mercredi 28 février 2018

Pas Billy/Billy (Julien d'Abrigeon contre Pat Garrett) – Partie 1/2 : Pas Billy, Julien d'Abrigeon

Croiser le fai-/-re et le di-t/-re. En train de. Cheval de. Trait, d'un seul. Entre les (d-/y-eux). Regards qui se portent – ne pas loucher, broncher – s'évitent, se suivent, pour mieux se (ren)contrer/confronter. Pas un. Pas un(e) geste (mais deux) qui. Tisse la vérité/brode le mensonge. (Tu) Perd(s) (à face)/(Je)Gagne (à pile). Gauche/Droite. Cut-up-per-cut/-class. Fortune cookies truqués, pépites sur lesquels les dents se cassent, les mains se lèvent, les coups de pieds aux. Se perdent les balles dans les. Trous de mémoire, ornières.

Pas Billy. Pas Garrett. Donner/Laisser sa ou la chance/parole à chacun des deux. A celui qui (s')échappe, (s')exp[l]o[-re/]-se, en vols et cavales/Au planqué qui a (at)tiré le premier, (l')a lâchement dégommé. La proie pour l'ombre, l'alter pour l'ego. Envolées lyriques et embuscades.

Lectures croisées, success-/addict-ives stories. De Pas Billy the Kid, de Julien d'Abrigeon, sortie le 12 mars 2005 dans la collection Niok des éditions Al Dante. — A ce jour épuisé. De La véritable histoire de Billy the Kid, de Pat Garrett, dans la traduction d'Estelle Henry-Bossonney, préfacé par Thierry Beauchamp, sortie le 9 janvier 2008 — Réédité le 10 avril 2017 dans la collection poche Griffe Famagouste d'Anacharsis.


Part one (1/2)Pas Billy the Kid, Julien d'Abrigeon
Alias le roman avorté de Lew Wallace Alias l'arme à gauche
— Alias un bouquin qui se lit encore quand le Far West revient au pouvoir aux USA 
et frappe à nos portes [dédicace]

Billy the Kid → William H.Bonney → Henry McCarthy (qui n'est pas the McCarthy) : Nom surnom prénom dérivé hypocoristique diminutif pseudo-/crypto-nyme vrai nom. Généalogie en boucle d'un homme fait par lui-même et les autres — self-made/-fish-Kid (« N'ayant presque pas connu son père, il n'a pas fait carrière dans le crime sous son patronyme. ») Regarder d'arrière en avant, d'hier à aujourd'hui, ici et là, le désœuvrement, les larcins, le délit de. Fuite et mort d'un héros fait de héros, ses pairs – de Jesse et Frank James, de Ned Kelly, des Daltons, de Bonny and Clyde (Hors site 4&5 – Etaumne) jusqu'à Mesrine (qui n'est pas cité ici — trop loin, trop proche) – tous abattus lâchement et sommairement. Leur(s) crime(s) : avoir volé les riches, les éleveurs, les propriétaires, pris les armes contre l'injustice, les banquiers et les policiers.

« Je construis les héros que je recherche. Je recherche des héros pour me construire. Je ne rencontre pas mes héros alors je les recherche, je les construis. »

La réalité du héros officiel : Lew Wallace, génocidaire, Buffalo Bill, Tristesse de la terre. La poésie du héros populaire : Pas Billy, criminel malgré lui, nous & vous, la geste de l'esperluette. Passer par le cinéma, la musique, l'orient – Constantinople – chercher la lumière du levant au couchant. Ecrire du Far West de l'Europe sur le far Far West des States. Suivre comme son ombre – pas plus ni trop vite – et marcher dans les pas de Billy the Kid → tomber→ sortir→ éviter les pièges/la traque. Narrer tout ça, se marrer en se disant à quoi bon pourquoi pas, con-ten-/-ter le diable/se jouer de/se reconnaître en lui — « Maman m'a dit qu'un flingue est la main droite du diable, main droite du diable, main droite du diable maman m'a dit qu'un flingue est la main droite du diable. » (A main gauche, La Mer gelée, numéro Maman).



