jeudi 29 mars 2018

Pas Billy/Billy (Julien d'Abrigeon contre Pat Garrett) – Partie 2/2 : La véritable histoire de Billy the Kid, Pat Garrett

Welcome to New Mexico (Land of Enchantment). Ici, il pleut (sec), on boit (sec), on dit (sec). Pas un. Pas un(e) (sec) pour rattraper. L'autre qui fuit/se rend. On ne sait où, mais comment. L'histoire s'écrit, le mythe se crée. Pour de faux et pour de vrai, par les (l)armes. (Dead man insideThat weapon will replace your tongue. You will learn to speak through it. And your poetry will now be written with blood.)

Slow-/Prévious-ly : dans l'épisode précédent, on a pu (entre)voir Pas Billy le Kid de Julien d'Abrigeon, la fausse histoire de Billy the Kid, qui est la véritable histoire de Pas Billy et peut-être même celle de Billy. Dans ce second et nouvel épisode, nous allons (re)découvrir : La véritable histoire de Billy the Kid, de Pat Garrett dans la traduction d'Estelle Henry-Bossonney avec une préface de Thierry Beauchamp, sortie le 9 janvier 2008 et rééditée le 10 avril 2017 dans la collection poche Griffe Famagouste d'Anacharsis.


Part two (2/2) : La véritable histoire de Billy the Kid, de Pat Garrett qui demeure La véritable histoire de Billy the Kid, n'est résolument pas la véritable histoire de Pas Billy the Kid et probablement pas la véritable histoire de Billy the Kid, mais plutôt, c'est-à-dire d'abord, celle de Pat Garrett et, comme le rappelle la préface ainsi que, dans le texte, la couverture de l'édition originale) : The Authentic Life of Billy the Kid: The Noted Desperado of the Southwest, Whose Deeds of Daring and Blood Have Made His Name a Terror in New Mexico, Arizona, and Northern New Mexico by Pat F. Garrett, Sheriff of Lincoln County, N. Mex. By whom He was Finally Hunted Down and Captured by Killing Him.

Un conte pour fou, une histoire d'enfant, for Kids dé[tru](cidé)ment, un truc dans le genre collection rouge et or. Rouge le sang de Billy revivifié dans Pas Billy the Kid. D'or le silence de Pat(rick Floyd Jarvis) Garrett, de plomb et de toc sa parole, de troc et d'argent son pacte avec un comparse porté sur la boisson – acolyte anonyme qui, pour l'état civil, répond au nom de Marshall Ash(mun) Upson – pour l'aider à rédiger son ouvrage. Tirer aussi vite que son ombre des conclusions pour se dédouaner d'un manque de fair-play que lui reprochent les nombreux amis de Billy (« Ce dernier entra sans se méfier dans la pièce plongée dans l'obscurité et Garrett l'abattit sans sommation. »). Sans autre forme de procès. Ni(e) pour Billy mercenaire, assassin, gunfighter, pistolero. Ni(e) pour Garrett lui-même — cowboy, chasseur de bisons, tueur d'Indiens, propriétaire.

« Et c'est peut-être la raison pour laquelle La Véritable histoire de Billy the Kid mérite d'être lue :contradictoire, complexe, oscillant sans cesse entre fantasme et réalité, cette biographie mensongère, d'un lyrisme « sublimement ridicule » s'est transformé en un poème objectiviste où s'abolissent les frontières entre le texte et son objet. »

Le Far West, décor et folklore, encore. L'affaire – fore-/dis-clos(ur)e – oscille entre prescription et révélations. En série, feuilleton, Pat Garrett enchaîne Billy à sa version des méfaits. Prêche et plaide et prétend le faux pour avoir le vrai. Faux le nom, la date, le lieu de naissance de Billy. Faux le premier meurtre commis par Billy à douze ans, faux les suivants. Faux, Pat. Faux, Ash. Vrai Billy sur lequel ils s'acharnent, qu'ils harnachent, chargent comme une mule. Comme si le témoignage de ses compagnons, comme si les huit lettres adressées au gouverneur Lew Wallace pour obtenir le pardon, ne comptaient pour rien. Drôle, courageux, vif et sain de corps et d'esprit, malin, mais naïf/accusé à tort, contraint de se défendre, assiégé avant d'être abattu comme tant d'autres avant et après lui, les qualités de Billy n'ont d'égal que les défauts de ses biographes.

