mardi 19 septembre 2017

La ville fond, Quentin Leclerc

Comme un blanc de mémoire, comme un bruit. Que fait la ville qui. Fond dans le lointain qui. Fait que tout change alentour. Effet papillon dont les battements retentissent, surprennent, entraînent. Vers le vide et un silence chargés. Comme un blanc de mémoire [un trou], comme un bruit. Provoqué par l'absence du théâtre des opérations, de la peste, de la quarantaine à laquelle sont soumis le héros et son autre – appelle-moi choléra – qui cherchent à atteindre cette ville qui peut-être n'existe pas (ou contient) plus que le reste. Comme un, comme un. Bris de mémoire dont les répercussions se font écho. Invisible, innommé, à moins que l'on y regarde, y soit, en soi. Soit. La voie s'ouvre devant nous. En route, il est temps, et plus, vers le petit village de Bram. En route vers la ville en route vers la fin en route vers le commencement en route vers La Ville fond, le second roman de Quentin Leclerc sorti le 07 septembre chez Les éditions de l'Ogre.


« C’est sous le soleil pourtant rare du mois d’octobre que la ville s’était mise à fondre. Bram marchait vers le bus dont les pneus avaient éclaté. Le chauffeur était accroupi à côté de l'une des roues aux pneus éclatés. Le chauffeur tentait par tous les moyens de regonfler le pneu, mais il n'y avait rien à faire, il avait éclaté. Bram posa une main sur l'épaule du chauffeur accroupi en signe d'encouragement : il n'y avait rien à faire. La pompe soufflait dans le vide. « Décidément se dit Bram, il n'y avait rien à faire. » »

Veuf(,) solitaire(,) étrange, Bram, qui doit se rendre chaque semaine à la ville pour se procurer ses médicaments, voit son quotidien bouleversé (comme l'a bouleversé la mort de sa femme) par la panne du bus qui l'empêche d'accomplir son rituel/de prendre son traitement. Naïf dont on suit le cheminement intérieur, violent à ses heures, débonnaire contrarié dans ses projets, taciturne tournant sept fois ses pensées dans sa langue si particulière avant de parler, psychopathe qui s'ignore, malade ou drogué en manque, rêveur égaré, mort qui se prend pour un vivant, Bram – qui (n')est peut-être (rien de) tout cela, quoi qu'il en soit et fasse – demeure Bram avant tout au début de chaque phrase. Comme la ville fond à la fin de chaque paragraphe, nous apprenant ce qu'il semble ignorer encore.

Comme à l'annonce d'une nouvelle inattendue, aussi inconcevable qu'inédite malgré ses redites, le ton, le procédé, provoquent d'abord chez le lecteur, la lectrice, une hilarité quasi prodromique. La mort, la tempête, les arbres arrachés, la nuit, l'horreur : rien n'y fait ni n'arrête l'équipée de Bram et du chauffeur, qui s'entraînent l'un l'autre, tour à tour, dans une course poursuite contre la mon(s)tre. Les pas s'ajoutent aux pas, chassés le plus souvent, pour éviter ou tenter de saisir au vol, à l'aveugle, ce que l'on ne peut voir venir. Et quand bien même tout ne serait que construction mentale – celle du narrateur, celle de l'écrivain, de l'un ou l'autre des personnages, de la lectrice ou du lecteur – l'on continue d'ignorer, d'apprendre, d'interroger ce qui peut advenir quand la ville fond.

« Les champs bordant leur parcours avaient encore le blé haut. Des rangées de fils barbelés encerclaient des troupeaux de vaches coites. »

La ville fond, l'imagination et l'invention font le reste. Les scènes et les situations s'enchaînent, plus délirantes les unes que les autres, instillant leur logique et leur causalité particulières. Qui ne laissent présumer de rien, n'épuisent que les personnages qui y sont confrontés, résidents résilients de pays indécis dont les paysages se fondent pour en créer de nouveaux. Ami, ennemi, mort ou vivant : difficile, à travers les différents prismes, les différents calques, parfois réunis, de distinguer qui est qui de ces personnages, au nombre croissant, mais réduit. Qui se débattent/agissent avec. Démesure, strips, trips, tripes de types qui n'en manquent pas. Qui fondent un câble, pètent les plombs, les choses allant de mal en pis sans qu'ils n'y puissent quoi que ce soit.

Irrémédiablement, inextricablement, le tout petit monde de Bram s'étiole, disparaît sous la complexité, l'opacité indicible, incompréhensible, d'une réalité qui s'évanouit, collapse. Les fuites, les meurtres, les dis-/rup-/pari-/tions s'étendent et se multiplient. Le bus, le bar, la boucherie, réservent toujours plus de mauvaises surprises. Les fermiers, les porcs, les policiers, se comportent contre toute attente, tout contre. L'impression de déjà-vu saisit le lecteur, la lectrice, au détour d'un personnage, d'un passage. Qui se déclinent à l'infini sans répit ni repos. Un détail choquant surgit ici (mine de rien), sur lequel le récit revient là pour mieux le réduire (à néant). Une scène atroce survient, que l'on croît avoir mal compris, qui se poursuit avec bonhomie.


« Bram croyait que les armes conservent quelque chose de ceux qu'elles ont tué. Bram n'avait jamais eu d'armes car sinon de la fenêtre de chez lui il aurait vu tous les morts, et il ne l'aurait pas supporté. »

Memory, mémo, memento mori : à ce jeu tous les doutes sont permis, aucune hypothèse n'est assez satisfaisante, aucune conviction aussi jouissive, que les coups de théâtre et dénis d'initiés que l'auteur et son personnage principal nous assènent et opposent, toujours a posteriori, prenant notre parti pour mieux nous rassurer/nous surprendre. Derrière la toile, cette tension constante. Nerveuse, sensible, l'attention tendue comme une peau de tambour. Qui vibre, tremble, tres-/sur-/soubre-saute à la moindre occasion. Comme un couteau, comme l'animal dont il est tissu se trame, s'éventre, rassemble, (recon)s(t)itue tous ses organes pour mieux nous sauter à la gorge, tigre ou mouton-garou.

La ville fond. La catastrophe et le récit se déroulent malgré tout, suivent leur voie en off. Le traitement des images à la fois photo- et cinémato-graphique (qui procède par calques, superpositions et ajouts subliminaux) du scénario (dont le développement fonctionne par tressaut-/scientill-/clignot-ements, variations et soustractions du nombre d'images par seconde), le soin apporté aux fondus, aux contrastes, aux lumières, participent à et de cette esthétique particulière, à cette tension qui gagne en intensité tout au long du roman, jusqu'à atteindre son point culminant, par-delà le mont Palmier, là où le mythe et l'épopée viennent transcender ce qu'il reste de réalité.

« La campagne était devenue pour Bram comme un trou encombré duquel il était incroyablement difficile de s'extirper ; comme un trou-pieuvre infernal. » 

Changements de focalisation, inversions du sujet, du complément, reconstitutions, répétitions de conjonctions, problèmes de coordination, perturbations, interférences, résurrections, allers et retours entre le rêve et la réalité, le futur, le présent, le passé, en avant, arrière, sur les côtés, voyage dans le temps et l'histoire, boucles et ellipses dans la forme et le fond : Quentin Leclerc enchaîne les sets et resets littéraires, joue des tours et tropes et topos, des codes et références de la télévision, des jeux vidéo, de rôle et dont vous êtes le héros (le plan d'évasion, le Village du Prisonnier, la salle de classe, les missions, obstacles, points de repère et de sauvegarde), mèmes et récurrences élevés au rang d'archétypes avec brio et force mise en abîme jusqu'à l'ultime. Jusqu'à la fin, sublime.

La ville fond, malgré son titre, propose un monde insis-/persis-tant, qui évolue à la fois sous les yeux et à l'insu de ses personnages, lecteurs et lectrices qui s'y laissent emporter, perdent pied, la tête et le fil dans cette ballade à fragmentation, véritable Marelle d'Ambre où les cartes s'abattent plus vite que des coups de pioche. Un univers aux archives falsifiées, aux registres changeants, aux passages dérobés au gore et au fantastique. Comme autant de dimensions et potentialités en mesure d'exister et de co-exister, qui rappellent la diversité et l'étrangeté du réel derrière son apparente, rassurante et quotidienne, banalité — « Sur la table de la cuisine, un mot de Bram indiquait qu'il était absent. Je suis absent – Bram, dit le mot. »

« Autour de son corps, dans le même temps qu'il franchit le talus, l'intégralité du décor se déchira. »

La ville fond est une histoire de, un livre-fou, beau, ivre et vrai, qui se lit plus qu'il ne se dit. Quand l'écrit était au cœur du premier, Saccage, l'histoire de ce second roman, Quentin Leclerc (se) la (ra)conte moins qu'il ne la v(o)it, avec un plaisir non dissimulé, contagieux, qui rappelle celui que l'on peut éprouver à la lecture de Katchadjian — des clignotements, sauts et boucles temporelles absurdes et oniriques de Quoi faire à la dialectique et à la noirceur de Merci. Mais quand Pablo Katchadjian s'installe avec ses meubles chez Borges, quitte à risquer la prison, Quentin Leclerc, où que puissent le mener ses expéditions, rentre toujours, mais pas sagement du tout, à la maison.

