vendredi 4 septembre 2015

Quoi faire, Pablo Katchadjian

Dernier ouvrage de l'été, et non des moindres, prémices à une excellente rentrée littéraire, j'ai le plaisir de vous présenter aujourd'hui Quoi faire, du brillant et Argentin Pablo Katchadjian, joliment traduit par Mikaël Gómez Guthart et Aurelio Diaz Ronda, des Editions Le Grand Os, qui m'a fait l'honneur et l'amitié de me l'envoyer suite à ma découverte enthousiasmée de Merci qui vient de sortir chez Vies parallèles et que j'aurai le plaisir de vous présenter tout prochainement.

Quoi faire. Devant l'impossibilité de la question, privée du point du même nom, Quoi faire impose l'évidence première de sa réponse. 

Ouvrir et feuilleter ce livre qui vous prend dans ses mailles et vous entraîne à travers elles sans se défiler. Se laisser instantanément emporter par cette joie fulgurante et dévastatrice qui vous saisit à l'idée que l'on puisse – Encore ? Déjà ? - écrire comme cela. A l'idée que la littérature ça peut-être ça. A l'idée que le rêve – que ce que l'on voulait écrire sans bien savoir quoi, c'est-à-dire lire – se réalise là, devant soi. Vouloir communiquer tout ça. Lire des extraits à son entourage. Passer pour fou sans en prendre ombrage. Parce que l'on sait, que l'on conçoit, sans pour autant parvenir à le dire, ce que l'on sait, ce que l'on voit, ce que l'on lit, là.


Lire. Méthodiquement. Mot après mot. Les découvrir, les voir et les revoir sans cesse apparaître, disparaître et réapparaître tous autant qu'ils sont. Alberto, l(es) étudiant(s), le(s) vieux, les jeune(s), le(s) buveur(s), le(s) fasciste(s), le(s) simple(s) d'esprit, les pigeon(s) et leur(s) condition(s). Apprendre à connaître et à reconnaître, c'est selon, leur nudité, leurs ailes, leurs os et la sensation du beurre froid dans les poches. Sans compter cette « tête de vache clairement médiévale », ces autres qui grossissent à vue d'œil et ce goût de chiffon qui imprègne tout. Isoler ce(s) bateau(x), forêt(s) et taverne(s), lieux double(s) et trouble(s), différent(s) ou bien indifféremment identique(s). Tenter de (se) repérer, de dénombrer, page après page, les récurrences, les résonances, les concordances qui pourraient exister entre tous ces éléments. Tenter de comprendre Quoi faire à partir de tout cela, de ces clés soutirées à un univers aux portes dérobées.

Relire. Passionnément. Interrompre sa lecture à un tiers de l'ouvrage parce que l'on part en voyage. Revenir, reprendre à la première page. Se reposer les mêmes questions et davantage. Lire la fin qui éclaire en se demandant si c'était bien la chose à faire. Si on ne l'eut pas mieux lu sans lumière, si l'on n'eût pas été plus surpris, comme on le fut par Glose de Juan Jose Saer, compatriote de Pablo Katchadjian. Se rappeler qu'on le fit et le fut cependant. Se souvenir aussi que le préfacier de Glose disait de celui-ci qu'il lui en avait « davantage appris sur ce que nous sommes que vingt volumes de philosophie ». Réaliser que Quoi faire mérite lui aussi cette réputation malgré l'absence de propos liminaires. Non moins sommaire qu'un Que-sais-je ? avec son titre lapidaire et sa centaine de pages, mais ô combien plus riche, plus poétique, plus littéraire, Quoi faire pose tout à la fois la question du savoir, du ressenti, de la conscience et de l'action. 

 
« Qu'allez-vous faire de vos mains une fois que vous n'aurez plus de tête ? » Entraînés d'une scène à l'autre et d'une question ibidem, si nos deux acolytes, malgré toute leur bonne volonté, ne peuvent faire face aux situations qu'ils rencontrent, c'est que souvent ils ne les comprennent pas. Et, lorsque par bonheur ils y voient clair dans le jeu qui se présente à eux, ils trouvent encore le moyen de se contredire pour mieux y échapper. La faute à ce fichu Alberto, sans doute, qui l'envoie promener, fait du zèle et s'agite, qui tout le temps provoque, tout le temps capote, tout en capuche et tout en chiffon ! Heureusement, le narrateur est là pour lui sauver la mise, qui le saisit et l'entraîne à sa suite avant de débouler de nouveau dans cette indépassable « université anglaise ». Là où tout a commencé, où tout a dérapé. Eternel retour aux sources d'un péché originel qu'il s'agirait de conjurer, au risque de le perpétuer, enfer ou purgatoire, jeu vidéo dont les personnages, joueurs et jouets à la fois, ne parviendraient pas à passer de niveau, qui sait ?

Pour le savoir, ils convoquent tous les auteurs qui leur passent par la tête de tous les livres qu'ils ont eu entre les mains : Bloy, Lawrence, Thucidyde, Debord, tous les saints et les rapports qu'ils entretiennent. En vain. Bien que tous fassent sans doute partie de la solution, aucun ne résout leur problème. Alors on glisse avec eux le long de cette corde raide, frôlant la concupiscence et la censure, la peur de se tromper et ses conséquences, la paralysie, la chute et la décrépitude, la peine et la nausée, la nervosité et la guerre, le sentiment que « les choses se compliquent », se « tendent » et « dégénèrent ». Toutes choses ressenties par nos compagnons, et donc bien réelles. Au fond ce qui les chiffonnent vraiment, c'est de ne jamais parvenir à établir quoi que ce soit ni, par conséquent, à se rétablir réellement. Avec eux, souvent, la réalité se prend les pieds dans le tapis, s'étale de tout son long dans l'imaginaire et continue d'avancer comme si de rien était, comme en terrain conquis, quand c'est tout le contraire qui se produit. Peu à peu cependant, les liens se font d'eux-mêmes, ou plutôt ce sont nos héros qui les établissent, comme s'ils reprenaient leurs esprits.



« Où suis-je ? »  Question piège et question titre posée ici par Katchadjian et ailleurs par Cassou-Noguès qui, pour y répondre, interrogent la rationalité d'un « système des contenus » indépendamment de celle des individus qui les énoncent. Comme si les uns et les autres existaient et agissaient en des lieux distincts, s'éclairant et s'évanouissant successivement, insaisissables au demeurant, ouvrant la voie à une métaphysique du labyrinthe digne de Borgès, autre compatriote dont Katchadjian se revendique. Une physique kantique, pour ainsi dire, celle d'un « philosophe sans mains » selon les mots de Sartre, dont toutefois deux des trois questions que j'évoquais la dernière fois (Que puis-je connaître ? Que dois-je faire ?) président à la pensée aussi bien qu'aux mœurs, c'est-à-dire à l'action. Derrière cette « construction poétique » qui s'annonce et se bâtit comme un rêve bardé d'énigmes et de pièges, à la tierce question, celle de la religion, se substitue ici l'insoluble et sibylline « énigme de la situation précédente » sans laquelle on ne peut rien faire.

