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jeudi 30 juin 2016

Il paraît que nous sommes en guerre, Pierre Terzian

Il paraît que nous sommes en guerre. Ici et là, tout le temps, de heurt en heurt, depuis avant, depuis toujours peut-être, sans même savoir pourquoi ni comment. A l'extérieur, à l'intérieur, de soi, des autres, du pays, du monde dit et dé civilisé, livré à la barbarie, il paraît aussi. Il paraît surtout sous la plume de Pierre Terzian, chez sun/sun, et ce depuis le joli mois de mai, sous la forme d'un texte en apparence lapidaire, simple, net et précis, dans lequel le doute est prescrit et qui heurte de plein fouet, pas forcément celui ou celle que l'on sait, pas nécessairement pour les raisons que l'on croit, à l'image de l'événement et à la manière d'une frappe chirurgicale de l'OTAN.


« A Montréal, le 1er décembre 2015 Messieurs, Ce Vendredi 13, vous m'avez touché en plein cœur. Je ne m'attendais pas à souffrir autant. Je ne me savais pas capable de souffrir autant (…) Je souffrais beaucoup, en temps normal, avant tout ça, mais pour des choses bénignes. La souffrance était diluée. Je ne me confrontais pas directement à elle. »

Dans la réalité, cela commence comme un film catastrophe dont l'horreur immédiate, scénarisée de longue date, ne serait qu'un élément et le prétexte, le ferment, d'une peur plus grande. Dans le texte, dans cette « Lettre aux “messieurs” du 13 novembre » (Sophie Joubert, L'Humanité, 9 juin 2016), Pierre Terzian s'adresse aux terroristes qui ont frappé Paris, le Bataclan, ses alentours et ceux du stade de France ce même jour. 

Sans recul, mais avec une certaine distance, comme en voix off, l'auteur demeure là où il est — un peu excentré, décentré, secoué par ce qu'il apprend de l'autre bout du monde — l'on est toujours à l'autre bout du monde lorsque l'on ne voit que via l'écran, quel qu'il soit, que l'on assiste en spectateur seulement — dresse d'outre-Atlantique l'état des lieux d'une confusion déjà présente, mais qui suinte désormais de cette plaie béante, ouverte par ricochet, dommage collatéral d'un monde séparé dont les images l'assaillent. 


« Je triais mes déchets. Je travaillais avec des adolescents en difficultés. Je m'étais mis à croire à la possibilité d'un monde réduit (…) Une petite cohérence, avec moi-même et ceux que j'aime. »

Du haut de ses 36 ans, d'une identité construite, intégrée, de ses passions et de ses passe-temps, de ses amours et de ses peurs, plus ou moins grégaires. Du haut, et du bas de tout ce qui se mêle, s'emmêle, se succède, sans mesure, sans échelle, sans degré vraiment. Pierre Terzian égraine à la manière d'un chapelet les croyances d'un monde tour à tour uni — ou bi — latéral, en un mot : divergent. Auquel il se refusait à penser — « J'ai inventé comme tout le monde ici de nombreux stratagèmes pour atténuer, dissimuler cette souffrance quotidienne » —  Auquel il ne croit plus. Auquel, peut-être, il n'a jamais cru. Où tout est consommé, consumé à petit feu. La rupture en premier lieu. Crise existentielle, prélude essentiel à une conscience vraie, directe, des mots et des choses. 

Agir local, penser global, tout ça, déjà et rien que ça. Un moindre mal, un refuge. En attendant la chute, le déluge programmé, le paradis perdu et retrouvé. Mais soudain, sans crier guerre : l'attentat. A l'impudeur des politiques et des médias, de l'événement qui brusquement se déversent sur la table, faire face, dont acte, par l'écrit. Pas de procès ici, de process, de procédure, de procédé. Mais user. A minima. D'une langue abusée pour faire passer. De vie à trépas. Toute possibilité de repli sur soi. Etre précis, risquer. Non le malentendu, mais le décalage. Non l'injustice, mais la justesse. Ne pas brandir cette fois la menace poétique. Mais dire la parole menacée, ici comme là-bas. Contre-feu, de tout bois, contre l'autodafé. Des interrogations contre l'interrogatoire. Ne pas juger, ne pas condamner. Répéter : ne pas. Avancer : pas à pas. Pour éviter, cette fois, tout malentendu, d'un côté comme de l'autre.