Pas Liev ni Enig marcheur, La ville fond s'en rapproche cependant par certains aspects, comme elle rejoint La Maison des épreuves et Les machines à désir infernales du Dr Hoffman et, avec elles, cette part, belle et originale, qui en mène large chez Les Editions de L'Ogre. Mais, surtout, s'il y a un monde entre Saccage et La ville fond, ce monde demeure le même. Une construction composite et labyrinthique dans laquelle l'on s'installe et se perd au point de ne plus savoir [la langue française comme la critique littéraire le permettent, entretenant tout à la fois l'attrait et la confusion] si l'hôte est l'invitant ou l'invité. Une œuvre qui se construit dans plusieurs dimensions, directions et styles, pas à pas, mot à mot, livre par livre.

Là où Relevés et romans se répondent, La ville fond et le fait bien. 
Souhaitons qu'elle continue à se répandre.
  
Crédit photo © Eric Darsan
Extraits © les Editions de l'Ogre 2017, livre publié sous la licence Creative Commons.

vendredi 25 août 2017

Farigoule Bastard, Benoît Vincent

Marcher à son rythme. Rouler comme une pierre. Aux sources, s'abreuver, se rafraîchir. Récupérer, prendre son temps. De la hauteur, du recul et creuser. Sans cesse, sans plus. Tarder ni ajourner. Ni le voyage, passager, ni le séjour. Prolonger, allonger. Les jours qui raccourcissent, le pas. Qui se fait, se font. Lourds, le ciel, le soleil, les pieds. De plomb, la lame, les ombres et les nuits. Qui s'allongent, s'étendent. Sur la voie, l'été. Les [deux] pieds sur [la] terre [ferme], bien plantés. En station debout, couché, explorer. En étoile, les paysages, leur géométrie plus variable que ce temps. Qui s'en fout, s'enf(o)uit décidément. Sous la terre puis les feuilles.

Reliqu-at/-aire des lectures de l'été au seuil d'une rentrée littéraire belle et chargée comme une Winchester sur la jugulaire d'un fermier, Farigoule Bastard, premier roman et premier livre papier de Benoît Vincent, sorti le 16 avril 2015 chez Le Nouvel Attila, invite dans une langue et un/e geste délié/e/s à renouer avec les paysages émouvants, vivants et contrastés, d'un réel crépitant sous la réalité. Comme un feu de camp, ardent, sous un buisson de genévrier.  


« Le voyage, un bon voyage ce serait, quoique certainement un peu long. »

D'abord, il y a la langue. Aux contours arides, qu'il faut suivre pour entendre, goûter pour sentir, la source souterraine, généreuse, quand elle sourd seulement. « Puis la meule essouffle : les lames sont aiguisées ça veut dire. On y va ça veut dire. » Le voyage annoncé a déjà commencé. Avec ses préparatifs et l'épopée teasée et le papet taiseux. Auxquels il faut rendre et visite et hommage et honneur (« Il enculait la pitié. Le fils, gêné en retour, souriait raide et se tenait droit ; l'endimanché de l'un répondait à l'ampoulé de l'autre »). & la poésie qui, forte, émane comme une odeur. & la liberté qui se dégage de ses contours si souvent contrits, arcboutés, mesurés au fil de l'époque : ne pas s'écarter surtout — ça va tomber, dit-on. On recule pour se faire une idée et tout tient. & la cabane et la langue (« Déshabiter, c'est ainsi qu'on occupe. ») que l'on déshabi-lle/-tue des apparats anciens pour faire renaître à des jours et cieux neufs.

« Il aime comme ça s'effondrer. Tout compte fait, ce n'est pas un voyage plus pénible que la tâche du jour. C'est comme le bras d'une rivière qui se perdrait dans les cailloux, une pause dans une chasse, un rêve. »

Ici les paysages, réels plus que réalistes, saisissent les sens. Tout est immensément vivant, l'humain en lien avec les éléments. Ceux du langage en corps, qui s'empreinte à la typographie. Il trace la route, Farigoule, s'écarte des sentiers rabattus, se fraie un passage à claire-voix dans l'écrit, les pages et l'épigé, se livre à la police, se délate au Courrier, en un élan, le souffle au cœur, envahit l'italique. Il y aurait tant à dire. Des lettres qui circulent, romaines comme des voi-es/-x (Climax viendra), arabes comme des chiffres, téléphonées. Des noms dits des lieux dits. Des plats et banalités qui tournent. De l'oral et de l'arable, du fécond et de la faconde qui façonnent l'argile récit. Le silence qui est respect. L'altermonde qui est l'autre face du cycle, pile sur la tranche, comme la terre plate fait sa révolution, en équilibre sur les marnes déversées en bataille. 


 « Farigoule se rameute, après cet éparpillement. Les questions pressent autour de lui comme des bougies. Il s'en passerait. »

Et puis, il y a l'histoire et ses personnages. Il y a Farigoule Bastard, héros et artiste malgré lui, qui doit gagner Paris qui lui consacre une rétrospective. Farigoule Bastard qui ignore pour quelle œuvre on prétend l'honorer. Farigoule Bastard qui ne l'entend pas de cette oreille. Farigoule Bastard qui, bon pied bon œil, marche sur la capitale. Dit son nom. Se l'épelle sans avoir froid aux yeux. Tel un Jean de Florette qui ne se la laisserait pas conter, mène le récit en bonne compagnie – la sienne – dans un roman oral qui devient c(h)oral avec le témoignage de Picris, l'intercession malvenue d'Excofier. Il y a la mule. Il y a la Vieille et il y a Celle, pour ce qu'on en sait. La vie que l'on se fait, se tait se dit. La dure, belle et vraie vie que celle-ci, intense, contenue et fleurie, fragile et suspendue, chant dans le chant, qui se déclare, amour ou maladie. Tout se pêle-mêle, mais se comprend. 

« On a traqué l'eau, et d'une pente et d'un sol, je te fais une mare,

Sans repos ni répit, Benoît Vincent ellipse, instine, instille, intime, ellipse et slam et numère et panache, se manifeste, s'ituationniste et s'incarne dans un Farigoule Bastard qui se transhume, se déclame, instruit pour la prise d'âme. Avec lui, partage le contenu de sa biasse (« Je prends un abricot.  — Va. »), en compagnon rompt le pain quotidien, lui offre un peu de speck (« comme une tranche de jambon fumé comme Je t'aime ») ouvre pour l'occasion et l'amitié sincère une bouteille de vin nu, far-fouille encore le fin fond de ses poches en quête d'un tire-bouchon, ex-hibe et -stirpe un bris de roche, une branche de thym en même temps qu'un couteau (« Qui a parlé d'un couteau ? »), dévoile un corps-mort dont on présume qu'ils sont autant d'authentiques reliques.  


« Farigoule Bastard est le premier récit (…) régionaliste mais dans le bon sens du terme (…) antichar (…) antigiono (…) découper selon les pointillés (…) de Farigoule Bastard. »

Farigoule Bastard est surtout le premier roman de Benoît Vincent, qui s'inscrit par son style puissant et exigeant, dans la lignée intime mais multiple des écrivains et écrivaines à la ve-ine/-rve elliptique et poétique, mythologique et expérimentale. Farigoule Bastard est aussi le premier ouvrage de Benoît Vincent, officier d'élite des troupes du Général Instin, à rejoindre le catalogue et donc la horde du Nouvel Attila. Farigoule Bastard est enfin le premier récit de Benoît Vincent, « botaniste des affects imperceptibles » (pour citer la très belle recension de Claro) et co-responsable de la revue Hors-Sol, publié, après l'avoir été partiellement en numérique (dans Le convoi des glossolales créé par Anthony Poiraudeau, repris dans BoxoN via Julien d'Abrigeon, Le Plexu-S de Mathieu Brosseau et sur le site de l'auteur, Ambo[i]Lati, qui relate tout ceci et bien d'autres croisées et chemins) ainsi que deux autres ouvrages (chez publie.net) – sur papier, comme le sera GEnove.

Une manière de figer le devenir – d'en-/d'in-finir ce qui a commencé – d'immortaliser l'éphémère, de transformer le geste en geste, l'histoire en épopée, pour mieux s'affranchir de leurs conventions, libérer la forme avec le fond, et les poursuivre dans toutes les directions...   

« on ne fait que se rendre, plus ou moins vite, plus ou moins bêtement, plus ou moins courageusement à ce qui ne fait pas sens, ne fait pas œuvre, à ce qui n'a pas bouche, ce qui [n'a pas voix], ce qui n'a pas timbre, et qui pourtant résonne, et qui pourtant répond, répond de moi, répond de toi, et mettra un point final...»


« L'été, tout à présent, ce n'est plus un sujet de faceface.
A peine un pincement sur un écrin. »

lundi 17 juillet 2017

Hors site — Saison 3 : Printemps 2017

« En ce qui concerne la conservation hors site, le déplacement et l'extinction d'espèces, l'État partie, au vu de l'absence d'augmentation des menaces sur la faune et la flore de l'île d'Henderson, n'a établi aucun plan en ce sens, à l'exception de l'expérimentation qui a conclu que les marouettes de  Henderson pourrait être gardées en captivité pendant le programme d'éradication des rats. »
(Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture, Convention concernant la protection du patrimoine culturel et naturel mondial, trente-quatrième session Brasilia, Brésil). 


