lointains descendants et cousins de l’épopée et de la ruée), nos contemporains (le destin du charpentier Harrison Ford, les motifs poétiques du Sombre aux abords de Julien d’Abrigeon (« Longtemps je me suis levé bien trop tôt ») pas du Pas Billy  (même si nous sommes arrivés là par lui, et puis si).

« Et celui qui possède pour patronyme la fusion du père et du chien se tourne vers l’œil bègue et le fixe dans l’étoffe. »

À mi-chemin, au moment où il commence sa vie (la vraie, cinématographique) le John Wayne de Marie part en v(ad)r(ou)ille poétique, retombe en enfance (« Bois ton lait de jument baby-bird »), multiplie les plans-séquences, se mélange les pinceaux. La langue s’emballe comme un cheval au galop. Le mouvement n’est plus posture, mais étalon fou[(gueux), parfois les deux]. Et tombe sous les coups de feu et de sang d’Helen. Qui le suit, le double, offre sa présence et se refuse à lui.

Plus loin, l’œil de la caméra reprend les rênes avant de céder devant les images et paysages. Elle rembobine la pelote du rêve [écho]. Nature written par une langue précise et sentie qui s’immisce entre les frondaisons. On approche et visite la maison comme on le ferait d’un passé ravagé par l’ennemi : dans le noir, en évitant l’attirance et l’émotion suscitée par l’illusoire familiarité des obstacles. Du film grand spectacle à la réalité quotidienne, il n’y a qu’un pas : être John Wayne, ou n’être pas.


« Il est tard maintenant, je voudrais que tu sortes. Ta présence auprès de moi m’ankylose, et si je tourne mon regard vers le fond de la scène, c’est toujours toi que je vois courir à l’ombre. »

John Wayne est sous mon lit, nous confie la narratrice (l’autrice, qui sait) de ce bel ouvrage, clinquant et intimiste. Qui se demande qui hante qui, de tout ce qui meuble et habite les grands espaces intérieurs, effraie ou rassure. Eclaire avec humour, pudeur ou démesure le moindre lieu – physique ou mental, émo-/sensa-tionnel – pour mieux révéler et cacher à la fois l’objet réel et les raisons de son obsession, de sa (dé)possession, de cet intrus familier qui prend tant et si peu de place.

Après quatre ouvrages (chez Lanskine, Les Deux Sicile et Eric Pesty), de très nombreux textes, performances, ateliers et résidences ; la création, coordination et participation, à plusieurs revues (la tête et les cornes, remue.net) et collectifs (Z, Poésie Civile, Général Instin), Marie de Quatrebarbes (voir son site ici) rejoint l’explo-r/it-ation du filon poésie et western aux côtés de Julien d’Abrigeon (Pas Billy the Kid), d’Anne Kawala et Esther Salmona (Chevauchépris), de Patrick Chatelier (Pas le bon pas le truand), de Michael Ondaatje (Billy the Kid, Œuvrescomplètes), et signe avec John Wayne est sous mon lit, entre cut-up et visions, un récit aussi délicat que précis qui touche la tête et le coeur (head & heart) avec une poésie infinie. 

jeudi 29 mars 2018

Pas Billy/Billy (Julien d'Abrigeon contre Pat Garrett) – Partie 2/2 : La véritable histoire de Billy the Kid, Pat Garrett

Welcome to New Mexico (Land of Enchantment). Ici, il pleut (sec), on boit (sec), on dit (sec). Pas un. Pas un(e) (sec) pour rattraper. L'autre qui fuit/se rend. On ne sait où, mais comment. L'histoire s'écrit, le mythe se crée. Pour de faux et pour de vrai, par les (l)armes. (Dead man insideThat weapon will replace your tongue. You will learn to speak through it. And your poetry will now be written with blood.)

Slow-/Prévious-ly : dans l'épisode précédent, on a pu (entre)voir Pas Billy le Kid de Julien d'Abrigeon, la fausse histoire de Billy the Kid, qui est la véritable histoire de Pas Billy et peut-être même celle de Billy. Dans ce second et nouvel épisode, nous allons (re)découvrir : La véritable histoire de Billy the Kid, de Pat Garrett dans la traduction d'Estelle Henry-Bossonney avec une préface de Thierry Beauchamp, sortie le 9 janvier 2008 et rééditée le 10 avril 2017 dans la collection poche Griffe Famagouste d'Anacharsis.


Part two (2/2) : La véritable histoire de Billy the Kid, de Pat Garrett qui demeure La véritable histoire de Billy the Kid, n'est résolument pas la véritable histoire de Pas Billy the Kid et probablement pas la véritable histoire de Billy the Kid, mais plutôt, c'est-à-dire d'abord, celle de Pat Garrett et, comme le rappelle la préface ainsi que, dans le texte, la couverture de l'édition originale) : The Authentic Life of Billy the Kid: The Noted Desperado of the Southwest, Whose Deeds of Daring and Blood Have Made His Name a Terror in New Mexico, Arizona, and Northern New Mexico by Pat F. Garrett, Sheriff of Lincoln County, N. Mex. By whom He was Finally Hunted Down and Captured by Killing Him.

Un conte pour fou, une histoire d'enfant, for Kids dé[tru](cidé)ment, un truc dans le genre collection rouge et or. Rouge le sang de Billy revivifié dans Pas Billy the Kid. D'or le silence de Pat(rick Floyd Jarvis) Garrett, de plomb et de toc sa parole, de troc et d'argent son pacte avec un comparse porté sur la boisson – acolyte anonyme qui, pour l'état civil, répond au nom de Marshall Ash(mun) Upson – pour l'aider à rédiger son ouvrage. Tirer aussi vite que son ombre des conclusions pour se dédouaner d'un manque de fair-play que lui reprochent les nombreux amis de Billy (« Ce dernier entra sans se méfier dans la pièce plongée dans l'obscurité et Garrett l'abattit sans sommation. »). Sans autre forme de procès. Ni(e) pour Billy mercenaire, assassin, gunfighter, pistolero. Ni(e) pour Garrett lui-même — cowboy, chasseur de bisons, tueur d'Indiens, propriétaire.