Billy the Kid se trouverait à la deuxième place en partant de la gauche, 
Pat Garrett serait à l’extrême droite de la photo.

« Ces éléments sont les seuls que l'on puisse glaner à propos de la petite enfance de Billy qui, jusqu'à cette époque, ne présenterait aucun intérêt pour le lecteur. »

Le héros de cette histoire a droit au chapitre, et même à vingt-trois. C'est plus qu'il ne s'est écoulé d'années entre sa naissance et sa mort (à l'époque, même un gunfighter dépasse la trentaine). Encore ne faut-il au biographe (Upson, vraisemblablement) pas plus de cinq pages pour lui régler son compte. Né à New York puis émigré (au Kansas puis au Nouveau-Mexique) avant ses cinq ans, corrompu à huit (sujet à des « accès de colère », « expert aux cartes » et suspecté de vol) au contact de Jesse Evans, mais demeuré néanmoins si bon, si serviable (« la coqueluche de toutes les classes sociales et de toutes les générations »), de bonne naissance et constitution, Billy (n'était son beau-père) avait tout pour lui. Tout pour contraster avec cette « autre facette » dévoilée par Garrett : colérique et assoiffé de sang, le Kid tue son premier homme à douze ans, et fuit.

« Sans mentor ni amour pour réfréner
ses funestes passions ou contenir sa main désespérée,
quel allait donc être son destin ? »

On le voit déjà, tout tracé dans ce portrait du jeune homme en shootist : si ses raisons ne sont jamais mauvaises (le mendiant insultait sa mère, s'en prenait à un bon citoyen, Billy n'a fait que les défendre, les venger) : ses actes et ses pulsions le condamnent invariablement. Vous le saurez (tout ça tout ça) dans la suite de la novella (« Nous suivons maintenant la trace de notre fugitif en Arizona. »). Entrecoupée de poèmes de Tennyson, d'adaptations libres de Shakespeare, de longues citations de Walter Scott ou encore de Victor Hugo, sans plus de date ni précision, la suite narre dans la pure tradition rocambolesque du roman populaire, l'équipé de Billy et de son compagnon Alias (interprété par Bob Dylan dans le film de Peckinpah), qui volent des chevaux en abattant trois « Bons Nindiens » (dixit Billy alias Pat alias Ash) puis n'ont de cesse de parier, de tricher, de bonimenter, de macadamiser.


« Il mangeait en riant, buvait en riant, montait à cheval en riant,
parlait en riant, se battait en riant,
et tuait en riant. »

Arroyos, canyons, précipices, rochers escarpés et broussailles : d'un point de vue à l'autre, nous suivons La Véritable histoire de Billy the Kid d'après son auteur bicéphale, envoyé spécial, au front (bas), commentateur sportif (« Et maintenant, notre héros ne semble plus songer à se cacher et concentre toute son énergie sur la maîtrise de l'ascension de la falaise. »), à travers ce qui devient progressivement un roman photo et d'aventure, anthropométrique et morphopsychologique, feuilleton à suspense (« Revenons-en au Kid, que nous avions laissé en situation de danger imminent ») haletant et atterrant, célébration physique du paysage et du héros américain, fils et vainqueur de la Nature (« sans parler d'une possible bande de sauvages, brûlant d'une haine inassouvie et assoiffée de vengeance meurtrière »).