Hors site, saison trois. Rétrospective rétroactive — pers- et pros-pective dans le rétro. Entre le (prin)temps de la campagne et des c(e)rises. Des choses qui couvaient encore, éclosent, émergent à (grand) peine. Dernières balises avant mutation, premières sorties (de route). Se tenir hors (site/champ). Des phares, d'a(s)t[t](r)einte pour un moment. Retenir l'écrit, lire entre les lignes de démarcation, ne plus compter les heures. Mais les jours, multiplier les con-t/-fusions. Patauger sur la (gam)berge en attendant de pouvoir se jeter à l'eau. A-/de-vancer sur tous les plans dans le même temps/espace sans savoir quand penser ni (pour)quoi ni comment. Assembler des objets sans nom aucun, en lieu et place des sujets (re)connus par toi, soi, nous, les autres, en un : tous. Puis, sans crier rage, à l'abordage, suivre le flow. Enfin, mettre les voiles et (re)po[e]ser ses mots. 

D'ici vers ailleurs,
Quelques contenus que j'ai eu le plaisir de produire :


05 avril : contribution à Addict-Culture — Laissez-Passer de Juliette Mézenc, Les Editions de l'attente, sortie le 21 octobre 2016. Recueil géopsychocorpographique, entre-je(ux) de casse-briques et de mail(les), Laissez-passer, filer, comme la dentelle de couverture, tout ce qui vient à l’esprit pour mieux l’emprisonner dans la toile d’araignée de ce texte très actuel, synthétique, numérique, composite. Vivant aussi, c’est-à-dire chaotique, inachevé, en perpétuel devenir (…) Qui appelle, à l’instar des Samothraces et de Nkenguégui. À la métamorphose, mais aussi au surhumain et au multivers. À s’interroger, à l’instar de Pierre Terzian (Il paraît que nous sommes en guerre, sun/sun 2016) sur la guerre. À explorer les voies de la mytho/géo-logie/graphie empruntables par les migrants.
Lire l'intégralité de l'article sur Addict-Culture.

25 avril : contribution à remue.net — Nkenguégi de Dieudonné Niangouna, Les solitaires intempestifs, sortie le 11 octobre 2016. Agir au théâtre comme dans la vie, et vice versa. Plonger dans l'envers du décor. Traîner les corps-morts/mourants. Ne pas être le dernier. Arrimé, arrivé, à trimer. A tout crin, remuer ce qui p(e)u(t)e l'être, aurait dit Artaud. Mon(s)trer la contemporanéité de La Condition de l'homme moderne (Hannah Arendt) — la vita activa e tutti quanti (...) Troisième volet indépendant de La Trilogie des vertiges, Nkenguégi, Ronces et errances, est un texte brutal, riche et foutraque, tour à tour et tout à la fois libre et engagé, lyrique et vulgaire, barbare et sophistiqué, poétique et politique, en un mot : poélitique.
Lire l'intégralité de l'article sur remue.net.

29 Mai : contribution à Poezibao — Le miroir aveugle de Jean-Luc Parant, sortie le 20 octobre 2016.
Essais, confessions, journal de bord intime et extime, Le miroir aveugle de Jean-Luc Parant se dépl(o)ie suivant cinq mouvements (…) pour constituer une somme surréaliste, poétique et analytique, qui éclaire sous un jour nouveau ce grand livre de vie que constitue cette œuvre-monde initiée il y a plus de cinquante ans (…) Parcourir des yeux, des mains, l'œuvre de Parant, c'est accepter de (re)passer aux mêmes endroits, jusqu'à être sûr de n'en avoir oublié aucun, avant de découvrir une œuvre hermétique, mais ouverte, qui prend le temps et l'espace nécessaires pour aller au bout d'une chose, d'un sens, d'en expérimenter la totalité.
Lire l'intégralité de l'article sur Poezibao.



D'ailleurs vers ici,
Quelques événements auxquels nous avons eu le plaisir de participer/d'assister :


21 mars :  Rencontre avec Sika Fakambi et Nii Ayikwei Parkes, présentation de la nouvelle collection Corp/us à la Librairie-Café La Dame Blanche de Port-Louis. Une belle et stimulante rencontre humaine et littéraire, avec de magnifiques lectures, qui rendent compte de cette très belle collection  dirigée par la traductrice Sika Fakambi hébergée par les Editions Isabelle sauvage (voir ci-dessous ainsi que l'article de Lou et la page de la collection Corpus).

3 au 5 juin : Etonnants Voyageurs, Festival international du livre et du film à Saint-Malo. De belles rencontres et retrouvailles, du vin, de l'amitié, quelques découvertes et le prix Etonnants Voyageur décerné à Maryam Madjidi pour Marx et la poupée dont nous vous parlions, Lou et moi, la saison dernière ici et et qui avait, le mois précédent, déjà remporté le prix Goncourt du premier roman. Un week-end riche en émotions. 

Ici et là,
Quelques bribes de lectures/chroniques/écrits Hors site :


LU Le Temps des immortelles, Karsten Dümmel, Quidam. Traduit de l'allemand par Martine Rémon et sorti le 16 mars chez Quidam Editeur. Le destin d'Arno K., poète réfractaire devenu pour la Stasi « processus opérationnel (OV) », visé de façon « informelle » par des « mesures de désintégration ». Un récit alterné qui convoque trois temps. Un ''Aujourd'hui'' factuel et détaillé, écho aux rapports qui l'émaillent, usant et usé par l'usine, d'une RDA des années soixante-dix tout en nuit et brouillard. Un ''Hier'' quotidien, enchanté par les souvenirs colorés et nostalgiques de l'enfance. Un ''Demain'' où les descendants cherchent un sens au ''silence'' et la ''culpabilité'' qui président à la langue et aux mœurs au moment où meurt Christa T., « mater dolorosa de la RDA ». Des méthodes de la Stasi l'on n'apprend rien, ou si peu. Et c'est précisément ce qui fait la force du roman de Dümmel, victime devenu expert : comment, à partir de petits riens - de surveillances et d'assignations répétées et absurdes - d'une méfiance entretenue devenue paranoïa - l'on peut, par un mécanisme kafkaïen ou orwellien, pousser quelqu'un dans ses retranchements : à la révolte (Le Gaffeur de Malaquais chez L'échappée, Les gaspilleurs de Mack Reynolds chez Le passager clandestin) ou, comme ici, au suicide.

LU Caverne, suivi de Cadavres, Makenzy Orcel, La Contre Allée. Sortie le 14 mars. Un petit recueil d'une trentaine de pages, lisse, abrupt et organique, qui projette sur ses parois une flopée d'images bigarrées, mosaïque de souvenirs, matrice égotique et poétique – « tout vient du pire accumulé d'un moi à l'autre » – qui évoque, convoque tour à tour Caverne et Cadavres sans s'y attarder ni les quitter jamais – « l'absence de ports, quelle patrie ! » – si ce n'est, entre coups de sang et soupirs, constats et injonctions –  pour laisser entendre les échos ténus, mais vivifiants d'un Claro ou d'un Panero qui tonnent dans le lointain — « puisses-tu être l'acuité de l 'œil traqueur et le sommeil profond de la cible abattue ». Comme Aquerò de Marie Cosnay sorti quelques jours auparavant, « Comme Caverne, Cadavres est un poème intime, un retour sur les lieux de l’enfance, de l’intérieur. » Un texte personnel, qui requiert de l'espace, du mouvement - « Toute littérature est tentative de se maintenir en équilibre » - demande à être lu et entendu de vive voix comme il le fut le 20 mai dernier à la Maison de la poésie de Paris.

LU Dans le jardin d'un hôtel, Gabriel Josipovici, Quidam. Sorti le 3 mars et traduit par Vanessa Guignery. Après l'excellent et vaste Infini traduit par le regretté Bernard Hoepffner (qui nous a tragiquement quitté au mois de mai, mérite bien plus qu'une parenthèse ici, et dont je vous invite à (re)découvrir l'immense travail) qui avaient obtenu le prix Laure Bataillon, Gabriel Josipovici nous guide dans le jardin intime de Ben et Lily, Anglais en villégiature dans les montagnes italiennes. Toujours sur le mode du dialogue, longuement, mais sûrement, avec un sens de l'ajournement et de l'ajour consommés, Josipovici brode à nouveau l'histoire d'un moment. Celui d'une rencontre dont on se demande à quoi elle va donner lieu, littéralement, avant d'être catapultée au profit d'une histoire qui l'est tout autant. Un roman à la fois doux et étonnant, fractal et récursif, beau et vivant, mais dont les quelques coquilles, la structure, le mélange des genres – entre théâtre contemporain, script de film romantique et bandes dessinées de Lewis Trondheim – contribuent, au risque de perdre le lecteur, la lectrice, à rendre indicible, incertain, éphémère et fragile. 