« Chacun a peur de soi. Que pourrions-nous faire ? Nous n'en savons rien, voilà le problème. De quoi serions-nous capables ? » La question demeure posée et avec elle, ô lecteurs avisés, celles de la liberté, de la libre pensée, du libre arbitre, autrement dit de la conscience, de la connaissance et du choix, que vous ne manquerez pas de faire vôtres avec ce livre-là. Vif et intelligent, hilarant et touchant, philosophique et poétique - en un mot : incontournable - Quoi faire est aussi un formidable livre politique et libertaire qui sonde la tentation du sabotage et du terrorisme, évoquant l'expérience du Che et rappelant les propos du Weather Underground. Un récit impressionnant qui, sous ses dehors légers, marque durablement. Bien entendu il y a des réponses, qui se dessinent progressivement, qui ne sont pas là où on les attend. Mais qui sont, qui ont le mérite d'être, et que l'on rencontre par hasard ou réflexion au gré des chemins parcourus au cœur de ce petit mais exaltant laboratoire.


Voilà Quoi faire. Voilà ce que j'en dis. Et pourtant vous ne savez toujours pas Quoi faire tant que vous ne l'avez pas lu. Rien de ce qui vous attend chez votre libraire. Rien de ce qui est prêt à surgir en vous à la lecture de ce petit bijou d'imagination, de style et d'érudition. Paru en avril 2014 aux belles et qualitatives éditions Le Grand Os dans la collection poc ! (fictions nocturnes & proses hypnagogiques) et parfaitement illustré par Valeria Pasina, Quoi faire, premier volet d'une fenêtre lysergique ouverte au vent du surréalisme le plus fervent, nous entraîne sans ménagement vers le second. « Nous sommes sur un bateau d'où l'on aperçoit, au loin, une île, qu'Alberto voudrait rejoindre. Il me dit : Sur cette île, il y a tout ». C'est pourquoi, sans plus attendre, je vous invite à découvrir Quoi faire, avant d'embarquer à bord de cette belle galère, à la Merci de Pablo Katchadjian auquel je souhaite un joyeux anniversaire et que je vous invite à soutenir.

Crédit photo © Eric Darsan, Pablo Katchadjian et Le Grand Os

mardi 1 septembre 2015

Mentir à perdre haleine, David Samuels


Après Les chemins de retour, retour justement aux Etats-Unis où nous poursuivons notre road trip de l'été entamé avec Le cerveau à sornettes, Les Gaspilleurs et Papa, tu es fou

Une série consacré notamment à l'écriture et aux rapports qu'entretiennent en son sein fiction et réalité avec aujourd'hui Mentir à perdre haleine de David Samuels sorti le 21 mai dernier aux Editions du sous-sol que je tiens vivement à remercier, et plus particulièrement Adrien Bosc et Estelle Roche qui ont pressenti que cet excellent ouvrage pourrait me plaire aussi.


« Toute la vérité sur les incroyables mensonges et le fabuleux destin de James Hogue, l'imposteur de l'Ivy League » : derrière ce sous-titre à sensations et cette couverture à rabats qui abrite le cliché anthropométrique de James Hogue, Mentir à perdre haleine dévoile le résultat de dix années d'investigations. Enregistrements et retranscriptions, lettres, rencontres et interviews de Hogue et de ceux qui l'ont un tant soit peu cotoyé : nombreux et divers sont les matériaux qui, après avoir été durement récoltés, travaillés et communiqués, constituent ce portrait publié en partie dès 2001 puis en 2008 avant d'être édité cette année par les Editions du sous-sol. 

Une épopée tellurique 

Mentir à perdre haleine c'est d'abord une épopée américaine. De Telluride à Princeton, l'on suit avec ferveur l'équipée de David Samuels, alter ego plus que Nemesis, qui tente de mettre à jour tout à la fois l'identité et les mobiles de James Hogue à travers les rapports qu'il entretient tant avec ses avatars qu'avec ses compatriotes. Sur le mode de la biographie orale, le portrait humain de l'imposteur se dessine ainsi au gré des témoignages, des confessions de Jeremy, de Cindy ou encore de Superstar mais aussi de David Samuels lui-même qui se livre à eux, et à nous, émaillant son enquête d'incrustations introspectives aussi profondes que poétiques. Face à cette Amérique sincère et sympathique du sens commun qui reconnaît et pardonne volontiers les faiblesses des siens, se dressent les représentants de l'ordre moral - du Dr Alaia, reconverti dans l'immobilier, trompé mais enrichi, à l'inspecteur Walraven, « examinateur certifié en fraude », contempteur des « laissés pour compte » - qui rejettent en bloc le vrai comme le faux Hogue faute de pouvoir les distinguer. Et s'ils paraissent plus honnêtes que Hogue, c'est simplement qu'ils ont davantage à perdre et jouent moins gros.



Les deux pieds bien ancrés sur cette terre, Samuels campe son personnage à travers d'autres, plus colorés les uns que les autres, qui se succèdent, s'imbriquent, au cœur de ces paysages sublimes et si magnifiquement décrits qui les abritent. A travers l'image de la frontière, de la ruée vers l'or, de la littérature de western dont Hogue s'abreuve, nous redécouvrons que le voyage, la conquête et la fuite, ne sont pas seulement son apanage, non plus qu'ils relèvent uniquement du mythe, mais qu'ils constituent le quotidien de millions d'Américains, dessinant ainsi le portrait d'une certaine Amérique qui est aussi celle du grand conte – ou tall tale. De ce point de vue Hogue « s'inscrit dans la pure tradition américaine » d'après Samuels qui s'y engouffre à sa suite et à sa manière par la forme longue – ou long form. Du grand reportage, du nature writing, au journalisme gonzo puis narratif, nous redécouvrons encore d'autres figures, auteurs, œuvres, genre et héros qui fondent et perpétuent cette Amérique naturelle et culturelle du conte et de l'errance, de Samuels à Thompson (Las Vegas Parano) en passant par Krakauer (Into the Wild) auxquels s'ajoutent notamment les auteurs inspirant McCandless : Twain, Thoreau, London, sans parler de Walt Whitman et de ses Feuilles d'herbe. 

Pour quelqu'un qui, selon certains témoins, « n'avait pas le sens des réalités », Hogue, qui préfère peut-être le laisser entendre et « laisser les autres parler à sa place », fait la démonstration - comme tous ceux cités en amont, bien que de diverse façon - de cette « morale à géométrie variable » que j'ai eu l'occasion de souligner chez Saroyan. Pas moins légitimes que les professions légales décrites comme parasites par Reynolds et qu'il exerce à l'occasion, celles de l'imposteur l'autorisent ainsi, en un sens, à prélever ce que London nomme « sa gratte ». Voici sans doute pourquoi, et comment, Hogue est parvenu à intégrer Princeton au sein de l'indéracinable Ivy Ligue - ou « ligue du lierre » regroupant les huit universités privées renommées du nord-ouest – qui retient et fissure dans le même temps tout l'édifice social en donnant à ses élèves « le sentiment de figurer officiellement parmi les grands bâtisseurs du mythe américain. » Ici comme là, cependant, le Verbe est au commencement et, selon cet adage qui veut que l'on soit puni par où l'on a péché, il préside aussi à la chute. Si bien que ce n'est pas tant pour escroquerie que pour usage de faux, récidive et imposture que James Hogue se voit condamné, tandis que ses excentricités jusqu'ici admises se muent en charges et pièces à conviction. 