« Nous ne voulons pas être vous. Mais nous ne voulons pas être nous. Nous nous contestons. Nous détestons. Le saviez-vous ? Vous détestez-vous également ? Parfois ? Vous arrive-t-il de vous détester ? »

Nommer, faire apparaître, exister. Les liens plus que les divisions. Les tenants et aboutissants. Pas dans le détail (devil inside, comme en boîte, prêt à surgir à la moindre occasion). Pas dans la profusion, la confusion, le manichéisme et la diabolisation, la manipulation politico-géostratégico-logique que nous servent les spécialistes de la désinformation. Pas de complotisme pour autant. Convoquer les clichés pour en montrer l'absurdité. D'ici l'on a tout dit, écrit sur tout : les trafics d'influence, de finances, d'armes, de drogues, d'hommes, de femmes et d'enfants. Qui alimentent systématiquement toutes les guerres, multiples et délocalisées depuis au moins trois quarts de siècle — Le Viet-Nam, L'Iran, l'Irak, la Yougoslavie, le Kosovo, l'Afghanistan, la Syrie. Tout écrit et dit surtout. Tout et son contraire. Ce que l'on devrait, voudrait, pourrait faire. Liberté conditionnelle, conditionnée par les cris de la réaction. « Depuis ce Vendredi 13, c’en est devenu terrifiant. Tout le monde professe. » Et quand on croit avoir touché le fonds, l'on réalise en lisant les unes des journaux, en écoutant les politiques, que l'on a fait qu'effleurer ses relents nauséabonds.

Cette histoire d’État Islamique est une histoire de flous, de folie, de filous, de floutage — de gueule surtout. D'où. Le doute, symptôme, remède et maladie d'une société-industrie du spectacle qui s'y perd elle-même et que l'on retrouve partout. L'E.I. c'est le monstre, c'est à dire celui que l'on montre : l'hydre, la bête de l'apocalypse, le Sheitan. Mais c'est aussi l'innommé/able, l'inapproché/able, l'inimaginé/able, qui se cache derrière : le monstrueux qui en naît et que l'on tait. Ces « Fils de la mondialisation » nourris et conçus par les industriels, les politiques et les médias qu'ils alimentent. Des fils de pub eux-aussi qui, à l'origine, ne sont pas différent de nous, de ce que l'on nous fait, de ce que l'on entretient. De la détestation de soi, du nihilisme, maux et remèdes au nationalisme, de la haine de l'autre, de la fierté chauvine, de l'identité orpheline. Incarnation des extrêmes, du vice et du puritanisme réunis. Mauvaise foi et hypocrisie. Qui nous fait croire tout ce que l'on nous vend, nous veut, et refuser ce qui n'est pas nous. Comme si nous n'étions pas, pour le meilleur et pour le pire, construits par d'autres. Extrémisme partout, justice nulle part, sinon de classe, de race, de genre. Français, je vous ai compris, vous êtes dévots aussi. Tartufferie.


« Est-ce que tout va bien chez vous ?
Est-ce que vous croulez vous aussi sous les questions ? »


« On me dit que nous sommes en guerre. Vous et moi ? Le sommes-nous ? » Ici, chacun est renvoyé à lui-même. Nulle part de soi qui puisse échapper à l'interrogation. Nul autre pour s'y substituer. Nulle obligation non plus d'y répondre. Pas d'impératif moral, de direction de conscience. Pas d'analyse, de prise de position, de posture. Simplement, puisque l'on est entre gens intelligents, ouverts, de bonne volonté — ou prétendus tels, c'est ici la seule exigence —  à mesure que l'on avance, l'intelligible fait sens. Et écho, malgré le bruit des bottes, la douleur des coups, la pression du bâillon, à des réflexions sous-jacentes alors, mises en mots et en pratique actuellement : « Nous reprenons. La parole. A ceux qui nous l'avaient volée. » Et les réponses naissent au gré des questions posées. (A propos, Est-ce que Bernard Arnault va bien ? )

Ce qui surprend malgré soi dans ce petit livre saillant comme un promontoire, c'est son approche : directe. Son angle : aigu. Son point de vue : prémonitoire. Un dénuement certain : de la langue, de la forme. Une simplicité volontaire. Un certain désir d'abandon, de renoncer à voir le monde comme représentation. Un témoignage, en amont, de tout ce que l'on nous fait avaler depuis. De tout ce qui nous échappe au fond. Paroles de Pierre, angulaires, décalées, en escalier, qui tournent en boucle, détonnent plus qu'elles ne raisonnent. Poésie contemporaine d'un monde sans cesse répété pour mieux passer et trépasser. Obsession. Litanie. Poésie qui se sait, se suit, poursuit ce monde oppressif dans ses atermoiements, ses oublis, ses reniements, ses négations. Qui le harcèle de question, lui intime cette fois d'y répondre, l'assigne à cesser sinon. Et nous somme, un à un, d'y prêter attention.


« Je ne sais pas qui croire. Existez-vous ? Personne ne le sait. Ici, nous croyons aux marionnettes. »

Il paraît. Que nous sommes en guerre depuis le 13 novembre 2015. Que nous sommes tous américains depuis le 11 septembre 2001. Que nous sommes tous comme un. Etat d'exception qui devient, confirme, la règle. Un pour pour tous.tes., tous contraint. e. s. Il paraît. Que je suis Charlie, policier, juif, musulman, chrétien. Il paraît que je ne pense plus. Il paraît que je suis, point. Parle pour toi, parle pour lui. Ne m'appelez plus jamais Charlie. Nous ne sommes plus des enfants. Ses petits dessins ont fini de nous amuser. L'on en vient même à douter de son existence. Nous ne voulons plus être infantilisés, plus de Grand-Guignol en guise de gouvernement.

