mercredi 25 janvier 2012

Apollo 23, Justin Richards


Comme prévu et annoncé lors de la projection presse du 16, trois romans officiels de la série Docteur Who sont sortis le 20 janvier, qui mettent en scène Amy Pond et le Onzième Docteur, et pour l’envoi desquels je tiens à remercier une nouvelle fois les Editions Milady qui me permettent, grâce à ce partenariat, de vous présenter aujourd’hui le premier d’entre eux, intitulé Apollo 23.

« Houston, on a un problème » : jamais cette phrase prononcée au passé par un astronaute d'Apollo 13 au sujet du module lunaire n'a retenti comme aujourd'hui. Mais si le problème ne datait pas d’hier? Et s'il venait à se reproduire? S'il n’était pas celui que l’on pense ? Enfin pourquoi ce titre, Apollo 23?

Cela commence comme un roman policier : un employé de bureau consciencieux, écourtant sa pause déjeuner dans le square, trouve la mort dans d’étranges circonstances. Au même moment, non loin de là, un astronaute débarque devant la file d’attente d’un fast-food. Crise cardiaque pour l’un, coup publicitaire pour l’autre, les explications respectives des témoins, médecin légiste et badauds, ne satisfont pas le Docteur qui comprend très vite que les deux événements sont liés. « Une petite promenade dans le parc qui se transforme en grand pas pour l’humanité » : tel est le postulat de notre Seigneur du Temps qui, séparé d’Amy, va tenter de réparer l’incident tandis que celle-ci, livrée à elle-même et peut-être à l’ennemi, va mener sa propre enquête.

A un rythme soutenu et changeant, d’un paragraphe, d’un lieu, d’un personnage à l’autre, les investigations des deux compagnons vont nous entraîner dans un climat de suspicion, où les plus fous et les plus sérieux ne sont jamais ceux que l’on croit mais où l’humour triomphe toujours, donnant lieu à quelques morceaux d’anthologie comme cette conversation en décalé entre Amy et le Docteur, ou cette autre entre ce dernier et un officier («-Vous êtes soit très brillant soit complètement cinglé, dit le major Carlisle. -En fait je suis les deux. Mais plutôt tendance brillant. Vous n’avez pas envie de me voir quand je suis cinglé»). D’ailleurs, outre la cadence de la série, Justin Richards recrée à merveille et à foison les expressions de nos deux héros, maniant les humeurs impondérées d’Amy Pond et l’improbable humour du Docteur sans pesanteur aucune, tout en jouant sur la complicité de ces personnages so british qui feront dire à leur interlocuteur «sauf votre respect, vous deux, vous n’avez pas l’air très américains » et, bien que séparés, ne cesseront d’interagir.

De fait si l’histoire, d’abord surprenante, s’avère réunir des idées déjà développées dans des aventures antérieures du Docteur, l’ensemble reste ingénieux autant que cohérent et se distingue surtout par son atmosphère propre autant que propice, entre huis clos et complot à grande échelle, ce qui en l’occurrence importe peut-être davantage. En effet, si la lune a toujours éveillé l’imagination et suscité de nombreuses créations dans le domaine de la science-fiction et de l’anticipation, de Jules Vernes à Hergé ou de Méliès à Kubrick, il faut savoir que plus près de nous pas moins de trois films sont sortis ou à venir, qui mettent plus particulièrement en lumière sa face cachée : Transformer 3, Iron Sky et …Apollo 18 ! Or, sans robot ni nazis, tambour ni trompette, gants ni fioriture - mais avec le Docteur - l'auteur revient ici et avant eux sur l’exploration lunaire et ses mythes, signant avec son Apollo 23 un bon roman de genre pouvant tout à fait se lire indépendamment de la série, même si son ambition est avant tout de combler l’absence de celle-ci sur nos écrans.

A cet égard
il faut avouer que Justin Richards se tire avec légèreté de cet exercice et que, d'abord tenté de lui reprocher de marcher sur des œufs au niveau de l'intrigue, ou de viser la lune en croyant pouvoir attenter à l’intégrité d'éléments clés de la série, l'on est bien forcé de reconnaître le respect et la connaissance approfondie et détaillée qu'il a de celle-ci. Et si l’on peut dire de lui, à l’instar du Docteur, qu’il avance dans cet univers comme s’il était chez lui, c’est qu’il poursuit en vérité ce travail comme auteur puis consultant depuis près de quinze ans et autant de livres, comme en témoignent ces clins d’oeil répétés à de lointains épisodes de la série dite classique, c'est-à-dire antérieurs à 1989, date à laquelle remontent les dernières et seules traductions française de romans dérivés, jusqu’à ce jour, et dont je vous reparlerai peut-être une autre fois.