LU et relu, sur les conseils de Julien Delorme et Thomas Giraud : Sister, Eugène Savitzkaya, L'œil d'or, sortie le 1er mars 2017. Illustré en couleur par Bérangère Vallet et éclairé par la touchante postface de l'éditeur Jean-Luc d'Asciano ainsi que par l'éloquent avant-propos d'Hélène Mathon qui a commandé à l'auteur ce texte destiné. A être mis en scène, comme il le fut aux Subsistances en 2015 puis à La Borde en 2016, lu à la Maison de la poésie de Paris en 2017. A é-/pro-voquer « le regard des normaux sur les anormaux ». A « Envisager ce qu'il reste de nous d'accueillant pour le différent ». A rendre/régler ses compte/s de/avec la maladie, sa perception et le rapport au corps (à ce sujet, outre Artaud ou Panero, bien évidemment, voir également Bernard Andrieu, Malade encore vivant, Le murmure, collection Borderline). A évoquer, surtout, la relation belle et duelle de cette sœur à son frère atteint de schizophrénie, cette « maladie des émotions ». Du conte –  La ballade – à la tirade – Le fragmenté. Le Dispersé. L'Eclaté. – jusqu'à ces Autres textes, du dégoût et à la colère, de l'extérieur à l'intérieur, l'on suit ce frère devenu malade, obèse, animal fantas(ti)que et monstrueux – « toujours autre, jamais soi » – dont on découvre progressivement l(')ap(p)réhension hypersensible et cauchemardesque d'une réalité et d'une actualité internationale fantasmées et néanmoins réelles, criblées de tortionnaires, de pu et de vers, de guerre et de morts-vivants. Entre opuscule de poésie, témoignage, et livret de sensibilisation, Sister est un petit objet extrêmement pensé et ciselé, difficile à saisir, à la fois beau et dérangeant, indésirable, mais nécessaire. Qui pose dans de nombreux domaines (politique, social, médical, création, édition, etc.) et à tous points de vue de nombreuses questions pour mieux bousculer l'évidence prétendue d'un apparent consensus régissant l-a/-es représentation/-s — « Nous fabriquons de toutes pièces l'idée rassurante d'un monde qui serait livré à des êtres humains sains et équilibrés ».

LU Où j'apprends à ma mère à donner naissance, Warsan Shire, traduit par Sika Fakambi, Corpus février 2016. Dans ce premier recueil d'une vingtaine de poèmes, initialement publié par Nii Ayikwei Parkes pour ses éditions fliped eye publishing, ici assorti d'un glossaire et d'une biographie sommaire, l'autrice évoque dans une langue juste et belle, hautement sensuelle, sensible et sexuelle, cruelle et acérée, le présent et le passé d'enfants, hommes et de femmes lié.e.s et en proie à d'autres (parents et amis, familiers et étrangers) mœurs et pays et expériences voulues ou subies, terribles (coups et viols, guerres et immolations, pertes et maladies) ou nostalgiques (L'été des choses que nous avons perdues), qui disent la violence du quotidien d'ici et d'ailleurs — « Ta fille a pour visage une petite émeute, ses mains sont une guerre civile, un camp de réfugiés derrière chaque oreille, un corps jonché de choses laides. Mais Dieu, vois-tu comme elle porte bien le monde ? »
Notre voix, Noémia de Sousa, traduit par Elisabeth Monteiro Rodrigues, Corpus, février 2016. Frères Frères Frères  Clament Clament Clament. Mots qui claquent et ressortent sur l'affiche, le disque et le livret très complet qui composent ce coffret cartonné. Lectures croisées dans le fond et la forme, dans les mots qui se succèdent puis se mêlent au travers de deux voix, de deux langues d'où naît une troisième, auxquelles s'ajoutent d'autres encore pour proclamer : « Notre voix s'est dressée consciente et barbare sur l'égoïsme blanc des hommes sur l'indifférence assassine de tous. » 
Blood Money (Remix), Maud Sulter, traduit par Sika Fakambi et Ana-Lisa Diete, Corpus, février 2016. Coffret à nouveau. Monique Kwesi Helga. Mots scandés, étirés, pour dire, à travers trois langues et quatre voix, l'histoire d'un couple et de leur fille. D'Africains d'origine, noirs dans l'Allemagne nazie, dans l'armée américaine, dans les camps, au Viet Nam. Le texte juste et poignant d'un adieu aux aïeux, d'un appel à la – bonne et mauvaise – conscience de chacun — «  Ferme les yeux et imagine un Allemand. »
Trois textes remarquables parmi les cinq premiers volumes (avec les magnifiques Negus de Kamau Brathwaite et La moitié d'un citron vert de Nii Ayikwei Parkes) qui inaugurent la très belle collection Corp/us, hébergée par les éditions isabelle Sauvage et dirigée par Sika Fakambi. Une collection graphique, poétique et politique, panafricaine d'auteurs et autrices aux origines multiples. Des titres et une collection plus que jamais d'actualité, sortis en février 2017 — «  Nul ne part de chez soi à moins que chez soi ne soit la gueule d'un requin (…) maintenant chez moi c'est la gueule des requins, maintenant chez moi c'est le canon d'un fusil. » (Conversation à propos de chez soi (au centre d'expulsion), Warsan Shire) Voir aussi le très bel article de Lou, qui transmet parfaitement la force et la profondeur du travail réalisé, l'émotion et la puissance d'évocation ressenties : Corp/us : traduire est un geste.


VU The Young Pope, Paolo Sorrentino, 2016. Saison 1 (10 épisodes en binge watching). What have we forgotten? Du rêve à la réalité, de l'intime à la démesure, le parcours et l'évolution de Lenny Belardo, jeune pape américain tout juste élu à la tête du Vatican. Hanté par son passé, saint ou démon, serviteur ou abhorrateur de l'institution, réformateur certainement, Lenny, dont la première homélie déterminera son nouveau nom et quel type de pape il veut et peut être, gère étrangement, mais sans ambages son image, ses émotions, son entourage. Subtile et séduisante, belle et touchante, drôle et intelligente, en un mot fascinante, The Young Pope est une série à l'image de son héros. Un rôle sur mesure, comme il n'en avait pas eu depuis longtemps, pour un Jude Law transfiguré tour à tour profondément émouvant et terrifiant aux côtés des cardinaux et magistraux Voiello et Spencer, Tommaso et Gutierrez, ou encore d'un kangourou aux allures de parabole. Grésillements, chuchotements, grincements de dents, intrigues et coups d'éclat – Knock Knock – ponctuent cette remarquable fable métaphysique sur le pouvoir et la volonté, la foi et la destinée, la solitude, l'abandon et le ressentiment, l'amour, la vie et la mort. Une série à (re)découvrir absolument, visuellement et acoustiquement aussi réussie qu'étonnante. En toute bonne foi et sans aucun doute LA série du moment.


VU Twin Peaks, saison 3, épisode 1 Retour à Twin Peaks, ou non. Après vingt-cinq ans d'absence, la série culte de David Lynch revient — sur ses promesses. Que s'est-il passé entre temps ? Que se passe-t-il à présent ? Difficile à dire à la fin de ce premier double épisode qui inaugure cette troisième saison. Plus sombre voire totalement badant, plus fou et psychanalytique que jamais, déroutant voire incompréhensible, dérangeant voire totalement creepy, David Lynch laisse libre cours à ses fantasmes dans une atmosphère Entre clip de Nine Inch Nails et Twilight Zone pour malmener, au travers d'une machinerie plus froide et plus perverse que jamais augmentée d'effets spéciaux anciens personnages perclus par l'âge et nouveaux violemment saisis par l'étrange. Face au sentiment de malaise et de frustration qui peuvent saisir les aficionados qui pensaient confortablement se reposer sur leurs acquis, la parfaite analyse de Jean-Philippe Cazier pour Diacritik : Twin Peaks n'est pas Twin Peaks.

VU Ni Dieu ni maître, une histoire de l'anarchisme, 1ère partie : La Volupté de la destruction (1840-1914) 2eme partie : La Mémoire des vaincus (1911-1945), Tancrede Ramonet, 2016, Temps noir et Arte. Indispensable, terrible et inspirant, pour (re)découvrir l'histoire de l'anarchisme telle qu'on ne vous l'enseigne pas à l'école : la politique, la liberté, l'égalité, la fraternité, la sororité, les révolutions et les communes qui constellent ses multiples théories et pratiques et expliquent un succès répandu aujourd'hui tu. Et, a contrario, les trahisons de la social-démocratie et du communisme d'état, leurs liens avec un capitalisme par nature inégalitaire, autoritaire et fasciste qui cultive le malentendu. Un document plus que jamais d'actualité, étayé par de nombreuses archives inédites et témoignages d'historiens. En attendant le troisième volet (1945-2001), encore en cours de production, ces deux premiers, provisoirement en libre accès sur Arte, sont désormais disponibles sur le site de la chaîne.


