mardi 25 décembre 2012

Gaston Lagaffe, L’intégrale 3/3

Comme annoncé précédemment, les toutes dernières parutions de la série des Gaston marque un ralentissement du rythme de production jusqu’ici annuel de Franquin que l’on a prétendu, de fait, en déclin.


Gaston N°13, Lagaffe mérite des baffes : Paru en 1979, ce volume, néanmoins dans la lignée des précédents, rappelle cependant un peu les albums composites par sa configuration, avec en son centre le compte rendu imagé d’un match de foot, ou encore cette page délirante, aux trois-quart de l’album, toute entière consacrée au fameux n°5 dit « album fantôme » expliqué par Prunelle par la réédition des 5 petits premiers « à l’italienne » qui en donnèrent 3 grands, complétés par un R4. Même si les avis sont plus partagés, Franquin étant occupé à d’autres projets, cela reste du bon Gaston, avec plein de Mesmaeker et d’invention(s) , pour le plus grand (dé)plaisir de celui-ci, qui ne semble pas se lasser cependant, et dont on ne se lasse pas non plus, évidemment.

Gaston N°14, La saga des gaffes : « Quatorze ! Mais ils n’ont pas d’album 5 ! »rappelle Prunelle en page de garde. Mais c’est aussi pour ça qu’on l’aime ce Gaston qui n’en finit pas d’évoluer et de s’affirmer. Cet album, paru en 1982, marque ainsi un début d’engagement qui prolonge ses rapports à l’autorité mais surtout à l'agent Longtarin auquel plus du tiers des gags est consacré avec cette guerre des parcmètres. Gaston, à moto, en lit, en voiture ou à vélo, manifeste pour les espaces verts, pour Greenpeace et va jusqu’à bombarder un baleinier. Reste que, de la réalité au rêve d’une autre société, l’avenir de Gaston se trouve dans les bureaux de la rédaction et dans le courrier, qui nous réserve à cette occasion une fin en apothéose.

Gaston N°0, Gaffes et gadgets : Publié seulement en 1985 cet album complète la série des Rééditions des originaux. Il comprend essentiellement des inédits qui alternent avec des extraitts du journal de Spirou ainsi que du tout premier mini album introuvable de 1960 intitulé Gaston. Gaston y est présenté comme un personnage tiers à Spirou et Fantasio à qui il déclare ne pas savoir qui l’a envoyé travailler…ni comment. Individu naïf, béat, aux bras ballants, baillant, braillant, flemmard et anticonformiste, à la fois bien dans son époque, toujours à la traîne, et, dans le même temps, en avance sur son temps. Envahissant, attachant, et gaffeur bien évidemment, tel est ce Gaston avec lequel cet album nous invite à nous familiariser, entre ses rapports avec Fantasio et ses (fausses) bonnes idées.

Gaston R5, Le lourd passé de lagaffe : 1985 voit la sortie de Retour vers le futur au cinéma, et le retour de Gaston avec la sortie du tome dit 0 dans leslibrairies suivi dès 1986 par cet album R5 qui met à demi fin au mythe du N°5 manquant. Un doigt accusateur, un œil inquisiteur : le ton est donné et donnera lieu à un panorama des gags les plus divers qui soit. Aucune récurrence cette fois si ce n’est cette série d’articles « Gaston (en vacances) a inventé » qui offre un panel de détournements d’objets et jeux de mots succulent, de la cloche à fromage, au frein à disque, mais également cette série de publicités pour la limonade « Orange Piedboeuf ». Un bon album qui se situe parfaitement dans l’(e dés)ordre des parutions.

Gaston N°15, Gaffe à Lagaffe : Quatorze ans se sont écoulés depuis le précédent lorsque sort, en 1996 le dernier album du vivant de Franquin, qui nous quittera l’année suivante et qui, depuis un moment déjà, ne réalise plus que quelques planches par-ci par-là. De fait nous retrouvons ici tous les formats, en demi ou pleine page, parfois même sur deux, caractère propre aux albums de composition. Mais surtout, ce qui fait tout le charme de ce volume, de très belles planches inédites dont certaines extrêmement soignées avec un travail de couleur et de mise en scène vraiment poussé. Somme toute l’intérêt esthétique l’emporte ici, et repose sur le très beau travail d’un nouvel éditeur qui s’en est donné à cœur joie en publiant qui plus est une jolie série limitée.

Gaston N°19 : Ce dernier tome, qui termine la nouvelle série dite « définitive » parue en 1999 pour les 40 ans de Gaston, se trouve également compléter cette dite « classique ». A l’égal du n°15 il est constitué d’inédits et planches concernant ici des gags circonstanciés et publicitaires notamment pour des piles et qui effectivement aurait fait tâche dans les précédents. Conçu par les éditions Dupuis il se termine un peu tristement, même s’il s’agit encore d’un pied de nez à l’autorité, sur une planche inachevée retrouvée après la mort de Franquin, où Gaston et Jules à bord de la Fiat tentent de semer l’agent Longtarin qui les poursuit à vélo, puis l'ambulance elle-même qui emporte celui-ci, avant que Gaston ne lui tire sa révérence dans un dernier dessin.

Franquin, qui se déclarait frusté par le sérieux et le manque d’invention de son époque, disait aussi y remédier en quelque sorte par Gaston interposé. Il y parviendra si bien que Monsieur de Mesmaeker, le vrai, (qui devait son nom, son allure et sa fonction au père de Jidéhem) eu de plus en plus de mal à signer ses contrats ! Mais il laisse surtout une série au caractère entier qui a marqué et marquera encore plusieurs générations, pour peu qu’on y fasse gaffe !

Que vous soyez de ceux-là ou non il ne me reste qu'à vous souhaiter une très bonne fin et un très bon début d'année à l'occasion desquels vous prendrez, à n'en pas douter et à l'égal de Gaston, de bonnes résolutions ! M’enfin !

mercredi 19 décembre 2012

Le Prince, Machiavel, nouvelle traduction augmentée


J’ai le plaisir et l’honneur de vous présenter aujourd’hui Le Prince de Nicolas de Machiavel, un ouvrage de fonds en sciences humaines que j’avais déjà eu l’occasion, et que je continue, de mettre en avant à la librairie, jusqu’ici chez Pocket et dorénavant dans cette toute dernière (et désormais meilleure) traduction parue le 25 octobre dernier aux éditions du Nouveau Monde dont la devise est de contribuer  à « comprendre le monde d’hier, d’aujourd’hui et de demain ».
Ce volume, conçu par des érudits, accessible, passionnant, superbement illustré, constitue une grande réussite et vous propose une plongée dans l’univers de l’auteur, des principautés, et de la Renaissance. 