D’ici là je vous donne rendez-vous très prochainement pour le second volume qui s’intercale, comme celui-ci et à sa suite, entre le troisième et le quatrième épisode de la cinquième saison, et s'intitule...La Nuit des humains.
Vous pouvez retrouver la chronologie des romans, leur place dans la série, leurs dates de sortie, et bien d'autres choses encore sur le blog des Editions Milady.

jeudi 19 janvier 2012

Docteur Who, la Projection Presse Milady au cinéma Max Linder


Résumé des épisodes précédents : suite à l’annonce par les éditions Milady de la publication française de romans Docteur Who, et afin de (re)découvrir avec vous cette série, j’ai diffusé plusieurs articles récemment mis à jour et présentant respectivement le Neuvième, puis le Dixième et enfin le Onzième Docteur. J’avais alors eu la joie et le privilège d’obtenir et de vous annoncer mon partenariat avec Milady, mais aussi une surprise que j’avais évoquée.

L’occasion m’est aujourd’hui donnée de remercier ces éditions, et tout particulièrement Aurélia, qui m’a aimablement répondu et adressé en avant-première les premiers romans ainsi que l'invitation à la projection, qui faisait partie du très beau kit Presse réservé aux médias pour promouvoir la sortie des livres, ce lundi au cinéma Max Linder de Paris. Une bien jolie façon de commencer cette nouvelle année. En compagnie d’une amie et d’une autre qui avait eu l’heureuse surprise de remporter le concours organisé par Milady quelques jours avant, nous sommes accueillis par Aurélia et, suivant la file où quelques uns exhibent fièrement des cartes Daleks plus grandes que nous ne l’imaginions, nous prenons assez rapidement place dans la salle.
Stéphane Marsan, Directeur des Editions Bragelonne et Milady, fait son apparition et nous annonce la publication des romans Docteur Who, personnage changeant, ainsi que nous le verrons à travers trois épisodes mettant en scène chacun des derniers docteurs, mais également universel, avec deux anecdotes que je vous laisse découvrir dans la vidéo.

Après cette brève introduction l’image est projetée sur l’écran et le Docteur hors du Tardis, hurlant…dans le silence le plus complet. Bon, petit problème de son. La projection est stoppée net, puis relancée. Le Docteur, à nouveau, accroché au Tardis dans le ciel de Londres, peut hurler à sa guise, suivi du générique, puis d’Amélia…en VF. L’on reprend : Docteur-Tardis-Générique-Amélia, sous-titrée cette fois…mais toujours en VF. Loin de désespérer, le public amusé garde confiance dans les organisateurs (« Trust me ! I’m the Doctor ! ») tandis qu'un fan prévoyant pointe un tournevis sonique vers l’écran. Le son redémarre immédiatement…sans l’image. « EXTERMINATE ! » Cette fois ce sont les Daleks qui s’en mêlent, dont la voix résonne dans la salle. Il n’en faut pas moins pour provoquer le retour du Docteur, en son et lumière, et… VOSTFR !

Ce premier épisode, vous l’avez peut-être deviné, c’est The Eleventh hour, qui inaugure la saison 5 et le Onzième Docteur. Le crash du Tardis, la rencontre avec Amélia, tout est plus beau sur grand écran, et plus impressionnant avec cette voix qui résonne et répète sans cesse (« Prisoner Zero has escaped! […] the human residence will be incinerated. ») mais que le Docteur finira bien par faire taire.
A peine le temps de poser le Tardis que la seconde projection démarre. Il s’agit de Blink, un épisode un peu à part mais néanmoins incontournable, prisé et primé, qui met en scène des statues d’Anges fondant sur leurs victimes sitôt qu’on les perd de vue, d’où l’injonction du Docteur : « ne clignez pas des yeux » (« Don’t Blink ! ») Ce qui, sur grand écran n’est pas si évident, et d’autant plus stressant.
Suivent la preview du prochain épisode ainsi que le générique, qui laissent penser que l’on fera l’impasse sur le troisième épisode, ce que confirment les lumières et l’intervention d’un tiers qui signale à la salle immobile que le moment est venu de partir. On reste un peu sur notre faim, en même temps l'on a déjà bien dépassé le temps imparti, et l'heure du déjeuner.

