lundi 17 juillet 2017

Hors site — Saison 3 : Printemps 2017

« En ce qui concerne la conservation hors site, le déplacement et l'extinction d'espèces, l'État partie, au vu de l'absence d'augmentation des menaces sur la faune et la flore de l'île d'Henderson, n'a établi aucun plan en ce sens, à l'exception de l'expérimentation qui a conclu que les marouettes de  Henderson pourrait être gardées en captivité pendant le programme d'éradication des rats. »
(Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture, Convention concernant la protection du patrimoine culturel et naturel mondial, trente-quatrième session Brasilia, Brésil). 


Hors site, saison trois. Rétrospective rétroactive — pers- et pros-pective dans le rétro. Entre le (prin)temps de la campagne et des c(e)rises. Des choses qui couvaient encore, éclosent, émergent à (grand) peine. Dernières balises avant mutation, premières sorties (de route). Se tenir hors (site/champ). Des phares, d'a(s)t[t](r)einte pour un moment. Retenir l'écrit, lire entre les lignes de démarcation, ne plus compter les heures. Mais les jours, multiplier les con-t/-fusions. Patauger sur la (gam)berge en attendant de pouvoir se jeter à l'eau. A-/de-vancer sur tous les plans dans le même temps/espace sans savoir quand penser ni (pour)quoi ni comment. Assembler des objets sans nom aucun, en lieu et place des sujets (re)connus par toi, soi, nous, les autres, en un : tous. Puis, sans crier rage, à l'abordage, suivre le flow. Enfin, mettre les voiles et (re)po[e]ser ses mots. 

D'ici vers ailleurs,
Quelques contenus que j'ai eu le plaisir de produire :


05 avril : contribution à Addict-Culture — Laissez-Passer de Juliette Mézenc, Les Editions de l'attente, sortie le 21 octobre 2016. Recueil géopsychocorpographique, entre-je(ux) de casse-briques et de mail(les), Laissez-passer, filer, comme la dentelle de couverture, tout ce qui vient à l’esprit pour mieux l’emprisonner dans la toile d’araignée de ce texte très actuel, synthétique, numérique, composite. Vivant aussi, c’est-à-dire chaotique, inachevé, en perpétuel devenir (…) Qui appelle, à l’instar des Samothraces et de Nkenguégui. À la métamorphose, mais aussi au surhumain et au multivers. À s’interroger, à l’instar de Pierre Terzian (Il paraît que nous sommes en guerre, sun/sun 2016) sur la guerre. À explorer les voies de la mytho/géo-logie/graphie empruntables par les migrants.
Lire l'intégralité de l'article sur Addict-Culture.

25 avril : contribution à remue.net — Nkenguégi de Dieudonné Niangouna, Les solitaires intempestifs, sortie le 11 octobre 2016. Agir au théâtre comme dans la vie, et vice versa. Plonger dans l'envers du décor. Traîner les corps-morts/mourants. Ne pas être le dernier. Arrimé, arrivé, à trimer. A tout crin, remuer ce qui p(e)u(t)e l'être, aurait dit Artaud. Mon(s)trer la contemporanéité de La Condition de l'homme moderne (Hannah Arendt) — la vita activa e tutti quanti (...) Troisième volet indépendant de La Trilogie des vertiges, Nkenguégi, Ronces et errances, est un texte brutal, riche et foutraque, tour à tour et tout à la fois libre et engagé, lyrique et vulgaire, barbare et sophistiqué, poétique et politique, en un mot : poélitique.
Lire l'intégralité de l'article sur remue.net.

29 Mai : contribution à Poezibao — Le miroir aveugle de Jean-Luc Parant, sortie le 20 octobre 2016.
Essais, confessions, journal de bord intime et extime, Le miroir aveugle de Jean-Luc Parant se dépl(o)ie suivant cinq mouvements (…) pour constituer une somme surréaliste, poétique et analytique, qui éclaire sous un jour nouveau ce grand livre de vie que constitue cette œuvre-monde initiée il y a plus de cinquante ans (…) Parcourir des yeux, des mains, l'œuvre de Parant, c'est accepter de (re)passer aux mêmes endroits, jusqu'à être sûr de n'en avoir oublié aucun, avant de découvrir une œuvre hermétique, mais ouverte, qui prend le temps et l'espace nécessaires pour aller au bout d'une chose, d'un sens, d'en expérimenter la totalité.
Lire l'intégralité de l'article sur Poezibao.