Le propos est accompagné d'un fonds iconographique choisi par Antonella Fenech Kroke, historienne de l’art dont les travaux portent sur « l’efficacité politique des productions artistiques » - des œuvres de maîtres comme Michel-Ange, Léonard de Vinci ou encore Giorgio Vasari qui reflètent la richesse mais aussi la violente et farouche ingéniosité de l’époque dans tous les domaines - et précédé d’une longue introduction qui retrace l’élaboration, la réception, les traductions du chef-d’œuvre de Machiavel.

Autodidacte, fils d’un petit notable passionné par les lettres, puisant son instruction chez les auteurs romains plutôt que chez les grecs, Nicolas Machiavel entre en politique après la chute des Médicis. Messager des grands il apprend alors auprès d’eux « l’art de l’Etat »

Fort de ce savoir et de cette expérience Machiavel rédige son ouvrage dans l’urgence, en 1513 - après avoir subi la prison, la torture, et échappé à l’exécution suite au retour des Médicis - dans l'espoir d’un souverain qui par sa virtù saura triompher de la fortune et restaurer la grandeur de l’Italie mais surtout les valeurs de la République, ce qui explique que Le Prince s’intitulait initialement De principatibus, et portait sur le maintient des Etats plutôt que sur la figure du chef comme l’on tendrait trop aisément à le présupposer. 

Une œuvre et un auteur qui par conséquent ne peuvent être que mal lus sous l’angle de la morale, et justifier toutes les extrémités en l’absence de celle-ci, à l’instar du Par-delà bien et mal de Nietzsche qui cité très justement en exergue et évoquant Machiavel, partage avec lui ce contraste : « une pensée soutenue, difficile, dure, dangereuse et un rythme galopant, d’une bonne humeur endiablée ». A ce titre la présente traduction, brillante et inédite, œuvre de Jacqueline Risset qui s’était déjà penché sur La Divine Comédie de Dante, restitue à merveille la langue de l’auteur, son rythme et sa fulgurance.

 Surtout elle réintroduit le terme de principat – présente sous le terme de principauté dans la traduction de Paul Veyne chez Folio et de monarchie dans celles de Christian Bec chez Pocket et d’Yves Lévy chez Gallimard – et la notion de virtù, absente de toutes. Aux vingt-six parties originellement choisies par Machiavel, cette édition ajoute des entrées, au nombre de douze, qui balisent, introduisent, éclairent celles-ci, parmi lesquelles Typologie des EtatsVertus princières ou encore Bons et mauvais conseillers.

 Au reste le contenu demeure le même, qui traite des moyens sans jamais en faire une fin, de la force comme pis aller, de la valeur du prince et de l’amour qu’il doit inspirer, de ce qu’il faudrait dans l’absolu et de ce que l’on doit bien souvent en réalité. Ainsi n’est-il « ni le bréviaire de la tyrannie, ni le manifeste crypté des républicains » mais s’adresse-t-il simplement au souverain éclairé, soucieux du bien commun et conscient de sa responsabilité mais, de ce fait, capable de faire montre de virtuosité plutôt que de vertu, quitte à sacrifier cette dernière en cas de nécessité. 

Une leçon magistrale qui, 500 ans après sa rédaction, continue d’éclairer l’actualité et d’inspirer les puissants comme leurs adversaires, ou du moins le devrait. Ainsi des mercenaires dont il faut se garder, faute de les voir se livrer à maintes exactions (les Balkans et l'Afghanistan l'ont prouvés récemment). Un livre qui pose également la question de la reproduction, de la diffusion et de la postérité des œuvres culturelles puisqu’il fut mis à  l’Index dès 1559 par l’Inquisition et ne survécu que grâce à la copie et au marché noir. 

En somme un livre indispensable, tout simplement, à (re)découvrir et à offrir sans modération à l’occasion des fêtes et pour bien commencer l'année.

Pour célébrer cet évènement, 
en ce moment pour un Prince acheté…un prince (biscuit) offert ! 
Demandez-le à votre libraire ! 
Une offre originale et conviviale valable uniquement à la librairie Virgin des Champs Elysées !    

Parce qu’à Virgin on peut mettre en avant des ouvrages de fonds sans se prendre trop au sérieux pour autant, et que je vous ai apporté des biscuits. Puis les biscuits c’est tellement bon, bien que les livres soient plus présentables, surtout quand il s’agit d’une nouvelle et brillante traduction comme celle-ci. Et pour que ça puisse durer vous pouvez aussi signer la pétition ici : http://www.change.org/SauvonsVirgin

jeudi 13 décembre 2012

L'Âge d'homme, Michel Leiris

Leiris a 34 ans et vient de terminer une psychanalyse au moment où il commence à écrire L'Âge d'homme.

Après avoir décrit certains traits de son physique et de son comportement, il entreprend d’esquisser ce qu’il nomme une « métaphysique de l’enfance » en rassemblant les faits qui ont jalonné jusqu'alors son existence.

En posant la question du rapport entre idée et image, souvenir et imagination, il mesure combien l’influence d’une statuette, d’une gravure, d’un évènement, si anodin soit-il, peut influencer la conscience et modeler durablement la perception.

Cette minutie va révéler ses aspirations aussi bien que ses obsessions, qu’il expose en même temps qu’il explore par le biais de thématiques. Son approche du corps, de la vieillesse et de la mort, de l’infini et du fini, du tragique et de l’antique, du mythologique en somme, va s’axer autour de deux figures de femmes : Lucrèce et Judith.

Ces figures, qui constituent en réalité des archétypes, il va les trouver incarnées en Kay et, après avoir introduit une caractérisation jusque là absente du récit, parvenir à les définir : « Je reste prisonnier de cette alternative : le monde, objet réel, qui me domine et me dévore (telle Judith) par la souffrance et par la peur, ou bien le monde, pur phantasme, qui se dissout entre mes mains, que je détruis (telle Lucrèce poignardée) sans jamais parvenir à le posséder. »

Il cherche alors le moyen de se tenir debout face à la l’humaine condition qui est la sienne « comme devant le taureau se tient le matador ». Ce moyen ce sera l'écriture qui, seule, peut lui permettre de se libérer mais qui, dans le même temps, ravive par la confession la culpabilité née de l'Œdipe et de l'éducation et, avec elle, le désir d'être puni ou absous. Ainsi cette mise à nu se termine-t-elle sur un rêve ambigu où il conseille de se faire un mur « à l'aide du vêtement ».

