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lundi 17 septembre 2018

Nota Bene – Et seuls les chiens répondent à ta voix, Tarik Noui

Dé-/En-visager le cours de l'h-/H-istoire, d'un homme et de l'humanité comme moyen, moyeux, frein. Et l'horizon comme lui-même, c'est à (vrai) dire : loin. Et, par-delà la répétition des mêmes mo[r]t(if)s et réci-t/-fs (comme un pont, une bouteille à la mer, c'est selon), tu lances parfois un cri. Et seuls les chiens répondent à ta voix. De ces/cette voix dont l'origine ré/ai-sonne tout au long de ce court, mais dense et remarquable livre, septième opus de Tarik Noui (dont trois dans la collection Laureli de Laure Limongi chez Léo Scheer, un autre chez Inculte, et de nombreuses productions, lectures et représentations) paru le 04 mai 2018 dans la collection chaos des éditions sun/sun.


« Le paysage est immense
et il semble une fête vorace
pour les êtres fragiles
comme toi »
 
Et seuls les chiens répondent à ta voix. Comme une adresse, une injonction, une précaution. Venue de la nuit des temps à la lumière/mise au point du jour. Avant/après us(et )age(s) du monde. Un instant avant de (re)venir sur scène/terre. Rappel, vaccin, pendant prophylactique, cor(r-)o/é-l[l]aire. Le théâtre et la peste, au mieux le choléra. Un prologue et du chœur. La tragédie qui s'annonce, à tu et à toi. Avec cette voix dont tu es privé en propre, dont tu (ab)uses salement déjà, tu le sens. Toi qui n'as pas de nom, attends de n'en être plus qu'un – innomm-é/able –, écrit en l'être de sang. Toi qui ne comprends pas, [dés](em)paré, sans défense – à peine des mâchoires, au mieux un cri (Le dernier cri, à tout le moins) apeuré, soumis, comme un. Enfant/animal/chien : ce que tu es/naît/pa(rais), autre que toi (Il paraît).

Du fond de ces âges (Pierre, f(i)er, bronze) que Ta voix exhale, extirpe de la gangue sédimentaire, un premier cri, donc(, )malentendu. Prim-al/-aire, – « Et tu convoques des démons de mousson et de tonnerre Personne ne vient lorsqu'il faut tenir son corps dans la terreur de l'ombre. » – vain. Nul venue/témoin/prophète ni sauveur (« Tu n'as que l'intelligence de la chair faite de cendres et de sacrifices maladroits faits à des dieux de bois de pierres et de plumes »). Des échos – « il n'y a que des échos » – passés déjà, qui arrivent jusqu'à toi, répètent la même litanie («  Et seuls les chiens répondent à ta voix »). Difficile, impossible a priori, de sortir de ce silence/constat que l'on a taillé comme – un croque-mitaine/- mort – sur mesure pour toi.

« Tu voudrais des mots puissants,
mais rien ne vient »

Se dessine toutefois quelque chose de. Comme un ordre venu d'en haut. Qui t'attire, te fait (non grandir, mais) vieillir. Draine tes forces sans les tarir jamais. Tu es jeune (, )encore (ce n'est pas faute d'attente(s)) perdu(es). Les âges de l'humanité, et de l'individu que tu es, s'imbriquent et se succèdent sans révéler aucun trajet. Soudain, un saut (« Tu as conquis le monde avec ta voix »). Une manière de dire (« dans les sursauts du langage dans la brutalité du verbe roi ») si ce n'est d'être. Elevé comme d'autres avant toi, avec autorité, mâle alpha, homme-méga[phone] (« Ce sont tes paroles qui s'échangent maintenant sur les places boursières des grandes capitales. ») qui ne provoque plus rien ni personne (« Ta voix n'est qu'un leurre »), pas même toi.

« Tu as cinquante ans et pour le monde c'est le temps des grandes révolutions ». Mais toi. Tu te durcis, fais pierre, fais mal, mens, modèle (« Cette foule que tu hantes avec tes mots Une foule grimaçante et brune qui lève la main droite en criant ton nom »). Sang. Et meute. Reductio ad hominem ad Hitlerum ad macronem ad nihilo (« Ta voix dévide ses bobines de nerfs ses barbelés de crin noir Ta voix claustrée entre le point et la virgule cisaillée Ta voix a fait plus de morts que la plus sophistiquée des armes »). Et pourtant Seuls les chiens répondent à ta voix. Après la guerre, l'apprêt. Apaiser au mieux, cautériser au pire, les plaies (que tu as creusé) avec (les armes du faire que tu as forgé) la pharmacopée que tu vends. Représentant du pleutre, du plâtre, de l'onguent. Pompier incendiaire éteint, consumé, impuissant. Corps creux, voix excavée qui résonne dans le vide. De tout sang, de tout fluide, impavide. Mourant sans cesse sans mourir ni cesser de vivre.