D'ailleurs vers ici,
Quelques événements auxquels nous avons eu le plaisir de participer/d'assister :


21 mars :  Rencontre avec Sika Fakambi et Nii Ayikwei Parkes, présentation de la nouvelle collection Corp/us à la Librairie-Café La Dame Blanche de Port-Louis. Une belle et stimulante rencontre humaine et littéraire, avec de magnifiques lectures, qui rendent compte de cette très belle collection  dirigée par la traductrice Sika Fakambi hébergée par les Editions Isabelle sauvage (voir ci-dessous ainsi que l'article de Lou et la page de la collection Corpus).

3 au 5 juin : Etonnants Voyageurs, Festival international du livre et du film à Saint-Malo. De belles rencontres et retrouvailles, du vin, de l'amitié, quelques découvertes et le prix Etonnants Voyageur décerné à Maryam Madjidi pour Marx et la poupée dont nous vous parlions, Lou et moi, la saison dernière ici et et qui avait, le mois précédent, déjà remporté le prix Goncourt du premier roman. Un week-end riche en émotions. 

Ici et là,
Quelques bribes de lectures/chroniques/écrits Hors site :


LU Le Temps des immortelles, Karsten Dümmel, Quidam. Traduit de l'allemand par Martine Rémon et sorti le 16 mars chez Quidam Editeur. Le destin d'Arno K., poète réfractaire devenu pour la Stasi « processus opérationnel (OV) », visé de façon « informelle » par des « mesures de désintégration ». Un récit alterné qui convoque trois temps. Un ''Aujourd'hui'' factuel et détaillé, écho aux rapports qui l'émaillent, usant et usé par l'usine, d'une RDA des années soixante-dix tout en nuit et brouillard. Un ''Hier'' quotidien, enchanté par les souvenirs colorés et nostalgiques de l'enfance. Un ''Demain'' où les descendants cherchent un sens au ''silence'' et la ''culpabilité'' qui président à la langue et aux mœurs au moment où meurt Christa T., « mater dolorosa de la RDA ». Des méthodes de la Stasi l'on n'apprend rien, ou si peu. Et c'est précisément ce qui fait la force du roman de Dümmel, victime devenu expert : comment, à partir de petits riens - de surveillances et d'assignations répétées et absurdes - d'une méfiance entretenue devenue paranoïa - l'on peut, par un mécanisme kafkaïen ou orwellien, pousser quelqu'un dans ses retranchements : à la révolte (Le Gaffeur de Malaquais chez L'échappée, Les gaspilleurs de Mack Reynolds chez Le passager clandestin) ou, comme ici, au suicide.

LU Caverne, suivi de Cadavres, Makenzy Orcel, La Contre Allée. Sortie le 14 mars. Un petit recueil d'une trentaine de pages, lisse, abrupt et organique, qui projette sur ses parois une flopée d'images bigarrées, mosaïque de souvenirs, matrice égotique et poétique – « tout vient du pire accumulé d'un moi à l'autre » – qui évoque, convoque tour à tour Caverne et Cadavres sans s'y attarder ni les quitter jamais – « l'absence de ports, quelle patrie ! » – si ce n'est, entre coups de sang et soupirs, constats et injonctions –  pour laisser entendre les échos ténus, mais vivifiants d'un Claro ou d'un Panero qui tonnent dans le lointain — « puisses-tu être l'acuité de l 'œil traqueur et le sommeil profond de la cible abattue ». Comme Aquerò de Marie Cosnay sorti quelques jours auparavant, « Comme Caverne, Cadavres est un poème intime, un retour sur les lieux de l’enfance, de l’intérieur. » Un texte personnel, qui requiert de l'espace, du mouvement - « Toute littérature est tentative de se maintenir en équilibre » - demande à être lu et entendu de vive voix comme il le fut le 20 mai dernier à la Maison de la poésie de Paris.

LU Dans le jardin d'un hôtel, Gabriel Josipovici, Quidam. Sorti le 3 mars et traduit par Vanessa Guignery. Après l'excellent et vaste Infini traduit par le regretté Bernard Hoepffner (qui nous a tragiquement quitté au mois de mai, mérite bien plus qu'une parenthèse ici, et dont je vous invite à (re)découvrir l'immense travail) qui avaient obtenu le prix Laure Bataillon, Gabriel Josipovici nous guide dans le jardin intime de Ben et Lily, Anglais en villégiature dans les montagnes italiennes. Toujours sur le mode du dialogue, longuement, mais sûrement, avec un sens de l'ajournement et de l'ajour consommés, Josipovici brode à nouveau l'histoire d'un moment. Celui d'une rencontre dont on se demande à quoi elle va donner lieu, littéralement, avant d'être catapultée au profit d'une histoire qui l'est tout autant. Un roman à la fois doux et étonnant, fractal et récursif, beau et vivant, mais dont les quelques coquilles, la structure, le mélange des genres – entre théâtre contemporain, script de film romantique et bandes dessinées de Lewis Trondheim – contribuent, au risque de perdre le lecteur, la lectrice, à rendre indicible, incertain, éphémère et fragile. 