« Et c'est peut-être la raison pour laquelle La Véritable histoire de Billy the Kid mérite d'être lue :contradictoire, complexe, oscillant sans cesse entre fantasme et réalité, cette biographie mensongère, d'un lyrisme « sublimement ridicule » s'est transformé en un poème objectiviste où s'abolissent les frontières entre le texte et son objet. »

Le Far West, décor et folklore, encore. L'affaire – fore-/dis-clos(ur)e – oscille entre prescription et révélations. En série, feuilleton, Pat Garrett enchaîne Billy à sa version des méfaits. Prêche et plaide et prétend le faux pour avoir le vrai. Faux le nom, la date, le lieu de naissance de Billy. Faux le premier meurtre commis par Billy à douze ans, faux les suivants. Faux, Pat. Faux, Ash. Vrai Billy sur lequel ils s'acharnent, qu'ils harnachent, chargent comme une mule. Comme si le témoignage de ses compagnons, comme si les huit lettres adressées au gouverneur Lew Wallace pour obtenir le pardon, ne comptaient pour rien. Drôle, courageux, vif et sain de corps et d'esprit, malin, mais naïf/accusé à tort, contraint de se défendre, assiégé avant d'être abattu comme tant d'autres avant et après lui, les qualités de Billy n'ont d'égal que les défauts de ses biographes.

Billy the Kid se trouverait à la deuxième place en partant de la gauche, 
Pat Garrett serait à l’extrême droite de la photo.

« Ces éléments sont les seuls que l'on puisse glaner à propos de la petite enfance de Billy qui, jusqu'à cette époque, ne présenterait aucun intérêt pour le lecteur. »

Le héros de cette histoire a droit au chapitre, et même à vingt-trois. C'est plus qu'il ne s'est écoulé d'années entre sa naissance et sa mort (à l'époque, même un gunfighter dépasse la trentaine). Encore ne faut-il au biographe (Upson, vraisemblablement) pas plus de cinq pages pour lui régler son compte. Né à New York puis émigré (au Kansas puis au Nouveau-Mexique) avant ses cinq ans, corrompu à huit (sujet à des « accès de colère », « expert aux cartes » et suspecté de vol) au contact de Jesse Evans, mais demeuré néanmoins si bon, si serviable (« la coqueluche de toutes les classes sociales et de toutes les générations »), de bonne naissance et constitution, Billy (n'était son beau-père) avait tout pour lui. Tout pour contraster avec cette « autre facette » dévoilée par Garrett : colérique et assoiffé de sang, le Kid tue son premier homme à douze ans, et fuit.

« Sans mentor ni amour pour réfréner
ses funestes passions ou contenir sa main désespérée,
quel allait donc être son destin ? »

On le voit déjà, tout tracé dans ce portrait du jeune homme en shootist : si ses raisons ne sont jamais mauvaises (le mendiant insultait sa mère, s'en prenait à un bon citoyen, Billy n'a fait que les défendre, les venger) : ses actes et ses pulsions le condamnent invariablement. Vous le saurez (tout ça tout ça) dans la suite de la novella (« Nous suivons maintenant la trace de notre fugitif en Arizona. »). Entrecoupée de poèmes de Tennyson, d'adaptations libres de Shakespeare, de longues citations de Walter Scott ou encore de Victor Hugo, sans plus de date ni précision, la suite narre dans la pure tradition rocambolesque du roman populaire, l'équipé de Billy et de son compagnon Alias (interprété par Bob Dylan dans le film de Peckinpah), qui volent des chevaux en abattant trois « Bons Nindiens » (dixit Billy alias Pat alias Ash) puis n'ont de cesse de parier, de tricher, de bonimenter, de macadamiser.


« Il mangeait en riant, buvait en riant, montait à cheval en riant,
parlait en riant, se battait en riant,
et tuait en riant. »

Arroyos, canyons, précipices, rochers escarpés et broussailles : d'un point de vue à l'autre, nous suivons La Véritable histoire de Billy the Kid d'après son auteur bicéphale, envoyé spécial, au front (bas), commentateur sportif (« Et maintenant, notre héros ne semble plus songer à se cacher et concentre toute son énergie sur la maîtrise de l'ascension de la falaise. »), à travers ce qui devient progressivement un roman photo et d'aventure, anthropométrique et morphopsychologique, feuilleton à suspense (« Revenons-en au Kid, que nous avions laissé en situation de danger imminent ») haletant et atterrant, célébration physique du paysage et du héros américain, fils et vainqueur de la Nature (« sans parler d'une possible bande de sauvages, brûlant d'une haine inassouvie et assoiffée de vengeance meurtrière »).

« C'est de l'eau ou du sang, que j'aurai ;
peut-être même les deux. »

Tour à tour paria et héros, selon ceux qu'il prend pour cibles, difficile à suivre (d'après ses biographes), facile à reconnaître (idem) car tout en excès et contraste (ibidem), Billy change de langue, de complice, d’État, commet méfait sur méfait, sans poursuivant faute de prime. Recoure aux armes plus souvent qu'aux poings plus souvent qu'aux armes — on ne sait pas bien, à croire que la disruption gouverne l'esprit du duo Pat-Ash ou, mieux, Le Zaroff, tel qu'il s'autodécrit chez Julien d'Abrigeon : aimable et colérique, Billy est avide et généreux, injurie avec élégance, sauve les émigrants des Indiens, les desperados des shérifs, rejoint une bande, devient le Kid et son ennemi. Ainsi, parce que Pat Garrett pense d'abord, en plus de sa vie et de sa récompenspe, à sauver son culte plutôt que celui de Billy (tout comme Billy se dit du côté de Billy), il fait de celui-ci un portrait ambigu qui participera, bien plus (et trop) tard, à une autre légende, dorée cette fois.