« maintenant ta voix est
une langue ancienne
muscle stigmatisés à ta mâchoire
qui dit ton troc avec les morts »

Memento mori ( + « Souviens-toi et n'oublie pas » + ) et manifeste puissant sur le pouvoir opératoire des mots et de la voix, Et seuls les chiens répondent à ta voix de Tarik Noui est un texte remarquable, mémorable, accessible et inestimable. Qui évoque (le/la) Compagnie de Beckett, Un homme qui dort de Perec, ou encore Notre voix de Noémia de Sousa traduit et édité dans la collection corp/us. Une voix dont la texture sensible – organique, minéral, onirique – sourde du texte et grave le corps qui le porte, avec juste l'appeau (con-scis/-çus, inscrit) sur les os pour convoquer, pour le meilleur et pour le pire, la parole/le peuple qui manque. Malgré l(’absence d)e choix et ses raisons (sans cœur ni tête le plus souvent), la lâcheté et les compromissions, la tentation d'en finir, d'emmener le monde avec soi ou de le quitter seul, pour de bon (« Maintenant et enfin tu meurs et tu es mort (...) On parlera de toi puis on t'oubliera » ) . Et, par ce constat, l'appeler à s’élever sans (se) mentir, ou à se taire.

Eloge d'une parole et d'une pensée justes pour dire l'absurdité et la terreur d'un monde régit par le pathos de l'é-/è-thos – de l'habitude (devenue morale, de la pensée devenue jugement, de l’ignorance et de la croyance devenues haine de soi et des autres, de la distance qui condamnent) et de l'être (tyran public ou domestique, ordinaire en soi) qui à force d'exclure toute humanité s'en exclut également, Et seuls les chiens répondent à ta voix de Tarik Noui  est un texte invoc-/incant-/impréc-atoire. Qui se prête à l'oral et à la réflexion, donne à entendre, frappe par son rythme imparable. Contre l'actuel temps qui court et concourt – peau de chagrin et de tambour –  à la perte de tous ceux qui, dans cet E-/é-tat de guerre de tous contre tous (Bellum omnium contra omnes) qui n’est rien moins que naturel, croient pouvoir (s')en tirer toujours (d)avantage.
 
« Et partout
encore
on fait et défait des gouvernements
avec des paroles d'un siècle ancien
(...)
Le monde ancien comme tout ce qui est ancien
doit disparaître
Gémir encore une fois
Et disparaître
Oui »

jeudi 26 avril 2018

Malgré les collines, Véronique Béland, par Eric Darsan

Tracer la route et son horizon. Se rendre [disponible], s'échapper [pour mieux se (re)trouver], plonger, (par)courir, s'enfouir – s'ensabler sans s'enterrer – [refaire surface], reprendre son(,) souffle, gagner en profondeur/clarté/clairvoyance, s(')e( )mouvoir librement. Envisager chaque déplacement comme une rencontre [vis-/pays-/-age]. Suivre le mode d'emploi, le sens des aiguilles de boussole bicolores, l'ordre alphabétique en deux parties inversées — le fil rouge de la page centrale comme marque et commencement. In media res y perdre son latin, reprendre à la préface puis voir rouge de nouveau avant d'entrer dans le bleu des pages. Penser pouvoir classer. Chasser l'aléatoire. Choisir son chemin [dans l'] — encadré. Tourner en rond, décarrer, prendre la tangente et le large vers des pays(ages) toujours renouvelés. Rêver, dériver, (di)vaguer.

Sous-titré égarements topographiques dont vous êtes le héros – en référence aux principes des livres du même nom – ce joli petit fascicule graphique et poétique intitulé Malgré les collines, élaboré par Véronique Béland, paru chez sun/sun le 21 novembre 2017, nous propose de voyager au gré plus de quatre-vingts entrées et de toutes leurs combinaisons à travers autant de lieux existants, mais dont la traduction française des noms libère le pouvoir d'évocation.


« Le chemin le plus court entre deux points est la ligne sémantique. »

Au creux d'un œil, découvrir. Un texte plus linéaire qu'énoncé, né de l'installation Terra Incognita de Pauline Delwaulle, mappemonde interactive grâce à laquelle, nous indique Fanny Curtat dans sa préface Matière première, « toucher un toponyme nous amène automatiquement à un autre toponyme partageant le même champ lexical ». Une carte blanche, où ne figurent que ces noms et les lignes de séparation entre terres et eaux, laissée à destination de ceux et celles naviguant au cœur de l'installation, de l'application, de cet ouvrage. Un multivers où mille et un parcours se créent, se croisent à la travée des mondes. Un récit ouvert aux quatre vents et directions – labyrinthes, rêves, réalité (la naissance d'une quatrième dimension comprenant les précédentes) – porté par la poésie des lointains, des étendues infinies, des cordes tendues, d'une cosmo-gonie/-graphie qui s'imprime in extenso au fond de la rétine.


« On dit parfois que certaines portes ne s'ouvriront pas deux fois. Pire, que certaines portes que l'on tente d'ouvrir referment aussitôt d'autres accès à notre insu. C'est à cet endroit précis que réside la difficulté à faire des choix, comme si tous les possibles méritaient d'être vécus. » (L'Archipel des Sept Iles).