« Persévérance » et « endurance » : ces qualités - maîtresses chez Hogue, et que l'on peut retrouver chez tous ceux cités en amont - sont aussi celles du coureur de fond. Dans Telluride il y a ride to ride, autrement dit courir : une nécessité pour ne pas être pris. Alors, quand l'ami « trahi et déstabilisé » perd pied, quand toute l'assise de la société s'ébranle avec lui, entraînée dans un processus schizophrène de dépersonnalisation qui entreprend pour se rattraper à le scinder en deux entités distinctes, c'est encore avoir les pieds sur terre et demeurer dans la pure tradition américaine du hobo, que de prendre ses jambes à son cou. 

Héros malgré lui 

« Alexi n'existait plus. Il s'était transformé en James Hogue - un inconnu. » Ainsi, tandis que peu contactent ou défendent Hogue après la révélation de l'imposture de Princeton, c'est encore Alexi Santana, son avatar, que Justin Hamon, porte-parole de l'université défend et, avec lui, le caractère irréprochable du faux curriculum vitae de l'apostat et de processus d'admission décrits par Samuels comme « discriminatoires, moteurs de reproduction sociale ». A travers le procès de Hogue, le journaliste fait en vérité celui de tout un système et d'une élite qui, sous le couvert d'une « méritocratie mensongère », de la normalité et de la tradition, se perpétuent par manigances, népotisme et cooptation sans jamais se remettre en question. A ce petit jeu ne demeure en vérité que la barrière qui sépare les vainqueurs des vaincus, les gagnants des perdants. Comme pour London, le verdict est rendu, exécuté en un temps record par ceux qui s'érigent en juges et parties, est sans appel. Menteur, imposteur, escroc, « Sans-abri hors-la-loi », « repris de justice »,  : les qualificatifs ne manquent pas pour définir celui qui n'en finit pas de se redéfinir, comme pour échapper à ce que l'on veut bien faire de lui, à ce qu'il ne veut pas, à ce qui s'oppose à ses desseins comme son destin. 



Ceci explique peut-être pourquoi « il répondait d'un air étrangement détaché, comme s'il ne se sentait pas concerné par sa propre existence ». Contrevenant, contredisant, James Hogue, soucieux de faire bonne impression, jaloux de ses secrets et calculateur à l'excès, se moque pourtant des qu'en-dira-t-on. D'ailleurs longue est la liste des journaux qui l'ont interviewé ou approché, de ses premiers exploits sportifs à ses derniers morceaux de bravoure criminelle. Et s'il ignore, ou semble ignorer, les conséquences de ses actes, c'est sans doute parce qu'il se situe là encore dans la tradition, cette fois chrétienne, où la notion de rédemption et de pardon, du baptisé au born again, est centrale, qui trouve sa pleine illustration lors de la Noël, « rite d'initiation au mensonge » qui toutefois « fait l'unanimité ». Avec lui, avec elle, c'est le mythe américain du self-made-man et de l'american dream qui se heurtent de front à la réalité et se brisent sur le modèle keynésien du concours de beauté. Mais l'idéal demeure, et la nostalgie, le regret et la déception plus que le remord. C'est pourquoi Mentir à perdre haleine constitue aussi une histoire en elle-même : celle de la chute et de l'ascension d'un coureur de fond engagé dans une lutte avec le système qui l'a vu naître. 

 « Je voulais oublier le passé et repartir de zéro ». Effacer le passif pour dépasser le passé, « partir de rien et mentir pour s'accomplir » : un désir et une discipline qui exigent ce que James Hogue nomme une certaine « indépendance » d'esprit, alliance entre une « volonté d'acier » et une force d'âme que ceux - parents, amis, connus et inconnus - qui l'estiment redevable ne pardonnent jamais à celui qui en est pourvu, ignorant tout du tribut parfois élevé déjà versé par lui. « Nous trichons, taisons, manigançons, falsifions, trompons, fraudons, masquons, exagérons, fabriquons, simulons, feignons, imitons, mentons, désinformons, déformons, prétendons et éludons » : cette énumération qui fait écho à celle de Proudhon (« Être gouverné, c'est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé ») et à celle du Prisonnier (« Je ne veux pas être pressé, fiché, estampillé, marqué, démarqué ou numéroté ») montre que si le mensonge est partout, il est aussi - et avec lui le droit à l'oubli et à une nouvelle vie – fermement combattu, dans la « vraie » vie comme sur internet, par un système qui veut s'en arroger l'exclusivité. En refusant de se plier à un contrat social qui tacitement condamne à une servitude volontaire, ce n'est pas aux règles de la morale que Hogue contrevient, mais à celles de l'obéissance et de la bienséance. 

Escroc et imposteur de haut vol à qui l'on impute un magot de plus de 100 000 dollars en biens, stockés, offerts ou abandonnés par lui, Hogue vit néanmoins comme un « voyageur en transit », sans confort ni réconfort. Condamné uniquement pour de menus larcins, moins par prudence que par désintérêt, considérant les avantages matériels non comme un but mais comme un moyen d'obtenir leur reconnaissance, ce dont il dépossède en vérité leurs propriétaires c'est de la confiance, c'est à dire de la croyance qu'ils recèlent, révélant du même coup leur vacuité et peut-être la sienne propre, dans une quête désespérée. Voici sans doute pourquoi, dans cette société où la propriété est synonyme de bonheur - qui « fait des voleurs pour mieux les pendre » selon le mot de Thomas More, et des menteurs pour mieux les prendre - Hogue a le projet, véritable ou non, de construire une maison. Voilà sans doute aussi ce pour quoi il n'y arrive pas. 

La vérité sur l'enquête James Hogue 

« Nous autres francs-tireurs sommes seuls maîtres à bord. Nous fixons notre cap selon notre bon vouloir » déclare James Hogue dans l'essai qui figure dans son dossier de candidature à Princeton, répondant ainsi contre toute attente à celle de ses examinateurs. Beau garçon, sportif de haut niveau, étudiant brillant, exigeant, persévérant et méritant, Hogue vit dans une Amérique où ses qualités et performances hors du commun ne suffisent pas à « s'extraire de son milieu ». D'où la nécessité pour lui de mentir afin d'obtenir une bourse d'entrée pour l'Ivy League, « signe de reconnaissance » qui, sans dispenser ni du travail ni du complément d'argent nécessaire à l'inscription vous offre l'opportunité de « devenir qui bon vous semble » en attestant de votre « appartenance à l'élite ». L'occasion pour David Samuels de revenir sur son propre parcours en même temps que sur les débuts d'athlète de James Hogue et pour Adrien Bosc, lui aussi franc-tireur, fondateur des Editions du sous-sol, des revues Feuilleton et Desports, de concilier ses trois passions. La littérature et le journalisme narratif - auquel il a contribué à sa façon avec Constellation dont je vous avais parlé ici - mais aussi le sport, de la même façon qu'il a également publié Half back : Jack Kerouac, un essai de Fausto Batella qui illustre la place du football à l'université et dans la culture américaine, jusque dans la vie d'un des auteurs les plus emblématiques de sa contre-culture. 
La boucle est bouclée, James Hogue aussi, même si le mystère reste entier. Bien entendu d'autres courent encore dans la réalité - parmi la foule des inconnus que nous croisons chaque jour à ceux que nous sommes peut-être – comme dans la fiction - de Mr Ripley à Gatsby le magnifique en passant par Catch me if you can, ou encore Usual Suspects et, d'une certaine façon, Taxi Driver. Mais peu posent autant de questions que James Hogue, ce talentueux et énigmatique Replay qui rejoue constamment sa vie en fonction des mêmes éléments, comme s'il s'agissait de la mettre en balance, de savoir ce qu'elle vaut et ce qu'il peut en faire. Et peu font autant réfléchir que David Samuels, éthologue et sociologue à ses heures, menteur repenti et narrateur assumé, qui use de ses interlocuteurs comme d'autant de miroirs pour atteindre son sujet avant de se dévoiler à son tour avec un manque d'empathie qui fait froid dans le dos. Loin de vouloir venger les « animaux sociaux », ces braves gens qui n'aiment pas que l'on suive une autre route qu'eux, Samuels refuse de jeter la première pierre à Hogue - « même s'il reste un enfoiré » - autrement que pour bâtir sa légende, faire du particulier un général, et de sa mythomanie une mythologie. 