« Ici nous n'avons pas de véritable espace. Tout est quadrillé. »

D'état d'urgence en état d'urgence, de Patriot Act en loi sur le renseignement, hélicoptères, armes de guerre, multiplication et impunité des violences politiques et policières, l'on nous somme, nous nasse, nous guide « vers un cul-de-sac », un mur, un précipice. Qui pourrait encore savoir, comprendre, dire aujourd'hui ce qu'il en est là-bas. Quand on ne sait, ne comprend, ne peut dire ce qui se passe ici. Sous nos yeux, devant nos fenêtres, derrières nos écrans. Quand on voit bien, qu'en ce qui nous concerne, les politiques et médias locaux comme nationaux d'Occident mentent tout autant que ceux de l'Orient. Il est interdit d'écrire dans la marge, interdit d'afficher, de manifester, de sortir des écrans, des lignes de nos cahiers d'écolier. De lire entre les lignes, qui se réduisent sans cesse. De donner du sens, du volume, de penser en 3D (Désobéir Défendre Déserter).

Alors, quoi ?

« Pas d'espace pour le dire : Nous rêvons d'un sabotage. D'une fêlure. D'une anomalie. »


« Mener une guerre. Une belle. Réinventer. Le sens de nos vies. »

Il paraît que nous sommes en guerre est un très beau texte. Un manifeste qui n'attend qu'une large diffusion et traduction pour s'étendre et s'adresser pour de vrai à ceux auquel il prétend le faire. Qui en attendant a le mérite d'interroger ses concitoyens sur le bien-fondé des guerres et propos que l'on tient en leur nom. La lettre d'un homme moyen, commun, prisonnier de droit, otage de la loi dans son pays, de la foi de ses ennemis, et vice et versa. Condamné, abusé, objectivé, instrumentalisé, s'il n'avait la capacité de le dire, de le faire savoir et valoir par ce petit bouquin. D'un ménager de moins de cinquante ans, homme domestiqué du monde dit civilisé, poli, policé, policier, qui se décline à volonté comme représentation unique de la réalité. Ce qui ne va pas sans provocation, tout en posant les bonnes questions.

« Pourquoi taper si bas ? Pourquoi pas un peu plus haut ? Qui décide ça ? Vous décidez ça tous ensemble ? Ce soir on se fait un concert ? »

« Ne vous y méprenez pas, Messieurs, je ne suis pas la coalition. Je peux à peine pisser à plus d'un mètre. »


Par-delà l'égotisme et l'égocentrisme avoués, à demi pardonnables/és, de sa démarche, Pierre Terzian signe ainsi, avec passion et raison, un texte courageux. Parce qu'ils n'engagent que lui, son égoïsme est tout stirnien, sa mauvaise fois sartrienne, sa naïveté candide, qui lui permettent avec franchise de clamer ses peurs, son impuissance, son incompréhension. Et si, bien entendu, l'on ne se/je ne me retrouve pas dans tout, et parfois pas du tout, si certaines affirmations peuvent, selon les cas/lect.eurs.rices paraître très subjectives, d'autres pas assez engagées, certaines très personnelles, d'autres très générales, cette ambiguïté même renforce encore l'interrogation, et l'idée que le texte couvre l'ensemble de la question, explore toutes les pistes sans les creuser jamais, à travers toutes celles qu'il recouvre et invite à lire, à relire, à méditer.


« Nous sommes nombreux. Tristes, éperdument. Prêts. A autre chose. »

Depuis des semaines les sondages les plus réactionnaires, les referendums les plus tordus, les élections, votes les plus planifiés, abondent dans le sens que les personnes interrogées — ignorant la plupart du temps tout de la réalité des choses, ayant pour seul fondement celui qu'ils posent devant la télévision — les ONG, les Etats, conglomérats et leurs médias, avec les intérêts que l'on sait, veulent bien leur donner. Et ce n'est ni l'actuelle coupe mondiale et nationale de foot et de flashball ni le grand cirque électoral à venir qui risquent d'améliorer le sort fait aux mots, aux choses et surtout aux gens de ce monde.  

Il y a quelques mois encore. Au moment même où Pierre Terzian écrivait ces lignes. Le pays tout entier semblait destiné à voter pour l'extrême droite. Depuis, d'autres voix, d'autres mains, se sont élevées. Nées de la convergence des luttes. Qui s'inscrivent dans, écrivent, l'histoire. Qui font souffler un vent de liberté et apparaître quelques éclaircies là où l'horizon semblait bouché. Qui nous rappellent que la chienlit provient toujours en premier lieu des gouvernants. Et avec eux le temps des c(e) rises. Depuis, nombreux sont ceux et celles qui, frapp.é.e.s aveuglément ou à dessein, le plus souvent pour rien, se sont à leur tour radicalisé.e.s. Le cortège de tête grossit chaque jour un peu plus. Et, plus que jamais, tout le monde déteste la police. La lutte est belle, elle est commune. Et, malgré tous les efforts de la propagande officielle pour faire croire le contraire, elle a de beaux jours devant elle. En ces temps incertains, pour connaître la météo, le plus sûr est encore de sortir de chez soi.