Dans l’introduction de la présente édition, intitulée « De la littérature considérée comme une tauromachie », tentant d’éclaircir son projet Leiris déclare « faire un livre qui soit un acte, tel est en gros le but qui m’apparut quand j’écrivis L'Âge d'homme » c'est-à-dire « mettre en lumière certaines choses pour soi en même temps qu’on les rend communicables à autrui ». 

Dix ans après, avec le temps et la guerre, c'est ce désir d'être « authentique » qui prévaudra et qu'il poursuivra dans les quatre tomes de la Règle du jeu. L'Âge d'homme est un livre essentiel pour aborder et comprendre l'œuvre de Leiris en particulier, mais aussi, plus généralement, pour saisir les enjeux de l'introspection et la dimension cathartique de l'écriture autobiographique.

vendredi 7 décembre 2012

Exercices de style, Raymond Queneau


Publié dès 1947, Exercices de style est très certainement l’ouvrage le plus connu de Raymond Queneau, et celui qui, la plupart du temps, nous l’aura fait connaître. Très souvent enseigné, parfois imité, jamais égalé, il lui aurait été inspiré par l’Art de la fugue de Bach à l’occasion d’un concert auquel il aurait assisté avec Michel Leiris dont je vous parlerai très prochainement.  

Ce n'est toutefois que treize ans plus tard, en 1960, qu'il fondera avec François Le Lionnais, l’OuLiPo - Ouvroir de Littérature Potentielle – définissant ses membres comme « des rats qui ont à construire le labyrinthe dont ils se proposent de sortir » parmi lesquels Georges Perec s’illustrera avec talent. 


Le principe - reprendre la même histoire 99 et de 99 façons différentes - illustre tant la virtuosité de son auteur que la richesse de la langue français et les perspectives de création ouvertes par l’usage de la contrainte. 


Voici, pour ceux qui ne la connaîtraient pas, l’histoire en question, selon la présentation de l’éditeur (et qui, n’apparaissant pas à l’intérieur de l’ouvrage pourrait, entre nous, faire figure d’un centième exercice que nous pourrions intituler, par exemple, quatrième de couverture) : « Le narrateur rencontre, dans un bus, un jeune homme au long cou, coiffé d’un chapeau orné d’une tresse au lieu d’un ruban. Le jeune homme change quelques mots assez vifs avec un autre voyageur, puis va s’asseoir à une place devenue libre. Un peu plus tard, le narrateur rencontre le même jeune homme en grande conversation avec un ami qui lui conseille de faire remonter le bouton supérieur de son pardessus. »

L'action, bien que - et parce que - banale, permet une multitude de variations et donc de points de vue et de détails qui font que l'on ne s'ennuie jamais, au point d'en oublier qu'il s'agit de la même histoire. Pour ceux qui seraient encore sceptiques, voici les premiers de ces 99 « styles » abordés et qui peuvent en inspirer d’autres : « Notations, En partie double, Litotes, Métaphoriquement, Rétrograde, Surprises, Rêve, Pronostications, Synchyses, L'arc-en-ciel, Logo-rallye, Hésitations, Précisions, Le côté subjectif, Autre subjectivité, Récit. »


La démarche elle-même fera d'ailleurs des émules, notamment en bandes dessinées, avec l’OuBaPo (Ouvroir de Bande dessinée Potentielle) dont Lewis Trondheim sera l’un des principaux fondateurs en 1992. Matt Madden, un autre dessinateur, réalisera en 2005 l'adaptation dessinée des Exercices, alliant ainsi les recherches des deux groupes au travers de ce livre précurseur qui, reconnaissons-le, s'y prête merveilleusement bien.



dimanche 25 novembre 2012

Gaston Lagaffe, L’intégrale 2/3

Après la réédition des cinq premiers albums sous la forme des R1 à R3 et R4 que nous avons pu voir précédemment, les éditions Dupuis ont poursuivi sans davantage de remaniement la série originelle, les tomes suivants ayant d'ores et déjà été publiés en grand format.


Gaston 6, Des gaffes et des dégâts : Cet album, paru pour la première fois en 1968, est le premier grand format de la série. Il marque l’apparition de gags se déroulant sur une page entière. C’est également le premier que Franquin réalisera seul. Il en sera dès lors de même avec les suivants alors que les précédents étaient réalisés en collaboration avec Jidéhem, et Delporte à l’occasion. Tandis que le Gaffofone miniature que nous découvrons sur la couverture laisse déjà présager des vertus de ce fabuleux instrument, nous retrouvons surtout Gaston et Fantasio accompagnés de personnages secondaires plus nombreux que jamais. Un premier grand format abouti, classique et efficace, qui déga(ff)ge la voie pour la suivants.

Gaston 7, Un gaffeur sachant gaffer : Ce septième album et second conçu comme tel, reprend les éléments qui font le succès des précédents tout en forçant encore le trait. L’on y voit ainsi davantage les coulisses de la rédaction, sa faune et son fleuron dont font éminemment partie Gaston et Prunelle, chacun à sa façon, évidemment. Quelques morceaux d’anthologie parmi lesquels le Gaston de noël, le rhum, les tortues, et ce fameux panneau stationnement interdit transformé en sucette géante qui figurait à l’époque sur les paquets de BN ! Un album une fois de plus hilarant et très réussi, qui fleure bon l’insecticide, la peinture et la pollution pour le plus grand plaisir des (non)sens et de l’invention.

Gaston 8, Lagaffe nous gâte : Cet album n°8 varie les lieux d’exercice(s) de Gaston et de ses compagnons, volontaires ou non, de la plage à la neige, en passant par les bureaux de la rédaction. Instruments de musique, bilboquet, tout est bon pour faire tourner en bourrique (involontairement cela va de soi) Prunelle qui désormais remplace Fantasio et acquiert définitivement ses attributs, entre leçons de morale paternalistes et jurons. Une fois n’est pas coutume, Lagaffe nous gâte et nous fait même l’honneur d’une signature avec De Mesmaeker pour une de ses inventions qui, si elle n’est pas la meilleure, fait compter une fois de plus le contrat de Prunelle pour du beurre en nous offrant un très joli retournement de situation.