« Le respect fidèle des faits dont se revendiquent de nombreux auteurs contredit le principe même de l'écriture, qui implique toujours une confrontation entre le vécu de l'un et l'interprétation de l'autre ». Là résident toute la richesse et la difficulté du journalisme narratif qui, par-delà le travail de fact checker, consiste à « clarifier les enjeux » et à se mettre dans la peau de l'autre même – et surtout – si c'est dangereux. Pourquoi James Hogue ment-il ? Que fuit-il ? Que poursuit-il ? Parce que ces questions qui font à leur façon écho à celles de Kant (Que puis-je connaître ? Que dois-je faire ? En quoi m'est-il permis d'espérer ?) sont au cœur de l'humaine condition, les réponses que les recherches de David Samuels corroborent, confirmées parfois par James Hogue en personne, dépassent l'imagination. D'ailleurs le livre n'est jamais aussi captivant – et il l'est, croyez-moi, et remarquablement bien écrit et mené avec ça – que quand ces deux-là, qui partagent entre autres choses le sens de l'humour, de la formule et de la répartie, échangent ou se rencontrent. Mais le réel, dans son entièreté, dans sa complexité, quel est-il ? David Samuel a son idée sur la question, qui n'est pas celle de Hogue, ni la mienne. Et la vôtre, quelle est-elle ? Pour le découvrir, il vous faut à votre tour, sans plus tarder et à tout prix, Mentir à perdre haleine.

 
La chronique, cette forme longue de la critique littéraire que j'affectionne et à laquelle je m'adonne ici, ayant ici pris ses aises plus encore qu'à l'accoutumée, je vous retrouve très vite au Grand Os avec Pablo Katchadjian qui, en compagnie de Guillaume Contré, se demande Quoi faire avant de dire Merci à ces Vies Parallèles qui s'étaient déjà illustrées avec Que faire de ce corps qui tombe. Et si tout cela vous paraît un peu obscur, c'est peut-être que vous avez pris trop de vacances, ou pas assez. En tous les cas vous êtes ici au bon moment et au bon endroit pour y remédier : à mi-chemin entre l'été et la rentrée. 

En attendant, pour aller plus loin, vous pouvez également consulter cet excellent article sur le journalisme narratif en France ou encore l'admirable chronique de Lou sur Une saison de coton de James Agee avant de regagner le sous-sol de l'Empire State Building avec Paris sur l'avenir de Nathaniel Rich.

lundi 24 août 2015

Les chemins de retour, Alfons Cervera


Nous quittons momentanément les Etats-Unis - ceux du Cerveau à sornettes, des Gaspilleurs et de Papa, tu es fou avant d'y revenir avec Mentir à perdre haleine - pour une petite étape dans les contrées européennes et imaginaires d'Alfons Cervera qui nous entraîne sur Les chemins de retour grâce à la Contre Allée à qui j'adresse un merci ensoleillé. 

« Les histoires de fiction surgissent toujours d'un lieu donné », d'un « territoire moral ». Avec pour point de départ un travail de commande pour une revue, Alfons Cervera revient, parfois plus de cinquante ans après, sur les lieux et gens « réels » qui ont inspiré ses récits et, ce faisant, sur « le dedans et le dehors d'un roman ». 

Une problématique, un travail, une attention et un rapport aux lieux qui me rappellent ceux de Jorge Luis Borgès mais aussi ceux de François Bon. Auteur d'une trentaine d'ouvrages dont quelques-uns seulement ont fait l'objet d'une traduction et d'une édition françaises grâce à Georges Tyras qui « affronte sans relâche l'impossible traduction » de ses « fictions » et du joli travail réalisé « en bonne entente » par la Contre Allée et par la Fosse aux ours, Alfons Cervera nous offre avec Les chemins de retour une porte d'entrée à l'ensemble de son œuvre. Une œuvre abondante, passionnante et engagée marquée par un lyrisme, une poésie, une prose, des images et un ancrage qui rappellent ceux de Jacques Abeille. Toutes choses sur lesquelles nous reviendrons lors de la rétrospective de la rencontre entre l'auteur du cycle des Contrées et de Bernard Noël autour du thème Poésie et fiction.


La couleur du crépuscule, Tant de larmes ont coulé depuis, La nuit immobile, Maquis, L'ombre du ciel, Cet hiver-là, Ces vies-là, Bien loin : autant de titres, autant d'étapes qui marquent des tournants dans l'œuvre de l'auteur. Le bar, le village, la grotte, le cimetière civil ou encore la maison, « tant de maisons » : autant de lieux qui les ont inspirés et leurs font désormais écho. Autant de gens enfin, que recouvre la réalité des « personnages » : « Les personnages de mes romans je ne les invente pas, ils existent. Ce sont mes amis. Et quelques ennemis, aussi. ». Tous « fantômes » d'un passé irrésolu, d'un futur révolu, d'une œuvre et d'un auteur qui, à partir des mêmes fondations, des mêmes thèmes et de la même construction, parviennent résolument à découvrir d'autres chemins au lecteur comme en lui-même. Demeure aussi, le berceau du franquisme qui les tous ensemble, semblable à ce Fil Rouge évoqué par Sarah Rosenberg, également publié à la Contre Allée, tyrannie aveugle et sourde qui s'insinue et sourde des vies et lieux évoqués ici et là par leurs noms, leurs spécificités, leurs différences ou ressemblances et parfois même leur disparition.



D'ailleurs ces lieux autres et autres personnages, dont Alfons Cervera ne nous propose que des descriptions relativement factuelles et des clichés en noir et blanc, ont-ils jamais existé ? N'auraient-ils pas disparu quand d'autres, bien plus vivants, extirpés du néant et amenés à la vie par leur créateur, gagnaient en couleurs et en réalité ? Et s'ils avaient perdu leur âme au profit de ceux-ci, par cette captation photographique que redoutaient tant autrefois, les peuplades animistes ? Et s'ils étaient eux-mêmes, par leur évocation ou par leur nature même, inventés de toute pièce, dans un unique élan où se mêlent inextricablement les processus imaginaire et mémoriel ? « Est-ce que je sais moi, d'où sortent les romans. Du néant. » De ce néant seuls s'extirpent de façon sûre l'auteur et la maison qu'il habite encore, qui fut celle de ses aïeux et demeure « le cœur qui bat » dans ses romans. De la même façon, les éléments de décoration qui meublent son intérieur, Alfons Cervera, dont le père était acteur, les trouve moins dans ses lectures – la littérature anglaise du XIXème, Les Hauts de Hurlevent ou encore Flaubert – que dans le cinéma. L'homme des vallées perdues, Malvaloca, Le docteur Jivago : « Bien des films naissent des romans qui leur ont donné vie, une vie distincte et parallèle ». 