Voir – défilés (Canyon bien amer, Rassembler les creux, Ravin d'espace vide), lacs et rivières (de feu, sans bout), par monts et par vaux (Val sans retour, Vallée des météorites) – s'esquisser une Pampa lunaire, une Savane entourée, une Zone paysage. Se dessiner une voie, sans issue baliser et laisser (ap-/disp)paraître une géographie. Au fur et à mesure des pages que l'on tourne, des flèches que l'on suit. Des points que l'on re-lie/-joint à travers autant de portes des étoiles, astres et galaxies pour débouler entre Désert à l'envers (Ce qui est des oasis, si l'on désire s'y fondre, ou Réservoir de l'aube, s'y perdre en croyant y voir clair) et L'Archipel des sept îles et son système solaire. Ajourner ou avancer son départ. Prolonger ou interrompre son séjour. Explorer de toutes les manières (im)possibles les lieux les plus (in)imaginables.


« On traverse fréquemment les mêmes lieux, sans pour autant avoir tracé des trajets équivalents » (Montagne arrêter le silence)

Errer (en terre, inconnu(e)), ne plus savoir (où donner de la tête) accorder son attention au sens, au nom, au rythme des pas, à la direction (à prendre/à laisser). O(p)ter (pour) l(')a (in-)tranquillité, l(')a (in-)quiétude. Là, un déterminant nous trompe. Ici, un lieu ne se trouve pas où il devrait. Soudain, une image nous surprend. En arrière-fond, le cerveau prépare la suite, l'imaginaire l'interrompt, intercale un souvenir, une vision que l'on re-/dé-couvre, imprimée en nous/révélée sur la page. Choisir une méthode, en deviner d'autres, sous-jacentes à l'élaboration, sans parvenir à distinguer la part de hasard et de suggestion (en un mot : de détermination) qui entre en fin/ligne de compte (« Sous le désordre apparent du chaos se cache probablement un ordre très strict. » (Embouchure de la rivière perdue)), rappelle les expérimentations surréalistes et situationnistes, jusqu'aux effets de La maison des épreuves, de Jason Hrivnak, autre livre dont vous êtes le héros, paru aux éditions de L'Ogre.


« Entre points de fuite et lignes de mire, la raison première des univers parallèles consiste peut-être justement en la capacité qu'ils offrent de se retrouver soudainement face à soi-même. » (L'Archipel des Sept Iles).

Au flux de conscience qui naît, au contact de la contrainte, préférer soudain rejoindre la liste des Coordonnées géographiques des lieux rencontrés. Comme si l'ordre alpha-bétique/-numérique de ces toponymes (Val sans retour 48.0000 – 2. 2833) pouvait (r)amener à la réalité les contours d'une cartographie par trop intime déjà. Sans le vouloir, se retrouver au cœur du triangle des Bermudes (Rivière de feu -31.8095 -66.4014). En et à la nage, re-venir/-tomber sur ses pa(ge)s. A force d'aller et venues perdre patience, aller en force vers l'inconnu. Perdre le voyage pour le but. En désespoir de cause s'en remettre à et interroger le livre, ses lieux comme autant de théories (la Montagne petit mystère, le Monticule des limites, le Never Ever Ever Tip Point ont particulièrement leur mot à dire, celui de la fin comme du commencement), d'hypothèses.


« Puis, on comprend un jour la nécessité de fracasser la boule de cristal qui nous servait jusqu'alors de boussole contre la rigidité incertaine des murs du hasard. » (Pic de l'étincelle).

Hypertextuel et analogique, Malgré les collines dépasse, à l'instar de son correspondant plastique Terra Incognita, les contingences physiques et politiques pour ne retenir que le sens et les liens (« réseau de jonctions symboliques rendant compte du potentiel parnassien et de l'impression forte du paysage ») invitant le lecteur à participer à l'aventure proposée. A entrer dans le jeu de plain-pied ou de reculer pour mieux sauter (You-Go-I-Go Point). A tracer son propre chemin (avec la liberté de le parcourir à contresens, courant et contre toute raison, à se laisser conter la légende dorée du Glacier poussiéreux, à border les côtes de ce littoral cosmique) au sein de cet univers élaboré par l'artiste et son installation//par l'auteure et son livre.


« Comment alors trouver un sens à l'existence eau cœur même de cette fiction ?  » (Ruisseau direction contraire)


Qui traite encore, de et selon. L'astronomie et l'alchimie, la géo-graphie/-métrie divine, l'hermétisme et l'éso-/exo-térisme, la philosophie et la fiction. Par induction et/ou déduction. De la dualité, de l'identité, de la perception. De la science et de l'expérience, de la croyance et du savoir, de l'illusion qu'ensemble ils forment — existences-/réalités-miroirs. De l'Un et du Tout, (in)conscient et (in)connu. De l'ignorance et de la peur. Du plein et du vide, du rayonnement fossile et de la transmutation — de ce qui est en haut/bas, de l'infiniment petit/grand. Aborde espace(s) – temps, éternité – vie et mort. Recoure à la gravité, au nombre Pi, d'or. Aux archives akashiques, aux oracles, au Yi-jing, à grands coups de devises parfois sibyllines, pour proposer un voyage introspectif, transcendant et initiatique.


« Pour le chercheur d'absolu, inventer un sens à l'immédiat semble plus salutaire que d'attendre infiniment que quelque chose se passe. » (Dans la rivière à sec).