Il a fallu que le soleil, disparu ici et là depuis quelques semaines déjà, réapparaisse deux fois. Deux fois et deux salons du livre pour évoquer ici ce livre découvert à ces occasions. Deux occupations et expulsions de la Maison du Peuple de Rennes à laquelle je n'ai pu le laisser. De nombreuses autres chroniques amorcées, entre les sorties et la rentrée annoncées, pour que celle-ci paraisse enfin. Des fois que vous seriez passé à côté de ce court — à peine plus long que cet article — mais nécessaire ouvrage.

Il paraît que nous sommes en guerre. Il paraît chez sun/sun et dans quelques librairies dont vous pouvez trouver la liste ici, parmi lesquelles l'excellente librairie Charybde où j'ai pu me le procurer. Il s'agit de la sixième parution de sun/sun, label né il y a un an de la rencontre entre Sophie Duc, Angélique Joyau et Céline Pévrier et de l'aventure initiée en 2012 avec Le Chant du Monstre (voir Le grand entretien de Diacritik).

Pour cette première édition, cet ouvrage est autodiffusé. En trois semaines les quelque deux cents exemplaires de la première édition se sont déjà vendus. Il vient d'être réimprimé, vous pouvez vous le procurer sur le site du label.


« sun/sun est un label polymorphe : éditeur de livres, créateurs d’objets, organisateur d’événements… le champ de ses actions est large et volontairement ouvert : sun/sun veut allier le fond et la forme et faire advenir le sens »

Du 5 au 8 juillet Vous pouvez retrouver sun/sun dans le cadre du festival < PAUSE > : Bar éphémère, discussions libres autour de sujets divers, c'est aussi un espace pour questionner l'image par le son : siestes sonores, capsules audio, SAAB d'écoute, lectures électriques, dispositifs d'écoute. Rien à voir, tout à écouter ! A découvrir ici et là.

vendredi 14 août 2015

La voie des Indés de l'été 2/2 Les Gaspilleurs, Mack Reynolds

Après Le cerveau à sornettes de Roger Price paru chez Wombat, suite et fin de cette Voie des Indés de l'été avec, dans un tout autre style et un tout autre esprit, Les Gaspilleurs de Mack Reynolds, un petit roman d'espionnage et d'anticipation quasi contemporain du précédent, non moins léger mais plus conscient, édité par Le passager clandestin que je tiens à remercier ainsi que Libfly. 

Dans un contexte de relations apaisées entre les Etats-Unis d'Amérique et « L'Ensemble soviétique », Paul Kosloff, espion américain « fauteur de trouble », est chargé d'infiltrer et de prendre la tête d'un « nouveau mouvement radical américain » prétendument révolutionnaire. 

Une façon pour ses supérieurs de mettre sur la touche ce « Lawrence d'Arabie de la guerre froide », « Russkos » devenu anticommuniste aussi primaire qu'acharné après avoir fui les purges staliniennes. Or notre héros, pour qui la seule détente possible est celle de son calibre 38, n'est pas là pour tuer le temps. Résolu à passer pour un « révolutionnaire pleinement conscient et efficace » afin de mener à bien sa mission, il va progressivement découvrir, en même temps que celle de ce mouvement, la véritable nature du système qui l'emploie. 

A mi-chemin entre James Bond et Bill Baroud, Paul Kosloff éprouve dans un premier temps quelques difficultés à comprendre où veulent en venir les tenants de ce groupuscule qui s'attaquent avant tout aux idées reçues, interrogent le sens des mots et dénoncent d'un seul tenant l'appareil et le « capitalisme d’État » des deux blocs. Désormais étranger à l'un comme à l'autre, pour avoir fui le premier et trop voyagé pour la défense des intérêts du second, l'agent trouble réalise au contact du collectif les méfaits du crédit, de l'agriculture intensive, des emballages et du pétrole, l'épuisement des ressources naturelles et la prolifération des « objets inutiles » et des « travaux improductifs » que constituent « les assurances, la banque, la publicité, la vente, la bureaucratie ». En somme les tenants et aboutissants d'un système tour à tour incitatif et coercitif dont le seul but est de « Gaspiller de l'argent ! Pour continuer de faire marcher l'économie. Pour continuer de faire tourner les rouages » d'un modèle et d'un mode de vie absurde, inefficace et intenable. 

Ecrivain de science-fiction socialiste, employé d'IBM, soldat et voyageur, Mack Reynolds nous offre avec Les Gaspilleurs une novella avisée d'une centaine de pages qui nous plonge d'emblée dans un contexte à première vue familier, car très affiliée à son genre et à son époque, mais qui se révèle très vite uchronique et finalement dystopique. Un univers finalement assez proche du nôtre, où l'automatisation est partout et où les paiements peuvent s'effectuer en ligne grâce à l' «ordinateur national ». Un monde à la fois paranoïaque et réaliste qui interroge notre civilisation capitaliste, utilitariste et techniciste qui n'est pas sans rappeler, cinq après Le Maître du Haut Château et deux ans avant Ubik, celui de son contemporain Philip K. Dick. 