Une vie qu'on ne peut percevoir qu'à travers les images que l'auteur, « maître absolu du roman », accepte de nous délivrer. Le reste, je ne peux que l'imaginer moi-même, en fonction de cette seule lecture, de ce qu'elle m'inspire, de ce qu'elle fait résonner dans mon propre intérieur, dans ma propre maison. Car, en dehors de ces Chemins de retour, je n'ai pas lu Alfons Cervera : ni dans le texte ni dans les quelques traductions déjà parues. Or c'est peu dire qu'il est difficile d'emprunter les chemins de retour d'un auteur avec lequel on n'est guère parti et que l'on n'a pas suivi encore, sinon à travers les argumentaires et extraits de ses éditeurs. Et si, de cette exégèse sans source, se dégage progressivement des anecdotes qui constituent un ouvrage et un univers qui se tiennent eux-mêmes, on ne peut que rester sur notre faim tant que l'on n'a pas été plus loin. Comment parler des livres [qui parlent de livres] que l'on n'a pas lus ? me direz-vous dès lors. Et bien de la même façon que l'on écrit ceux qui n'existent pas encore : avec - selon les cas, mais bien souvent avec tout cela à la fois - une bonne dose d'amour, de passion, d'humour, de ténacité, de savoir faire, de culture, de lectures, d'imagination, d'audace et d'aplomb. 



Ce sont ces mêmes qualités qui poussent aujourd'hui La Contre Allée à publier un ouvrage qui paraît à première vue s'adresser à un public de connaisseurs au sujet d'une œuvre et d'un auteur peu traduit et donc peu porté à la connaissance du grand public. Ces mêmes qualités qui font de la Contre Allée une maison proche de ses auteurs par l'attention et le travail d'édition et de diffusion qu'elle fournit, et proche de ses lecteurs qu'elle invite sans cesse à la réflexion par la parution d'ouvrages de fonds engagés dans des enjeux contemporains mêlant littérature et sciences humaines. Sorti le 18 juin dernier, Les chemins de retour s'inscrivent ainsi dans la collection Les Périphéries que la Contre Allée nous présente ainsi : « Les Périphéries nous déportent, nous décentrent, nous amènent à des confins, nous font prendre des parallèles, explorer les recoins, les Périphéries nous relient, aussi. ». Elles m'ont permis ici — et à vous aussi, peut-être — de croiser pour la première fois la trajectoire d'Alfons Cervera, journaliste, poète et romancier connu pour son cycle consacré à la « mémoire des vaincus » de la guerre civile espagnole.


Une mémoire qui pose la question du souvenir et de ses distorsions, de la vérité et de l'imagination confrontées à une « réalité » qui, dans ses retranchements les plus sombres, dépasse cette fiction qui demeure davantage cependant, plus vraie et plus réelle, à travers l'écrit des survivants. « Les romans sont devenus une autre manière d'inventer des exils » nous dit Cervera. C'est chose faite grâce à ce tout petit livre de quatre-vingts pages à peine - dont chacun des dix chapitres prend pour point de départ une photographie en noir et blanc accompagnée d'un court extrait traduit, parfois pour l'occasion, d'un de ses romans – qui parvient à créer en miniature un univers aussi fantomatique que cohérent. Un ouvrage qui, moins encombrant qu'un poche, trouve sa place dans toutes et, par-dessus tous, dans cette série de chroniques que je vous propose. Une série consacrée aux livres de l'été mais également, par un heureux hasard, à l'écriture et aux rapports qu'entretiennent en son sein fiction et réalité. « Tout n'était que mensonge. Tout continue de n'être que mensonge. Plus mensonge encore dans la réalité contemporaine espagnole que dans mes romans » car « Les romans construisent une autre réalité. Comme s'ils mentaient. Mais ils ne mentent pas ». 



Témoin, la couverture le dessin du sol à damier qui s'ouvre et figure sur la photo de la maison de Cervera en première page et qui nous laisse d'entrée sur le carreau avant de nous aider à nous relever et à reprendre le chemin des écoliers en direction de la rentrée. Quand le disque solaire du Papa, tu es fou chez Zulma reprenait le sommaire de ce petit conte lumineux, un petit carré qui fait écho au damier de la couverture des Chemins de retour revient sur les conditions très particulières de composition – « une saison hivernale particulièrement humide » - de ce petit fascicule. Après le roman de Saroyan qui évoquait sa propre vie à travers le regard supposé de son fils – dont nous aurions pu évoquer le souvenir véritable à l'éclairage de son œuvre propre comme des Dommages Collatéraux racontés par Dan Fante au sujet de son propre père – j'aurais en effet le plaisir de vous présenter Mentir à perdre haleine, Une enquête de David Samuels. Un ouvrage passionnant et emblématique du journalisme narratif publié par les Editions du Sous-Sol qui vous révélera « toute la vérité sur les incroyables mensonges et le fabuleux destin de James Hogue, l'imposteur de l'Ivy League » et bien plus encore.

lundi 17 août 2015

Papa, tu es fou, William Saroyan

Après la Voie des Indés de Libfly qui m'a permis de vous présenter Le cerveau à sornettes de Roger Price sorti chez Wombat et Les Gaspilleurs de Mack Reynolds publié par Le passager clandestin, j'ai le plaisir de poursuivre avec vous mon odyssée littéraire de l'été avec Papa, tu es fou de William Saroyan pour lequel je tiens à adresser un chaleureux merci aux éditions Zulma. 

« Eh bien, nous voilà le premier du mois et de nouveau je suis sans le sou ». Saisissant l'occasion, William Saroyan, le Papa du roman, écrivain désargenté de quarante-cinq ans, décide de rédiger un livre de cuisine.

Et, dans le même élan, d'emmener le narrateur, son fils de dix ans dont c'est l'anniversaire, dans sa maison située sur la plage de Malibu. Seule condition posée par la mère qui, libérée de son entretien, se soucie du devenir du bambin : que son père le nourrisse, et le conduise à l'école. Commence alors un bel apprentissage au rythme des pages du grand livre d'images que constitue la vie que ce Papa partage désormais avec lui, lui apprenant comment faire un feu et contempler les coquillages, lui transmettant des recettes bien à lui comme le « Riz de l'Ecrivain » ou les « œufs Malibu » mais aussi et surtout sa vision et son amour de l'existence, des gens ( « mais je suis " les gens ", si je ne les aimais pas ça ne m'intéresserait pas de vivre »), de l'art et du métier d'écrivain.