Carte et territoire à la fois, jeu conversationnel et combinatoire, recueil d'aphorismes, casse-tête et biscuit chinois, ce fascicule philosophique et poétique aussi fin qu'ambitieux contraint autant qu'il libère la réflexion et l'imaginaire. Après Elles collectionnent des mondes (avec Catherine Tremblay) aux éditions du Renard et LE vide de la distance n'est nulle part ailleurs, déjà coédité par sun/sun et Bipolar dans la collection Les Immatériels, Véronique Béland poursuit avec Malgré les collines son travail de corrélation entre performance plastique et poétique. Un petit guide de voyage précieux qui, comme toutes les productions graphiques de la maison, a fait l'objet d'un soin méticuleux où formes et fonds se rejoignent, offrant une source inépuisable d'évocations et de raisonnements, de magie et d'émerveillement.


« sensible à l’hybridation des objets éditoriaux, sun/sun suit une ligne éditoriale « en étoile » ouverte, questionnant la notion de récit et de territoire - poétique ou géographique... »

Crédits photos © Eric Darsan, Extraits et photos de Malgré les collines © Véronique Béland, sun/sun, illustration Terra incognita © Pauline Delwaulle 2017


Mise à jour/Making-of/-real : Le cadre d'inspiration et d'illustration (de lecture de l'ouvrage et d'écriture) de cet article est aussi celui du lieu de villégiature du Général Instin dans l'épisode (1) de (G)rêve, Général(E) : Chant de guerre pour l’armée d’Instin. Une série insurrectionnelle en 4 temps publiée en collaboration et en simultanée ici par Lundi Matin et là par Remue.net tous les lundis jusqu'à ce que vie s'en suive. « Pour s’évader, passer au sud, de l’autre côté. Là où la politique, la mer et le soleil rougissent ; où le ciel et l’horizon s’élargissent, où la faune, la flore et l’espoir se repaissent après des cycles de destruction et de manipulation du réel orchestrés par la dictature ; des œillères aux œillets, entre deux bouffées de lyrisme, Instin renaît et apprend à cueillir, accueillir, la vie au grand air… » (La suite ici  et ).

A découvrir également, dans le même ordre d'idées  d'une réalité augmentée [rêve conscient et éveillé], récemment paru ou à paraître, dans le catalogue sun/sun : Noces ou les confins sauvages, de Hélène David  « - récit photographique, traversée graphique - avec un texte de Donatien Garnier, les dessins de Gildas Secretin et Alexandre Rivault au graphisme (...) un récit contemporain aux frontières du réel et du merveilleux. » Et seuls les chiens répondent à ta voix, de Tarik Noui dans la collection Chaos qui accueille également Il paraît que nous sommes en guerre, de Pierre Terzian  (dont Le dernier cri a été précieusement recueilli dans la collection Echo). « Dans un monde où les hommes ont cessé de communiquer à force de trop parler, au milieu du bruit, Tarik Noui épure le discours et propose un retour essentiel sur les traces de la voix humaine. Sa genèse dans le silence premier des cavernes. Son adresse aux dieux anciens. Sa domination sur les peuples. Son anéantissement dans le vacarme des sociétés de grandes solitudes.... »

mercredi 15 novembre 2017

Nota Bene : Le dernier cri, Pierre Terzian

[Un]happy few, sorties extravéhiculaires et récupération protoco(rol)laires [lendemains qui déc(h)antent, inaugurer les chrysanthèmes]. S[tra]pontanéité [prendre le train en marche, ne pas rester sur la bordure des quais]. Marketing Monop-holistique [Mon Cul C Du Poulet Bio, L'Art Ces Mes Champs] : telle est la liste non exhaustive des ingrédients et effets secondaires inédits et inattendus qui composent Le dernier cri de Pierre Terzian, sorti le 14 septembre 2017 chez sun/sun dans la collection echo.


« – Emballer un pont. Se tirer une balle dans le genou. Tatouer des porcs. Faire danser des tractopelles. Poignarder une plante. Vivre dans une cage avec un loup. Peindre le portrait de sa mère. Traverser une ville en criant. »

Klaus Grimon, fils de et pas fier de l'être, traîne ses guêtres entre délire et acouphènes, hante les lieux très fermés ouverts aux performances plastiques en toc les plus désespér-ées/-antes, dans l'espoir de [– sa rencontre avec Anna Mardirossian, metteuse en scène éreintée à force d'expédients, et un pétage de plombs/câble/baraque surnuméraire qui va faire de/bien malgré lui Le dernier cri, incarnation d'un milieu et d'une génération, vont le pousser à tenter de – ] sortir de sa léthargie.

Minimal Feelings, L'Igloo, L'Indien Sans Tribu, Redflag : entre blazes, slogans et aphorismes, à travers les vues, vies, et chapitres alternés de ses deux protagonistes, Pierre Terzian nous plonge avec humour et humanité au cœur du vivant et des problématiques de cette faune qu'il connaît bien, dépeint comme déconnectée du réel, non sans histoire mais sans désir, antihéros aux têtes d'a-/en-/ de dé-terrés, (dés)abusés par un milieu-miroir. Freaks naïfs et cyniques, embryons hypersensibles et exhibitionnistes qui tous cherchent comment faire partie (à tout prix) ou sortir (plus modérément) du système, du caractère primaire et castrateur de la culture subventionnée, enfants perdus et gâtés, récupérés et instrumentalisés par le marché.