Je tiens à remercier une nouvelle fois Milady, et tout particulièrement Aurélia grâce à qui j’ai pu assister à cette projection et partager celle-ci avec vous, ainsi que, très prochainement les livres que j’ai d’ores et déjà reçus. A ce sujet les premiers livres à sortir, et ceux qui suivront, concerneront le Onzième docteur et ses compagnons, Amy et Rory, chaque mois, jusqu’en septembre prochain où, si tout va bien, les romans liés au Neuvième Docteur et à sa compagne, Rose suivront à leur tour.

Mais d’ici là une seule date à retenir : celle de la sortie des trois premiers (Apollo 23 de Justin Richards, La Nuit des humains de David Llewellyn et L'Armée oubliée de Brian Minchin) le vendredi 20 janvier. Un rendez-vous à ne pas manquer, et également un événement puisque c’est, à l’instar des épisodes, la seconde série de livres à être traduits. Sachant que la précédente, constituée de seulement huit romans, remonte à plus de vingt ans, n’attendez pas pour vous procurer ceux-ci et découvrir cette série !

Mise à jour du 20 janvier : ça y est ! Les 3 premiers volumes sont disponibles dès aujourd'hui dans toutes les bonnes librairies ! Sachant que le premier est à prix réduit grâce à l'opération Découverte lancée par Milady, il ne me reste qu'une chose à vous dire : Fantastic ! Allons-y Alonso ! Ou encore Geronimooo !

vendredi 13 janvier 2012

Ramsès au pays des points-virgules, de Pierre Thiry

Si Jérôme Boisseau n’existait pas, il faudrait l’inventer. C’est en tous cas ce que se disent tour à tour Alice et l'oncle Sigismond, bouquiniste érudit qu'elle a mis au défi, quelques jours avant Noël, de rapporter ne serait-ce qu’un livre du dit auteur. Ce qu'il ne sait pas c'est qu'elle a créé de toute pièce ce personnage pour le piéger...comme elle ne se doute pas de son côté qu'il s'apprête à écrire l'ouvrage qu'il a prétendu connaître. Ainsi tous deux ignorent-ils qu'ils vont partager une aventure extraordinaire et découvrir à cette occasion que la réalité et la fiction elles-mêmes ne se dépassent que pour mieux se rejoindre.

Après vous avoir parlé tout récemment de Docteur Who je vous propose aujourd’hui de découvrir une autre Angleterre et de remonter le temps pour parcourir ensemble (après Isidore tiperanole et les trois lapins de montceau-les-mines, le second, mais aussi l'interview que vous pouvez retrouver ici) le premier livre de Pierre Thiry : Ramsès au pays des points-virgules, au sujet duquel
l’auteur prend la précaution d'implorer la clémence du lecteur « pour les possibles imperfections qui apparaîtront à son œil sagace », et dont nous retiendrons surtout, comme nous le verrons, la richesse et la préciosité de cet ouvrage né, comme celui projeté par son personnage, d'un défi lancé par sa nièce.

Car
cette mise en abîme est loin d'être la seule dans ce brillant récit où la forme rejoint si souvent le fond ; où la mise en page aérée appelle, à l'égal du point-virgule, tant à une lecture posée qu'à la vivacité d'esprit du lecteur ; où le souci du détail est présent jusque dans la typographie puisque l’ouvrage a été très judicieusement « dactylographié, mis en page et composé en caractères « Baskerville », du nom de l’imprimeur anglais du XVIIIème siècle qui l’a créé mais qui est aussi celui du domaine où se situe l’action ; où même la page blanche qui d'ordinaire fait si peur devient une révérence, une courtoisie envers l'amateur averti, éclairé ou non ; où l'on se sent comme à la grande époque des salons, confortablement installé et en bonne compagnie, où Pierre Thiry, honnête homme et homme de lettres, partage ses références à une culture universelle, aussi vaste que variée dans le temps et dans l’espace. 

De Lewis Caroll à Charles Perrault, de Boris Vian à Sanseverino, du conte au roman de science-fiction en passant par la chanson - à texte et de geste - mais aussi le cinéma, le conte, le fabliau, et la fable avec Jean de la Fontaine auquel un animal en personne rend ici hommage, et les corbeaux et leurs pluies de fromages : tous contribuent à constituer ce bel ouvrage, cabinet de curiosité et bestiaire à la fois, où se rejoignent la poésie, la philosophie et la morale. Car chez Ramsès, comme chez Isidore, le héros n’est ni d’abord ni forcément celui que l'on pourrait croire et, s’il le devient, c’est par sa nature davantage que par la force des choses. Parce qu’il a l’âme et le talent d’un conteur et parce que, ce faisant, il a également appris à le faire à travers les différents ateliers d’écriture qu’il propose, Pierre Thiry parvient à communiquer tout cela à ses lecteurs, à leur parler, parce qu’il s’adresse à eux, simplement et directement.