« Il est, dans les foires, des labyrinthes faits de miroirs et de glaces, où seul notre reflet nous guide (…) Il nous & vous faut pourtant prendre la route, à bras-le-corps, comme un courage à deux mains, une droite, une gauche, une deux, droite gauche. »

Entre chien et loup, la proie et l'ombre. De l'un à l'autre qu'un pas (cap ou pas). Etre flingué ou pas. Pique la curiosité, Henry. Bouffe les pissenlits, Billy. Mauvais garçons, fils à/de, fais (pas) ci, (pas ça) fissa. Et puis soudain, épisode 1 : BTK versus GIPN (« le Bronx dans le Massif central », Sombre aux abords, abroad & inside), l'arme à gauche — automatique, l'arme. Violence-roquette en bandoulière, la cible comme marque-page. La patience de mise (à toute/rude épreuve), la monnaie émise. Remisé, épuisé Billy, la tête mise. A pri-x/-s (cher). Journal, orthophonique, épistolaire d'enfant sage et drôle et fier. Jeux du je, d'écriture à contrainte d'amateur de pointure, marcher dans les pas toujours jamais croiser son double et son contraire paradoxe spatio-temporel et génét(t)ique assumé — (« La diégèse est l'univers spatio-temporel désigné par le récit » (Gérard Genette, Figures III) — Je suis Billy the Kid/Je m'appelle Zaroff est le nom que l'on me donne.

« Décapsuler des dindons au revolver est un jeu qui permet de tuer le temps et, accessoirement, des dindons. »

Empr-un/-ein-ter une plume, un chemin, une histoire. Le rayonnement fossile d'une star. En (re)venir aux faits divers et réels (quand la réalité étriquée se prend telle qu(')elle (est) pour le grand ensemble du réel), psychologie de conte def (inside abroad again). Pat & Bill copains comme cochons tuent des dindons comme d'autres vident des canons, s'entendent comme lardons, fixent leur baromètre et leur boussole morale selon leurs propres inclinations (« l'Ouest c'est la gauche »). Pour le(s) comprendre il faut suivre l'homo-/la paro-nymie, les analogies, lire entre les lignes, déchiffrer l'écriture spécul-ative/-aire [miroirs]. Sans tain/taire, voir à travers. La page, par transparence, révélant une histoire différente [//parallèle//]. Explorer de toutes les façons (l'un) possible[s] l'imaginaire et l'inimaginable.

 
« Pas Billy à la même coupe de cheveux que lui-même (s'il est le vrai Billy). »

Reconnaître Billy/Pas Billy (« On ne sait pas qui n'est pas Billy the Kid ») quand on le/il se croise si on/lui-même survit ((« Je suis Billy the Kid. Je tue les méchants et les gentils. Je tue tout. »). Porte le chapeau (« Je suis Davy Crockett. »). Suivre les flèches (« “Dindin” (d'Indien) »). Préférer le calligramme à la calligraphie, les alias au déni, au dédain, aux faux sangs blancs, visages pâles aux langues fourchues figeant le râle du héros, spéculant sur la couleur de son cheval. Distinguer l'identité du rôle. A court, Billy cours/ne court plus/n'a plus cours (rEwArD wAntED DEAD or Alive (« Je vaux aussi cher vivant que mort ») 500 $ → 1000 $ → 5000 $ → 0 $). A bout de souffle comme un pour un Godard/dollar de plus. Choose life, going to Mexico (I mean down in Mexico, Just look up a cat named Joe), or not — « Je suis l'ennemi public n° 1. Je suis le mal, ils sont le bien. Ça se discute. » ou pas.