« toi qui n'a jamais tué un homme autrement qu'en lui tirant dans le dos ;
viens te battre avec quelqu'un qui te regarde en face ! »

Pour l'heure, de retour en ville (pour ne pas dire à la civilisation), Billy choisi un camp puis l'autre (celui des Seven River Warriors de Murphy-Dolan puis des Regulators de Chisum-McSween-Tunstall) – Le Kid change de bord, par principe, titre le chapitre – dans La guerre du comté de Lincoln qui oppose les propriétaires de bétail. Venge Tunstall en abattant les prisonniers à la suite de ses comparses, préfère l'appui de « libres cavaliers » à celui de la loi (et pour cause : « les lois ne sont pas appliquées », et quand elles le sont c'est toujours à l'avantage des autorités — corrompues, soudoyées, au service des puissants), affronte un autre Billy qui le hait, suis son frère ennemi à plusieurs reprises (Encore Jesse Evans et Encore Jesse Evans) avant de lui faire (colt-)face. Quelque soit la bataille, il assaille et mitraille, est assiégé, mitraillé, kérosèné, mais jamais ne plie ni ne se rend.

« Jess finit par faire faire demi-tour à son cheval, tout en lâchant :
Nom de Dieu Il est vraiment cool, ce type !” »

Les alliés s’abattent comme des cartes, le château s'effondre, qu'importe : Billy, libre comme l'air, s'en tire – « Je suis de n'importe où sur terre, mais certainement pas d'ici » – remet à leur place les brutes et les shérifs, pille, butine, spécule, recèle bœufs, chevaux, poneys, enrôle, assiste avec Jesse au meurtre du notaire Chapman, gagne l'amitié de ceux qu'il épargne. A.F. Wild, détective employé par le ministère de l'Economie et des Finances se met de la partie, assisté par Pat (aux dires toujours, de celui-ci) qui se propose d'infiltrer le ''gang'', confie à un certain Mason la mission de s'associer à un certain West (qui, couvert par les frères Dedrick, veut acheter en fausse monnaie un troupeau de chevaux au Mexique, toute une histoire) pour faire tomber le Kid dans un trafic de bétail/fausse monnaie. Wild+West = L'équation est posée, l'opération lancée, qui suscite à raison la méfiance du Kid. Le reste relève de la démonstration de force, et de la légende.


« Le lecteur comprendra bien à quel point ce serait étrange
de parler de moi-même à la troisième personne, donc, au risque de paraître égocentrique, j'utiliserai la première personne dans la suite de cet ouvrage. »

Désormais le récit se fait rapport, qui montre les ressorts façon ruée vers l'or, l'appât du gain, de la prime qui prime, la gloire et sa rançon, qui fait office d'étalon moral et de Pat Garrett son officier : un Marshall (fédéral adjoint) entouré selon lui d'une clique de lâches fanfarons mexicains et de quelques Américains. Pat dégrossit le pseudo-gang et grossit le trait, charge la mule et décharge son pistolet sur un cheval, raille le Kid et se fait railler, tient salon et siège, obtient la reddition du pseudo-/duo-gang (Billy et Rudabaugh, brigand promu policier) contre un souper, se dit prêt à défendre ses prisonniers contre foule et lynchage, tend, mais tarde à le prouver. Pat, Bell et Olinger (ses nouveaux adjoints) sont dans le même bateau. Bell et Olinger tombent sur le Kid. On devine qui reste.

« Le Kid courut à la fenêtre située à l'extrémité sud du hall,
vit Bell tomber, fit glisser ses menottes le long de ses mains, les lança sur le corps, et dit :
«  Tiens, connard, prends ça aussi.” »

On (Pat & Ash) ne sait pas comment ça commence, mais on (Pat surtout), sait comment cela finit (« Je ne tiens pas à te faire de mal, mais je me bats pour rester en vie »). Le Marshall, qui parle désormais en son nom, s'en tient à sa version (sous-titrée pour les malentendus) : défait à cause des bras cassés, des jambes de bois de la troupe, tricard, il lance la traque, trippe et chose-trappe, élève une statue au Kid sur un piédestal pour mieux l'y remplacer. Le Kid, parti pour se tailler un steak et Pat la part du lion, le second tire sans sommation, répond par les armes à la question du premier – Quien es ? ? Who is it ? ? Quo vadis ? ? Qui va là ? – et liquide sans la résoudre son équation.


« Trois ou quatre pages supplémentaires, qui pourraient leur paraître inutiles ou superflues, 
mais que j'ai néanmoins décidé d'insérer pour ma satisfaction personnelle, 
et que j'invite mes amis à lire. »

Epilogue : où Pat Garrett tente de convaincre qu'il convainc, exhibe son Billy pour toucher la prime et des royalties, en l'absence de témoin pouvant le contredire. Expertise, juge et parti, entre soi et entremise. On parie après (trois) coup(s) : sursis ou sursaut, présomption (« On ne saura jamais si le Kid m'avait reconnu ou non »). Jesse James pouvait avoir jusqu'à une demi-douzaine de revolvers sur lui : Billy the Kid n'en avait qu'un et ne l'a pas sorti. Le résultat des analyses ne dit rien sur l'intention (la trahison) de Pat Garrett. Verdict : « l'homicide était justifiable. » [Hidden track : l'Addenda pas secret de Pat détaille ça, comment la justice blanchit le bon cowboy plus blanc que blanc, qui revient sur les lieux, montre et maquille – la tête que lui seul est à même de (re)connaître ainsi que la scène de crime – par une reconstitution grossière, se pose en victime, mais se lave les mains avec ostentation pour effacer les traces de sang.]

« A l'attention du Gouverneur Lew Wallace, 
Cher Monsieur, J'ai lu dans La Gazette de Las Vegas un article affirmant que 
Billy “'the Kid”', le nom sous lequel je suis connu dans le pays, 
est le chef d'une bande de hors-la-loi qui aurait ses quartiers à Los Portales. 
 