VU également L'assassin habite au 21, Henri-Georges Clouzot, 1942. Avec Pierre Fresnay et Suzy Delair. Librement quoique fidèlement adapté du roman policier de Stanislas-André Steeman publié en 1939, un divertissement sympathique et cependant empreint de l'ambiguité et de la noirceur de l'époque, avec des dialogues plus cocasses et caustiques les uns que les autres.  Underground, Emir Kusturica, 1995. Une fresque grandiose, hallucinée autant qu'hallucinante, juste et déjantée, avec des personnages plus hauts en couleur les uns que les autres. Près de trois heures de rires et de larmes pour dire à travers les joies, les colères et les trahisons de ce petit monde  l'absurde, la tragédie et l'horreur d'une guerre à l'autre en Yougoslavie.Interstellar, Christopher Nolan, 2014. Entre dystopie et uchronie, un film à tiroirs de près de 2h30 par le réalisateur d'Inception. Sensible, intelligent et visuellement réussi, porté par ce jeu sec et imposant auquel Matthew McConaughey nous a habitué depuis l'excellente et inégalable saison de True detective. L'année dernière à Marienbad, Alain Resnais, Scénario Alain Robbe-Grillet, 1961. Très librement adapté de L'invention de Morel d' Adolfo Bioy Casares, un film fascinant d'entrée(s), avec cette première obsédante première scène, description et mise en abime de l'intrigue et de la structure. Fragments de conversations, de pensées, d'images. Jeu de cartes, d'allumettes et de miroirs. Pièces du grand hôtel – lieux qui s'enchaînent, se mélangent, se placent comme – celles d'un puzzle. Intime et grandiloquent, dense, entêtant et répétitif, jusqu'au tourni, monologue d'un homme qui tente de persuader de leur liaison passée une femme qui semble l'ignorer, L'année dernière à Marienbad est un film dont on se souvient longtemps.

Et toujours, in situ :

Aquerò, Marie Cosnay, Editions de l'Ogre, sortie le 2 mars 2017. La bio de Bernadette Soubirous, la vie sans l'écrit, présence irradiée de joie, se situe bien au-delà des maux — la Vierge, si tant est qu'elle le soit, page entre les pages, n'écrit pas plus qu'elle ne se laisse écrire ou accroire. Soit : la littérature sinon rien. Alors, aller au miracle, comme l'on va. Au charbon retracer. Le parcours – initiatique, cela va de soi – de la première à la troisième en passant par la seconde personne. Où l'on naît, suit, ne fait qu'un avec les d(i)eux. Comme déesses, avatars : la fillette & la femme & la guide au lézard & la petite dame d'y(/i)voir(e) (…) Tours et retours et tournis : ritournelle. Phrases qui s'interrompent, abruptes comme des falaises, comme la lumière à l'entrée de la grotte, pour mieux réapparaître. Ici, l'ellipse règne plus que jamais peut-être dans l'œuvre de Marie – Sanza Lettere ceci dit – ainsi qu'une certaine folie (…) Mais aussi, comme souvent, le thriller et la mythologie, de Cassandre à Proserpine, de Cordelia la guerre à la nouvelle traduction des Métamorphoses d'Ovide qui verra le jour à la rentrée prochaine (…) Aquerò est un texte profond, puissant et beau, œuvre d'un genre à part, en soi. Hymne et tombeau, aria et adagio, peinture impressionniste à l'éclairage léger et certain, quoique furtif, qui demeure par l'impression laissée – un peu comme dans ces églises où l'éclairage des tableaux dure ce que dure la pièce introduite, mais dont le souvenir perdure, lumineux, au plus profond de soi.
Lire l'intégralité de l'article ici.


Rendez-vous ici même au début de l'automne pour le prochain article de la rubrique Hors site, et dès le mois d'août pour la prochaine chronique. En vous souhaitant à toutes et à tous un été chaud et ensoleillé.

Crédit photo de couverture : © Lou Darsan Crédit photo  et copies d'écran (!) © Eric Darsan.
Contenu des livres/films/sites extraits/capturés/photographiés/extraits © Editeurs et créateurs cités. 

mardi 20 juin 2017

Aquerò, Marie Cosnay

Le silence avant l'explosion, le calme avant la tempête, et pendant. Retour à l'essentiel, aux éléments. Impression (soleil, le vent). Sensations, sentiments : pour qui sont ces. Visions, disons. Pour l'heure, le temps. Celui qu'il fait, qui vient, qui passe. Puis le tonnerre, soudain, dans un déchirement. La chute, les genoux en sang, ou tout comme : l'épaule, la hanche. En jouer comme des mains et des coudes pour rejoindre les chemins de l'enfance. Des sentes déjà, l'instant d'avant. Revenir sur les lieux, l'effet, les événements. En quête de la forme apparue au fond de la grotte à la petite Bernadette Soubirous, de son interprétation et de ses variations avec le fort très bel Aquerò de Marie Cosnay, sorti le 2 mars 2017 chez Les Editions de l'Ogre.


« Cette fois, ce n'est pas une dégringolade, technique, c'est une dégringolade superémotive.   
Ce que j'ai vu je l'ai vu. J'ai cru le voir et je le revois. Le voir du fond du trou ou de l'état hyperémotif de l'enfance ou adolescence. »
 

Couleur, instants coulants. Comme s'échappant : un moment. La réalité de la perception, si subjective soit-elle — pour autant qu'elle le soit. Et après, pour ce que cela vaut/fait. De la vie, en veux-tu, en voilà, de cette fillette devenue. Femmes dont celle insaisissable que l'on voudrait qu'elle v(o)it. De ses yeux ronds comme des, comme deux. Ronds dans l'eau — « Restaient les grenouilles, ça m'allait mais ça m'allait un peu triste. » Un craquement, nom d'un chien, d'un cerf, non : d'une biche — « Dans l'histoire de cette histoire il n'y a pas de masculin. » Face à l'Histoire, l'histoire qui entoure cette histoire – psychanalyse de contes défaits, entre Alice au pays des merveilles, Enig Marcheur et Le Petit Poucet – est belle et vraie, sincère, sensible et insensée, féminine et indicible. Qu'on se le dise : « il n'y a pas que les mots. » La bio de Bernadette Soubirous, la vie sans l'écrit, présence irradiée de joie, se situe bien au-delà des maux — la Vierge, si tant est qu'elle le soit, page entre les pages, n'écrit pas plus qu'elle ne se laisse écrire ou accroire. Soit : la littérature sinon rien.

« Faire comme on apprend à faire, les choses pour les faire, 
sans regarder les choses ni l'amour ni le goût que j'ai de les faire ? 
Tu m'étonnes, tes migraines et ta nausée. »
 
Alors, aller au miracle, comme l'on va. Au charbon retracer. Le parcours – initiatique, cela va de soi – de la première à la troisième en passant par la seconde personne. Où l'on naît, suit, ne fait qu'un avec les d(i)eux. Comme déesses, avatars : la fillette & la femme & la guide au lézard & la petite dame d'y(/i)voir(e). Procéder par & – retourner, répéter, différer, bifurquer, ajourner (« j'ai toujours su que la journée, je ne dis pas la vie, mais la journée, modeste, il faut la faire tenir et c'est du boulot ») dans un mouvement elliptique – com(m)e on. Balise devant, les corps morts comme repères, aber(rant)s — « pour un peu je voyais la mer ici même ici au milieu des champs je voyais la mer et les langues de feu par-dessus, fâchées, serpentantes, rouges. » Chercher à sortir de la boucle temporelle/ale (image fuyante des tempes de la demoiselle qui s'échappent du voile).   

« des choses comme ça on n'y croît jamais 
jusqu'à ce que. »
 
Tours et retours et tournis : ritournelle. Phrases qui s'interrompent, abruptes comme des falaises, comme la lumière à l'entrée de la grotte, pour mieux réapparaître. Ici, l'ellipse règne plus que jamais peut-être dans l'œuvre de Marie – Sanza Lettere ceci dit – ainsi qu'une certaine folie et un humour certain – « Le mal nous poursuit, la folie nous poursuit, une montagne nous tombe dessus comme un gros singe alors qu'on est pas chez les gros singes. » Mais aussi, comme souvent, le thriller et la mythologie, de Cassandre à Proserpine, de Cordelia la guerre à la nouvelle traduction des Métamorphoses d'Ovide qui verra le jour à la rentrée prochaine. (E)cho(e)se d'autres livres. Ecchymoses d'une autre actualité, internationale comme personnelle. Intertextualité, expérimentation, expérience — de lecture, mais pas seulement. L'éducation et la vie, le doute et la crise de foi, la crainte de la mort et de la maladie comme l'on se baigne, deux fois dans les mêmes eaux. Lourdes, de sens, de sang et d'os.


« Est-ce que j'avais bien lu ? Bien compris ? 
  Bernadette et ses petites sœurs massaient des branches pour le feu et la vente. 
Et des os. »
 
Comme toujours, avec Marie pour guide, l'on sait où l'on est, et avec qui, mais jamais où ni comment l'on va : il faut s'abandonner — carpe diem et tout ça. (Se) perdre et (re)trouver — la voix/e qu'il faut prendre/donner pour cela. La petite fille ici, prend et donne, le pas comme le la, s'abandonne parfois. Au songe, à la vision qu'elle reçoit. La femme, à l'indolence, au désespoir. Qui la taraudent parfois, qu'elle cherche à caractériser, à adjectiver plutôt qu'à objectiver. Qui s'échappent pour mieux la happer — « Mon dieu, à dix-sept heures dans la grotte, je dis que tout est tordu et négligé. Négligé me brise en morceau. » Intimité de la grotte et des rêves, exploration de l'inconscient/de terrain. Remords et regrets, peurs et pleurs, épuisement des filles et femmes (at)terrées qui toutefois affrontent avec courage l'ordinaire et l'extraordinaire, le jugement et l'opinion, la terreur divine et l'interrogatoire dit vain.