« Billy va devenir ce qu'il ne doit pas être aux yeux de tous, un homme. »

Quand ça se discute, ça s'écrit, Billy y compris. Chez Ondaatje, Julien d'Abrigeon retrouve SON Billy. Impression de déjà vu, soleil couchant. Gestes et mots s'échangent, l'auteur s'épanche, se confie à ses amis, à ses lecteurs ici. Billy devient PAS Billy. Genèse et exégèse du héros qui poursuit son chemin jour et nuit — « J'ai peut-être, comme Wallace, un véritable héros sous le nez. Je vois 1650 adolescents par jour. Je ne vois aucun héros. » Alors Julien enquête, en quête de héros se penche sur les négatifs, les films (micro ou non), dé-classifie/-construit son homme, empaille, se dé-mène/-penaille. Parler de soi avec les mots des autres, des autres avec des mots à soi. De Wallace, de John Wayne, de Liberty Valence qu'il tua, de JFK, du pétrole, des Indiens, du bétail, de tout le toutim le totem, c'est tout un. Sur le grill, Buffalo. Les pieds dans le plat, sur la sellette.



« Je n'ai plus envie de me battre je n'ai plus de feu, de plus j'ai pas touché une arme depuis la publication de votre avis de recherche don't want to shoot them anymore. Quant à mon attitude, demandez aux gens d'ici, chacun vous dira que la plupart des habitants sont mes amis ouvre-moi ta porte, et qu'ils m'aident de leur mieux, prête-moi ta plume (...) ouvre-moi ta porte où je frappe frappe frappe en pleurant »

Quand ça ne se discute pas, c'est au lasso que ça se (la) joue. Les cowboys dans les cités, la grosse artillerie pour ne pas manquer d'aplomb, la même rengaine dégainée chaque fois (la bible tout ça) : zones de non-droit et insécurité. Même là, même las, Billy essaie. Témoin du crime sans l'avoir commis, rejoint par Julien dans sa lettre au gouverneur Wallace, dans cette fiche de personnage, par le livre et le flingue, malgré le gaucher passé à droite, dans la ré-ction/-pression, la confusion et la perte, malgré l'art de la guerre devenu cochon. Depuis, le porc devenu président, le trouble de l'ordre public et l'objection, l'antique mensonge devenu vérité – Lingua Trumpii Imperii : fake news, alternative facts (« Les mensonges sont vrais, les hommes de droite prennent le pouvoir, la Bible est là, tout est en place pour le show. ») – le bizz, le bisbi, le grisbi, le biffeton idolâtre sur lequel figure dieu le père (bien et mâle réunis en un clin d'œil), Amen. 
 
« Je suis pas content. Je suis Billy the Kid et je suis pas content. »

Epuisé Billy/Pas Billy. L'enfant, avant d'être homme/Le livre, en l'état actuel. Des choses, il s'en est dites pourtant. Il s'en dit toujours. Il s'en dit à l'instant. De lui, d'eux, on espère qu'il s'en dira encore. L'homme manque, le livre manque. Pas les mots, pour s'écri-re/-ers et dire. Le mythe & la vérité, le sens & le sentiment, qui perdurent. Ce qu'il faut de cran et d'injustice pour faire un héros malgré lui/les autres, ce qu'il est/naît (won't you please come home where the grass is green and the buffaloes roam ? ). Victime de préjudices à répétition, rebelle aux lois plus que bandit, justicier plus que brigand, Billy, plus qu'il dénonce, venge le sort fait aux pauvres et aux Hispano-américains par une autorité et une justice corrompues. Temps et ballade des pendus. Ni super vilain ni super héros, Pas Billy the Kid est Billy the Kid comme et pas comme Pas Liev est Liev. Au bout du nez (trop court), la corde au cou (trop haute), les flics au (cut).