Cette organisation n'existe pas. »

Fa(c)tchecking. Check/Shake your body Billy, pour démont(r)er la théorie de Pat Garrett. Homme de paille, à peine fétu, auréolé de ta gloire et de celle de t'avoir enfin. Descendu. Suicide by cops, c'est entendu. Tout le monde a marché, conclu. A la mort non préméditée, sans intention de la donner mais tout de même. C'est toujours la même chose, non ? La même rengaine, celle de celui qui dégaine, la raison du plus fort – du dernier qui a parlé, du premier qui a tiré, du plus adapté – du vainqueur avec sa bonne tête de vainqueur. La bonne pâte du bon Pat qui montre patte blanche, justifie ses manquements réels au code de déontologie (« une grenade ne se jette normalement pas en cloche sans un minimum de visibilité, mais, voyez-vous, il y avait un grillage et il faisait nuit donc ce gendarme n’avait pas vraiment le choix et il convient de l’absoudre », cryptage de Lundi Matin, via l'affaire Théo, sur la mort de Rémi Fraisse, 21 ans, tué par un policier dans le noir dans le dos et sans sommation : tout comme Billy. A ceci près que Rémi n'avait commis aucun crime, Billy 21 selon Pat, 4 selon les historiens) par ceux supposés de l'ennemi (anarchiste, gangster, terroriste) qui défie ipso facto l'ordre établi par d'autres que lui.

« Ô stupides manieurs de crayons Faber n° 2 . Ô gaspilleurs risibles d'encre Arnold Bleu nuit !
Que diable imaginez-vous que mon objectif puisse être autre ? (…) Savent-ils combien de milliers de dollars en bétails et autres biens mon exploit a permis à ceux qui m'ont « récompensé » d'économiser ? »

Au fond ce qui importe ici, ce ne sont pas tant les faits, véridiques ou non, que la façon dont ils sont manipulés pour construire l'accusation. Autrement dit : la fabrique du criminel par la police et la justice capitalistes des gros propriétaires, gros éleveurs et accapareurs (dénoncée trois siècles et demi plus tôt en Angleterre par Thomas More dans L'Utopie), qui vise(nt) à empêcher le paria désigné de se défausser de ses cartes et de son identité – truquées, marquées par d'autres – la dite mauvaise graine de se séparer de l'ivraie. Du grain à moudre, sésame pour les journaux et autres chasseurs de prime, qui tous construisent leur Billy de son vivant, pronant la primauté de leurs découvertes (c'est-à-dire de leurs inventions, jusqu'à faire de lui un baba aux « quarante voleurs ») sans lui laisser jamais ni répit ni repos, rejoints à sa mort par sept dime novels (ancêtres du livre de poche qui participèrent à l'élaboration et historicisation d'un roman national par la my(s)thification de ses héros – cowboys, farmers vs out-laws/-landers – comme le rappelle Thierry Beauchamp) avant la publication du récit de Pat Garrett.


« Je serai au rendez-vous, mais assurez-vous que vos hommes soient dignes de confiance :
je n'ai pas peur de mourir au combat, mais je n'aimerais pas crever comme un chien sans défense. »

Fast is fine, but accuracy is everything — La rapidité c'est bien, mais la précision c'est tout (Wyatt Earp). Garrett et sa biographie ne possèdent aucune de ces qualités. A sa sortie, le livre ne remporte pas le succès escompté ni Pat la prime, faute d'avoir pu prouver l'identité du défunt et supposé Billy the Kid. En revanche La véritable histoire de Billy the Kid servira de base à tous les récits et films, à la légende et aux études qui suivront. Avec la judicieuse réédition de cette vivante traduction dans la collection poche Griffe Famagouste (aux côtés notamment de La Saga de Ragnarr loðbrók, autre personnage aussi mythique que composite), accompagné d'une préface large et fouillée d'une vingtaine de pages à mi-chemin entre enquête policière, narrative non-fiction et poésie rimbaldienne (Délires : Alchimie du verbe - A moi. L'histoire d'une de mes folies.), Anacharsis poursuit son riche et travail de passeur (« mettre le lecteur en présence d’un questionnement sur l’altérité ») et de (re)découvreur («  nos publications invitent à la découverte d’un extérieur aussi bien situé dans le temps que dans l’espace ») dans un format qui permet, à l'instar des dernières éditions du Walden de Thoreau (res)sorties au printemps 2017 chez Le Mot et le Reste ou Gallmeister, de pouvoir emporter l'ouvrage en cavale, carte à l'appui, sur les traces réelles ou imaginaires du héros.

Billy a été tué, donc n'est pas mort (de sa belle vraie/bonne mort). C'est juste que, parfois, les meilleurs partent les premiers, en éclaireur, pour montrer la voie (ce qu'il faut/ne faut pas) aux suivants. Pour s'en assurer, il faut encore. (Re)Lire la première partie de ce Pas Billy/Billy (Julien d'Abrigeon contre Pat Garrett) à la lumière cette seconde. Lire La véritable histoire de Billy the Kid. Lire et relire (l'ouvrage s'y prête), si et quand et autant qu'on le peut/pourra Pas Billy the Kid de Julien d'Abrigeon — qu'il soit réédité à son tour pour cela (on l'a dit, le redira). Lire Michael Ondaatje, Billy the Kid, Œuvres complètes, éditions de l’Olivier, 1998. Lire Jack Spicer, Billy the Kid, traduit par Joseph Guglielmi, édition bilingue préfacée par Jack Roubaud et publié par L’Odeur du temps en 2005. (Re)Lire Spoon River, Edgar Lee Masters, traduit et poursuivi par le Général Instin, paru aux éditions Le nouvel Attila. Lire Narration, de Gertrude Stein (justement déniché dans les rayons de la librairie L’Odeur du temps), ici sur les spécificités du récit américain et journalistique. Et puis lire entre et déplacer les lignes, voir et créer, vivre et écrire autant que l'on peut et veut dans la marge, rejouer la partie jusqu'à l'emporter et toujours tout remettre en jeu.


« Parfois le sens de la liberté et du jeu s’éveille chez les irréguliers de l’Ordre. Je pense à Giulano, avant sa récupération par les propriétaires terriens, à Billy the Kid ». (Raoul Vaneigem, Traité de savoir-vivre l’usage des jeunes générations).

« Je pense à Dean Moriarty, je pense même au Vieux Dean Moriarty, le père que nous n'avons jamais trouvé, je pense à Dean Moriarty. » (Jack Kerouac, On the Road)

« Your goal as Billy The Kid is to stay alive, collect at least ten keys and then find the exit to the next level, shooting enemies and collecting guns, tools, loot, and food along the way. » (Billy the Kid by Alive Software)

Crédits : Texte et photos © Eric Darsan (Photo de couverture face à Vila Nova de Milfontes, autres : Ok Corral dans le Cantal, canyon et feu de camps à l'ouest d'Almería – sanctuaire et décor de western spaghetti – ou encore une armurerie à Lisboa). Extraits et photos de La véritable histoire de Billy the Kid, de Pat Garrett © Estelle Henry-Bossonney, Anacharsis, Griffe Famagouste, 2017, Photo hypothétique de Billy the Kid et Pat Garrett © The New York Times.