« C'est de l'eau ou du sang, que j'aurai ;
peut-être même les deux. »

Tour à tour paria et héros, selon ceux qu'il prend pour cibles, difficile à suivre (d'après ses biographes), facile à reconnaître (idem) car tout en excès et contraste (ibidem), Billy change de langue, de complice, d’État, commet méfait sur méfait, sans poursuivant faute de prime. Recoure aux armes plus souvent qu'aux poings plus souvent qu'aux armes — on ne sait pas bien, à croire que la disruption gouverne l'esprit du duo Pat-Ash ou, mieux, Le Zaroff, tel qu'il s'autodécrit chez Julien d'Abrigeon : aimable et colérique, Billy est avide et généreux, injurie avec élégance, sauve les émigrants des Indiens, les desperados des shérifs, rejoint une bande, devient le Kid et son ennemi. Ainsi, parce que Pat Garrett pense d'abord, en plus de sa vie et de sa récompenspe, à sauver son culte plutôt que celui de Billy (tout comme Billy se dit du côté de Billy), il fait de celui-ci un portrait ambigu qui participera, bien plus (et trop) tard, à une autre légende, dorée cette fois.


« toi qui n'a jamais tué un homme autrement qu'en lui tirant dans le dos ;
viens te battre avec quelqu'un qui te regarde en face ! »

Pour l'heure, de retour en ville (pour ne pas dire à la civilisation), Billy choisi un camp puis l'autre (celui des Seven River Warriors de Murphy-Dolan puis des Regulators de Chisum-McSween-Tunstall) – Le Kid change de bord, par principe, titre le chapitre – dans La guerre du comté de Lincoln qui oppose les propriétaires de bétail. Venge Tunstall en abattant les prisonniers à la suite de ses comparses, préfère l'appui de « libres cavaliers » à celui de la loi (et pour cause : « les lois ne sont pas appliquées », et quand elles le sont c'est toujours à l'avantage des autorités — corrompues, soudoyées, au service des puissants), affronte un autre Billy qui le hait, suis son frère ennemi à plusieurs reprises (Encore Jesse Evans et Encore Jesse Evans) avant de lui faire (colt-)face. Quelque soit la bataille, il assaille et mitraille, est assiégé, mitraillé, kérosèné, mais jamais ne plie ni ne se rend.

« Jess finit par faire faire demi-tour à son cheval, tout en lâchant :
Nom de Dieu Il est vraiment cool, ce type !” »

Les alliés s’abattent comme des cartes, le château s'effondre, qu'importe : Billy, libre comme l'air, s'en tire – « Je suis de n'importe où sur terre, mais certainement pas d'ici » – remet à leur place les brutes et les shérifs, pille, butine, spécule, recèle bœufs, chevaux, poneys, enrôle, assiste avec Jesse au meurtre du notaire Chapman, gagne l'amitié de ceux qu'il épargne. A.F. Wild, détective employé par le ministère de l'Economie et des Finances se met de la partie, assisté par Pat (aux dires toujours, de celui-ci) qui se propose d'infiltrer le ''gang'', confie à un certain Mason la mission de s'associer à un certain West (qui, couvert par les frères Dedrick, veut acheter en fausse monnaie un troupeau de chevaux au Mexique, toute une histoire) pour faire tomber le Kid dans un trafic de bétail/fausse monnaie. Wild+West = L'équation est posée, l'opération lancée, qui suscite à raison la méfiance du Kid. Le reste relève de la démonstration de force, et de la légende.


« Le lecteur comprendra bien à quel point ce serait étrange
de parler de moi-même à la troisième personne, donc, au risque de paraître égocentrique, j'utiliserai la première personne dans la suite de cet ouvrage. »

Désormais le récit se fait rapport, qui montre les ressorts façon ruée vers l'or, l'appât du gain, de la prime qui prime, la gloire et sa rançon, qui fait office d'étalon moral et de Pat Garrett son officier : un Marshall (fédéral adjoint) entouré selon lui d'une clique de lâches fanfarons mexicains et de quelques Américains. Pat dégrossit le pseudo-gang et grossit le trait, charge la mule et décharge son pistolet sur un cheval, raille le Kid et se fait railler, tient salon et siège, obtient la reddition du pseudo-/duo-gang (Billy et Rudabaugh, brigand promu policier) contre un souper, se dit prêt à défendre ses prisonniers contre foule et lynchage, tend, mais tarde à le prouver. Pat, Bell et Olinger (ses nouveaux adjoints) sont dans le même bateau. Bell et Olinger tombent sur le Kid. On devine qui reste.