« C'était un bon rêve de lumière —    
cela dit on n'était pas plus avancé à propos de Massabielle et de Bernadette. »
 
Wake up, little sparrow. Don't make your home out in the snow. Il s'est passé/se passe/se passera. Quelque chose. A l'intérieur de. La grotte/Bernadette/la narratrice. Récit torique, prosopopée gigogne — « (il m'appelle poupée, je préviens), accroche-toi poupée, on va décoller ». Cigogne ? Moineau – « un moineau qui parle la langue interdite que parlait Bernadette et que je ne comprends pas, mais je fais un effort, soleil rouge, vent léger ». Quelque chose a/a eu/aura lieu. Non comme une délivrance, mais comme un recueillement, une recon-naissance/nexion, le surgissement d'une conscience altérée – apparition/déclic/illumination – au contact de ce qui était là auparavant – remembrance – comme en attente. Comme une voix/e, son et lumière à la fois. Quelque chose que l'on n'a pas vu/aurait pu voir venir, le Verbe après le verbe, le présent après l'avenir. Une immaculée conception, empreinte toutefois de tout ce qui l'entoure.

« Le blanc est très lumineux ça fait une peur qui est de la douceur. 
Une forme est dans le blanc qui est tout ce que j'aime et me rend triste :  
ne nous prends pas froid. »
 
De cette faille, grotte ou caverne, qui pourrait être celle de Platon, de Zarathoustra ou bien d'autres encore, pas une, mais la — comme on donne le la, comme Aquerò au lieu d'Aquera, et vice versa. Lieu ancien, antique, unique car archétypale. Quelque chose comme venu d'ailleurs qui aurait pu passer inaperçu(e), que B.S. reçoit comme de l'extérieur, mais qui parle à l'intérieur, à l'image de cette peinture pariétale qui représente bien davantage que ce que l'on pourrait voir/(pour le)croire. Quelque chose d'étrange et de fascinant, de sauvage et de primitif. Qui prend naissance/conscience dans la prime enfance. S'éveille à l'adolescence. Se caractérise par une affection, une concentration de la pensée, des émotions et des sensations réunies en. Quelque chose de plus que l'être qui trans-ap-paraît et se surprend parfois au détour du miroir, du quotidien, d'une promenade, d'une rencontre, d'une idée qui sourde par intermittence puis jaillit. Quelque chose de naïf et de puissant. Fait de rites et de mystères qui se répondent en silence. Non de crypté, mais de cryptique, ontologiquement.


« J'ai peur d'aller jusqu'au bout. 
  Je suis coupée comme une herbe des champs. »
 
Autrement dit : littéralement. Qui tient du signe et de leur interprétation, ou non. Historiquement : ne m'en parle pas. Qui échappe aux hommes, et plus encore à ceux qui ne sont que rôles d'hommes à rollets, goussets, Rolex ou presque, en un mot : enrôlés. Abbés ou commissaires, préfets ou vacataires, c'est tout un. Monde d'hommes bornés en chasubles ou chaussures pointues. Qui n'ont ni part ni goût à l'engouement que suscite la gamine en pleine période post-révolutionnaire – le printemps des peuples, déjà plus de saison – paters austères, flics et autres pervers, gardiens obtus de l'ordre établi contre le miracle qui le défie. Pour qui le devoir est de voir et de dire, quitte à. L'insulter – pute, folle, petite merdeuse. Grossir ou annihiler ce que la fille voit, pour pouvoir. Tirer tout ça – chambre noire contre sabres – au clair. Le ou la saisir. La posséder. Et avec elle toutes les représentations qui suivront – « Pourquoi vous lui avez fait ce goitre ? Puisque je vous dis que c'est une enfant ! » Et les mèches que l'on coupe comme en quarante, et les marchands du temple.

« Non, non et c'est tout, ça se passe pas comme ça 
messieurs les vieux et tristes sires qui nous tenez bec dans l'eau dans la boue, 
fortiches et tristes sires qui baisez les franges des manteaux des filles. »
 
Bernadette n'ira plus dit le père, dit le commissaire, et cependant elle ira jusqu'à quinze fois, niera un peu plus tard – après être rentrée dans l'[es] ordre[s] – on ne l'y prendra plus. Toute en corps (le corps n'est qu'une plaie) et tout jour (la lumière, idem et ibidem), avec force, nostalgie, douceur et tendresse, Bernadette s'échappe et s'affirme par la voix et la langue de Marie Cosnay. Une langue hautement fémin-ine/-iste, poé-/li-tique et sociale. Une voix aux accents si particuliers qui, si on l'a entendu une fois, marque à jamais l'écrit puis la lecture. Qui, denses, se mêlent, entremettent l'écrit et l'oral, glissent de l'invisible aux frontières du lisible, des lisières de l'audible à l'audace. Plongent aux racines, s'abreuvent aux sources. Murmurent et rient, osent et intiment. Psychologie des profondeurs, jeu de cache-cache entre l'adulte, son ombre, et l'enfant qui demeure et appelle du fond de cette grotte matricielle.


« Ma parole. Ces filles qui vont au miracle, y vont simples et sans couronne.    
Il y a du visible où vous voulez tous de l'invisible. »
 
Faire un rêve peuplé de spectres aux premières pages du livre, que l'on relit en boucle jusqu'à retrouver le temps et l'énergie (libres). Refaire le chemin aux dernières, à la recherche d'une anfractuosité aperçue la veille en bord de mer. Renfoncement au fronton comme sculpté d'un soleil levant/d'une lumière éblouissante/du symbole point de vue — la nature imite l'art (de) nouveau. Pour se retrouver face à la peinture rupestre évoquée plus haut. Etale poétique magnifique, toute de stase et d'extase, Aquerò est un texte évocateur et inspirant, profond, puissant et beau, œuvre d'un genre à part, en soi. Hymne et tombeau, aria et adagio, peinture impressionniste à l'éclairage léger et certain, quoique furtif, qui demeure par l'impression laissée – un peu comme dans ces églises où l'éclairage des tableaux dure ce que dure la pièce introduite, mais dont le souvenir perdure, lumineux, au plus profond de soi. Comme le songe fiévreux et de la narratrice livré non en pâture mais en partage. Au lecteur, à la lectrice, à Hugues, à Thomas, à Lou, à Jean-Philippe, à Alain. A ces lectures, belles, diverses et toutes aussi personnelles qui se croisent, se complètent, abordent le sens, le politique, le paysage, le féminisme, la perception, la mémoire, la conscience, le souvenir d'enfance, la (re)création. A vous, enfin, qui lisez ces lignes, avez lu, lirez, cet ouvrage aux milles voix/es et mystères qui, quoique l'on puisse y voir ou y entendre, les contient tout entier mais répond au seul nom d'Aquerò.   

Texte et photos © Eric Darsan  
Extraits et citations et graphisme couverture Aquerò © Marie Cosnay, Les éditions de L'Ogre 2017.

mardi 28 mars 2017

Hors site — Saison 2 : Hiver 2017

« Les taxons les plus sensibles sont complètement recouverts de papier bulle qui les protège des périodes les plus froides. La vue offerte en hiver peut sembler quelque peu bizarre, mais fournit une occasion pour que nos visiteurs apprennent à cultiver des plantes semi-résistantes au froid. » 
(Jardin nature botanique de Belgique, Rapport annuel 2012)


Hors site, deuxième saison. Hiver donc, hibernation presque. Davantage d'écrits qu'à la saison dernière, de brefs surgissements et de longues choses en cours et en suspens. De projets en germes, travail souterrain qui attend. Moins de rencontres, en prévision cependant. Toutes choses qui attendaient de fleurir avec l'arrivée du printemps.

D'ici vers ailleurs, pas mal de contenus produits, moins d'animé et cependant. Premières participations à des webzines et sites de référence via la chronique (Addict-Culture, Poezibao, remue.net) et la création (remue déjà, puis Sitaudis). D'ailleurs vers ici, pas de contenus ni d'événements auxquels j'ai pu assister cette saison, partie(s) remise(s) donc, concentration. Ici et là, Quelques bribes de lectures/chroniques/écrits Hors site aperçus ou inédits. Et toujours, in situ, la partie revue critique du site. Tout est dit, lisons. 

D'ici vers ailleurs,
Quelques contenus que j'ai eu le plaisir de produire : 


24 janvier : première contribution à Addict-Culture — Le livre de lecture de Gertrude Stein, Cambourakis, sortie le 23 novembre 2016.
« Prosopopées, répétitions, accumulations, permutations, perturbations de la ponctuation, rimes et allitérations, rythme binaire et gradations. Comme souvent lorsque, devant le rejet de l’explication promu par les écritures les plus contemporaines, surgit la tentation de l’analyse, il faut y renoncer soi-même et glisser à sa guise. Se laisser râler aux sons. Distinguer les sens et l’essence d’un mot. Apprendre à centrer son attention sur le nombre, puis à se concentrer sur l’intention portée au nom. »
Lire l'intégralité de l'article sur Addict-Culture.  