Addenda politique : Thomas More, avocat, historien et philosophe, vient par anticipation au secours de Billy dans son Utopie : « Que faites-vous donc ? des voleurs, pour avoir le plaisir de les pendre (…) Ma conviction intime, très éminent père, est qu'il y a de l'injustice à tuer un homme pour avoir pris de l'argent, puisque la société humaine ne peut pas être organisée de manière à garantir à chacun une égale portion de bien. »

Addenda poétique - Hidden track 2 (morceau de Billy caché, au pied du mur, derrière les fourrés) :Billy the Kid prend ses clics en haut débit dans le wild wild web Billy the Kid prend ses claps dans le bois sacré Billy the Kid s'écrYe comme ça se prononce Billy the Kid te kiff en scred Billy the Kid te kill en 2 2 Billy the Kid n'aime pas le poulet Billy the Kid ne boit pas Billy the Kid ne fume pas Billy the Kid fume Garrett sur Garrett Billy the Kid Bring the war home Billy the Kid rejoint le Rojava Billy the Kid Tarnac Billy the Kid graff ZAD partout Billy the Kid ne manque pas de Bure Billy the Kid est de tous les combats Billy the Kid tag Billy the Kid is coming here Billy the Kid est en chacun de v-/n-ous Billy the Kid meurt mais ne se rend pas Billy the Kid ne demande qu'à vivre Billy the Kid est juste du côté de Billy Billy the Kid is/is not dead/or alive Billy the Kid is/is not (only) Billy the Kid.

jeudi 15 mars 2018

Nota Bene : L'histoire de Ned Kelly, Marie-Eve De Grave

Comment se (re)joue l'histoire de la conquête, des colonies, des règlements de compte, des injustices. Comment se (dé)noue celle d'un homme joué, qui tente de se libérer du joug, et ses proches avec lui qui. Cavale et trace d'un chemin dessiné par ses pas. Pas coupable, pas vu pas pris, pas content mais capable, donc dangereux. L'histoire de Ned Kelly, Marie-Eve De Grave, gravures de Jean-Jacques de Grave, Hélium. Sortie le 18 octobre 2017. L'histoire illustr(é)e de Ned Kelly, fils de colons irlandais, né en Australie de père bagnard esclave des anglais, de mère libre, et de pairs bushrangers.


« L'Outback. Le Far West de l'hémisphère sud. Ici se croisent bagnards, chercheurs d'or, bandits, prospecteurs, aborigènes et officiers de police ; Les Britanniques y règnent en seigneurs et mènent la vie dure aux convicts, proscrits et exploités de l'ombre. C'est ici, dans ce faux pays de cocagne, que la légende Kelly commence. » 

Graine de bandit, de maquis, l'esprit encore en germe, héros à dix ans, condamné – à tord et d'avance sans pouvoir s'ex-pliquer/-cuser – par la justice expéditive du cogne – juge et parti(e) à la fois – à trois ans de prison quand il n'en a pas quinze. A sa sortie, entouré de vendeurs de bétails et trafiquant de chevaux, tous plus voleurs les uns que les autres, Ned Kelly, qui travaille dans une scierie, touche du bois. L'irruption de Fitzpatrick, l'agent du district, alcoolique, harceleur, menteur et revanchard pris en flag et à défaut, change de nouveau la donne, met la mère aux arrêts et la tête des frères à prix.

« Ma terre est un décor de western. J'aime y chevaucher, de jour comme de nuit. Aujourd'hui ma fin approche mais je n'ai peur de rien. Je suis entré dans l'histoire. »

Cent puis deux mille puis huit mille livres, et combien d'écrits depuis. Pour dire l'injustice faite en Australie commeaux Etats-Unis, d'Amérique et d'Europe. Aux pauvres par les riches et leurs chiens de garde. A Billy the Kid, aux frères James, à la bande à Bonnot. Ne jamais pouvoir se (re)poser, s'expliquer. Faillir être flingué, tir-é/-er à vue, toujours. Alors, répliquer faut de mieux, le doigt sur la gâchette/dans l'engrenage. Se constituer en bande, organisés plutôt que prisonniers. Adopter des codes : non-violence, calme et partage équitable.

« Une pluie d'arrestations a commencé. Tous ceux qui nous connaissaient de près ou d loin étaient systématiquement arrêtés ou emprisonnés. En prime, l'Etat leur confisquait leur terre pendant six mois. Devant ces mesures radicales, certains ont commencé à protester et à nous soutenir. Les rangs de nos partisans grossissaient. Savoir qu'on n'est plus seul donne des ailes. »

Avec le meurtre et la prise en otage de plusieurs policiers, la neutralisation des télégraphes, la lettre de Jerilderie qui dénonce l'oppression, l'aventure prend un tour ouvertement politique. Sur le grand chemin des bandits, les partisans se multiplient, poursuivis au même titre et à mesure que ceux-ci leur restituent l'argent volé par les banques et détruisent reconnaissances de dettes et titres de propriété. On devine la fin : tricks et traques, le siège et l'assaut final par des cognes en surnombre qui réduisent la bande à Ned, arrêté et condamné à la pendaison malgré les quatre armures conçues pour résister aux balles et les 32 000 demandes de grâce en sa faveur.

« C'est une belle histoire, une danse joyeuse et noire. Sa dernière danse de graveur. Sans doute la plus moderne (…) Mon père, c'est Clint Eastwood avec une gouge en guise de revolver. C'est Mick Jagger en pull marin. C'est un héros invisible et magnifique qu'on pourrait croiser au coin de la rue, à condition d'ouvrir très grand les yeux. »

En guise de fin et de parallèle à ce roman graphique, social et politique, vif et poétique, qui rend justice et parole à Ned Kelly, en plus d'une chronologie des faits d'armes de celui-ci, un très beau texte retrace l'histoire et les histoires du père de l'auteur, de s-/c-es gravures créées trente ans avant l'écriture et la composition de ce bel ouvrage épique et typographique.