« Celui qui dit que l’heure de philosopher n’est pas encore arrivée ou est passée pour lui, ressemble à un homme qui dirait que l’heure d’être heureux n’est pas encore venue pour lui ou qu’elle n’est plus. » affirme Epicure dans sa Lettre à Ménécée. Saroyan père et fils le savent qui n'ont cesse d'être heureux et de philosopher. Usant de métaphores comme d'ingrédients, interrogeant son fils sur la façon dont il perçoit les choses et sur les leçons à en tirer, il offre à celui-ci de nombreuses occasions d'exercer son esprit avec pour seule règle de dire la vérité et non ce que l'autre veut entendre. Toujours à l'écoute, attentif et respectueux, soucieux de la liberté et du libre arbitre de son enfant, ce Papa pas si fou, n'hésite pas à lui chercher des poux, mettant à l'épreuve la pugnacité physique et mentale, les idées déjà reçues, parfois bien arrêtées, et la langue bien pendue de celui-ci, sans pour autant cesser de l'encourager, d'éveiller et de réveiller sa conscience et sa confiance à travers une relation aussi belle que sincère avec le verbe et la verve pour commencement. 


« - Raconte-moi, Papa, quand tu avais dit ans comme moi. - Je ne comprenais rien, a répondu mon père. Je ne savais pas à qui demander. Ni comment. Alors j'attendais, comme si j'étais en train de dormir, et je rêvais un drôle de rêve, mais très beau. Je me disais souvent : Mon vieux, je parie que tout ça va s'arranger très bien. » A travers le regard et l'expression touchants de l'enfant (« c'est quelque chose de très bien à voir », « je posais à mon père tout un tas de questions – j'ai toujours fait ça, depuis que je suis tout petit », « ça ne me plaisait pas, l'idée que mon père était obligé de réfléchir tout le temps à la manière d'essayer de gagner de l'argent – parce que ce n'est pas amusant de réfléchir comme ça. »), c'est aussi le regard aimant et attendri du père que l'on perçoit, un père qui se remémore avec un amour, une joie mais aussi une nostalgie ajourée par des blessures mal dissimulées, le chemin parcouru par chacun. A travers plus d'une centaine de pages et d'une soixantaine de courts chapitres aux thèmes et titres aussi élémentaires et colorés que mer, rocher, étoile, oiseau, arbre ou pluie, l'auteur égrène tous les éléments qui marquent leur vie quotidienne, nuage de mots que l'on retrouve réunis dans le sommaire sous la forme d'un disque solaire ou d'un ballon, à la manière d'un calligramme.

Loin d'Apollinaire qui ne savait que faire du « cadavre du père », ni se doubler pour lui ni s'en détacher tout à fait, William Saroyan se prête une vie à travers le regard du fils créé auquel il a donné le nom du personnage principal de My name is Aram, écrit quelques années avant la naissance de celui-ci. Non moins poétique mais à la fois plus léger et plus pragmatique que le poète combattant, l'écrivain pacifique nous convie à partager leur table et les ficelles d'un métier sur lequel il remet cent fois son ouvrage à plus tard, et seulement si nécessaire. Car la nécessité ici n'est pas d'écrire - l'on écrit parce qu'on sait le faire et le faire est toujours alimentaire - mais bien de manger, de se nourrir. Faute de quoi, comme en Inde nous dit l'auteur, et comme nous l'avons constaté nous-mêmes lors de notre séjour il y a tout juste un an - la faim et la survie imprègnent tous les domaines de « la vie réelle et imaginaire» de ceux qu'elles taraudent sans répit. Ainsi si entre une pièce de théâtre et le livre de cuisine annoncé au début de ce livre, son cœur oscille, c'est sans doute parce que chez lui faire l'âme (soul) et faire la soupe ne font qu'un. Et c'est ainsi que l'enfant grandit, entre cuisine et philosophie, au rythme du temps, des vagues.


Ce que je connaissais de ce Malibu des années cinquante, c'est Lou qui me l'a appris. Loin de l'imagerie contemporaine véhiculée par la télé, la célèbre plage était alors célèbre pour ses bas loyers et occupée par ces illustres alors inconnus écrivains que sont Saroyan et son voisin, ami et confrère, John Fante. C'est cet univers que l'on découvre ici, à une époque où deux hot dogs se vendent un demi-dollar, sachant qu'« avec un demi-dollar on peut acheter seize litres d'essence et faire à peu près soixante kilomètres avec la voiture ». Un contexte économique et social qui éclaire la condition de ces écrivains talentueux mais méconnu ou, pour mieux dire, mésédité, ainsi que leur rapport à la route mais surtout à l'alcool. Une condition qui n'épargne aucun de ces précurseurs de la Beat generation que sont Jack London, William Saroyan et John Fante et imprègne leurs œuvres comme celles de Dan et Aram, enfants respectifs de ces derniers. Une précarité qui exige de ces écrivains réalistes et idéalistes tout à la fois une volonté d'acier et une exigence morale forte mais à géométrie variable. C'est ainsi que Saroyan rejoint souvent London, qui condamne fermement la rapine et l'exploitation de l'homme par l'homme mais les légitime pratiquement quand il s'agit d'y échapper.

Apprendre à perdre. Apprendre à se débrouiller sans ce million de dollars que son père ne gagnera jamais. « -Il faut apprendre à se débrouiller avec combien de dollars, au lieu d'un million ? — Trois. — Trois cents ? Trois, un point c'est tout. » Et surtout écrire soi-même sa propre histoire : tel est l'enjeu. Peu à peu le jeu déjà présent et l'invention naissante prennent le dessus, la controverse aussi à mesure que l'enfant prend son métier d'écrivain en herbe au sérieux et entrevoit tout à la fois le bonheur simple et la difficulté de gagner de l'argent, la nécessité d'économiser « par tous les bouts » autour desquels tournent la vie extérieure et intérieure de ce père qui, parce qu'il connaît la valeur des choses et des gens se veut économe et généreux. Je n'ai pas lu Fante mais j'ai un peu l'expérience de la galère, des petits boulots, de la vie et des préoccupations qui peuvent agiter un écrivain qui cherche à gagner son pain. Et puis j'ai un peu lu Kerouac et, sur le conseil de Lou encore - ce fut même le sujet d'une de nos toutes premières conversations – London. Construire un feu, Construire une maison, Quiconque nourrit un homme est son maître, La route : telles sont en quelques mots les raisons et préoccupations qui font que je le lirai encore London et Saroyan, et bientôt les Fante, jusqu'à lie, goutte à goutte. 


« Nous pouvons toujours aller plus loin que nous ne croyons. Et nous pouvons vivre avec beaucoup moins que nous ne croyons aussi. Et de temps en temps, nous avons besoin que l'on nous rappelle tout cela » : telle est l'une des nombreuses, simples et belles leçons de vie que je vous souhaite de découvrir - par vous même si ce n'est déjà fait, et quand bien même - à travers ce joli petit roman dont on ressort la tête pleine d'images, celles de jours heureux et paisibles sur la plage, d'échanges et de voyages. Très joliment réédité en mai dernier par Zulma - Zulma, tu es fou ! - qui prévoit déjà la parution de Maman, je t'adore pour ne pas faire de jaloux,  Papa, tu es fou est un joli conte, drôle et touchant, paisible et enjoué, sensible et intelligent qui donne envie d'écrire, de prendre la route et de raconter. Toutes choses que je vous souhaite aussi et que je ferai encore avec Les chemins de retour d'Alfons Cervera paru à la Contre Allée et Quoi faire – je me le demande aussi et vous le dirai certainement - de Pablo Katchadjian publié par Le Grand Os. Le tout avant d'attaquer une rentrée passionnante et prometteuse au lendemain de ce bel été que je vous souhaite encore radieux.

vendredi 14 août 2015

La voie des Indés de l'été 2/2 Les Gaspilleurs, Mack Reynolds

Après Le cerveau à sornettes de Roger Price paru chez Wombat, suite et fin de cette Voie des Indés de l'été avec, dans un tout autre style et un tout autre esprit, Les Gaspilleurs de Mack Reynolds, un petit roman d'espionnage et d'anticipation quasi contemporain du précédent, non moins léger mais plus conscient, édité par Le passager clandestin que je tiens à remercier ainsi que Libfly. 