Gaston 9, Le cas Lagaffe : Avec ce neuvième album, publié en 197I, nous retrouvons les incontournables gadgets de Gaston, de son sempiternel et inénarrable instrument à (dis)corde à sa non moins polluante (sinon plus) Gaston Mobile. Mais c'est aussi l’album qui marque l’apparition des animaux domestiques (ou pas) de Lagaffe que sont la mouette (c)rieuse et le chat(astrophe) sans parler de sa rencontre avec un cachalot et de ses déguisements de Marsupilami ou de kangourou, le tout concourant à la mise en place de nouveaux running gags. Un album cohérent qui, outre ses thèmes récurrents, existait à l’époque dans une version disponible contre des points cadeaux dans les stations services !

Gaston 10, Le géant de la gaffe : ce tome, paru en 1972, porte bien son nom et fait honneur à Franquin qui montre ici l’ampleur de ses dons non seulement de dessinateur mais de scénariste. Les dialogues, nombreux, au point de rogner le dessin, alternent avec des mouvements emportés, ponctués d’onomatopées hurlantes et colorées, qui font la part belle aux yeux et aux oreilles. Aux côtés de Gaston l’on voit surtout Prunelle et Yves Lebrac, dessinateur du journal, les autres intervenants, parmi lesquels La Bévue et divers gardiens de parc et de zoo n’étant là que pour renforcer la richesse de cet album. Avec cet album haut en couleur avec un auteur et des personnages au sommet de leur art, Gaston apparaît bel et bien comme le Géant de la Gaffe.

Gaston 11, gaffes, bévues, et boulettes : Publié en 1973 ce 11ème album de Gaston, avec Mademoiselle Jeanne en couverture, fait en vérité la part belle à de nombreux personnages, aux anciens comme aux nouveaux. Avec un Lagaffe en grande(s) forme(s), qu’on sent que rien ne peut arrêter, pas même les douaniers qui font plusieurs apparitions. Mais jusqu’où ira Gaston ? se demande-t-on. Allez savoir ! Et c’est encore De Mesmaeker qui en fait les frais. Heureusement il y a le sport pour se défouler, et si cela ne suffit pas l’on peut toujours en inventer ! Un album excellent, digne de la qualité d’une série à laquelle on finit par s’habituer et qui cependant parvient toujours à se renouveler.

Gaston 12, Le gang des gaffeurs : cet album, paru en 1974 et douzième de la collection, porte décidément bien son nom. Unis pour le meilleur, le pire et le rire tous les personnages sont ici de la partie. Un volume en grandes pompes, avec quelques morceaux d’anthologie et tout plein d’inventions pour passer le temps au bureau, améliorer son environnement ( ou pas) de travail ( de rêveries) : du canapé-courrier aux tire-fesses, en passant par l’irremplaçable bilboquet. Quelques activités de plein air évidemment, entre l’agent Longtarin, le football et les requins. Un album classique, parmi les meilleurs, pour tous les goûts, sauf celui de ses collègues et visiteurs, parmi lesquels figurent en premier lieu Monsieur de Mesmaeker et Fantasio.

Avec cette série s'achève la période faste de publication des Gaston. Désormais il faudra attendre cinq ans avant l'édition du prochain album. Fort heureusement, contrairement aux lecteurs de l'époque, vous n'aurez pas à patienter si longtemps avant de découvrir la suite, ne serait-ce que par l'entremise du troisième et dernier article consacré à cette intégrale !

mardi 13 novembre 2012

Jean Cocteau unique et multiple, L’Entretemps - La Voie des indés

La Voie des indés est une toute nouvelle opération organisée par Libfly, en collaboration avec Libr'aire et Blook'up, qui se déroule depuis le début du mois de septembre avec la participation de plus de 60 éditeurs, la diffusion de près de 300 livres et chroniques donnant lieu à un blog, à un livre et à de nombreuses rencontres à venir.
J’ai cette occasion choisi de vous présenter le coffret "Jean Cocteau unique et multiple" réalisé dans le cadre de l’exposition du même nom qui s’est déroulée au musée Fabre à Montpellier du 12 mai au 2 septembre, musée que je connais bien mais auquel je n’avais pu me rendre, et qui se présente comme un « DVD-Rom et Livre ».         
Un livret d’abord, plus qu’un livre, d’une soixantaine de pages regroupant une vingtaine d’articles. Où l’on découvre un Cocteau vivant, adepte du mouvement et de la technique, qui refuse « l’ordre mort », convie l'écrivain à suivre son livre jusque sur les rotatives et à se pencher sur les motifs les plus frivoles, comme « le petit chapeau de Greta Garbo » ou l’automobile caractéristiques de son temps, mais l'enjoint à se méfier du téléphone qui dérobe à l'écrit le temps qui lui est nécessaire. 

Un artiste à la fois novateur et conservateur, défenseur du cubisme et de la modernité mais qui s’insurge contre l’usage qui en est fait et contre l’avant-garde, qui parle de la poésie comme d’une « arme précise, terrible, sournoise » et s’acharne  « à  travailler sur des bases périssables, les sachant périssables »

Unique et multiple donc, comme le confirme le DVD Rom qui se divise en cinq catégories - Livres, Spectacles, Images, L’auteur et son œuvre, Lettres et arts. En premier lieu les Livres : de ses premiers poèmes, où se dessine déjà le souci d’allier forme et fond, à ses œuvres posthumes ; de ses fictions, du Potomak aux Enfants terribles qui marque sa consécration ; de ses essais où l’artiste évoque ses relations à la drogue,à la création, à la mort dans Opium et La  difficulté d’être, à ses articles dont le livret rend plus certainement compte. 

En second lieu les Spectacles - la musique et la danse, mais surtout le théâtre avec Orphée et Les Parents terribles, ainsi que le cinéma, marqué à tout jamais par La Belle et la Bête - leur représentations et représentations, le tout accompagné de documents attestant de leur réception - bonne ou non - par le public et les critiques de l'époque. Puis vient une courte partie sur les Images qui l’ont rendu célèbres, avant de laisser place à L’auteur et son oeuvre, où l’on découvre un Cocteau mondain, qui compose une ode à Picasso, écrit à Max Jacob et ne quitte le milieu parisien que pour passer l’été avec Radiguet, tous représentants d’un « classicisme vivant » que l’auteur appelle de ses vœux. 

Un fond, somme toute, qui permettrait un large survol de l’œuvre si, sous couvert de « modernité », ce joli coffret, outre un livre plus symbolique que substantiel, ne contenait un DVD-Rom dont la conception aberrante et archaïque et le recours exclusif à Flashplayer contraignent l'utilisateur à revenir au menu et à retrouver son chemin dans l’arborescence tous les 5 ou 10 éléments, soit...entre 300 et 600 fois pour parcourir l’intégralité des 3000 documents ! 