Un ouvrage découvert et exploré dans la lignée du Pas Billy de Julien d'Abrigeon et de La véritable histoire de Billy the Kid, de Pat Garrett. A, et en même temps que, la belle librairie café Les Rebelles Ordinaires.

mercredi 28 février 2018

Pas Billy/Billy (Julien d'Abrigeon contre Pat Garrett) – Partie 1/2 : Pas Billy, Julien d'Abrigeon

Croiser le fai-/-re et le di-t/-re. En train de. Cheval de. Trait, d'un seul. Entre les (d-/y-eux). Regards qui se portent – ne pas loucher, broncher – s'évitent, se suivent, pour mieux se (ren)contrer/confronter. Pas un. Pas un(e) geste (mais deux) qui. Tisse la vérité/brode le mensonge. (Tu) Perd(s) (à face)/(Je)Gagne (à pile). Gauche/Droite. Cut-up-per-cut/-class. Fortune cookies truqués, pépites sur lesquels les dents se cassent, les mains se lèvent, les coups de pieds aux. Se perdent les balles dans les. Trous de mémoire, ornières.

Pas Billy. Pas Garrett. Donner/Laisser sa ou la chance/parole à chacun des deux. A celui qui (s')échappe, (s')exp[l]o[-re/]-se, en vols et cavales/Au planqué qui a (at)tiré le premier, (l')a lâchement dégommé. La proie pour l'ombre, l'alter pour l'ego. Envolées lyriques et embuscades.

Lectures croisées, success-/addict-ives stories. De Pas Billy the Kid, de Julien d'Abrigeon, sortie le 12 mars 2005 dans la collection Niok des éditions Al Dante. — A ce jour épuisé. De La véritable histoire de Billy the Kid, de Pat Garrett, dans la traduction d'Estelle Henry-Bossonney, préfacé par Thierry Beauchamp, sortie le 9 janvier 2008 — Réédité le 10 avril 2017 dans la collection poche Griffe Famagouste d'Anacharsis.


Part one (1/2)Pas Billy the Kid, Julien d'Abrigeon
Alias le roman avorté de Lew Wallace Alias l'arme à gauche
— Alias un bouquin qui se lit encore quand le Far West revient au pouvoir aux USA 
et frappe à nos portes [dédicace]

Billy the Kid → William H.Bonney → Henry McCarthy (qui n'est pas the McCarthy) : Nom surnom prénom dérivé hypocoristique diminutif pseudo-/crypto-nyme vrai nom. Généalogie en boucle d'un homme fait par lui-même et les autres — self-made/-fish-Kid (« N'ayant presque pas connu son père, il n'a pas fait carrière dans le crime sous son patronyme. ») Regarder d'arrière en avant, d'hier à aujourd'hui, ici et là, le désœuvrement, les larcins, le délit de. Fuite et mort d'un héros fait de héros, ses pairs – de Jesse et Frank James, de Ned Kelly, des Daltons, de Bonny and Clyde (Hors site 4&5 – Etaumne) jusqu'à Mesrine (qui n'est pas cité ici — trop loin, trop proche) – tous abattus lâchement et sommairement. Leur(s) crime(s) : avoir volé les riches, les éleveurs, les propriétaires, pris les armes contre l'injustice, les banquiers et les policiers.

« Je construis les héros que je recherche. Je recherche des héros pour me construire. Je ne rencontre pas mes héros alors je les recherche, je les construis. »

La réalité du héros officiel : Lew Wallace, génocidaire, Buffalo Bill, Tristesse de la terre. La poésie du héros populaire : Pas Billy, criminel malgré lui, nous & vous, la geste de l'esperluette. Passer par le cinéma, la musique, l'orient – Constantinople – chercher la lumière du levant au couchant. Ecrire du Far West de l'Europe sur le far Far West des States. Suivre comme son ombre – pas plus ni trop vite – et marcher dans les pas de Billy the Kid → tomber→ sortir→ éviter les pièges/la traque. Narrer tout ça, se marrer en se disant à quoi bon pourquoi pas, con-ten-/-ter le diable/se jouer de/se reconnaître en lui — « Maman m'a dit qu'un flingue est la main droite du diable, main droite du diable, main droite du diable maman m'a dit qu'un flingue est la main droite du diable. » (A main gauche, La Mer gelée, numéro Maman).



« Il est, dans les foires, des labyrinthes faits de miroirs et de glaces, où seul notre reflet nous guide (…) Il nous & vous faut pourtant prendre la route, à bras-le-corps, comme un courage à deux mains, une droite, une gauche, une deux, droite gauche. »

Entre chien et loup, la proie et l'ombre. De l'un à l'autre qu'un pas (cap ou pas). Etre flingué ou pas. Pique la curiosité, Henry. Bouffe les pissenlits, Billy. Mauvais garçons, fils à/de, fais (pas) ci, (pas ça) fissa. Et puis soudain, épisode 1 : BTK versus GIPN (« le Bronx dans le Massif central », Sombre aux abords, abroad & inside), l'arme à gauche — automatique, l'arme. Violence-roquette en bandoulière, la cible comme marque-page. La patience de mise (à toute/rude épreuve), la monnaie émise. Remisé, épuisé Billy, la tête mise. A pri-x/-s (cher). Journal, orthophonique, épistolaire d'enfant sage et drôle et fier. Jeux du je, d'écriture à contrainte d'amateur de pointure, marcher dans les pas toujours jamais croiser son double et son contraire paradoxe spatio-temporel et génét(t)ique assumé — (« La diégèse est l'univers spatio-temporel désigné par le récit » (Gérard Genette, Figures III) — Je suis Billy the Kid/Je m'appelle Zaroff est le nom que l'on me donne.