« Le Kid courut à la fenêtre située à l'extrémité sud du hall,
vit Bell tomber, fit glisser ses menottes le long de ses mains, les lança sur le corps, et dit :
«  Tiens, connard, prends ça aussi.” »

On (Pat & Ash) ne sait pas comment ça commence, mais on (Pat surtout), sait comment cela finit (« Je ne tiens pas à te faire de mal, mais je me bats pour rester en vie »). Le Marshall, qui parle désormais en son nom, s'en tient à sa version (sous-titrée pour les malentendus) : défait à cause des bras cassés, des jambes de bois de la troupe, tricard, il lance la traque, trippe et chose-trappe, élève une statue au Kid sur un piédestal pour mieux l'y remplacer. Le Kid, parti pour se tailler un steak et Pat la part du lion, le second tire sans sommation, répond par les armes à la question du premier – Quien es ? ? Who is it ? ? Quo vadis ? ? Qui va là ? – et liquide sans la résoudre son équation.


« Trois ou quatre pages supplémentaires, qui pourraient leur paraître inutiles ou superflues, 
mais que j'ai néanmoins décidé d'insérer pour ma satisfaction personnelle, 
et que j'invite mes amis à lire. »

Epilogue : où Pat Garrett tente de convaincre qu'il convainc, exhibe son Billy pour toucher la prime et des royalties, en l'absence de témoin pouvant le contredire. Expertise, juge et parti, entre soi et entremise. On parie après (trois) coup(s) : sursis ou sursaut, présomption (« On ne saura jamais si le Kid m'avait reconnu ou non »). Jesse James pouvait avoir jusqu'à une demi-douzaine de revolvers sur lui : Billy the Kid n'en avait qu'un et ne l'a pas sorti. Le résultat des analyses ne dit rien sur l'intention (la trahison) de Pat Garrett. Verdict : « l'homicide était justifiable. » [Hidden track : l'Addenda pas secret de Pat détaille ça, comment la justice blanchit le bon cowboy plus blanc que blanc, qui revient sur les lieux, montre et maquille – la tête que lui seul est à même de (re)connaître ainsi que la scène de crime – par une reconstitution grossière, se pose en victime, mais se lave les mains avec ostentation pour effacer les traces de sang.]

« A l'attention du Gouverneur Lew Wallace, 
Cher Monsieur, J'ai lu dans La Gazette de Las Vegas un article affirmant que 
Billy “'the Kid”', le nom sous lequel je suis connu dans le pays, 
est le chef d'une bande de hors-la-loi qui aurait ses quartiers à Los Portales. 
 
Cette organisation n'existe pas. »

Fa(c)tchecking. Check/Shake your body Billy, pour démont(r)er la théorie de Pat Garrett. Homme de paille, à peine fétu, auréolé de ta gloire et de celle de t'avoir enfin. Descendu. Suicide by cops, c'est entendu. Tout le monde a marché, conclu. A la mort non préméditée, sans intention de la donner mais tout de même. C'est toujours la même chose, non ? La même rengaine, celle de celui qui dégaine, la raison du plus fort – du dernier qui a parlé, du premier qui a tiré, du plus adapté – du vainqueur avec sa bonne tête de vainqueur. La bonne pâte du bon Pat qui montre patte blanche, justifie ses manquements réels au code de déontologie (« une grenade ne se jette normalement pas en cloche sans un minimum de visibilité, mais, voyez-vous, il y avait un grillage et il faisait nuit donc ce gendarme n’avait pas vraiment le choix et il convient de l’absoudre », cryptage de Lundi Matin, via l'affaire Théo, sur la mort de Rémi Fraisse, 21 ans, tué par un policier dans le noir dans le dos et sans sommation : tout comme Billy. A ceci près que Rémi n'avait commis aucun crime, Billy 21 selon Pat, 4 selon les historiens) par ceux supposés de l'ennemi (anarchiste, gangster, terroriste) qui défie ipso facto l'ordre établi par d'autres que lui.