« Les humains auront complètement assimilé la logique du marketing et l'appliqueront à ce qu'ils ont de plus intime. Ainsi le marché aura réussi sa plus redoutable mutation : il sera devenu la vie même (…) Bientôt les vraies gens n'existeront plus. »

Second roman de Pierre Terzian et premier roman de rentrée des éditions sun/sun, Le dernier cri prolonge le questionnement, la perspective d'une radicalité et le désir de construire ensemble de son précédent opus Il paraît que nous sommes en guerre. Et si l'on peut regretter que ce dernier cri ne réponde pas davantage que Jack London à cette question énoncée par ce dernier dans Quiconque nourrit un homme est son maître, à savoir celle du « candidat-artiste à la littérature au ventre qui réclame et à la bourse vide », sinon par l'absurde, la poésie et le renoncement, c'est bien parce que les alternatives paraissent ici aussi lointaines que le désir est grand de sortir de l'impasse où se rejoignent artificiellement les murs qui séparent la subsistance de l'existence, la création de ses conditions.

Roman post-moderniste sur le post-art, avec en exergue une citation du Chômage Monstre d'Antoine Mouton (dont Le metteur en scène polonais et Imitation de la vie s'attachent eux aussi, à leur façon, à déconstruire l'art à travers ses milieux), Le dernier cri est un bûcher des vanités lucide, cru et efficace, qui évoque immanquablement (et donne plus que jamais envie de se replonger dans) La Société du spectacle de Guy Debord (« Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s’annonce comme une immense accumulation de spectacles. Tout ce qui était directement vécu s’est éloigné dans une représentation. ») tout en incarnant ce qu'il dénonce, à l'instar de son personnage, sujet devenu (avec autant de sincérité que de second degré, d'ambiguïté que de talent, de questions qui demeurent posées et invitent à aller de l'avant) un objet dérivé que l'on s'arrache.

« Nous sommes de plus en plus nombreux. Ceux qui nous ont rejoints ont trouvé de quoi manger, de quoi produire leur art et des camarades.Nous avons rompu tous nos liens avec les institutions et opté pour l'embuscade, l'assainissement radical et la joie du manque.Nous volons du matériel, rançonnons, détruisons des icônes, enlisons les processus de sélection, continuons à nous infiltrer dans la vie artistique pour en être la source permanente d'implosions juvéniles. Nous sommes l'Inconfort. Le Miroir Déformant. Nous produisons des sensations troubles.
Nous sommes les Groupement Balafre.
Rejoignez-nous. »

Making-of : Le 26 octobre dernier à la librairie Le comptoir des mots, avait lieu la soirée d elancement du dernier cri, animée avec brio par Philippe Guazzo,  qui a su faire lui aussi, évidemment, le lien avec Debord, aux côté de Pierre Terzian, invité d'honneur qui a traversé l'Atlantique à cette occasion pour évoquer le livre et toutes ces questions et de l'équipe de sun/sun qui, depuis sa création, sait, toujours davantage « allier le fond et la forme et faire advenir le sens ».

Pour aller plus loin : lire ce qu'en disent très justement Lou et les feuilles volantes et Hugues pour la Librairie Charybde.

jeudi 30 juin 2016

Il paraît que nous sommes en guerre, Pierre Terzian

Il paraît que nous sommes en guerre. Ici et là, tout le temps, de heurt en heurt, depuis avant, depuis toujours peut-être, sans même savoir pourquoi ni comment. A l'extérieur, à l'intérieur, de soi, des autres, du pays, du monde dit et dé civilisé, livré à la barbarie, il paraît aussi. Il paraît surtout sous la plume de Pierre Terzian, chez sun/sun, et ce depuis le joli mois de mai, sous la forme d'un texte en apparence lapidaire, simple, net et précis, dans lequel le doute est prescrit et qui heurte de plein fouet, pas forcément celui ou celle que l'on sait, pas nécessairement pour les raisons que l'on croit, à l'image de l'événement et à la manière d'une frappe chirurgicale de l'OTAN.


« A Montréal, le 1er décembre 2015 Messieurs, Ce Vendredi 13, vous m'avez touché en plein cœur. Je ne m'attendais pas à souffrir autant. Je ne me savais pas capable de souffrir autant (…) Je souffrais beaucoup, en temps normal, avant tout ça, mais pour des choses bénignes. La souffrance était diluée. Je ne me confrontais pas directement à elle. »

Dans la réalité, cela commence comme un film catastrophe dont l'horreur immédiate, scénarisée de longue date, ne serait qu'un élément et le prétexte, le ferment, d'une peur plus grande. Dans le texte, dans cette « Lettre aux “messieurs” du 13 novembre » (Sophie Joubert, L'Humanité, 9 juin 2016), Pierre Terzian s'adresse aux terroristes qui ont frappé Paris, le Bataclan, ses alentours et ceux du stade de France ce même jour. 