 
Publié dans la revue Galaxie en 1973 et traduit par J. de Tersac (à l'origine également du Cycle des épées de Fritz Leiber désormais épuisé), Les Gaspilleurs est sorti pour la première fois en 1967 aux Etats-Unis dans la revue Worlds of Tomorrow. Son titre original, The Throwaway Age — littéralement L'Age Jetable — fait directement référence à un article paru en 1955 dans Life Magazine traitant de l'avènement désormais acquis du caractère consumériste de nos sociétés post-modernes. Une période qui coïncide également avec le transfert du pouvoir à un complexe militaro-industriel contre lequel le président Eisenhower mettait déjà en garde ses concitoyens à l'occasion de son discours de fin de mandat 1961. Une main mise qui, malgré la naissance d'une « Nouvelle Gauche » et les mouvements contestataires de 1968, va s'incarner et s'imposer, non sans heurt mais implacablement et mondialement, par l'entremise de l'idéologie ultralibérale et néo-conservatrice. 

Sous les dehors légers de la littérature de genre, Mack Reynolds nous permet ainsi de mesurer, de façon simple et synthétique, réfléchi et documentée, l'instauration d'hier à aujourd'hui, des Etats-Unis à l'Europe toute entière, d'un système oligarchique, autocratique, autoritaire et, à terme, totalitaire. De l'obsolescence programmée déjà dénoncée par Lafargue à la prévision scientifique d'une sixième extinction de masse ; du déploiement d'armes massives par les Etats-Unis aux frontières de la Russie au renforcement de l'arsenal nucléaire de celle-ci ; des écoutes de la NSA au vote de la loi française sur le Renseignement ; du projet de supprimer le liquide tout en renforçant la société du même nom, sécuritaire et jetable, définie par Zygmunt Bauman, au coup d'état orchestré par la BCE et le FMI en Grèce : toute l'actualité estivale, sous ses dehors ineptes, se fait aujourd'hui l'écho de ce programme délétère. 

Heureusement, pour ne pas bronzer idiot, le Passager clandestin, fidèle à sa vocation et à son manifeste, propose avec Les Gaspilleurs un livre en tous points abordable, qui joint l'utile à l'agréable et se présente comme un bref roman d'espionnage et de science-fiction aussi instructif qu'efficace à dégainer et à méditer aussi souvent que nécessaire. Créée en 2007, Le passager clandestin est une très belle, très engagée et très qualitative maison d'édition indépendante dont le catalogue comprend plus de quatre-vingts titres répartis en huit collections, parmi lesquelles la célèbre Désobéir, les incontournables Précurseurs de la décroissance ou encore les précieux Transparents. Des collections que nous avons eu le plaisir respectivement en librairie, lors d'une conférence de Serge Latouche en janvier, et au dernier Salon du livre de Paris auquel les sympathiques capitaines du Passager nous avaient Lou et moi conviés. 

Le texte de Mack Reynolds s'inscrit quant à lui dans la collection Dyschroniques, complété en annexe par une « synchronique » de quelques pages permettant de resituer l'auteur, l'œuvre et son contexte ainsi qu'une chronologie détaillant la bibliographie évoquée par les personnages. Une collection elle aussi très qualitative, qui comporte déjà une quinzaine de titres parmi lesquels La Tour des damnés, La Vague montante, le Continent perdu, ou encore Les retombées autour duquel la maison organise jusqu'au 31 août un concours d'écriture en partenariat avec ActuSF. Contre un système qui se prétend immuable et naturel, Le passager clandestin, pratiquant une politique de publication, de prix et de réseau cohérente honnête et conviviale, propose des ouvrages qui, de surcroît, répondent aux chartes écologiques Imprim'Vert et PEFC à l'instar d'autres éditeurs indépendants tels que Le Mot et le Reste, L'Insomniaque ou encore La Contre Allée dont j'aurais l'occasion de vous reparler très prochainement. 

 
D'ici là, quittant la Voie des Indés pour explorer d'autres horizons, je vous donne rendez-vous dès la semaine prochaine pour une nouvelle étape estivale, belle et enjouée, du côté des plages de Malibu, en compagnie de Zulma, de William Saroyan, de son fils et de son Papa, tu es fou !

vendredi 1 mai 2015

Nota Bene – Les derniers mots de Falcone et Borsellino, Antonella Mascalli

Parmi les éditeurs qui comptent, ici comme ailleurs, j'aimerais mettre une nouvelle fois à l'honneur La Contre allée qui, aujourd'hui comme hier, est présente ce 1er mai à l'occasion du Salon d'expression populaire et de critique sociale d'Arras avec Roberto Scarpinato mais aussi Jérôme Skalski. Aussi, à l'occasion de la nouvelle édition augmentée et préfacée par Edwy Plenel de l'excellent Retour du Prince de Scarpinato et Lodato dirigé par Anna Rizzelo dont je vous avais amplement parlé ici, ainsi que de Cosa Nostra, son admirable pendant, j'ai l'honneur de vous présenter aujourd'hui Les derniers mots de Falcone et Borsellino sorti en avril 2013. Un ouvrage que j'avais reçu à l'époque et que, du fait de ma propre actualité, je n'avais pas chroniqué.