« Ô stupides manieurs de crayons Faber n° 2 . Ô gaspilleurs risibles d'encre Arnold Bleu nuit !
Que diable imaginez-vous que mon objectif puisse être autre ? (…) Savent-ils combien de milliers de dollars en bétails et autres biens mon exploit a permis à ceux qui m'ont « récompensé » d'économiser ? »

Au fond ce qui importe ici, ce ne sont pas tant les faits, véridiques ou non, que la façon dont ils sont manipulés pour construire l'accusation. Autrement dit : la fabrique du criminel par la police et la justice capitalistes des gros propriétaires, gros éleveurs et accapareurs (dénoncée trois siècles et demi plus tôt en Angleterre par Thomas More dans L'Utopie), qui vise(nt) à empêcher le paria désigné de se défausser de ses cartes et de son identité – truquées, marquées par d'autres – la dite mauvaise graine de se séparer de l'ivraie. Du grain à moudre, sésame pour les journaux et autres chasseurs de prime, qui tous construisent leur Billy de son vivant, pronant la primauté de leurs découvertes (c'est-à-dire de leurs inventions, jusqu'à faire de lui un baba aux « quarante voleurs ») sans lui laisser jamais ni répit ni repos, rejoints à sa mort par sept dime novels (ancêtres du livre de poche qui participèrent à l'élaboration et historicisation d'un roman national par la my(s)thification de ses héros – cowboys, farmers vs out-laws/-landers – comme le rappelle Thierry Beauchamp) avant la publication du récit de Pat Garrett.


« Je serai au rendez-vous, mais assurez-vous que vos hommes soient dignes de confiance :
je n'ai pas peur de mourir au combat, mais je n'aimerais pas crever comme un chien sans défense. »

Fast is fine, but accuracy is everything — La rapidité c'est bien, mais la précision c'est tout (Wyatt Earp). Garrett et sa biographie ne possèdent aucune de ces qualités. A sa sortie, le livre ne remporte pas le succès escompté ni Pat la prime, faute d'avoir pu prouver l'identité du défunt et supposé Billy the Kid. En revanche La véritable histoire de Billy the Kid servira de base à tous les récits et films, à la légende et aux études qui suivront. Avec la judicieuse réédition de cette vivante traduction dans la collection poche Griffe Famagouste (aux côtés notamment de La Saga de Ragnarr loðbrók, autre personnage aussi mythique que composite), accompagné d'une préface large et fouillée d'une vingtaine de pages à mi-chemin entre enquête policière, narrative non-fiction et poésie rimbaldienne (Délires : Alchimie du verbe - A moi. L'histoire d'une de mes folies.), Anacharsis poursuit son riche et travail de passeur (« mettre le lecteur en présence d’un questionnement sur l’altérité ») et de (re)découvreur («  nos publications invitent à la découverte d’un extérieur aussi bien situé dans le temps que dans l’espace ») dans un format qui permet, à l'instar des dernières éditions du Walden de Thoreau (res)sorties au printemps 2017 chez Le Mot et le Reste ou Gallmeister, de pouvoir emporter l'ouvrage en cavale, carte à l'appui, sur les traces réelles ou imaginaires du héros.