Dans un contexte de relations apaisées entre les Etats-Unis d'Amérique et « L'Ensemble soviétique », Paul Kosloff, espion américain « fauteur de trouble », est chargé d'infiltrer et de prendre la tête d'un « nouveau mouvement radical américain » prétendument révolutionnaire. 

Une façon pour ses supérieurs de mettre sur la touche ce « Lawrence d'Arabie de la guerre froide », « Russkos » devenu anticommuniste aussi primaire qu'acharné après avoir fui les purges staliniennes. Or notre héros, pour qui la seule détente possible est celle de son calibre 38, n'est pas là pour tuer le temps. Résolu à passer pour un « révolutionnaire pleinement conscient et efficace » afin de mener à bien sa mission, il va progressivement découvrir, en même temps que celle de ce mouvement, la véritable nature du système qui l'emploie. 

A mi-chemin entre James Bond et Bill Baroud, Paul Kosloff éprouve dans un premier temps quelques difficultés à comprendre où veulent en venir les tenants de ce groupuscule qui s'attaquent avant tout aux idées reçues, interrogent le sens des mots et dénoncent d'un seul tenant l'appareil et le « capitalisme d’État » des deux blocs. Désormais étranger à l'un comme à l'autre, pour avoir fui le premier et trop voyagé pour la défense des intérêts du second, l'agent trouble réalise au contact du collectif les méfaits du crédit, de l'agriculture intensive, des emballages et du pétrole, l'épuisement des ressources naturelles et la prolifération des « objets inutiles » et des « travaux improductifs » que constituent « les assurances, la banque, la publicité, la vente, la bureaucratie ». En somme les tenants et aboutissants d'un système tour à tour incitatif et coercitif dont le seul but est de « Gaspiller de l'argent ! Pour continuer de faire marcher l'économie. Pour continuer de faire tourner les rouages » d'un modèle et d'un mode de vie absurde, inefficace et intenable. 

Ecrivain de science-fiction socialiste, employé d'IBM, soldat et voyageur, Mack Reynolds nous offre avec Les Gaspilleurs une novella avisée d'une centaine de pages qui nous plonge d'emblée dans un contexte à première vue familier, car très affiliée à son genre et à son époque, mais qui se révèle très vite uchronique et finalement dystopique. Un univers finalement assez proche du nôtre, où l'automatisation est partout et où les paiements peuvent s'effectuer en ligne grâce à l' «ordinateur national ». Un monde à la fois paranoïaque et réaliste qui interroge notre civilisation capitaliste, utilitariste et techniciste qui n'est pas sans rappeler, cinq après Le Maître du Haut Château et deux ans avant Ubik, celui de son contemporain Philip K. Dick. 

 
Publié dans la revue Galaxie en 1973 et traduit par J. de Tersac (à l'origine également du Cycle des épées de Fritz Leiber désormais épuisé), Les Gaspilleurs est sorti pour la première fois en 1967 aux Etats-Unis dans la revue Worlds of Tomorrow. Son titre original, The Throwaway Age — littéralement L'Age Jetable — fait directement référence à un article paru en 1955 dans Life Magazine traitant de l'avènement désormais acquis du caractère consumériste de nos sociétés post-modernes. Une période qui coïncide également avec le transfert du pouvoir à un complexe militaro-industriel contre lequel le président Eisenhower mettait déjà en garde ses concitoyens à l'occasion de son discours de fin de mandat 1961. Une main mise qui, malgré la naissance d'une « Nouvelle Gauche » et les mouvements contestataires de 1968, va s'incarner et s'imposer, non sans heurt mais implacablement et mondialement, par l'entremise de l'idéologie ultralibérale et néo-conservatrice. 

Sous les dehors légers de la littérature de genre, Mack Reynolds nous permet ainsi de mesurer, de façon simple et synthétique, réfléchi et documentée, l'instauration d'hier à aujourd'hui, des Etats-Unis à l'Europe toute entière, d'un système oligarchique, autocratique, autoritaire et, à terme, totalitaire. De l'obsolescence programmée déjà dénoncée par Lafargue à la prévision scientifique d'une sixième extinction de masse ; du déploiement d'armes massives par les Etats-Unis aux frontières de la Russie au renforcement de l'arsenal nucléaire de celle-ci ; des écoutes de la NSA au vote de la loi française sur le Renseignement ; du projet de supprimer le liquide tout en renforçant la société du même nom, sécuritaire et jetable, définie par Zygmunt Bauman, au coup d'état orchestré par la BCE et le FMI en Grèce : toute l'actualité estivale, sous ses dehors ineptes, se fait aujourd'hui l'écho de ce programme délétère. 

Heureusement, pour ne pas bronzer idiot, le Passager clandestin, fidèle à sa vocation et à son manifeste, propose avec Les Gaspilleurs un livre en tous points abordable, qui joint l'utile à l'agréable et se présente comme un bref roman d'espionnage et de science-fiction aussi instructif qu'efficace à dégainer et à méditer aussi souvent que nécessaire. Créée en 2007, Le passager clandestin est une très belle, très engagée et très qualitative maison d'édition indépendante dont le catalogue comprend plus de quatre-vingts titres répartis en huit collections, parmi lesquelles la célèbre Désobéir, les incontournables Précurseurs de la décroissance ou encore les précieux Transparents. Des collections que nous avons eu le plaisir respectivement en librairie, lors d'une conférence de Serge Latouche en janvier, et au dernier Salon du livre de Paris auquel les sympathiques capitaines du Passager nous avaient Lou et moi conviés. 

Le texte de Mack Reynolds s'inscrit quant à lui dans la collection Dyschroniques, complété en annexe par une « synchronique » de quelques pages permettant de resituer l'auteur, l'œuvre et son contexte ainsi qu'une chronologie détaillant la bibliographie évoquée par les personnages. Une collection elle aussi très qualitative, qui comporte déjà une quinzaine de titres parmi lesquels La Tour des damnés, La Vague montante, le Continent perdu, ou encore Les retombées autour duquel la maison organise jusqu'au 31 août un concours d'écriture en partenariat avec ActuSF. Contre un système qui se prétend immuable et naturel, Le passager clandestin, pratiquant une politique de publication, de prix et de réseau cohérente honnête et conviviale, propose des ouvrages qui, de surcroît, répondent aux chartes écologiques Imprim'Vert et PEFC à l'instar d'autres éditeurs indépendants tels que Le Mot et le Reste, L'Insomniaque ou encore La Contre Allée dont j'aurais l'occasion de vous reparler très prochainement. 