Cette même actualité m'amène aujourd'hui à revenir sur cet essai dirigé par Antonella Mascali, préfacé par Roberto Scarpinato et traduit par Anna Rizzelo et Sarah Waligorski qui avait déjà travaillé sur les précédents ouvrages de la série. « Martyrs », « entravés », « calomniés » : ainsi Antonella Mascali décrit-elle dans son avant-propos les deux juges « tués par la mafia » selon une rhétorique d’État qui tente encore par delà la mort d'étouffer leurs voix. C'est donc « hors du texte », dans le non-dit et l'indicible, qu'il faut aller chercher la véritable clé de lecture de tout cela comme nous l'indique Roberto Scarpinato dans une longue préface d'une cinquantaine de pages avant de laisser place à trois parties d'une trentaine de pages chacune, respectivement consacrées aux deux puis à l'un et l'autre des juges assassinés. Une somme courte mais dense, technique mais accessible, erratique mais construite, abrupte mais passionnante, qui rend compte dans la forme comme dans le fond des difficultés qui se présentent sitôt que l'on brise l'omerta.

 

« L'Etat n'est pas crédible » déclare Scarpinato sans ambages, sa représentation tient de la farce, comme le démontre à lui seul l'exemple de Giulio Andreotti, sept fois premier ministre et vingt-deux fois ministre, connu pour ses rapports — officiellement établis par la cour d'appel de Palerme — avec la mafia. Ou celui de ce procureur qui approuve la nomination d'un membre d'une mafia présentée comme ayant toujours respecté la magistrature et la justice. Un constat renforcé par les expériences respectives de Giovanni Falcone qui dénonce la mise à l'écart dont il fit l'objet, et de Paolo Borsellino qui condamne le désengagement de l’État, en un mot le manque de fiabilité de celui-ci, cause et conséquence du règne d'une mafia qui, selon eux « n'est pas invincible » comme l'a prouvé le pool antimafia dont l'exemple nous enjoint aujourd'hui à fuir et à dénoncer la convergence des intérêts politiques, économiques et mafieux.

 

Un ouvrage qui, comme les précédents, ne se cantonne pas au témoignage et à l'anecdote mais propose une analyse systémique globale non seulement de la mafia mais de l'appareil d’État. Une analyse qui s'applique parfaitement à la France au moment où Nicolas Sarkozy, impliqué dans pas moins de neuf affaires, après avoir été placé en garde à vue, mis en examen pour corruption active et trafic d’influence actif, reprend une nouvelle fois à son compte le discours mafieux qui consiste à condamner cette justice « qui fait la guerre au pouvoir politique » et serait, par un hypothétique et prétendu acharnement judiciaire, une entrave au « miracle de la République ». Une république à l'italienne, mafieuse, cela va sans dire, et qu'il distingue donc de la démocratie. Un ouvrage salutaire, enfin, pour l'envoi duquel je tiens à remercier La Contre allée et tout particulièrement Benoît qui depuis des années fournit un travail aussi incessant qu'exemplaire que j'ai eu le plaisir et l'honneur, y compris en tant que libraire, de pouvoir mettre en avant.

mercredi 1 avril 2015

Musiques savantes Tome I, Guillaume Kosmicki

Dans le cadre de notre belle série et de ce mois d'avril dédiés à la musique et plus particulièrement aux excellentes éditions Le Mot et le Reste, après le surprenant LP Collection, l'inépuisable Prog 100, l'imposant Rock progressif d'Aymeric Leroy, j'ai enfin le plaisir de vous présenter le premier tome des impressionnantes Musiques savantes de Guillaume Kosmicki. 


Sorti fin 2012, ce premier tome se présente à juste titre comme « une porte d'entrée solide » aux musiques dites savantes à travers la présentation de plus de soixante-dix œuvres et compositeurs répartis en cinq périodes, le tout très justement introduit et complété par un indispensable glossaire, un index des compositeurs, d'importantes bibliographie et webographie, ainsi qu'un appel à fréquenter les bibliothèques, disquaires et concerts. De Debussy au mur de Berlin, pour chacune des œuvres chroniquées, Guillaume Kosmicki présente tour à tour : la biographie, la formation et les influences du compositeur, les caractéristiques, la mise en œuvre et interprétations de ses compositions, la progression narrative et la succession instrumentale du morceau choisi. Sans jamais céder à l'anecdote, et parfois en termes très techniques, il permet ainsi au lecteur d'aborder les musiques savantes par différents biais et lectures — linéaire ou transversale, historique ou musicale – en fonction de ses connaissances et centres d'intérêt. 