Ainsi Ramsès au pays des points-virgules constitue-t-il une fervente invitation à la lecture, voir à l’écriture, du moins à l’imagination, en conviant les lecteurs « de dix à cent-dix ans » avec un allant et un enthousiasme réjouissant et contagieux. Alliant humour et amour des mots par le recours aux jeux de mots et de lettres, au suspens, à l'évasion, avec des descriptions riches en détails et en sensations qui nous entraînent en plein coeur des décors et de l'action, c'est également un récit drôle, vif, vivifiant et plein de rebondissements, avec lequel l'on passe un très bon moment. Pour toutes ces raisons je tiens à remercier une nouvelle fois Pierre Thiry pour l'aimable envoi de ce joli présent et, en attendant son prochain roman, vous invite à lire et à relire les précédents mais aussi à découvrir son site ainsi que ses ateliers dont certains se déroulent en ce moment même jusque fin mars au Café Librairie Ici & Ailleurs de Rouen.

samedi 7 janvier 2012

Cinq fragments du désert, Rachid Boudjedra

A quelques jours seulement de l'Epiphanie, jour des rois et manifestation de la lumière solaire symbolisée par la galette du même nom, je vous propose un peu de chaleur avec ces Cinq fragments du désert dans le cadre de l’opération Deuxéditeurs se livrent spécial Maghreb, organisée par Libfly et les éditions Barzakh et Elyzad que je tiens à remercier.

L’occasion de découvrir le premier de ces éditeurs, Barzakh, qui se présente lui-même ainsi : « Tout est parti d’une passion, celle des livres. Compagnons de longue date, ils peuplent notre espace et vivent en nous depuis toujours. Etudiants à l’étranger dans les années 90, nous lisions fiévreusement, inquiets pourtant de constater la quasi absence de publications littéraires en Algérie. Une fois revenus au pays, nous créons les éditions barzakh. C’était en 2000, le contexte, paradoxalement, s’y prêtait : foisonnement de création et de désirs après le désastre. »


Après des années de partenariat Barzakh et Actes Sud co-éditent en 2007 une édition augmentée, bilingue français-arabe, traduite par Hakim Miloud et illustrée par Rachid Koraïchi, des Cinq fragments du désert de Rachid Boudjedra. L’auteur, grande figure de la littérature algérienne, professeur de philosophie, poète, essayiste, romancier et enfin dramaturge, réalise ici un bel ouvrage, à la fois livre d’art, recueil de poésie et regard prosaïque sur une région pour l’indépendance de laquelle il a autrefois pris les armes.

Introduits par cinq citations de Saint John Perse extraits de L’Exil et de L’Anabase, ces Cinq Fragments se présentent comme un parcours initiatique des étendues désertiques. La nuit il n’y a pas de désert. Noir, vide, sable, forme, couleur mais aussi mouvements : ici le Sahara parle un langage que l’auteur essaie de déchiffrer à travers les éléments, le végétal et le minéral, les perceptions, les sensations, l’imaginaire aussi, dans lesquelles on se perd cependant. Le jour le Sahara est une confusion. Lumière, densité, présence, nuances et traces. Là où l’on croirait voir le désert c’est à soi-même que l’on fait face avant qu’il ne consente à se laisser découvrir. Le Sahara est un chant de nuit aussi. La recherche d’un sens peut-être.

Entre vide et confusion, comment s’orienter, se repérer, trouver un chemin, enfin quand le nuit, de nouveau, efface ce qui semblait se livrer ? L’auteur fait ici appel aux « gens de la nuit désertique », à leurs oasis, à leur histoire, mais aussi aux animaux qu’ils côtoient, à l’immobilité de ceux-ci et à l’hospitalité de ceux-là pour se découvrir finalement comme « à l’intérieur de soi ». Le Sahara n’est pas un désert. Pour le réaliser il faut oublier ce que l’on sait, le silence et les mirages. Car Le Sahara est un leurre aussi.

Et de fait cet ouvrage est trompeur, ne serait-ce que par sa conception. Ainsi n'est-il pas constitué comme annoncé d'une, mais de deux fois 47 pages, la première en français, la seconde en arabe, qui commencent à l’opposée l’une de l’autre (qui se lit comme un manga, à l'envers et de la droite vers la gauche) et se font face à la manière d’un miroir (mises à part quelques modifications dans les illustrations ou l’ordre de celles-ci), pour se rejoindre en son centre.