Après m’être soumis à l’exercice des heures durant (non sans avoir tenté de le contourner par maints logiciels, trois ordinateurs différents, et m'être finalement rabattu sur l'exploration du contenu des datas) je dois avouer que la découverte inopinée d’un site permettant de consulter en ligne l’intégralité du Dvd sans ses défauts, a achevé de me plonger dans un abîme de consternation dont je ne suis sorti qu’à grand peine pour rédiger cette chronique qui, outre l'existence d'un fond Cocteau difficilement accessible, aura au moins le mérite de poser une question, de circonstance dans le cadre de cette opération : celle de la fin et des moyens de l’édition indépendante. 

A ce titre je tiens à remercier Libfly et à Lucie, sa community manager, pour cette Voie des Indés qui se poursuit dans les semaines et les mois à venir et que je vous invite ardemment à suivre.   
Vous pouvez retrouver : 
-La liste des éditeurs ainsi que les titres chroniqués par la communauté Ici. 
-Les rencontres à venir  
-Le blog des meilleurs chroniques Ici

Notez que Libfly est également partenaire du salon du roman historique de Levallois qui se déroule du au novembre. Retrouvez toutes les informations concernant cet évènement Ici

lundi 5 novembre 2012

Remember V November, V pour Vendetta


Sorti en 2006, V pour Vendetta est un film adapté de la bande dessinée du même nom, créée en 1990 par Alan Moore et David Lloyd, scénarisé par les frères Wachowsky, à qui l’on devait déjà Matrix, et réalisé par James McTeigue qui a également travaillé sur Dark City.

L’histoire se situe dans un futur proche, au sein d’une Angleterre post-apocalyptique gouvernée par un régime fasciste, le Norsfire. Evey Hammond, menacée par des miliciens pour avoir bravé le couvre-feu, est sauvée par V, personnage masqué qui, après s’être longuement présenté, l’entraîne sur les toits pour assister à l’explosion de la Cour de Justice qu’il a orchestré sur l’Ouverture 1812 de Tchaïkovsky.
Dès le lendemain le chancelier Sutler ordonne l’interpellation d’Evey qui a été identifiée, afin de remonter jusqu’à V lorsque celui-ci, s’emparant de la chaîne de télévision où travaille celle-ci, appelle les citoyens à sortir de leur torpeur et à commémorer le souvenir de Guy Fawkes qui tenta autrefois de faire sauter le parlement en se réunissant devant celui-ci dans un an...

Avant Spawn et From Hell, V pour Vendetta est l’œuvre qui a révélé Alan Moore qui, comme pour celles-ci, n’a cependant pas voulu s’associer à l’adaptation. Ce film, outre ses propres qualités, constitue néanmoins une excellente introduction à l'original en reprenant, bien qu'édulcorés, les éléments qui le caractérisent.

L’ambiguité propre à ses héros tout d'abord, partagés entre leurs choix et leurs émotions et pour qui l’enjeu n’est pas tant le bien que la liberté. Ainsi V, justicier sensible et théâtral dont la détermination n'a d'égale que l'érudition. Ouvertement influencé, du Comte de Montecristo à Spartacus, en passant par 1984 et sa tautologie à laquelle il oppose le fameux tautogramme par lequel il se présente, V, tout en donnant crédit à la menace terroriste, la retourne contre ceux qui l'ont créée dont il arbore d'ailleurs non les symboles, mais les couleurs.

La critique sociale ensuite, avec ces chefs de partis promus chefs d’état grâce à la peur et qui mènent une politique sécuritaire d'uniformisation sous un discours de réforme renforcé par des médias diffusant des infos alarmantes (crise, guerre, pandémie). A travers l'histoire de V c'est cette montée au pouvoir que le film retrace et, s'il relativise le contexte en le rapprochant de faits historiques, il rappelle également que la logique de déshumanisation à l'oeuvre, masquée par l’autorité et le devoir, n’apparaît qu’après coup à ses exécutants.

Ainsi V pour Vendetta est-il un film efficace et cohérent qui, en faisant la part belle aux images, à la musique, et donc à la symbolique, renforce le propos : de même que le gouvernement s’est imposé par des symboles, ceux-ci peuvent provoquer sa chute. Et, si on peut lui reprocher d’avoir gommé certains traits et éléments (la solitude de Sulter, l’empathie de Finch, et l’inclémence de V, le Destin, ordinateur omniscient), gageons que la réaction des ultra-conservateur, la récupération par les Anonymous, et génréralement le cours des évènements, se sont chargé de rendre justice à l’œuvre visionnaire de Moore.




jeudi 1 novembre 2012

Docteur Who, le Onzième Docteur : Geronimo !


« Geronimo ! » Le Tardis part en vrille, et le nouveau Docteur aussi, qui s’agrippe à lui, suspendu dans le vide au dessus de cette bonne vieille ville de Londres. Seule dans sa chambre la jeune Amélia Pond prie le père Noël qu’on lui envoie quelqu’un pour réparer l’étrange fissure apparue sur son mur. C’est ce moment précis que choisit le Docteur pour s’écraser dans le jardin avant de partir en quête de nourriture, car découvrant son nouveau corps et ses goûts en la matière. Après cette présentation aussi fracassante que drôle, Amélia tentera d’élucider ce mystère avec cet ami imaginatif plus qu’imaginaire, avant de partir à l’aventure avec lui. Mais, comme elle l’apprendra à ses dépends, tout est une question de temps.

Pour l’heure le Docteur, fraîchement régénéré, découvre ces nouveautés qu’il reconnaît avoir du mal à maîtriser, de même que le flux de ses pensées. Nouveau Tardis, nouveau tournevis, nouvelles manières, nouveaux goûts vestimentaires et nouvelles expressions ( « Geronimo ! » « Gotcha ! » « Cool ! » ) : tout cela semble satisfaire un docteur qui devra pourtant plus que jamais, se montrer à la hauteur et ne pas se reposer sur des lauriers ( « Hello ! I’m the Doctor ! Basically…Run ! » ) qui ne suffiront pas éternellement à contenir les hordes d’ennemis, plus nombreux, puissants et terrifiants, mus par la guerre, la vengeance, la cupidité et, cette fois, peut-être davantage.

Même pas peur. Personnage de contes de fées confrontée à ses pires cauchemars, Amy Pond mènera même, comme le précédent Seigneur du Temps, son premier combat en pyjama, énonçant et faisant sienne la nouvelle devise du Docteur : « ne jamais interférer…sauf si un enfant pleure ». Enfants qui seront d'ailleurs au cœur de la plupart de ces nouvelles aventures. Histoires toujours plus belles, où le rêve se mêle au réel au point de ne plus pouvoir être distingué de lui, où rien n’est ce qu’il paraît, où ce qui semble familier peut se révéler mortel, contraignant nos héros à faire de nouveaux choix, entre la mémoire et l’oubli, autrefois allié, aujourd’hui ennemi.