« Je ne suis PAS Billy the Kid. »

Se sortir/Sortir Billy/Ressortir Pas Billy de là, de sa prison de papier maché, de sa silhouette de carton-pâte, enchaîné à son destin comme Ulysse à son mat. Lui redonner/laisser l'occasion de. Se déchaîner (Je ne suis PAS Billy the Kid). Tracer son propre horizon : devenir mur [ne plus porter le chapeau]. Ou bien de. Se rendre (c'est à dire pas au Mexique, Billy the Kid partirait au Mexique). Grandir, « tuer le gamin en moi » (promis-juré-craché), se défausser (chasser les fossettes), (se) réaliser. Trop tard (trop tôt pour le dire) trop tentant (« Je me construis en tant que héros. Je suis Billy the Kid ») : il faut que la légende s'écrive en lettres d'or, ou de sang. Sors de là, basta(rd), affronte les sirènes. Par()le haut, pare les coups bas. Get out Billy, prends ton BOB (Bug Out Bag), out-law ! Quand on cherche, on finit toujours par trouver plus fort, plus riche, plus malin que soi. Un de toi est de trop dans cette ville. Marche pas à l'ombre, pas les pieds devant, walk the line du bon côté de la barrière, évite les barbelés, les Bartleby. Fait gaffe à la gâchette, à la main froide qui défaille, hésite (une sec, une seule cette fois) et il n'y aura pas de duel. Pas cette fois.

« Je n'étais pas chef de bande, j'étais juste du côté de Billy. »
(Billy the Kid au Las Vegas Gazette, 27 décembre 1880)

Fan et féru de Billy, de musique (Dylan et Phil Ochs pour ne citer qu'eux), de cinéma, Julien d'Abrigeon met tout cela dans la besace de son Pas Billy. Balance la bande et le son – le fils prodig(u)e, le Kid quoi – en haute définition. Lui redonne vie, liberté, indépendance. Démonte, met en evidence les réseaux qui participent à la fabrique moderne de l'homme, du héros et de ses interprétations mythiques, musicales et cinématographiques (6 degrés de séparation 4,74 d'après le New York Times, 3 dans le même pays) de l'Amérique, du Nouveau Western (Les States sont une sorte de multinationale). Remonte les sources, descend en rappel, décroche, se rafte, se précipice, s'inscrit en vrai-faux contre la légende officielle et ses produits dérivés qui dépolitise le sujet pour en faire un objet — T-shirt du Che et drapeaux Bob Marley. Redonne voix et corps et sang et eau, un colt et des cartouches à son héros. Un héros actuel, né trop tard, mort trop tôt.
 
 « Laisse là ce je Fonce tête baissée Baisse toi & fonce Tête baissée »
(Julien d'Abrigeon dans Pas Billy the Kid, à découvrir sur Tapin².)

Pas roman, c(h)oral, poétique et politique, bourré de références, d'interférences, d'ir- et de révérences, Pas Billy the Kid est, à l'image de son personnage, un pro-/su-/ob-jet protéiforme, dont on suit la (dé)construction virtuose par ana-/méta-morphoses. Un texte juste et attachant sur l'enfance et la construction de l'identité par et malgré le jeu et le masque (la persona, lat. per-sonare : parler à travers). Un Billy/Pas Billy the Kid en kit, plus complet que jamais. Beau, sincère, drôle et touchant, ludique, stimulant, inspirant. Qui donne envie d'aller plus loin. Qui a déjà quelque chose du Zaroff (Léo Scheer, collection Laureli, 2009), du Sombre aux abords (Quidam, 2016 ) de son auteur. Des Deux scènes familiales de la vie du Général de Marc Perrin (Général Instin, Anthologie, Le nouvel Attila, collection Othello, 2015), de la geste de Farigoule Bastard de Benoît Vincent (Le Nouvel Attila, 2015 ), ou encore d'Anne Kawala, Le cow-boy et le poète (Chevauchépris) (L'Attente, 2011).