Cet aspect particulier m’a rappelé le poème symphonique Dans les steppes de l’Asie centrale de Borodine, où j’avais étudié en classe comment les deux mouvements qui le constituent et représentant respectivement l’influence de l’orient et celle de l’occident se rejoignent dans un crescendo. Tant il est tentant de convoquer les souvenirs et références que nous évoquent le désert, du Petit Prince à Lawrence d’Arabie en passant par Poly en Tunisie, quand l’auteur appelle au contraire à parcourir ce livre pour ce qu’il est, un Tao du désert, qui dit et ne dit pas ce qu’il est et ce qu’il n’est pas.

Et si, êtres de raison plus que de vie, nous venions malgré tout à déplorer que ce livre soit, à l’image du désert, trop mouvant pour pouvoir en retenir quelque chose, comme si les mots glissaient comme du sable entre nos doigts, sans doute pourrions nous encore nous raccrocher à l’idée et à l’adage émis par Boris Vian et qui voudrait que « Le désert est la seule chose qui ne puisse être détruite que par la construction ».

Retrouvez la liste des livres de cet éditeur participant à l'opération
sur Libfly , et bien d'autres sur le site de Barzakh mais aussi d'Actes Sud.

dimanche 1 janvier 2012

Lire est le propre de l'homme, collectif

En guise d’étrennes je vous propose aujourd’hui de découvrir ce petit livre édité par L’école des loisirs, disponible gratuitement et sur simple demande, et que Libfly, que je tiens à remercier - une fois n’est pas coutume en cette nouvelle année - m’a fait la surprise de m’adresser.

D’une expression de Rabelais qui évoquait à l’origine le rire, il est question ici par un pertinent détournement, du lire, c'est-à-dire du rapport à la lecture au travers de « témoignages et réflexions de cinquante auteurs et illustrateurs pour l’enfance et la jeunesse. »

Dans cet ouvrage collectif les auteurs interrogés répondent, sans s'être concertés, aux questions soulevées (« Où je suis quand je lis ? », « Madame, pourquoi t’écris ? », « Pourquoi je lis ») en fonction de leur expérience et de leur sensibilité par le biais d’une lettre, d'un récit, du compte-rendu d’un projet de groupe, ou d'une illustration, et nous éclairent sur leur pratique, ainsi que sur celles des élèves, de leurs professeurs, et même des bébés lecteurs.

Parmi les nombreux thèmes abordés, reviennent le plus fréquemment l’éducation, la liberté, la résistance et la révolte, mais aussi l’espoir et le sentiment d’appartenir individuellement, chacun à sa façon, à une communauté. D'où le désir de combattre les préjugés à l’égard de la lecture qui, loin d’être un « instrument de séparation », se révèle un « outil de socialisation » qui fait de nous « des êtres de culture ET de choix », c'est à dire des hommes plutôt que des animaux.

Car la littérature n’est pas seulement ce que l’on en dit, mais ce que l’on en fait. Ce fascicule interroge donc également la place de vie dans les livres, et des livres dans la vie, insistant sur l’importance de l’objet, des bibliothèques, des tablettes, des ordinateurs et plus généralement du langage dont ils sont le vecteur. Plus qu'un passe-temps ou qu'une distraction, la lecture apparaît alors comme un élément crucial dans la transmission.

Tour à tour passionnés ou affectés, sur le ton d'un manifeste ou d'un plaidoyer, les auteurs prennent position sur l’actualité du livre et de la culture, dénonçant le règne du cynisme et la rentabilité qui vouent les hommes aux gémonies de la consommation, ou rappelant malgré tout, qu'à l'heure de l’hypertexte et de l’économique, du numérique et du best-seller, de l’iPad et de Facebook « ce n’est pas la lecture qui est en danger, ce sont les illettrés. »

Des témoignages et réflexions qui en appellent d‘autres et font la part belle aux références pour raconter comment, par le biais du hasard, d’un enseignant, d’une voisine, d’un ami, ou encore de la radio, ils ont découvert Andersen, Fifi Brindacier, Nils Holgersson et les collections pour enfants, mais aussi et surtout des auteurs comme Jack London, Albert Camus, Franz Kafka, Dante Aligheri, Honoré de Balzac, Marcel Proust, ou Victor Hugo, dont un texte magnifique extrait de L’Année terrible vient clore le propos.

Vous pouvez consulter quelques citations et dessin, et commander gratuitement votre exemplaire sur la page dédiée.
Pour ceux qui souhaiteraient prolonger ces témoignages et réflexions je vous conseille également l'excellent Astier et Rollin posent les bases de la pensée moderne, Entretien libre sur la transmission entre les générations.