C'est sans compter sur le temps, qui est le domaine du Docteur au même titre que l’univers tout entier, où le moindre problème domestique prend une ampleur démesurée, au point que celui-ci se laisse emporter, entraînant Amélia et son petit ami Rory de Leadworth, leur village natal du sud de l’Angleterre, jusque dans l’Amérique truquée de Nixon, où l’ennemi, embusqué dans l’ombre et le silence les traque. Mais, s’il met en danger la vie de ceux qui l’entourent, l’admirent, et se dépassent pour ne pas le décevoir, il leur confère également une dimension héroïque, du mythe du Pandorica à celui du Dernier Centurion, en faisant appel au meilleur d'eux-mêmes et de l’humanité. Et c’est toujours la joie qui ressort, même du pire, en présence du Docteur, comme de Van Gogh ou de la mystérieuse River Song.

Après s’être fait appeler tant de fois John Smith, le Docteur a fini par être incarné par un autre Smith, Matt, pour deux et bientôt trois saisons signées Steven Moffat. Un Onzième Docteur très différent, plus léger mais plus dangereux aussi, auquel j’ai toutefois eu plus de mal à m’habituer, tant Tennant avait endossé l’armure, et Karen Gillan le rôle principal de la série à travers la très belle épopée d’Amy Pond, la fille qui attendait, qui estompe celle du Seigneur du Temps. Un Docteur qui, après s’être ouvert à l’humanité au point de vouloir l’endosser, après s’être découvert en quelque sort mortel, se révèle à la fois plus sérieux et plus déjanté, plus vieux et plus enfantin, sans doute aussi plus proche que jamais de l’idée d’une fin et, ce faisant, à sa façon toujours plus attachant au cours de ces saisons plus épiques, plus riches et plus époustouflantes encore.

Et, s'il sait désormais que son temps est compté, qu'un jour « le Silence s'abattra», se pourrait-il qu'il meurt vraiment ? Quel scénariste, quel acteur aura la prétention d’y mettre fin ? En attendant le Docteur a encore quelques beaux jours, et saisons, devant lui.
D’ici là, les dernières diffusions de cette sixième saison venant de s’achever en France, je vous invite à découvrir la série de romans officiels, inédits et traduits, qui sortiront à partir du 20 janvier. A ce titre je peux d'ores et déjà vous informer que j’aurai l'honneur et le plaisir de vous présenter ces livres grâce à un partenariat avec les éditions Milady que je tiens à remercier. D'autres surprises sont peut-être à venir mais, pour le moment, Silence !

Crédit photos et vidéo : BBC - Doctor Who - The Official Site

jeudi 25 octobre 2012

Gaston Lagaffe, L’intégrale 1/3

Avec le retour de la rubrique bandes dessinées, et dans un autre genre, c'est au tour de Gaston de faire son apparition sur ce blog. A cette occasion, parmi les principales versions existantes, j’ai choisi de vous présenter ici la réédition en 16 volumes, la plus connue encore et, à mon sens, la plus représentative de la série par sa conception abracadabrantesque.

Cette collection comprend les Rééditions R1 à R3 qui couvrent les cinq premiers albums petits formats et inclus des inédits, la R4 qui les prolonge, puis les albums grands formats 6 à 15 auxquels viennent s’ajouter la réédition R5 et le tome n°0 (qui suivent pour ainsi dire le principe des rééditions R1 à R4) que je compléterai par le N° 19, le tout formant plus ou moins l’équivalent de l’édition actuelle dite « définitive ». Vous avez suivi ? Oui ? Non ? Alors c’est parti !

Gaston R1, Gala de gaffes à gogo : Cette réédition de 1971 dite R1 reprend les n°2 et 3 petits formats intitulés respectivement Gala de Gaffes et Gaffes à Gogo, de 1963 et 1964, d'où sa configuration particulière. Pour l’heure, comme l’indique le titre, plus de gaffes que de personnages, puisque l’on à surtout affaire à Gaston et à Fantasio (le premier ayant lui-même affaire au second). L’on notera cependant l’apparition de Prunelle, journaliste, mais aussi de Monsieur De Mesmaeker avec ses fameux contrats qu’il ne peut jamais signer, ainsi que d’autres éléments récurrents comme ce courrier des lecteurs qui s’accumule sans cesse. C’est également dans cet album qu’apparaît le culte et génialissime, Gaston Latex, d'où découleront les figurines du même nom.

Gaston R2, le Bureau des Gaffes en gros : Il s’agit de la réédition de 1972, qui correspond au 4ème album de la série originale intitulé Gaffes en gros paru en 1965, et qui inclut également des inédits. Les personnages que nous connaissons y apparaissent déjà plus affirmés, tandis que nous en découvrons progressivement de tout nouveaux, à commencer par Mademoiselle Jeanne. L’on y retrouve des inventions, du Gaston, mais aussi de la baston avec un Fantasio plus survolté que jamais, et un De Mesmaeker qui signe…le mauvais papier. Un album vraiment désopilant où les gaffes et gags s’enchaînent à un rythme réellement hallucinant.

Gaston R3, Gare aux gaffes du gars gonflé : Paru en 1973, cet album reprend les originaux 1 et 5 de 1966 et 1967 intitulés respectivement Gare aux gaffes et Les gaffes d’un gars gonflé. Les nouveaux personnages s’affirment à leur tour, de même que les éléments qui font le succès de la série. C’est notamment dans cet album que Lagaffe fait l’acquisition de son incontournable Gaston mobile. Il a du succès avec Mademoiselle Jeanne et signe même un contrat avec De Mesmaeker ! Bref, La vie est belle pour notre Gaston : tout lui sourit et, avec le format album qui commence à se profiler à l’horizon, l’on peut d’ores et déjà dire sans rire ni coup férir qu’il a encore de beaux jours devant lui !