 
D'ici là, quittant la Voie des Indés pour explorer d'autres horizons, je vous donne rendez-vous dès la semaine prochaine pour une nouvelle étape estivale, belle et enjouée, du côté des plages de Malibu, en compagnie de Zulma, de William Saroyan, de son fils et de son Papa, tu es fou !

lundi 10 août 2015

La voie des Indés de l'été 1/2 Le cerveau à sornettes, Roger Price


Après une petite pause d'un mois consacré à recharger nos batteries à l'énergie solaire, petite mise en ligne de mes lectures de l'été avant de repartir puis d'entamer à partir du 25 août une longue série de plus fréquentes et plus courtes chroniques dédiées à une rentrée littéraire riche et stimulante. 

Depuis sa troisième édition qui m'avait donné l'occasion de vous faire (re)découvrir Le Mot et le Reste avec The LP Collection en octobre puis 2024 avec Vous êtes tous jaloux de mon jetpack en décembre, l'opération La Voie des Indés organisée par Libfly est devenue annuelle. 

Une bonne nouvelle qui me permet aujourd'hui de vous présenter d'autres éditeurs indépendants par l'entremise de nouveaux titres frais et bien faits pour l'été à commencer par Le cerveau à sornettes de Roger Price pour lequel je tiens à remercier Libfly et Wombat.

Sorti le 2 avril dernier aux jeunes et humoristiques éditions Wombat, Le cerveau à sornettes se présente déjà comme le vingt et unième titre de la collection « Les Insensés » au sein de laquelle son traducteur et éditeur, Frédéric Brument, « poursuit le travail éditorial déjà entreprit depuis dix ans à travers une vingtaine d’ouvrages parus au Dilettante et chez Rivages ». Une collection qui comporte notamment l'excellent Au secours ! Un ours est en train de me manger de Mykle Hansen et qui aspire à la défense de l'humour de « l'école nonsensique du New Yorker » ou de celle « bête et méchante d’Hara-Kiri ». Un objectif aussi farfelu que délicat avec Le cerveau à sornettes qui présente la difficulté et l'intérêt d'appartenir aux trois catégories à la fois. 

« Il y a un an à peine, l’auteur de ce livre était un jeune homme pâle, nerveux et constamment soucieux. Il l’est toujours. Il l’est même plus, car entre temps il a écrit un livre que ni lui, ni son éditeur ne sont capables de décrire. » Et pour cause. Difficile en effet d'aborder ladite chose (qui, à l'instar de la marmotte dudit livre, s'avère aussi peu représentable que présentable), véritable ode à l'inaction, sans trahir son propos ni employer le ton si particulier qui le caractérise. Disons simplement qu'il s'agit d'un ouvrage ouvertement rédigé sur le et la mode d'un ouvrage de développement personnel du type Comment se faire des amis, de Dale Carnegie (dont la théorie est heureusement détournée ici par « inconsciemment, tout le monde déteste tout le monde »), l'humour en plus et la morale en moins.

« A notre époque, traiter une personne pour maladie mentale équivaut à pratiquer la respiration artificielle sur un homme sans le retirer du lac ». Raison pour laquelle, sans doute, les deux premiers tiers de l'ouvrage sont destinés à évoquer les méfaits du productivisme (évitant ainsi de trop aborder l'évitisme) tandis que le dernier tiers expose tout un apanage de prétendues mauvaises attitudes destinées à y remédier. Ainsi l'évitisme (philosophie, mouvement et solution à tous les maux dont souffre l'humanité depuis l'invention de la roue par Marvin Ouk) consiste-t-il tout simplement à refuser de s'adapter à un monde inadapté, autrement dit à « éviter l’effondrement de votre personnalité en la supprimant ». Une drôle de méthode qui rappelle celle plus récente exposée par John Parkin dans un autre petit livre intitulé Rien à foutre : L'ultime voie spirituelle.


« J'veux pas, donc j'march'rai pas ». Oui : l'évitiste forcené va parfois jusqu'à éviter de prononcer les e. Cette propension (toute proportion gardée) pouvant peut-être expliquer la participation de Georges Perec - partisan de l'indicible et auteur de lipogrammes devant l'éternel – celui-ci (Georges, pas l'Eternel) s'est pour l'occasion fendu d'une sympathique et oulipienne préface dont l'argument d'autorité et la virtuosité ne sont pas étrangers peut-être à l'engouement suscité par ce petit livre. « - C'est méchant, Roger Price, vraiment ? - C'est très méchant. » Et gratuitement, ou presque. C'est ainsi que Roger Price, appliquant sans vergogne (ni vigogne, mais avec l'aide de Jeannot Lapin et des six G-men de J. Edgar Hoover) sa loi du moindre effort, tape là où ça fait mal, enfonce le couteau dans la plèbe, vilipende la publicité, stigmatise l'art moderne, multiplie sur un ton paternaliste les blagues lourdes et sexistes, machistes, misogynes et exhibe de façon aussi répétitive que gratuite scènes et petits dessins sages mais suggestifs.

Le cerveau à sornettes, dont la première édition remonte au début des années cinquante, instille et distille en vérité un humour un peu comique troupier, très Mad et un peu Mad men, un nonsense qu'on ne sait à quel degré prendre, dont on ignore s'il dénonce ou renforce les préjugés d'une époque dont il est en tous les cas le reflet. Un humour, somme toute, à mi-chemin entre Choron et Desproges (personnellement, je préfère l'esprit bon enfant du second). Pour ma part j'ai surtout beaucoup aimé la partie incluant le petit conte moral intitulé « Milton et le rhinocéros, par Oncle Roger » avec la vache meuh-meuh et le Mérou huppé (« Bon, raconter comment la vache meuh-meuh est arrivé là serait trop long et fastidieux, mais comme elle joue un rôle important dans la suite de l'histoire on doit la garder »). Sans compter que c'est un excellent complément au Guide du mauvais père de Guy Delisle, même si d'aucuns lui préféreront L'Elevage des enfants, également publié par Wombat.

A travers ses deux cents pages de sornettes, de fantaisies et d'anachronismes illustrées de quatre-vingts illustrations aussi peu explicatives que simplistes qui rappellent celle des petits Marabouts en vogue à l'époque, Le cerveau à sornettes de Roger Price est somme toute un petit recueil au charme désuet qui se lit très bien et qui, à travers ses multiples développements sans aucun sens ni but, à défaut de convenir à tous les goûts, s'adressant surtout au mauvais, vaut au moins pour son historicité. Une édition soignée, en format demi-poche avec couverture à rabats illustrée par Killofer, membre de L'Oubapo, cohérente donc et facile à emporter et trouvera sa place un peu partout (j'ai tenté de lire la partie anatomique consacrée au « fonctionnement de l'esprit humain dans la tête » dans la salle d'attente d'un médecin), à commencer par les plages ensoleillées dont elle arbore les couleurs. 


Après quoi, dans un autre style, tout aussi américain mais plus contemporain et actuel, je vous invite à nous retrouver ici même tout prochainement pour la seconde partie de cette Voie des Indés avec Les gaspilleurs de Mack Reynolds publié par Le passager clandestin.