De ces textes qui. Slament & slashent avec panache, s'ellipsent, se confient, se donnent, se prêtent. Attention à la forme comme au fond. Qui touchent, typ(ograph)iques, et tapent. A l'oreille s'élèvent encore. A la voix résonnent plus fort. Des textes qui en ont, vont et viennent. De pairs, de cœurs. Et qui font. Qu'il faut. Que l'on doit. Rééditer Pas Billy the Kid de Julien d'Abrigeon (s'il y a un éditeur dans l'article, ou s'il est un qui viendrait à s'y retrouver). Le lire et le relire (si/quand/et toutes les fois où on le peut/pourra). Et lire La véritable histoire de Billy the Kid par Pat Garrett pour savoir à qui l'on a affaire, et lire (et dire) et faire tout ce que l'on (en) pourra (franchir les barrières et tout ça). Pour que l'aventure littéraire et réelle se poursuivent (l'une l'autre) et que, par elles, le Kid et ses pairs continuent à vivre.


Remerciements : à Julien d'Abrigeon pour ce livre et pour cet exemplaire, l'un de ces trop rares en circulation et qui demeurait en sa possession il y a plus d'un an déjà (et qui ne perdait rien pour attendre — le temps de partir en cavale pour mieux s'en saisir).

Crédits : Photos © Eric Darsan (Photos de couverture : Ok Corral dans le Cantal) Extraits et photos de Pas Billy the Kid © Julien d'Abrigeon, 2005.Photo pas de Billy : le Pas Billy de Lois Gibson créé à partir du Pas Billy de Ray John De Aragon qui serait le Pas Billy de Lucas. Source : © Santa Fe New Mexican & SFGate, San Francisco Chronicle. Vidéo © Moriarty, Naïve, 2007 (Jimmy, extait de l'album Gee Whiz But This Is a Lonesome Town) Visuel To be continued : One Piece © Eiichirō Oda, Toei Animation.

Coming soon : La véritable histoire de Billy the Kid, de Pat Garrett, dans la traduction d'Estelle Henry-Bossonney avec préface de Thierry Beauchamp, sortie le 9 janvier 2008 — Réédité le 10 avril 2017 dans la collection poche Griffe Famagouste d'Anacharsis. La véritable histoire de Billy the Kid (qui est sans doute) La véritable histoire de Billy the Kid (n'est résolument pas) La véritable histoire de Pas Billy (et probablement pas) La véritable histoire de Billy the Kid, mais plutôt (c'est à dire d'abord), comme le rappelle la préface : La véritable histoire de Billy the Kid, le fameux desperado du Sud-Ouest, dont les actions audacieuses et sanglantes firent de lui la terreur du Nouveau-Mexique.

vendredi 16 février 2018

Nota Bene : Le dernier cri, Pierre Terzian

[Un]happy few, sorties extravéhiculaires et récupération protoco(rol)laires [lendemains qui déc(h)antent, inaugurer les chrysanthèmes]. S[tra]pontanéité [prendre le train en marche, ne pas rester sur la bordure des quais]. Marketing Monop-holistique [Mon Cul C Du Poulet Bio, L'Art Ces Mes Champs] : telle est la liste non exhaustive des ingrédients et effets secondaires inédits et inattendus qui composent Le dernier cri de Pierre Terzian, sorti le 14 septembre 2017 chez sun/sun dans la collection echo.


« – Emballer un pont. Se tirer une balle dans le genou. Tatouer des porcs. Faire danser des tractopelles. Poignarder une plante. Vivre dans une cage avec un loup. Peindre le portrait de sa mère. Traverser une ville en criant. »

Klaus Grimon, fils de et pas fier de l'être, traîne ses guêtres entre délire et acouphènes, hante les lieux très fermés ouverts aux performances plastiques en toc les plus désespér-ées/-antes, dans l'espoir de [– sa rencontre avec Anna Mardirossian, metteuse en scène éreintée à force d'expédients, et un pétage de plombs/câble/baraque surnuméraire qui va faire de/bien malgré lui Le dernier cri, incarnation d'un milieu et d'une génération, vont le pousser à tenter de – ] sortir de sa léthargie.