31 janvier : contribution à Addict-Culture — Marx et la poupée de Maryam Madjidi, Le nouvel Attila, sortie le 12 janvier.
« Ecrire, décrire tout cela. Avec patience, justesse, persévérance. Le (faire) vivre et revivre au gré d’allers et retours dans l’espace et le temps. S’écrier, témoigner de. Entre et dans le blanc des lignes et des yeux. A travers les silences et l’écrit. « Donner voix à » la première, la seconde, la troisième personne. Apprendre à raconter « de l’intérieur (…) la douleur refoulée ». (Re)tracer, énoncer, dénoncer. L’exil, les conditions de vie, les blessures d’en France. La difficulté et la fierté d’être femme, ici comme là-bas... »
Lire l'intégralité de l'article sur Addict-Culture. 

11 février : second article et première chronique sur remue.net — Chômage Monstre d'Antoine Mouton, La Contre Allée, sortie le 17 janvier. 
« Heureux et fier de mettre en ligne et ainsi d'accueillir sur remue.net la prose critique de Eric Darsan. » (Guénaël Boutouillet)
« Jeux de mots et d’images – mémo, memento mori — « le travail est un mensonge ». A coups de slam, à coups de rap, la pensée file les maux les uns après les autres comme une corde. Nœud de pendu, autrement dit en queue de singe gansé — c’est pas à un vieux que l’on apprend, c’est d’un jeune écrivain qui le tranche facilement. Nœud gordien, panier de crabes. Le travail et un leurre, è pericoloso sporgersi, éloignez-vous de la bordure des quais, l’on vous dit, Ne travaillez jamais (Debord). Car une chose taraude, qui s’érode avec celui qui, ne l’ayant pas saisie, la laisserait fi(l)t(r)er : « ce n’est pas la question du bonheur, c’est la question de l’inespéré »...». 
Lire l'intégralité de l'article sur remue.net.

22 février : première contribution et chronique sur Poezibao Un enfer de Cédric Demangeot, Flammarion/Poésie, sortie le 18 janvier 2017.
« En passeur et passager rompu, le poète et éditeur, peintre et traducteur, nous embarque dans une forme qui se libère progressivement. De l'Obstruction d'origine à La trouée, en passant par D'un désarroi : Lambeau et Dessine-moi un enfer. Quatre saisons en enfer qui se déclinent à travers une dizaine de poèmes pour former la peinture très contemporaine d'une fin du monde qui n'en finit pas de finir. Un enfer. Sans majuscule, sans mot plus haut que l'autre, émerger comme au lendemain d'une cuite, d'une défaite, d'une fêlure. Césure à l'hémistiche, poème pour deux mains, pour un temps –  noire, blanche, noire, noire. Quitter l'uniforme, a[r]b(h)or(r)er la blessure...»
Lire l'intégralité de l'article sur Poezibao.

 
1er mars : Spoon River [prolongations] — Seconde participation au collectif Général Instin et à remue.net en compagnie d'Anne Mulpas.
«  Ô Pauvre Nig ! Pauvre lui ! Pauvre moi ! Chien nègre mort à l’attache, âme sœur, étranglé dans son sommeil par son maître aviné — ses mains comme un collet, mes yeux injectés de sang — Canis canem edit et spiritu sancti ! Le regard pour seule voix, le silence pour seule vie, vie de chien — battue dont je serais la proie ! » 
Lire l'intégralité du texte sur remue.net.

6 mars : Texte inédit en réponse à l'appel à Contribution de Nicole Caligaris et du Théâtre du petit Faucheux en vue du concert du 21 mars avec Andy Emler au piano et Nicole Caligaris dans la lignée des Samothraces.
« La distance est si courte du pont à l'entrepont, et le soleil si vif que l'on n'habitue jamais son regard. On ferme les yeux et tout est blanc. On ouvre les yeux et tout est noir. Dans ces conditions, comment faire pour y voir ? Dans la cale, la partie de dés continue...»
Lire l'intégralité du texte.

11 mars : première contribution dans la rubrique Poèmes et fictions de Sitaudis avec un texte inédit intitulé Deux poids deux mesures :
« ...moi qui me ferais la malle ou comme disent les histoires qu'on se raconte le soir un baluchon sans poids ni loi pour me retenir partir battre le fer le dur le vrai courir après les trains qu'on a ratés en rêve jouer au black jack au kid au vaurien sur la route sur le ring... »
Lire le texte intégral sur Sitaudis.



Ici et là,

Quelques bribes de lectures/chroniques/écrits Hors site :

LU La femme brouillon, Amandine Dhée, La Contre Allée, sortie le 17 janvier. A travers une trentaine de situations, sur le mode de l'humour et du second degré, Amandine Dhée témoigne avec intelligence et sensibilité de son (manque d') expérience de la féminité et de la maternité telle que définie par d'autres — « Nous sommes toujours à portée de mains et de mots ». Entre reproduction sociale et engagement féministe, l'intellectuelle et la femme-lézard, elle décrit. Le désir de transmettre et de protéger. La peur d'être accaparée ou dépossédée de soi. Par l'enfant et par les autres. Par la médecine et le marketing. Les visites médicales, la préparation. Le rapport au corps, à l'auto-examen, à l'IVG, à la péridurale. Au père, à la mère, à l'enfance — « Ce n'est pas le bébé qui m'épuise, mais cette façon de me redéfinir constamment. » Rien n'est simple, tout interroge. Qui fait de la femme brouillon un récit beau, vif, frais, vrai et profond. Qui fait en peu de mots bien sentis le tour de la question, du moins son ébauche. Qui dessine, comme en couverture, les contours de cette femme brouillon, tout en liberté et contradictions qui, comme Aragon, réinvente le passé pour voir la beauté de l'avenir. « Il paraît que les rôles non sexués, ça fout en l'air les fondements de notre société. Tant mieux, on en créera d'autres. »

LU Elise et Lise, Philippe Annocque, Quidam, sortie le 16 février. Un refrain, une ritournelle, conte et comptine contemporaine — « Elise prend l'air, l'air prend Elise... » Couplets, refrain. Enquête, sous les dehors d'une biographie orale. En quête d'une (deux) jeune(s) fille(s), Elise ou/et Lise, de leur.s rencontre.s, de leur.s vie, via leurs versions respectives et celles de Sarah et de Luc, l'amie et l'amant de. Qui se cache derrière l'autre, à coup de rimmel et de rimes, de cours et de courses dans les magasins de prêts-à-porter qu'elles fréquentent. En fil de trame, le récit de l'amie qui étudie Propp et Bettelheim, Perrault et Grimm, tente de distinguer le vrai du « faux héros ». En fil de chaîne, celui de l'amant, qui précipite la chute, qui. Ou/où l'on. Sent le décalage entre les faits, l'effet, le souvenir, les dits et la réalité. Pressent que ça val tourner court. Se souvient de Pas Liev, dont elles sont les « petites sœurs ». On se demande si l'une est schizophrène ou l'autre psychopathe — on a l'impression que « l'histoire raconte autre chose ». Avec Elise et Lise, avec traît- et maît-rise, Philippe Annocque nous dé-livre une nouvelle fois l'un de ces romans procédés dont il a le secret.


LU Enquête sur les modes d'existence, une anthropologie des Modernes, Bruno La Tour, La découverte, 2012.
Un ouvrage qui cherche. A mettre à jour et à dépasser l'opposition de façade et la confusion réelle entretenues par les catégories absolues et anciennes de la pensée occidentale (sujet/objet théorie/pratique, mot/chose, raison/sentiment). A leur substituer une quinzaine de modes d'existence différents ([TEC]HNIQUE, [FIC]TION, [POL]ITIQUE, [REL]IGION,…) qui ne peuvent communiquer véritablement sans tenir compte des référents, vérités, spécificités propres et in-/con-stituées de l'autre. A redonner une place centrale aux relations, à l'expérience, à la conscience, au parler-vrai contre l'autorité et le nihilisme  « Un mode d'existence, c'est donc toujours à la fois une version de l'ETRE-EN-TANT-QU'AUTRE (...) et un régime propre de véridiction. » Un ouvrage de référence paru dans une très belle édition qui, à l'instar de celui de Kandinski lu précédemment, prend de grands détours pour énoncer à ses pairs, avec toute la technicité et l'approximation qui les caractérisent, quelques vérités simples ouvrant, à la manière de Thomas More, des brèches dans l'évidence de l'édifice casuistique dit Moderne (contemporain) pour mieux s'en emparer — tant « Le jugement sur et par l'œuvre fait partie de l'œuvre ».

LU
Du spirituel dans l'art et dans la peinture en particulier, Kandinsky
, Folio essais, édition établie par P. Sers pour Denoël, 1989.
Défense de l'art abstrait contre le matérialisme et l'imitation, ce long exposé autour de la notion de progrès spirituel découle de réflexions inspirées par la littérature (Maeterlinck) ésotérique (Blavatsky, Steiner, peut-être Gurdjieff) et d'une pratique de la peinture qui pourraient se résumer d'un point de vue pratique et moral à : « Tous les moyens sont sacrés s'ils sont intérieurement nécessaires. Tous les moyens sont péchés s'ils ne découlent pas de la source de la nécessité intérieure», artistique à « Est beau ce qui est beau intérieurement » pour proposer une théorie des formes et des couleurs qui soutient son œuvre et se résume à quelques schémas. Un premier ouvrage, théorique et manifeste, dont l'idée directrice demeure fondamentale, et les lignes de force (transdisciplinarité, connaissance de soi, réalisation, transmission) essentielles, mais dont la forme, encore trop figée par nécessité, contraste avec le propos, et auquel on préférera le plus stimulant – dans la forme et le fond – Point et ligne sur plan qui expose par le détail une théorie générale des arts à peine ébauchée ici et qui, pour le coup, mériterait une autre (vision de l') édition qu'un énième fac-similé.