« De l'écriture, tout découle », et notamment cette « exigence de recherche et de composition » caractéristique des musiques savantes ainsi que son appartenance historique à une élite et leur opposition à l'oralité de la culture populaire. A travers une longue introduction, Guillaume Kosmicki parvient à nous résumer l'évolution millénaire de cette « musica reservata » consacrée au XIXe par l'établissement de trois catégories — savantes, populaires et traditionnelles – subjectives et bouleversées au siècle suivant au gré des usages, de la technique, et surtout de l'Histoire et de sa marche vers la marchandisation. Une évolution menant à la prédominance du timbre dans la composition, « seul langage commun qui ressort véritablement des cent dernières années, toutes musiques confondues ».

Scott Joplin, Ragtimes (1899-1909)

A partir de cette progression l'auteur établit une autre distinction, plus pertinente selon lui, entre œuvres visionnaires et œuvres de synthèse qui définissent l'optique de leurs compositeurs. Cette approche lui permet également de rendre justice et hommage à des compositrices d'exception (parmi lesquelles Hildegarde de Bingen et Clara Schumann) longtemps dénigrées ou dépossédées de leurs œuvres même si, de fait et par la force des choses, il n'en figure aucune au sommaire de l'ouvrage. Et d'accorder une place de choix au jazz, de l'histoire passionnante de sa naissance et de Storyville à celle de grandes figures qui, de Scott Joplin à Miles Davis en passant par Thelonious Monk ont su, au « carrefour des musiques populaires, traditionnelles, populaires et savantes », faire de l'improvisation un élément clé de la composition.

Claude Debussy, Images I & II  (1905-1907)

Didactique, historique, proposant à la curiosité du lecteur, du mélomane, du musicien ou du compositeur, tout autant de réponses que de questions, Musiques savantes se révèle être une mine d'or pour qui s'intéresse au travail de composition. A la conception du génie qui, tel Bach, déclare « ça leur plaira plus tard » et se voit le plus souvent considéré « en avance sur son temps », Guillaume Kosmicki répond — conscient que cette position est aussi celle de notre époque — « Nous n'adhérons pas à ce type de définition, car tout artiste est forcément le fruit de son époque et de la société dans laquelle il s'inscrit (ou refuse de s'inscrire, ce qui revient au même) quand bien même il n'est pas compris immédiatement par le plus grand nombre » comme l'illustre la réception de l'incontournable Sacre du printemps de Stravinsky, choquant en 1913 et triomphant en 1914.

Stravinsky, Le Sacre du printemps, chorégraphie de Nijinsky, (1913)

Remarquable par son ambition, son érudition et sa rigueur, Musiques savantes l'est également par l'intérêt qu'il suscite et l'envie qu'il donne d'aller plus loin dans la découverte de ces musiques et de leur conception. Un intérêt qui dépasse le domaine strictement musical puisqu'il s'étend à tous les arts. De la musique (tonale, atonale, diatonale, microtonale, dodécaphonique, sérielle, ultra-sérielle, post-sérielle et spectrale) à la littérature (existentialisme, transcendantalisme, surréalisme, lettrisme et situationnisme), en passant par la peinture (expressionnisme, fauvisme, impressionnisme, pointillisme, cubisme, futurisme, purisme, constructivisme), jusqu'aux domaines philosophique et religieux (paganisme et panthéisme), qui tous font échos à l'effervescence et aux angoisses de cet âge des « ismes » (Communisme, nazisme, libéralisme), des idéologies et des extrêmes.

Satie, Parade (1917)

De 1882 à 1962, du « point de couture entre les siècles » au « pic de la tension », Guillaume Kosmicki compose avec tout autant de passion que de recul sur cette époque au terme de laquelle il faudra, après « un souffle de modernité avant la tempête » et ce « fol entre-deux-guerre », « composer avec l'horreur » et « reconstruire un monde » révolu avec elle. Un monde ethnocentré dont témoignent des œuvres essentiellement occidentales qui, même lorsqu'elles puisent leur influence dans l'histoire nationale ou dans d'autres cultures, ne s'étendent à celles-ci qu'après les avoir influencées, prémices à ce que l'on nomme déjà mondialisation. De l'individualisme bourgeois à la réaction, du romantisme à l'abstraction, des guerres mondiales à la découverte de la mécanique quantique et de l'« horreur planifiée » en passant par les crises économiques qui jalonnent le siècle, l'heure, entre rupture et modernité, est à plus que jamais à l'expérimentation.