Minimal Feelings, L'Igloo, L'Indien Sans Tribu, Redflag : entre blazes, slogans et aphorismes, à travers les vues, vies, et chapitres alternés de ses deux protagonistes, Pierre Terzian nous plonge avec humour et humanité au cœur du vivant et des problématiques de cette faune qu'il connaît bien, dépeint comme déconnectée du réel, non sans histoire mais sans désir, antihéros aux têtes d'a-/en-/ de dé-terrés, (dés)abusés par un milieu-miroir. Freaks naïfs et cyniques, embryons hypersensibles et exhibitionnistes qui tous cherchent comment faire partie (à tout prix) ou sortir (plus modérément) du système, du caractère primaire et castrateur de la culture subventionnée, enfants perdus et gâtés, récupérés et instrumentalisés par le marché.

« Les humains auront complètement assimilé la logique du marketing et l'appliqueront à ce qu'ils ont de plus intime. Ainsi le marché aura réussi sa plus redoutable mutation : il sera devenu la vie même (…) Bientôt les vraies gens n'existeront plus. »

Second roman de Pierre Terzian et premier roman de rentrée des éditions sun/sun, Le dernier cri prolonge le questionnement, la perspective d'une radicalité et le désir de construire ensemble de son précédent opus Il paraît que nous sommes en guerre. Et si l'on peut regretter que ce dernier cri ne réponde pas davantage que Jack London à cette question énoncée par ce dernier dans Quiconque nourrit un homme est son maître, à savoir celle du « candidat-artiste à la littérature au ventre qui réclame et à la bourse vide », sinon par l'absurde, la poésie et le renoncement, c'est bien parce que les alternatives paraissent ici aussi lointaines que le désir est grand de sortir de l'impasse où se rejoignent artificiellement les murs qui séparent la subsistance de l'existence, la création de ses conditions.

Roman post-moderniste sur le post-art, avec en exergue une citation du Chômage Monstre d'Antoine Mouton (dont Le metteur en scène polonais et Imitation de la vie s'attachent eux aussi, à leur façon, à déconstruire l'art à travers ses milieux), Le dernier cri est un bûcher des vanités lucide, cru et efficace, qui évoque immanquablement (et donne plus que jamais envie de se replonger dans) La Société du spectacle de Guy Debord (« Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s’annonce comme une immense accumulation de spectacles. Tout ce qui était directement vécu s’est éloigné dans une représentation. ») tout en incarnant ce qu'il dénonce, à l'instar de son personnage, sujet devenu (avec autant de sincérité que de second degré, d'ambiguïté que de talent, de questions qui demeurent posées et invitent à aller de l'avant) un objet dérivé que l'on s'arrache.

« Nous sommes de plus en plus nombreux. Ceux qui nous ont rejoints ont trouvé de quoi manger, de quoi produire leur art et des camarades.Nous avons rompu tous nos liens avec les institutions et opté pour l'embuscade, l'assainissement radical et la joie du manque.Nous volons du matériel, rançonnons, détruisons des icônes, enlisons les processus de sélection, continuons à nous infiltrer dans la vie artistique pour en être la source permanente d'implosions juvéniles. Nous sommes l'Inconfort. Le Miroir Déformant. Nous produisons des sensations troubles.
Nous sommes les Groupement Balafre.
Rejoignez-nous. »

Making-of : Le 26 octobre dernier à la librairie Le comptoir des mots, avait lieu la soirée d elancement du dernier cri, animée avec brio par Philippe Guazzo,  qui a su faire lui aussi, évidemment, le lien avec Debord, aux côté de Pierre Terzian, invité d'honneur qui a traversé l'Atlantique à cette occasion pour évoquer le livre et toutes ces questions et de l'équipe de sun/sun qui, depuis sa création, sait, toujours davantage « allier le fond et la forme et faire advenir le sens ».

Pour aller plus loin : lire ce qu'en disent très justement Lou et les feuilles volantes et Hugues pour la Librairie Charybde.