« Décapsuler des dindons au revolver est un jeu qui permet de tuer le temps et, accessoirement, des dindons. »

Empr-un/-ein-ter une plume, un chemin, une histoire. Le rayonnement fossile d'une star. En (re)venir aux faits divers et réels (quand la réalité étriquée se prend telle qu(')elle (est) pour le grand ensemble du réel), psychologie de conte def (inside abroad again). Pat & Bill copains comme cochons tuent des dindons comme d'autres vident des canons, s'entendent comme lardons, fixent leur baromètre et leur boussole morale selon leurs propres inclinations (« l'Ouest c'est la gauche »). Pour le(s) comprendre il faut suivre l'homo-/la paro-nymie, les analogies, lire entre les lignes, déchiffrer l'écriture spécul-ative/-aire [miroirs]. Sans tain/taire, voir à travers. La page, par transparence, révélant une histoire différente [//parallèle//]. Explorer de toutes les façons (l'un) possible[s] l'imaginaire et l'inimaginable.

 
« Pas Billy à la même coupe de cheveux que lui-même (s'il est le vrai Billy). »

Reconnaître Billy/Pas Billy (« On ne sait pas qui n'est pas Billy the Kid ») quand on le/il se croise si on/lui-même survit ((« Je suis Billy the Kid. Je tue les méchants et les gentils. Je tue tout. »). Porte le chapeau (« Je suis Davy Crockett. »). Suivre les flèches (« “Dindin” (d'Indien) »). Préférer le calligramme à la calligraphie, les alias au déni, au dédain, aux faux sangs blancs, visages pâles aux langues fourchues figeant le râle du héros, spéculant sur la couleur de son cheval. Distinguer l'identité du rôle. A court, Billy cours/ne court plus/n'a plus cours (rEwArD wAntED DEAD or Alive (« Je vaux aussi cher vivant que mort ») 500 $ → 1000 $ → 5000 $ → 0 $). A bout de souffle comme un pour un Godard/dollar de plus. Choose life, going to Mexico (I mean down in Mexico, Just look up a cat named Joe), or not — « Je suis l'ennemi public n° 1. Je suis le mal, ils sont le bien. Ça se discute. » ou pas.

« Billy va devenir ce qu'il ne doit pas être aux yeux de tous, un homme. »

Quand ça se discute, ça s'écrit, Billy y compris. Chez Ondaatje, Julien d'Abrigeon retrouve SON Billy. Impression de déjà vu, soleil couchant. Gestes et mots s'échangent, l'auteur s'épanche, se confie à ses amis, à ses lecteurs ici. Billy devient PAS Billy. Genèse et exégèse du héros qui poursuit son chemin jour et nuit — « J'ai peut-être, comme Wallace, un véritable héros sous le nez. Je vois 1650 adolescents par jour. Je ne vois aucun héros. » Alors Julien enquête, en quête de héros se penche sur les négatifs, les films (micro ou non), dé-classifie/-construit son homme, empaille, se dé-mène/-penaille. Parler de soi avec les mots des autres, des autres avec des mots à soi. De Wallace, de John Wayne, de Liberty Valence qu'il tua, de JFK, du pétrole, des Indiens, du bétail, de tout le toutim le totem, c'est tout un. Sur le grill, Buffalo. Les pieds dans le plat, sur la sellette.



« Je n'ai plus envie de me battre je n'ai plus de feu, de plus j'ai pas touché une arme depuis la publication de votre avis de recherche don't want to shoot them anymore. Quant à mon attitude, demandez aux gens d'ici, chacun vous dira que la plupart des habitants sont mes amis ouvre-moi ta porte, et qu'ils m'aident de leur mieux, prête-moi ta plume (...) ouvre-moi ta porte où je frappe frappe frappe en pleurant »

Quand ça ne se discute pas, c'est au lasso que ça se (la) joue. Les cowboys dans les cités, la grosse artillerie pour ne pas manquer d'aplomb, la même rengaine dégainée chaque fois (la bible tout ça) : zones de non-droit et insécurité. Même là, même las, Billy essaie. Témoin du crime sans l'avoir commis, rejoint par Julien dans sa lettre au gouverneur Wallace, dans cette fiche de personnage, par le livre et le flingue, malgré le gaucher passé à droite, dans la ré-ction/-pression, la confusion et la perte, malgré l'art de la guerre devenu cochon. Depuis, le porc devenu président, le trouble de l'ordre public et l'objection, l'antique mensonge devenu vérité – Lingua Trumpii Imperii : fake news, alternative facts (« Les mensonges sont vrais, les hommes de droite prennent le pouvoir, la Bible est là, tout est en place pour le show. ») – le bizz, le bisbi, le grisbi, le biffeton idolâtre sur lequel figure dieu le père (bien et mâle réunis en un clin d'œil), Amen. 
 
« Je suis pas content. Je suis Billy the Kid et je suis pas content. »

Epuisé Billy/Pas Billy. L'enfant, avant d'être homme/Le livre, en l'état actuel. Des choses, il s'en est dites pourtant. Il s'en dit toujours. Il s'en dit à l'instant. De lui, d'eux, on espère qu'il s'en dira encore. L'homme manque, le livre manque. Pas les mots, pour s'écri-re/-ers et dire. Le mythe & la vérité, le sens & le sentiment, qui perdurent. Ce qu'il faut de cran et d'injustice pour faire un héros malgré lui/les autres, ce qu'il est/naît (won't you please come home where the grass is green and the buffaloes roam ? ). Victime de préjudices à répétition, rebelle aux lois plus que bandit, justicier plus que brigand, Billy, plus qu'il dénonce, venge le sort fait aux pauvres et aux Hispano-américains par une autorité et une justice corrompues. Temps et ballade des pendus. Ni super vilain ni super héros, Pas Billy the Kid est Billy the Kid comme et pas comme Pas Liev est Liev. Au bout du nez (trop court), la corde au cou (trop haute), les flics au (cut).