Gaston R4, En direct de la gaffe : Publié en 1974 cet album est constitué d’inédits « en direct de » la rédaction. L’on y retrouve toutes les histoires signées Fantasio par Delporte dans le journal de Spirou (les autres étant issues comme les précédentes des collaborations de Franquin et Jidéhem). De petits récits qui apparaissent sous la forme d’articles qui ne manquent ni de mordant ni d’ironie mais demeurent toujours bon enfant, dans l’esprit Spirou du temps, et rendent compte de celui-ci tout en évoquant les inventions et faits divers que l’on doit à Gaston. Un album intéressant, qui complète la série des mini-albums couverts par les R1 à R4. Pour les curieux et les nostalgiques du journal de Spirou, qui auront le plaisir de retrouver ce type d'articles bien plus tard, dans le N°0.

En attendant, à
cet instant précis de la publication, l’on croit en avoir fini, qu’il n’y aura jamais de 5ème tome, parce que l’on aurait à cette date épuisé les inédits. Et ce sera le cas pendant près de 15 ans avant que ne sortent finalement le numéro 0 puis R5 en 1985 et 1986 ! D'ici là les albums suivant paraîtront de façon quasi annuelle pendant un bon moment, comme nous le verrons dans la suite de cette intégrale.

vendredi 19 octobre 2012

Docteur Who, le Dixième Docteur : Brilliant !


« Je suis le Docteur, mais au-delà de cela je ne sais littéralement pas qui je suis » : tels sont les premiers mots qu’adresse le nouveau Seigneur du Temps, à peine remis et en pyjama, à ses nouveaux ennemis, avant de combattre ceux-ci l’épée à la main. Ainsi découvrons-nous, en même temps que lui, celui que nous pensions connaître mais chez qui persistent cependant, malgré le contraste flagrant, certains traits et expressions de sa précédente incarnation. Plus jeune, plus impétueux, plus puissant, plus dur et plus fou, mais toujours admiratif de l’intelligence et de l’invention de toute forme de vie, il continue de s’intéresser à chacun, ne vivant qu’au travers des aventures et de la joie qu’il procure et partage, sans vouloir s’attacher tout en portant un regard plus aimant sur le monde.

Toujours plus enthousiaste ( « Allons-y Alonso ! » ) le Docteur continue, comme si de rien n’était, à voyager dans le Tardis en compagnie de Rose. Mais, parce qu’il faut parfois se rendre aux évidences, au-delà des apparences, et de celle du Docteur en particulier, les choses ne sont plus ce qu’elles étaient. Londres connaît désormais chaque année des vagues d’envahisseurs venus de l’espace, d’anciens ennemis évoluent, d'autres apparaissent : aliens, démons, loups garous, rejoints par le Master, la reine d’Angleterre et autres monstres, sacrés ou non. Et c’est tant mieux car tout serait bien ennuyeux sans ces changements mais aussi ces rencontres avec Agatha Christie, Madame de Pompadour et Shakespeare, ou encore ces références à James Bond ou H2G2 qui constituent l’univers du Docteur.

Car curieusement ce qu’il fuit est aussi ce qui le retient, tant l’étendue de son pouvoir, de ce temps, de la beauté et de la souffrance dont il a été témoin ont créé chez lui une forte empathie. Plus proche des humains, qu’il aime et admire, il partagera leurs émotions et leurs sentiments, l’amour, la tristesse, la joie et la compassion, le courage, l’abnégation. Et l’espoir surtout, qui conduit l’humanité vers son avenir, la pousse à emprunter le même chemin, ou à le quitter pour l’inconnu et l’utopie, pour le meilleur et pour le pire aussi. Où la technologie, en dépit de ceux qui prétendent la maîtriser, de Unit à Torchwood, possède sa propre logique et se retourne souvent contre eux, provoquant la déception, la pitié ou la colère de ce Seigneur du Temps.

Un Docteur fidèle à son nom, qui recherche le pardon et la paix, aspire à la vie commune qu’il défend et cependant met en péril dans le même temps. Ainsi celle de Donna Noble, apparaissant à point nommé et disparaissant de même, à qui sera offerte la possibilité, comme à lui, de voir l’existence qu’elle aurait pu mener, et de choisir entre celle-ci et son destin. Ainsi celle de Martha Jones qui, comme Rose avant elle, mène une vie plus que normale, entre histoires familial et travail à l’hôpital, jusqu’au moment où elle croise la route du Docteur, passant puis patient à deux cœurs. Des hommes casqué, de l’électricité dans l’air : il n’en faut pas plus pour partir à l’aventure, parcourir l’univers et s’y sentir « comme chez soi ».

Hanté par le passé, tourmenté par la culpabilité, le nouveau Docteur en est parfaitement conscient, à qui l’on reprochera désormais ses agissements, et qui reconnaîtra face à Donna qu’il a bel et bien besoin de quelqu’un pour l’empêcher d’aller trop loin. Car, parce qu’il sait plus que quiconque que tout à une fin, qu’il se sait en sursis et le craint, il ne renonce jamais, défiant et fuyant sans arrêt la mort pour finir par refuser tout changement qui ne soit pas le fruit de sa volonté, tant il s’est attaché à cette incarnation et à ce personnage dont on peut dire sans hésitation : « Il est comme le feu, la glace et la colère. Il est comme la nuit et la tempête au cœur du Soleil. Il est ancien et éternel. Il brûle au centre du Temps et il connaît l’avenir de l’Univers. Et…il est merveilleux. »

Tel est ce Dixième Docteur, dit Ten, comme Tennant, David, son interprète, dont l’histoire se confond avec celle de celui-ci et se résume en un mot : Brilliant. Fan de la série depuis son plus jeune âge, devenu acteur dans ce but, refusé puis travaillant en coulisse, il est finalement choisi pour ces trois saisons hautes en couleur durant lesquelles il saura si bien endosser le rôle qu’il deviendra LE Docteur pour bon nombre de téléspectateur, si bien qu’il faudra longuement préparer sa sortie et l’arrivée du suivant, qui ne se fera pas sans heurts ni pleurs. Mais on ne reste jamais triste longtemps avec le Docteur comme nous le verrons la prochaine fois.



Crédit photos et vidéo : BBC - Doctor Who - The Official Site

jeudi 11 octobre 2012

Manège, Rodrigo Rey Rosa


Rodrigo Rey Rosa, écrivain guatémaltèque, est l’auteur d’une vingtaine d’œuvres courtes dont près de la moitié a été traduite en français, parmi lesquelles Manège, sorti le 6 septembre chez Gallimard.

C'est le premier ouvrage que j’ai eu l’occasion de découvrir à la librairie dans le cadre du prix Virgin 2012 pour lequel il n’a pas été retenu, mais aussi de la rentrée littéraire dont il fait néanmoins partie, raison pour laquelle, bon an mal an, je tenais néanmoins à le présenter.             