Manuel de Falla, Les tréteaux de Maître Pierre (1923)

Entre les dissonances de Franz Liszt et les apparentes improvisations de César Franck, l'harmonie rompue laisse ainsi le champ libre à une musique parfois très dure au sein de laquelle règne non le chaos mais la dissonance. Beaucoup d'ailleurs font le frais de cette marche de l'histoire qui n'est autre que celle des idéologies nazie et communiste, qu'ils tentent de l'ignorer, d'y échapper, de la combattre ou d'y participer activement, ou de l'ignorer, tout simplement, à l'instar de Bartok qui ne comprend pas l'évolution d'un monde auquel il participe pourtant, d'Honegger, de Mossolov, de Chostakovitch qui peut faire l'objet d'une double lecture reflet d'une double-pensée, et Hindeminth qui interroge dans son Mathis der Malher l'engagement et la place du créateur tandis que l'américain Samuel Barber permet à l'auteur de traiter la question de la réception des œuvres passées.

Chostakovich : Lady Macbeth de Mtsensk, Interlude III (1932)

De l'harmonie à la perte des repères, de l'utilisation du nombre d'or à celle des fractales, nous découvrons ainsi l'œuvre monumentale de Scriabine, les expérimentations de Cowell ainsi que la place particulière accordée à Varèse, « véritable alchimiste des sons » qui attendra trente ans la « révolution électroacoustique » et informatique de la « machine à sons » qu'il appelle de ses vœux. Une destinée à laquelle Guillaume Kosmicki, musicologue, enseignant-conférencier et spécialiste des musiques électroniques, ne peut être indifférent, qui pose également la question de la condition du compositeur, éternel tributaire de la technique, des mécènes, du marché ou de l'état en occident, ou encore celle de la distinction, au sens sociologique de Bourdieu ou d'Adorno mais aussi au sens musical et technique, entre musique abstraite et concrète.

 Prokofiev, Sonate pour piano n° 7, par Glenn Gould (1942)

Seul un ouvrage savant pouvait rendre compte de l'étendue des champs couverts par les musiques savantes et de ses interactions. Un ouvrage indispensable, dont les thèmes peuvent, en plus de la bibliographie, être approfondis par une bonne partie du catalogue de l'éditeur, confirmant ainsi l'excellence et la cohérence de celui-ci. Parmi les titres citons simplement Respect de Jezo-Vannier concernant le rock au féminin, Rétromania et Recréativité de Simon Reynolds sur le postmodernisme et la composition, le Field recording d'Alexandre Galand ainsi que les Musiques électroniques de Guillaume Kosmicki et, bien évidemment, le présent Tome I de ses Musiques savantes ainsi que le Tome II que je vous présenterai dès le mois prochain, en attendant la sortie plus lointaine du troisième et dernier.

Miles Davis, ascenseur pour l'échafaud (1957)

A l'occasion de cette chronique, j'ai tenté par l'intermédiaire de vidéos de vous donner un aperçu de la diversité et de la qualité des titres proposés par Guillaume Kosmicki en respectant, autant que faire se peut, les interprétations choisies par celui-ci. Pour autant, au regard de ces œuvres dont l'ensemble couvre près des trois quarts de l'ouvrage sur lesquelles j'ai pris plus ou moins le temps de m'attarder (sans parler de celles, cinq fois plus nombreuses « à écouter » pour prolonger celles-ci et que j'ai remises à plus tard), et comme je l'avais fait pour le Prog 100 et le Rock progressif, j'ai tenu, tout en respectant leur enchaînement, à privilégier des titres qui m'ont personnellement marqué, réalisant au fil des écoutes ma prédilection pour l'harmonie.


C'est pourquoi, contrairement à Guillaume Kosmicki, je n'ai pas forcément mis en avant (je me rattrape ici) les plus représentatifs tels que Moses und aron de Schoenberg par Boulez, les Imaginary Landscapes de John Cage, les Etudes de bruit de Schaeffer, le terrifiant Threnos à la mémoire d'Hiroshima de K.Penderecki, davantage admirables pour leur conception. Pour autant vous ne trouverez pas non plus les très connus Boléro de Ravel et Adagio de l'américain Samuel Barber, la magistrale direction de la Symphonie n° 8 de Malher par Bernstein, l'admirable musique spéculative du Lamentatio de Krenek, la Turangalîla-Symphonie de Messiaen, le magnifique Summertime de Gershwin que je dédie à ma femme que je remercie à nouveau pour ces livres, mais aussi pour m'avoir fait découvrir plus avant le jazz, Stravinski, Isadora Duncan, Martha Graham ou encore le rock psychédélique au cours de longues heures d'échanges et d'écoutes.  


Mélomane, à défaut encore d'être musicien, écrivain et chroniqueur, c'est avec bonheur en résumé que je me suis plongé dans cette véritable bible musicale consacrée à la création et à ces musiques aux multiples aspérités, découvertes au lycée grâce à un professeur d'histoire passionné et à côté desquelles j'étais passé en réalité. Encore tout cela n'est-il qu'un aperçu des richesses offertes par ces incontournables Musiques savantes que je vous invite à découvrir par vous même en compagnie du passionnant ouvrage de Guillaume Kosmicki. Quant à moi je vous donne rendez-vous dans deux semaines avec Moondog qui étonnamment n'y figure pas – peut-être verrons-nous pourquoi - à l'occasion de la conférence d'Amaury Cornut intitulée Moondog à travers le XXe siècle.