Sans recul, mais avec une certaine distance, comme en voix off, l'auteur demeure là où il est — un peu excentré, décentré, secoué par ce qu'il apprend de l'autre bout du monde — l'on est toujours à l'autre bout du monde lorsque l'on ne voit que via l'écran, quel qu'il soit, que l'on assiste en spectateur seulement — dresse d'outre-Atlantique l'état des lieux d'une confusion déjà présente, mais qui suinte désormais de cette plaie béante, ouverte par ricochet, dommage collatéral d'un monde séparé dont les images l'assaillent. 


« Je triais mes déchets. Je travaillais avec des adolescents en difficultés. Je m'étais mis à croire à la possibilité d'un monde réduit (…) Une petite cohérence, avec moi-même et ceux que j'aime. »

Du haut de ses 36 ans, d'une identité construite, intégrée, de ses passions et de ses passe-temps, de ses amours et de ses peurs, plus ou moins grégaires. Du haut, et du bas de tout ce qui se mêle, s'emmêle, se succède, sans mesure, sans échelle, sans degré vraiment. Pierre Terzian égraine à la manière d'un chapelet les croyances d'un monde tour à tour uni — ou bi — latéral, en un mot : divergent. Auquel il se refusait à penser — « J'ai inventé comme tout le monde ici de nombreux stratagèmes pour atténuer, dissimuler cette souffrance quotidienne » —  Auquel il ne croit plus. Auquel, peut-être, il n'a jamais cru. Où tout est consommé, consumé à petit feu. La rupture en premier lieu. Crise existentielle, prélude essentiel à une conscience vraie, directe, des mots et des choses. 

Agir local, penser global, tout ça, déjà et rien que ça. Un moindre mal, un refuge. En attendant la chute, le déluge programmé, le paradis perdu et retrouvé. Mais soudain, sans crier guerre : l'attentat. A l'impudeur des politiques et des médias, de l'événement qui brusquement se déversent sur la table, faire face, dont acte, par l'écrit. Pas de procès ici, de process, de procédure, de procédé. Mais user. A minima. D'une langue abusée pour faire passer. De vie à trépas. Toute possibilité de repli sur soi. Etre précis, risquer. Non le malentendu, mais le décalage. Non l'injustice, mais la justesse. Ne pas brandir cette fois la menace poétique. Mais dire la parole menacée, ici comme là-bas. Contre-feu, de tout bois, contre l'autodafé. Des interrogations contre l'interrogatoire. Ne pas juger, ne pas condamner. Répéter : ne pas. Avancer : pas à pas. Pour éviter, cette fois, tout malentendu, d'un côté comme de l'autre.


« Nous ne voulons pas être vous. Mais nous ne voulons pas être nous. Nous nous contestons. Nous détestons. Le saviez-vous ? Vous détestez-vous également ? Parfois ? Vous arrive-t-il de vous détester ? »

Nommer, faire apparaître, exister. Les liens plus que les divisions. Les tenants et aboutissants. Pas dans le détail (devil inside, comme en boîte, prêt à surgir à la moindre occasion). Pas dans la profusion, la confusion, le manichéisme et la diabolisation, la manipulation politico-géostratégico-logique que nous servent les spécialistes de la désinformation. Pas de complotisme pour autant. Convoquer les clichés pour en montrer l'absurdité. D'ici l'on a tout dit, écrit sur tout : les trafics d'influence, de finances, d'armes, de drogues, d'hommes, de femmes et d'enfants. Qui alimentent systématiquement toutes les guerres, multiples et délocalisées depuis au moins trois quarts de siècle — Le Viet-Nam, L'Iran, l'Irak, la Yougoslavie, le Kosovo, l'Afghanistan, la Syrie. Tout écrit et dit surtout. Tout et son contraire. Ce que l'on devrait, voudrait, pourrait faire. Liberté conditionnelle, conditionnée par les cris de la réaction. « Depuis ce Vendredi 13, c’en est devenu terrifiant. Tout le monde professe. » Et quand on croit avoir touché le fonds, l'on réalise en lisant les unes des journaux, en écoutant les politiques, que l'on a fait qu'effleurer ses relents nauséabonds.

Cette histoire d’État Islamique est une histoire de flous, de folie, de filous, de floutage — de gueule surtout. D'où. Le doute, symptôme, remède et maladie d'une société-industrie du spectacle qui s'y perd elle-même et que l'on retrouve partout. L'E.I. c'est le monstre, c'est à dire celui que l'on montre : l'hydre, la bête de l'apocalypse, le Sheitan. Mais c'est aussi l'innommé/able, l'inapproché/able, l'inimaginé/able, qui se cache derrière : le monstrueux qui en naît et que l'on tait. Ces « Fils de la mondialisation » nourris et conçus par les industriels, les politiques et les médias qu'ils alimentent. Des fils de pub eux-aussi qui, à l'origine, ne sont pas différent de nous, de ce que l'on nous fait, de ce que l'on entretient. De la détestation de soi, du nihilisme, maux et remèdes au nationalisme, de la haine de l'autre, de la fierté chauvine, de l'identité orpheline. Incarnation des extrêmes, du vice et du puritanisme réunis. Mauvaise foi et hypocrisie. Qui nous fait croire tout ce que l'on nous vend, nous veut, et refuser ce qui n'est pas nous. Comme si nous n'étions pas, pour le meilleur et pour le pire, construits par d'autres. Extrémisme partout, justice nulle part, sinon de classe, de race, de genre. Français, je vous ai compris, vous êtes dévots aussi. Tartufferie.