LU et relu, sur les conseils de Julien Delorme et Thomas Giraud : Sister, Eugène Savitzkaya, L'œil d'or, sortie le 1er mars 2017. Illustré en couleur par Bérangère Vallet et éclairé par la touchante postface de l'éditeur Jean-Luc d'Asciano ainsi que par l'éloquent avant-propos d'Hélène Mathon qui a commandé à l'auteur ce texte destiné. A être mis en scène, comme il le fut aux Subsistances en 2015 puis à La Borde en 2016, lu à la Maison de la poésie de Paris en 2017. A é-/pro-voquer « le regard des normaux sur les anormaux ». A « Envisager ce qu'il reste de nous d'accueillant pour le différent ». A rendre/régler ses compte/s de/avec la maladie, sa perception et le rapport au corps (à ce sujet, outre Artaud ou Panero, bien évidemment, voir également Bernard Andrieu, Malade encore vivant, Le murmure, collection Borderline). A évoquer, surtout, la relation belle et duelle de cette sœur à son frère atteint de schizophrénie, cette « maladie des émotions ». Du conte –  La ballade – à la tirade – Le fragmenté. Le Dispersé. L'Eclaté. – jusqu'à ces Autres textes, du dégoût et à la colère, de l'extérieur à l'intérieur, l'on suit ce frère devenu malade, obèse, animal fantas(ti)que et monstrueux – « toujours autre, jamais soi » – dont on découvre progressivement l(')ap(p)réhension hypersensible et cauchemardesque d'une réalité et d'une actualité internationale fantasmées et néanmoins réelles, criblées de tortionnaires, de pu et de vers, de guerre et de morts-vivants. Entre opuscule de poésie, témoignage, et livret de sensibilisation, Sister est un petit objet extrêmement pensé et ciselé, difficile à saisir, à la fois beau et dérangeant, indésirable, mais nécessaire. Qui pose dans de nombreux domaines (politique, social, médical, création, édition, etc.) et à tous points de vue de nombreuses questions pour mieux bousculer l'évidence prétendue d'un apparent consensus régissant l-a/-es représentation/-s — « Nous fabriquons de toutes pièces l'idée rassurante d'un monde qui serait livré à des êtres humains sains et équilibrés ».

LU Où j'apprends à ma mère à donner naissance, Warsan Shire, traduit par Sika Fakambi, Corpus février 2016. Dans ce premier recueil d'une vingtaine de poèmes, initialement publié par Nii Ayikwei Parkes pour ses éditions fliped eye publishing, ici assorti d'un glossaire et d'une biographie sommaire, l'autrice évoque dans une langue juste et belle, hautement sensuelle, sensible et sexuelle, cruelle et acérée, le présent et le passé d'enfants, hommes et de femmes lié.e.s et en proie à d'autres (parents et amis, familiers et étrangers) mœurs et pays et expériences voulues ou subies, terribles (coups et viols, guerres et immolations, pertes et maladies) ou nostalgiques (L'été des choses que nous avons perdues), qui disent la violence du quotidien d'ici et d'ailleurs — « Ta fille a pour visage une petite émeute, ses mains sont une guerre civile, un camp de réfugiés derrière chaque oreille, un corps jonché de choses laides. Mais Dieu, vois-tu comme elle porte bien le monde ? »
Notre voix, Noémia de Sousa, traduit par Elisabeth Monteiro Rodrigues, Corpus, février 2016. Frères Frères Frères  Clament Clament Clament. Mots qui claquent et ressortent sur l'affiche, le disque et le livret très complet qui composent ce coffret cartonné. Lectures croisées dans le fond et la forme, dans les mots qui se succèdent puis se mêlent au travers de deux voix, de deux langues d'où naît une troisième, auxquelles s'ajoutent d'autres encore pour proclamer : « Notre voix s'est dressée consciente et barbare sur l'égoïsme blanc des hommes sur l'indifférence assassine de tous. » 
Blood Money (Remix), Maud Sulter, traduit par Sika Fakambi et Ana-Lisa Diete, Corpus, février 2016. Coffret à nouveau. Monique Kwesi Helga. Mots scandés, étirés, pour dire, à travers trois langues et quatre voix, l'histoire d'un couple et de leur fille. D'Africains d'origine, noirs dans l'Allemagne nazie, dans l'armée américaine, dans les camps, au Viet Nam. Le texte juste et poignant d'un adieu aux aïeux, d'un appel à la – bonne et mauvaise – conscience de chacun — «  Ferme les yeux et imagine un Allemand. »
Trois textes remarquables parmi les cinq premiers volumes (avec les magnifiques Negus de Kamau Brathwaite et La moitié d'un citron vert de Nii Ayikwei Parkes) qui inaugurent la très belle collection Corp/us, hébergée par les éditions isabelle Sauvage et dirigée par Sika Fakambi. Une collection graphique, poétique et politique, panafricaine d'auteurs et autrices aux origines multiples. Des titres et une collection plus que jamais d'actualité, sortis en février 2017 — «  Nul ne part de chez soi à moins que chez soi ne soit la gueule d'un requin (…) maintenant chez moi c'est la gueule des requins, maintenant chez moi c'est le canon d'un fusil. » (Conversation à propos de chez soi (au centre d'expulsion), Warsan Shire) Voir aussi le très bel article de Lou, qui transmet parfaitement la force et la profondeur du travail réalisé, l'émotion et la puissance d'évocation ressenties : Corp/us : traduire est un geste.