« Je ne suis PAS Billy the Kid. »

Se sortir/Sortir Billy/Ressortir Pas Billy de là, de sa prison de papier maché, de sa silhouette de carton-pâte, enchaîné à son destin comme Ulysse à son mat. Lui redonner/laisser l'occasion de. Se déchaîner (Je ne suis PAS Billy the Kid). Tracer son propre horizon : devenir mur [ne plus porter le chapeau]. Ou bien de. Se rendre (c'est à dire pas au Mexique, Billy the Kid partirait au Mexique). Grandir, « tuer le gamin en moi » (promis-juré-craché), se défausser (chasser les fossettes), (se) réaliser. Trop tard (trop tôt pour le dire) trop tentant (« Je me construis en tant que héros. Je suis Billy the Kid ») : il faut que la légende s'écrive en lettres d'or, ou de sang. Sors de là, basta(rd), affronte les sirènes. Par()le haut, pare les coups bas. Get out Billy, prends ton BOB (Bug Out Bag), out-law ! Quand on cherche, on finit toujours par trouver plus fort, plus riche, plus malin que soi. Un de toi est de trop dans cette ville. Marche pas à l'ombre, pas les pieds devant, walk the line du bon côté de la barrière, évite les barbelés, les Bartleby. Fait gaffe à la gâchette, à la main froide qui défaille, hésite (une sec, une seule cette fois) et il n'y aura pas de duel. Pas cette fois.

« Je n'étais pas chef de bande, j'étais juste du côté de Billy. »
(Billy the Kid au Las Vegas Gazette, 27 décembre 1880)

Fan et féru de Billy, de musique (Dylan et Phil Ochs pour ne citer qu'eux), de cinéma, Julien d'Abrigeon met tout cela dans la besace de son Pas Billy. Balance la bande et le son – le fils prodig(u)e, le Kid quoi – en haute définition. Lui redonne vie, liberté, indépendance. Démonte, met en evidence les réseaux qui participent à la fabrique moderne de l'homme, du héros et de ses interprétations mythiques, musicales et cinématographiques (6 degrés de séparation 4,74 d'après le New York Times, 3 dans le même pays) de l'Amérique, du Nouveau Western (Les States sont une sorte de multinationale). Remonte les sources, descend en rappel, décroche, se rafte, se précipice, s'inscrit en vrai-faux contre la légende officielle et ses produits dérivés qui dépolitise le sujet pour en faire un objet — T-shirt du Che et drapeaux Bob Marley. Redonne voix et corps et sang et eau, un colt et des cartouches à son héros. Un héros actuel, né trop tard, mort trop tôt.
 
 « Laisse là ce je Fonce tête baissée Baisse toi & fonce Tête baissée »
(Julien d'Abrigeon dans Pas Billy the Kid, à découvrir sur Tapin².)

Pas roman, c(h)oral, poétique et politique, bourré de références, d'interférences, d'ir- et de révérences, Pas Billy the Kid est, à l'image de son personnage, un pro-/su-/ob-jet protéiforme, dont on suit la (dé)construction virtuose par ana-/méta-morphoses. Un texte juste et attachant sur l'enfance et la construction de l'identité par et malgré le jeu et le masque (la persona, lat. per-sonare : parler à travers). Un Billy/Pas Billy the Kid en kit, plus complet que jamais. Beau, sincère, drôle et touchant, ludique, stimulant, inspirant. Qui donne envie d'aller plus loin. Qui a déjà quelque chose du Zaroff (Léo Scheer, collection Laureli, 2009), du Sombre aux abords (Quidam, 2016 ) de son auteur. Des Deux scènes familiales de la vie du Général de Marc Perrin (Général Instin, Anthologie, Le nouvel Attila, collection Othello, 2015), de la geste de Farigoule Bastard de Benoît Vincent (Le Nouvel Attila, 2015 ), ou encore d'Anne Kawala, Le cow-boy et le poète (Chevauchépris) (L'Attente, 2011).

De ces textes qui. Slament & slashent avec panache, s'ellipsent, se confient, se donnent, se prêtent. Attention à la forme comme au fond. Qui touchent, typ(ograph)iques, et tapent. A l'oreille s'élèvent encore. A la voix résonnent plus fort. Des textes qui en ont, vont et viennent. De pairs, de cœurs. Et qui font. Qu'il faut. Que l'on doit. Rééditer Pas Billy the Kid de Julien d'Abrigeon (s'il y a un éditeur dans l'article, ou s'il est un qui viendrait à s'y retrouver). Le lire et le relire (si/quand/et toutes les fois où on le peut/pourra). Et lire La véritable histoire de Billy the Kid par Pat Garrett pour savoir à qui l'on a affaire, et lire (et dire) et faire tout ce que l'on (en) pourra (franchir les barrières et tout ça). Pour que l'aventure littéraire et réelle se poursuivent (l'une l'autre) et que, par elles, le Kid et ses pairs continuent à vivre.


Remerciements : à Julien d'Abrigeon pour ce livre et pour cet exemplaire, l'un de ces trop rares en circulation et qui demeurait en sa possession il y a plus d'un an déjà (et qui ne perdait rien pour attendre — le temps de partir en cavale pour mieux s'en saisir).

Crédits : Photos © Eric Darsan (Photos de couverture : Ok Corral dans le Cantal) Extraits et photos de Pas Billy the Kid © Julien d'Abrigeon, 2005.Photo pas de Billy : le Pas Billy de Lois Gibson créé à partir du Pas Billy de Ray John De Aragon qui serait le Pas Billy de Lucas. Source : © Santa Fe New Mexican & SFGate, San Francisco Chronicle. Vidéo © Moriarty, Naïve, 2007 (Jimmy, extait de l'album Gee Whiz But This Is a Lonesome Town) Visuel To be continued : One Piece © Eiichirō Oda, Toei Animation.

Coming soon : La véritable histoire de Billy the Kid, de Pat Garrett, dans la traduction d'Estelle Henry-Bossonney avec préface de Thierry Beauchamp, sortie le 9 janvier 2008 — Réédité le 10 avril 2017 dans la collection poche Griffe Famagouste d'Anacharsis. La véritable histoire de Billy the Kid (qui est sans doute) La véritable histoire de Billy the Kid (n'est résolument pas) La véritable histoire de Pas Billy (et probablement pas) La véritable histoire de Billy the Kid, mais plutôt (c'est à dire d'abord), comme le rappelle la préface : La véritable histoire de Billy the Kid, le fameux desperado du Sud-Ouest, dont les actions audacieuses et sanglantes firent de lui la terreur du Nouveau-Mexique.