« Est-ce que tout va bien chez vous ?
Est-ce que vous croulez vous aussi sous les questions ? »


« On me dit que nous sommes en guerre. Vous et moi ? Le sommes-nous ? » Ici, chacun est renvoyé à lui-même. Nulle part de soi qui puisse échapper à l'interrogation. Nul autre pour s'y substituer. Nulle obligation non plus d'y répondre. Pas d'impératif moral, de direction de conscience. Pas d'analyse, de prise de position, de posture. Simplement, puisque l'on est entre gens intelligents, ouverts, de bonne volonté — ou prétendus tels, c'est ici la seule exigence —  à mesure que l'on avance, l'intelligible fait sens. Et écho, malgré le bruit des bottes, la douleur des coups, la pression du bâillon, à des réflexions sous-jacentes alors, mises en mots et en pratique actuellement : « Nous reprenons. La parole. A ceux qui nous l'avaient volée. » Et les réponses naissent au gré des questions posées. (A propos, Est-ce que Bernard Arnault va bien ? )

Ce qui surprend malgré soi dans ce petit livre saillant comme un promontoire, c'est son approche : directe. Son angle : aigu. Son point de vue : prémonitoire. Un dénuement certain : de la langue, de la forme. Une simplicité volontaire. Un certain désir d'abandon, de renoncer à voir le monde comme représentation. Un témoignage, en amont, de tout ce que l'on nous fait avaler depuis. De tout ce qui nous échappe au fond. Paroles de Pierre, angulaires, décalées, en escalier, qui tournent en boucle, détonnent plus qu'elles ne raisonnent. Poésie contemporaine d'un monde sans cesse répété pour mieux passer et trépasser. Obsession. Litanie. Poésie qui se sait, se suit, poursuit ce monde oppressif dans ses atermoiements, ses oublis, ses reniements, ses négations. Qui le harcèle de question, lui intime cette fois d'y répondre, l'assigne à cesser sinon. Et nous somme, un à un, d'y prêter attention.


« Je ne sais pas qui croire. Existez-vous ? Personne ne le sait. Ici, nous croyons aux marionnettes. »

Il paraît. Que nous sommes en guerre depuis le 13 novembre 2015. Que nous sommes tous américains depuis le 11 septembre 2001. Que nous sommes tous comme un. Etat d'exception qui devient, confirme, la règle. Un pour pour tous.tes., tous contraint. e. s. Il paraît. Que je suis Charlie, policier, juif, musulman, chrétien. Il paraît que je ne pense plus. Il paraît que je suis, point. Parle pour toi, parle pour lui. Ne m'appelez plus jamais Charlie. Nous ne sommes plus des enfants. Ses petits dessins ont fini de nous amuser. L'on en vient même à douter de son existence. Nous ne voulons plus être infantilisés, plus de Grand-Guignol en guise de gouvernement.

« Ici nous n'avons pas de véritable espace. Tout est quadrillé. »

D'état d'urgence en état d'urgence, de Patriot Act en loi sur le renseignement, hélicoptères, armes de guerre, multiplication et impunité des violences politiques et policières, l'on nous somme, nous nasse, nous guide « vers un cul-de-sac », un mur, un précipice. Qui pourrait encore savoir, comprendre, dire aujourd'hui ce qu'il en est là-bas. Quand on ne sait, ne comprend, ne peut dire ce qui se passe ici. Sous nos yeux, devant nos fenêtres, derrières nos écrans. Quand on voit bien, qu'en ce qui nous concerne, les politiques et médias locaux comme nationaux d'Occident mentent tout autant que ceux de l'Orient. Il est interdit d'écrire dans la marge, interdit d'afficher, de manifester, de sortir des écrans, des lignes de nos cahiers d'écolier. De lire entre les lignes, qui se réduisent sans cesse. De donner du sens, du volume, de penser en 3D (Désobéir Défendre Déserter).

Alors, quoi ?

« Pas d'espace pour le dire : Nous rêvons d'un sabotage. D'une fêlure. D'une anomalie. »


« Mener une guerre. Une belle. Réinventer. Le sens de nos vies. »

Il paraît que nous sommes en guerre est un très beau texte. Un manifeste qui n'attend qu'une large diffusion et traduction pour s'étendre et s'adresser pour de vrai à ceux auquel il prétend le faire. Qui en attendant a le mérite d'interroger ses concitoyens sur le bien-fondé des guerres et propos que l'on tient en leur nom. La lettre d'un homme moyen, commun, prisonnier de droit, otage de la loi dans son pays, de la foi de ses ennemis, et vice et versa. Condamné, abusé, objectivé, instrumentalisé, s'il n'avait la capacité de le dire, de le faire savoir et valoir par ce petit bouquin. D'un ménager de moins de cinquante ans, homme domestiqué du monde dit civilisé, poli, policé, policier, qui se décline à volonté comme représentation unique de la réalité. Ce qui ne va pas sans provocation, tout en posant les bonnes questions.