VU The Young Pope, Paolo Sorrentino, 2016. Saison 1 (10 épisodes en binge watching). What have we forgotten? Du rêve à la réalité, de l'intime à la démesure, le parcours et l'évolution de Lenny Belardo, jeune pape américain tout juste élu à la tête du Vatican. Hanté par son passé, saint ou démon, serviteur ou abhorrateur de l'institution, réformateur certainement, Lenny, dont la première homélie déterminera son nouveau nom et quel type de pape il veut et peut être, gère étrangement, mais sans ambages son image, ses émotions, son entourage. Subtile et séduisante, belle et touchante, drôle et intelligente, en un mot fascinante, The Young Pope est une série à l'image de son héros. Un rôle sur mesure, comme il n'en avait pas eu depuis longtemps, pour un Jude Law transfiguré tour à tour profondément émouvant et terrifiant aux côtés des cardinaux et magistraux Voiello et Spencer, Tommaso et Gutierrez, ou encore d'un kangourou aux allures de parabole. Grésillements, chuchotements, grincements de dents, intrigues et coups d'éclat – Knock Knock – ponctuent cette remarquable fable métaphysique sur le pouvoir et la volonté, la foi et la destinée, la solitude, l'abandon et le ressentiment, l'amour, la vie et la mort. Une série à (re)découvrir absolument, visuellement et acoustiquement aussi réussie qu'étonnante. En toute bonne foi et sans aucun doute LA série du moment.


VU Twin Peaks, saison 3, épisode 1 Retour à Twin Peaks, ou non. Après vingt-cinq ans d'absence, la série culte de David Lynch revient — sur ses promesses. Que s'est-il passé entre temps ? Que se passe-t-il à présent ? Difficile à dire à la fin de ce premier double épisode qui inaugure cette troisième saison. Plus sombre voire totalement badant, plus fou et psychanalytique que jamais, déroutant voire incompréhensible, dérangeant voire totalement creepy, David Lynch laisse libre cours à ses fantasmes dans une atmosphère Entre clip de Nine Inch Nails et Twilight Zone pour malmener, au travers d'une machinerie plus froide et plus perverse que jamais augmentée d'effets spéciaux anciens personnages perclus par l'âge et nouveaux violemment saisis par l'étrange. Face au sentiment de malaise et de frustration qui peuvent saisir les aficionados qui pensaient confortablement se reposer sur leurs acquis, la parfaite analyse de Jean-Philippe Cazier pour Diacritik : Twin Peaks n'est pas Twin Peaks.

VU Ni Dieu ni maître, une histoire de l'anarchisme, 1ère partie : La Volupté de la destruction (1840-1914) 2eme partie : La Mémoire des vaincus (1911-1945), Tancrede Ramonet, 2016, Temps noir et Arte. Indispensable, terrible et inspirant, pour (re)découvrir l'histoire de l'anarchisme telle qu'on ne vous l'enseigne pas à l'école : la politique, la liberté, l'égalité, la fraternité, la sororité, les révolutions et les communes qui constellent ses multiples théories et pratiques et expliquent un succès répandu aujourd'hui tu. Et, a contrario, les trahisons de la social-démocratie et du communisme d'état, leurs liens avec un capitalisme par nature inégalitaire, autoritaire et fasciste qui cultive le malentendu. Un document plus que jamais d'actualité, étayé par de nombreuses archives inédites et témoignages d'historiens. En attendant le troisième volet (1945-2001), encore en cours de production, ces deux premiers, provisoirement en libre accès sur Arte, sont désormais disponibles sur le site de la chaîne.