VU Game Of Thrones, saison 5 et 6. Tandis que la série gagne en complexité et en retournements, le rythme et les agencements des enchaînements qui faisaient la particularité et la qualité de la série sont moins virtuoses, plus classiques. L'on perd certains personnages, lieu et intrigues de vue tandis que l'on s'attarde longuement ou faisons un détour par d'autres, parfois plus anecdotiques, qui ralentissent l'ensemble de l'histoire. Reste que la série demeure à tous points de vue aussi belle qu'addictive. A ce stade, l'on est suffisamment familier pour être tenté de deviner les ressorts de l'intrigue - au risque de s'égarer – et de remarquer le soin apporté aux ambiances, contrastes et genres (fantasy, aventure, wargame, etc.) de chaque scène comme aux détails de la réalisation (l'évolution de la carte animée du magnifique générique, le détail des blasons accolé aux noms des acteurs, qui suivent, entérinent, laisse entrevoir les avancées). Quant au final, tout bonnement impressionnant qui annonce les deux dernières saisons sans rien laisser présumer pour autant.


VU The OA, saison 1 : Un suicide filmé, un hôpital, des signes à même la peau, comme scarifiée. Des parents inquiets, une vue retrouvée, l'incompréhension, les médias. Une attitude étrange, un ami (imaginaire ?) disparu, un adolescent (dit ?) difficile et sa bande. Le deal, une autre forme de deal : se retrouver tous les soirs dans une maison abandonnée pour écouter. Un conte russe, entre prescience, mafia, exil. Une histoire de fou et de savant fou, de near death expérience et de résurrection. Et, en fin d'épisode : le silence. Tels sont les éléments (qui excluent ici le principal et le plus surprenant) qui entourent la disparition (fugue, mort ou enlèvement) et la réapparition de celle qui, désormais, se fait appeler The OA. Entre fable et vérité des sentiments et des sensations, The OA est une série fascinante, addictive, à l'esthétique et au rythme suédois. Qui flirte avec tous les genres en évitant le cliché et le mauvais goût et propose une critique sociale réaliste et très actuelle, loin de la fausse communauté de voisinage d'un Desperate Housewife. Ici pas de barrières blanches, pas de relations feintes, mais un espace et un vide qui laissent place à l'inédit et procède d'un véritable engagement poétique et politique. Une série qui renouvelle la narration, créée par les fascinants Brit Marling et Zal Batmanglij avec l'aide d'Alex DiGerlando (True Detective, Les Bêtes du Sud sauvage, The East) dont on suivra dorénavant le travail avec attention. 


VU Stranger Things, saison 1. Une forme comme extra-terrestre qui se profile, se faufile, s'invite à la maison tandis que des enfants jouent à Donjons & Dragons. Entre Alien et E.T., des choses étranges font leur apparition dans une petite ville des Etats-Unis. Enfants prodig(u)es, parents largués ou barrés, vélos, cachettes et talkie-walkie : l'on retrouve ici tous les éléments qui font le régal du cinéma et du revival des années quatre-vingt, des Goonies à Super 8 en passant par...une liste trop longue pour la développer ici. Tous codes et références clairement revendiqués qui, maniés avec virtuosité, renouvellent réellement le genre. Avant même le générique – titre en néon rouge et musique rétro futuriste à souhait – Strangers Things démarre très vite et continue, comme sur les chapeaux de roues d'une DeLorean DMC-12 conduite par des gamins en folie plus drôles et attachants les uns que les autres. Au programme : de la télékinésie, des poltergeists, un very bad guy, un good cops, un prof de physique passionné et une héroïne bien badass merveilleusement incarnée par Millie Bobby Brown.


VU Une histoire populaire des Etats-Unis, Bread and Roses, 2015, d'Olivier Azam et Daniel Mermet. Une libre adaptation de l'incontournable ouvrage d'Howard Zinn, pour découvrir l'histoire des luttes et injustices telle que l'on ne vous l'a jamais apprise, et pour cause. Voir la présentation sur Mediapart.
Central Do Brasil, Walter Salles, 1998, avec Fernanda Montenegro et Dora Vinícius de Oliveira. Le dur et beau périple d'une écrivaine publique et d'une jeune garçon à la recherche du père de celui-ci. Un road-trip noir, poétique, émouvant et réaliste, à travers le Brésil.
Fantastic Mr Fox, de Wes Anderson, 2009. Drôle, loufoque et parfois étonnamment émouvante, la juste, libre et fantastique adaptation du roman de Roald Dahl. La rencontre de deux univers aussi enthousiasmants que merveilleux. 
Diarios de motocicleta, de Walter Salles, 2004, avec Gael García Bernal et Rodrigo de la Serna. L'adaptation déjà classique du journal de voyage et de formation du Che à travers l'Amérique du sud, entre beauté et dureté de la vie, rencontres humaines et prise de conscience sociale et politique.


VU There will be blood, de Paul Thomas Anderson, 2007. Avec Daniel Day‑Lewis et Paul Dano. Entre mythe et réalité, évangélistes et pionniers, plus qu'un portrait, l'histoire d'une Amérique biffrons, Janus rustre et réactionnaire qui ne se laisse jamais mieux découvrir que lorsqu'elle s'entredéchire. Un film prenant au final halluciné autant qu'hallucinant. Par le réalisateur d'Inherent Vice.     
Her, de Spike Jonze, 2013. Avec Joaquin Phoenix et la voix de Scarlett Johansson dans une performance remarquable. Un film plus beau, étrange et cependant criant de vérité, dans un monde étranger où les rapports à l'autre, au genre, à la réalité sont aussi décalés qu'ils posent question.
A bout de souffle, de Jean-Luc Godard, 1960, avec Jean Seberg, Jean-Paul Belmondo qui crèvent l'écran dans leurs rôles respectifs d'Américaine songeuse et de gangster français beau gosse et tête à claques. Une photographie superbe, des dialogues aussi justes qu'absurdes, une vraie leçon de cinéma et de narration superbement exposée dans cet article.


Et toujours, in situ :

La Maison des Epreuves, Jason Hrivnak, L'Ogre, sortie le 5 janvier 2017
« Stupéfiant générateur de possibles, réels et littéraire, de rêves, de nouvelles et de scénarios (...) une belle réponse à la pulsion de mort et une stimulante ode à l'existence (…) Myst-like mystérieux, onirique, énigmatique, monde ouvert, libre en apparence, persistant, virtuel et augmenté, le livre se transforme peu à peu en film interactif où la marge de manœuvre se réduit à vue d'œil tandis que la pensée se trouve comme en sommeil et l'imagination tout à fait absorbée (…) La Maison des Epreuves est un livre saisissant. De ceux qui nous envoient dans les cordes — dans nos cordes. Nous renvoient à ce (à quoi) que nous sommes capables de faire (face). En un mot : de concevoir... »
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Le Chronométreur, Pär Thörn, Quidam éditeur,  sortie le 19 janvier 2017
« Un roman bien huilé, simple et déjanté, rapide et cocasse, précis et efficace (…) « Je travaille (...) compte (…) travaille (…) compte – Pourquoi est-ce donc toujours pareil ? ». Crise existentielle, à peine à peine. Se condamner à. Chercher, trouver. Un emploi à vie, à. Perpétuité. « Faire carrière », péter un câble, un plomb (…) Soumettre à la question, polie puis politique. Escalade, varappe, dérape – destructions de documents, descentes de police, expulsion de terroristes présumés – robotisation, déshumanisation (…) Peu à peu, à l'image du temps, de l'actualité et de la Société tayloriste de Suède dont il est devenu membre, Le Chronométreur s'emballe... »
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Les Samothraces, Nicole Caligaris, Le nouvel Attila, sortie le 10 octobre 2016
« Samothrace. Déesse aux ailes déployées. Devenue statue sans bras ni tête. Exilée. Comme une, comme un certain Plume. Voyage sans retour, beau et tragique à la fois, avec pour refuge et guide Les Samothraces (…) Laisser les livres les. Vivre sans. Ap- et com- : tous les prendre qu'il faut au migrant, à celui à qui l'on refuse le refuge, pour voyager malgré lui, malgré eux (…) Voici venir La clique des lambdas. Qui s'avance, comme sur le devant de la scène. Suit la cadence du car, des conjon-/ject-tures. La promiscuité, le silence, la poésie qui vient, s'assoupit, regarde en arrière, dans le rétroviseur. La vie d'alors, la vie d'ailleurs — « MA VIE SANS MOI. » »
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Rendez-vous ici même au début de l'été pour le prochain article de la rubrique Hors site, et dès le mois d'avril pour le prochain article. En vous souhaitant à toutes et à tous un très beau printemps. 

Crédit photo et copies d'écran (!) © Eric Darsan.
Contenu des livres/films/sites extraits/capturés/photographiés/extraits © Editeurs et créateurs cités.