« Pourquoi taper si bas ? Pourquoi pas un peu plus haut ? Qui décide ça ? Vous décidez ça tous ensemble ? Ce soir on se fait un concert ? »

« Ne vous y méprenez pas, Messieurs, je ne suis pas la coalition. Je peux à peine pisser à plus d'un mètre. »


Par-delà l'égotisme et l'égocentrisme avoués, à demi pardonnables/és, de sa démarche, Pierre Terzian signe ainsi, avec passion et raison, un texte courageux. Parce qu'ils n'engagent que lui, son égoïsme est tout stirnien, sa mauvaise fois sartrienne, sa naïveté candide, qui lui permettent avec franchise de clamer ses peurs, son impuissance, son incompréhension. Et si, bien entendu, l'on ne se/je ne me retrouve pas dans tout, et parfois pas du tout, si certaines affirmations peuvent, selon les cas/lect.eurs.rices paraître très subjectives, d'autres pas assez engagées, certaines très personnelles, d'autres très générales, cette ambiguïté même renforce encore l'interrogation, et l'idée que le texte couvre l'ensemble de la question, explore toutes les pistes sans les creuser jamais, à travers toutes celles qu'il recouvre et invite à lire, à relire, à méditer.


« Nous sommes nombreux. Tristes, éperdument. Prêts. A autre chose. »

Depuis des semaines les sondages les plus réactionnaires, les referendums les plus tordus, les élections, votes les plus planifiés, abondent dans le sens que les personnes interrogées — ignorant la plupart du temps tout de la réalité des choses, ayant pour seul fondement celui qu'ils posent devant la télévision — les ONG, les Etats, conglomérats et leurs médias, avec les intérêts que l'on sait, veulent bien leur donner. Et ce n'est ni l'actuelle coupe mondiale et nationale de foot et de flashball ni le grand cirque électoral à venir qui risquent d'améliorer le sort fait aux mots, aux choses et surtout aux gens de ce monde.  

Il y a quelques mois encore. Au moment même où Pierre Terzian écrivait ces lignes. Le pays tout entier semblait destiné à voter pour l'extrême droite. Depuis, d'autres voix, d'autres mains, se sont élevées. Nées de la convergence des luttes. Qui s'inscrivent dans, écrivent, l'histoire. Qui font souffler un vent de liberté et apparaître quelques éclaircies là où l'horizon semblait bouché. Qui nous rappellent que la chienlit provient toujours en premier lieu des gouvernants. Et avec eux le temps des c(e) rises. Depuis, nombreux sont ceux et celles qui, frapp.é.e.s aveuglément ou à dessein, le plus souvent pour rien, se sont à leur tour radicalisé.e.s. Le cortège de tête grossit chaque jour un peu plus. Et, plus que jamais, tout le monde déteste la police. La lutte est belle, elle est commune. Et, malgré tous les efforts de la propagande officielle pour faire croire le contraire, elle a de beaux jours devant elle. En ces temps incertains, pour connaître la météo, le plus sûr est encore de sortir de chez soi.


Il a fallu que le soleil, disparu ici et là depuis quelques semaines déjà, réapparaisse deux fois. Deux fois et deux salons du livre pour évoquer ici ce livre découvert à ces occasions. Deux occupations et expulsions de la Maison du Peuple de Rennes à laquelle je n'ai pu le laisser. De nombreuses autres chroniques amorcées, entre les sorties et la rentrée annoncées, pour que celle-ci paraisse enfin. Des fois que vous seriez passé à côté de ce court — à peine plus long que cet article — mais nécessaire ouvrage.

Il paraît que nous sommes en guerre. Il paraît chez sun/sun et dans quelques librairies dont vous pouvez trouver la liste ici, parmi lesquelles l'excellente librairie Charybde où j'ai pu me le procurer. Il s'agit de la sixième parution de sun/sun, label né il y a un an de la rencontre entre Sophie Duc, Angélique Joyau et Céline Pévrier et de l'aventure initiée en 2012 avec Le Chant du Monstre (voir Le grand entretien de Diacritik).

Pour cette première édition, cet ouvrage est autodiffusé. En trois semaines les quelque deux cents exemplaires de la première édition se sont déjà vendus. Il vient d'être réimprimé, vous pouvez vous le procurer sur le site du label.


« sun/sun est un label polymorphe : éditeur de livres, créateurs d’objets, organisateur d’événements… le champ de ses actions est large et volontairement ouvert : sun/sun veut allier le fond et la forme et faire advenir le sens »

Du 5 au 8 juillet Vous pouvez retrouver sun/sun dans le cadre du festival < PAUSE > : Bar éphémère, discussions libres autour de sujets divers, c'est aussi un espace pour questionner l'image par le son : siestes sonores, capsules audio, SAAB d'écoute, lectures électriques, dispositifs d'écoute. Rien à voir, tout à écouter ! A découvrir ici et là.