Cela commence comme une nouvelle, ou un conte initiatique à la manière de Borgès, d’où transparaît l’étrangeté sous le vernis de la couleur locale. L’auteur, témoin et narrateur, se met en scène, écrivain à qui l’on conseille d’écrire sur le sujet tandis qu’il accompagne son père à une présentation de chevaux andalous pour fêter le vingt huitième anniversaire du fils d’un patriarche local.                

Après avoir resitué le contexte, décrit la rareté des femmes, l’importance des hommes et celle des armes sans manquer de s’en étonner, l’on comprend très vite que le sujet n’est pas celui que l’on pouvait de prime abord mais fait suite à la mort de Douro II, l’étalon le plus cher, dont le box a été incendié. Rodrigo fait alors la rencontre de Jésus Hidalgo, étrange avocat qui lui suggère à point nommé de  « s’atteler » à étudier leur « réalité » et à « transformer ces évènements en fiction ».

Débute alors une enquête susceptible d’impliquer non seulement le patriarche et son fils, étrangement surnommé la Vieille, mais également le fils de celui-ci, prétendument envoyé à l’étranger, de même que la cavalière, l’écuyer et son enfant. Les personnages sont présentés, leurs relations établies, des hypothèses sont ébauchées, le plus souvent suggérées par l’avocat à l’écrivain qui, du coq à l’âne et de fausses pistes à la découverte fortuite d’un tunnel, de faire-valoir à facultatif évoluera progressivement pour se muer en personnage indésirable.  

« Des petits livres » qui « se lisent facilement », ainsi Rodrigo Rey Rosa évoque-t-il ses œuvres quand l’un des protagonistes le questionne à ce sujet. L’on ne saurait dire mieux de cette histoire qui, bien que chemin faisant, demeure fort monotone, trop rectiligne, trop expédiée peut-être, où chaque rebondissement n’est qu’un prétexte à introduire un nouveau cliché, où la confusion des genres se substitue à l’imagination pour donner naissance à un genre de vaudeville écrit par une Agatha Christie égarée chez Tintin et les Picaros.

En somme un curieux manège qui ne mène nulle part, sinon à pas grand-chose, et qui, malgré et par ce parti pris pour le moins original et l’atmosphère particulière qui en découle, tente d’attirer l’attention faute de présenter un quelconque intérêt dans la forme ou dans le fond. Une nouvelle, disons une novella : voici à mon sens comment il faut voir cette œuvre d’une centaine de pages à peine sur les 150 annoncées, qui se suit un peu à la manière des séries télévisées du même nom, en se prélassant un verre à portée de main tout en profitant des dernières chaleurs de l’été indien, et que l’on peut choisir de zapper sans hésitation.

lundi 1 octobre 2012

Chamame, Leonardo Oyola

Après La Vie et Appâts Vivants, toujours dans le cadre de cette rentrée littéraire, en avant première grâce à Libfly et au Furet du Nord que je tiens encore à remercier, l’opération On vous lit tout continue avec ce troisième ouvrage, intitulé Chamamé.  
Septième roman de Leonardo Oyola, c'est le second traduit et publié en France par Asphalte, jeune maison d’édition parisienne fondée par deux « deux passionnées de culture urbaine, de littérature contemporaine et de bourlingages en tout genre » qui vient de fêter ses deux ans d’existence. Il a reçu en 2008 le prix Dashiell Hammett de la Semana Negra, récompensant le meilleur roman noir écrit en langue espagnole.

« Chanson et danse » à la fois, le Chamamé, ce genre musical qui signifie en guarani « agir sans réfléchir » donne le ton à cette histoire de bandidos narrée par Ovejero, dit Perro, qui, rivé à son pistolet surnommé Itaqua, s’est lancé à la poursuite de Noé, son accolyte pas catholique armé d’un coutelas baptisé pasteur Jiménez. Et c'est peu dire que ces deux-là n’ont pas besoin de guarana, qui ne connaissent de réflexions que celle du soleil sur l’asphalte, et d’adrénaline que celle que procure la poursuite. 

Car Perro veut sa part mais surtout se venger de la trahison de Noé, parti bâtir une église ou quelque autre château en Espagne avec l’argent récolté au cours d’un kidnapping ayant mal tourné. L’occasion rêvée pour méditer sur un présent et un passé hantés par des rêves qui ne commencent jamais et des jours qui n’en finissent pas, où la consolation finit toujours par céder devant la fatalité et où l
es voies du saigneur comme les voix du juke-box, la foi comme les foies, donnent des ailes à ces pirates de la route dont les magouilles finissent toujours par déraper. Personnages singuliers et stéréotypés à la fois ils vont laisser dans leur sillage, comme une traînée de poudre, une ribambelle de demi-orphelins, de filles faciles et de macchabées qui n'ont en commun que leur trivialité.           

Sorte de Pulp fiction criblé de références à l’enfance et aux dessins animés, de Heidi, de Musclor, de Goldorak, de Schtroumpfs et de Cosmocats, Chamamé est un road movie au rythme endiablé et indéniable mais au goût contestable à l’instar des Rues de feu, film culte du personnage, ou de cette bande-son qui semble avoir fortement marqué l’ouvrage, de Bon Jovi à Springsteen en passant par Corona, Shakira, Def Leppard et autres groupes patentés dont les clips illustrent la cavale de héros ringards musclés et permanentés.   

     
Olivejos retrouvera-t-il le pasteur ? Existe-t-il un avenir pour l’un, pour l’autre, pour les deux ?
 « Tu connais la fin du film ou je te la raconte ? » nous interpelle le narrateur. Les deux répondra le lecteur averti. Mais, parce que le style et l’action se substituent ici à l’imagination, et parce que le chemin importe plus que la destination, il lui laissera le soin de se la raconter sans pour autant s’en laisser conter, comme il le ferait d’une série télévisée à mi-chemin entre Entre Dexter et Breaking Bad. A prendre ou à laisser ? C'est vous qui voyez, je vous laisse le choix, comme dirait Noé. 



Pour ma part l'opération On vous lit tout se termine ici avec ce troisième et dernier ouvrage, mais se poursuit sur Libfly avec les autres romans français de la rentrée littéraire et sur On vous lit tout, évidemment. Je tiens à remercier chaleureusement Libfly et la librairie Furet du Nord grâce auxquels j'ai pu lire en avant première les titres de cette rentrée littéraire pour la seconde année consécutive, pour le sérieux, la passion et le plaisir qu'ils ont su une nouvelle fois communiquer à cette occasion et que j'ai pu à l'instar des autres participants de cette opération, partager à mon tour.