Billy a été tué, donc n'est pas mort (de sa belle vraie/bonne mort). C'est juste que, parfois, les meilleurs partent les premiers, en éclaireur, pour montrer la voie (ce qu'il faut/ne faut pas) aux suivants. Pour s'en assurer, il faut encore. (Re)Lire la première partie de ce Pas Billy/Billy (Julien d'Abrigeon contre Pat Garrett) à la lumière cette seconde. Lire La véritable histoire de Billy the Kid. Lire et relire (l'ouvrage s'y prête), si et quand et autant qu'on le peut/pourra Pas Billy the Kid de Julien d'Abrigeon — qu'il soit réédité à son tour pour cela (on l'a dit, le redira). Lire Michael Ondaatje, Billy the Kid, Œuvres complètes, éditions de l’Olivier, 1998. Lire Jack Spicer, Billy the Kid, traduit par Joseph Guglielmi, édition bilingue préfacée par Jack Roubaud et publié par L’Odeur du temps en 2005. (Re)Lire Spoon River, Edgar Lee Masters, traduit et poursuivi par le Général Instin, paru aux éditions Le nouvel Attila. Lire Narration, de Gertrude Stein (justement déniché dans les rayons de la librairie L’Odeur du temps), ici sur les spécificités du récit américain et journalistique. Et puis lire entre et déplacer les lignes, voir et créer, vivre et écrire autant que l'on peut et veut dans la marge, rejouer la partie jusqu'à l'emporter et toujours tout remettre en jeu.


« Parfois le sens de la liberté et du jeu s’éveille chez les irréguliers de l’Ordre. Je pense à Giulano, avant sa récupération par les propriétaires terriens, à Billy the Kid ». (Raoul Vaneigem, Traité de savoir-vivre l’usage des jeunes générations).

« Je pense à Dean Moriarty, je pense même au Vieux Dean Moriarty, le père que nous n'avons jamais trouvé, je pense à Dean Moriarty. » (Jack Kerouac, On the Road)

« Your goal as Billy The Kid is to stay alive, collect at least ten keys and then find the exit to the next level, shooting enemies and collecting guns, tools, loot, and food along the way. » (Billy the Kid by Alive Software)

Crédits : Texte et photos © Eric Darsan (Photo de couverture face à Vila Nova de Milfontes, autres : Ok Corral dans le Cantal, canyon et feu de camps à l'ouest d'Almería – sanctuaire et décor de western spaghetti – ou encore une armurerie à Lisboa). Extraits et photos de La véritable histoire de Billy the Kid, de Pat Garrett © Estelle Henry-Bossonney, Anacharsis, Griffe Famagouste, 2017, Photo hypothétique de Billy the Kid et Pat Garrett © The New York Times.

Addenda politique : Thomas More, avocat, historien et philosophe, vient par anticipation au secours de Billy dans son Utopie : « Que faites-vous donc ? des voleurs, pour avoir le plaisir de les pendre (…) Ma conviction intime, très éminent père, est qu'il y a de l'injustice à tuer un homme pour avoir pris de l'argent, puisque la société humaine ne peut pas être organisée de manière à garantir à chacun une égale portion de bien. »

Addenda poétique - Hidden track 2 (morceau de Billy caché, au pied du mur, derrière les fourrés) :Billy the Kid prend ses clics en haut débit dans le wild wild web Billy the Kid prend ses claps dans le bois sacré Billy the Kid s'écrYe comme ça se prononce Billy the Kid te kiff en scred Billy the Kid te kill en 2 2 Billy the Kid n'aime pas le poulet Billy the Kid ne boit pas Billy the Kid ne fume pas Billy the Kid fume Garrett sur Garrett Billy the Kid Bring the war home Billy the Kid rejoint le Rojava Billy the Kid Tarnac Billy the Kid graff ZAD partout Billy the Kid ne manque pas de Bure Billy the Kid est de tous les combats Billy the Kid tag Billy the Kid is coming here Billy the Kid est en chacun de v-/n-ous Billy the Kid meurt mais ne se rend pas Billy the Kid ne demande qu'à vivre Billy the Kid est juste du côté de Billy Billy the Kid is/is not dead/or alive Billy the Kid is/is not (only) Billy the Kid.

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