VU également L'assassin habite au 21, Henri-Georges Clouzot, 1942. Avec Pierre Fresnay et Suzy Delair. Librement quoique fidèlement adapté du roman policier de Stanislas-André Steeman publié en 1939, un divertissement sympathique et cependant empreint de l'ambiguité et de la noirceur de l'époque, avec des dialogues plus cocasses et caustiques les uns que les autres.  Underground, Emir Kusturica, 1995. Une fresque grandiose, hallucinée autant qu'hallucinante, juste et déjantée, avec des personnages plus hauts en couleur les uns que les autres. Près de trois heures de rires et de larmes pour dire à travers les joies, les colères et les trahisons de ce petit monde  l'absurde, la tragédie et l'horreur d'une guerre à l'autre en Yougoslavie.Interstellar, Christopher Nolan, 2014. Entre dystopie et uchronie, un film à tiroirs de près de 2h30 par le réalisateur d'Inception. Sensible, intelligent et visuellement réussi, porté par ce jeu sec et imposant auquel Matthew McConaughey nous a habitué depuis l'excellente et inégalable saison de True detective. L'année dernière à Marienbad, Alain Resnais, Scénario Alain Robbe-Grillet, 1961. Très librement adapté de L'invention de Morel d' Adolfo Bioy Casares, un film fascinant d'entrée(s), avec cette première obsédante première scène, description et mise en abime de l'intrigue et de la structure. Fragments de conversations, de pensées, d'images. Jeu de cartes, d'allumettes et de miroirs. Pièces du grand hôtel – lieux qui s'enchaînent, se mélangent, se placent comme – celles d'un puzzle. Intime et grandiloquent, dense, entêtant et répétitif, jusqu'au tourni, monologue d'un homme qui tente de persuader de leur liaison passée une femme qui semble l'ignorer, L'année dernière à Marienbad est un film dont on se souvient longtemps.

Et toujours, in situ :

Aquerò, Marie Cosnay, Editions de l'Ogre, sortie le 2 mars 2017. La bio de Bernadette Soubirous, la vie sans l'écrit, présence irradiée de joie, se situe bien au-delà des maux — la Vierge, si tant est qu'elle le soit, page entre les pages, n'écrit pas plus qu'elle ne se laisse écrire ou accroire. Soit : la littérature sinon rien. Alors, aller au miracle, comme l'on va. Au charbon retracer. Le parcours – initiatique, cela va de soi – de la première à la troisième en passant par la seconde personne. Où l'on naît, suit, ne fait qu'un avec les d(i)eux. Comme déesses, avatars : la fillette & la femme & la guide au lézard & la petite dame d'y(/i)voir(e) (…) Tours et retours et tournis : ritournelle. Phrases qui s'interrompent, abruptes comme des falaises, comme la lumière à l'entrée de la grotte, pour mieux réapparaître. Ici, l'ellipse règne plus que jamais peut-être dans l'œuvre de Marie – Sanza Lettere ceci dit – ainsi qu'une certaine folie (…) Mais aussi, comme souvent, le thriller et la mythologie, de Cassandre à Proserpine, de Cordelia la guerre à la nouvelle traduction des Métamorphoses d'Ovide qui verra le jour à la rentrée prochaine (…) Aquerò est un texte profond, puissant et beau, œuvre d'un genre à part, en soi. Hymne et tombeau, aria et adagio, peinture impressionniste à l'éclairage léger et certain, quoique furtif, qui demeure par l'impression laissée – un peu comme dans ces églises où l'éclairage des tableaux dure ce que dure la pièce introduite, mais dont le souvenir perdure, lumineux, au plus profond de soi.
Lire l'intégralité de l'article ici.


Rendez-vous ici même au début de l'automne pour le prochain article de la rubrique Hors site, et dès le mois d'août pour la prochaine chronique. En vous souhaitant à toutes et à tous un été chaud et ensoleillé.

Crédit photo de couverture : © Lou Darsan Crédit photo  et copies d'écran (!) © Eric Darsan.
Contenu des livres/films/sites extraits/capturés/photographiés/extraits © Editeurs et créateurs cités. 

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